‹ Histoire de FranceChapitre 133 sur 142 · CHAPITRE XXXIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXIII

la conlrebandc iwur son propre compte, l’occupationdc celle province fui ordonnée par l'Empereur, el aussiWl exécutée par le prince d’Eckmülh >. Avec de la vigueur dans les actes, l’Empereur voulait presque toujours de la douceur dans les paroles. Au moment où scs troupes allaient entrer dans la Poméranie, il avait chargé le ministre des relations extérieures d’informer le gouvernement suédois des motifs qui déterminaient cette mesure. Le projet de note qui lui fut soumis ne lui convenant pas , il le renvoya au ministre avec celle remarque : « Votre note est trop chaude, pas assez » calme, pas assez conciliante ; il n’y faut point de » fibre 2... Refaitcs-la plus douce, qu’elle ait l’air )• sincère, et surtout qu’elle soit beaucoup plus )i courte.» Lorsque la nouvelle de celle occupation parvint à Stockholm, le gouvernement suédois, qui avait prévu cet événement , en fut médiocrement affligé ; mais il affecta de s’y montrer trèssensible. Le baron d'Engestrom dit au chargé d’affaires de France, M. de Cabre : « Je ne vous » cache pas qu’on nous a fait des offres ’’ que nous » avons rejetées, mais qu’on nous forcera d’accep- » ter. » Évidemment la résolution de les accepter était déjà prise, cl l’empereur Napoléon va jouer un rôle de dupe tout le temps qu’il s’imaginera pouvoir amener à lui un cabinet dont les espérances SC sont portées ailleurs.

L’Empereur a beau rappeler au prince royal qu’en 1807 il lui avait fait savoir à iui-méme, au moment où il allait attaquer les troupes suédoises, qu’il ne voulait pas que le sang d’un seul Suédois fût versé ; cette vieille amitié de la France pour la Suède a peu de valeur aux yeux du prince royal qui voudrait une autre concession, cl celle-là, l’Empereur ne saurait la lui faire sans se rendre . coupable d’une lâche perfidie. « La Norwège a été » garantie par la France au Danemark » , disait * le duc de Oassano à l’agent suédois à Paris. « Si le » prince la conquiert, il ne la conservera pas. »

Non content des communications ministérielles, suivies par la voie des chargés d’affaires à Paris cl à Stockholm , l’empereur Napoléon pensa qu’une intervention de famille pourrait avoir plus d’efflcacité, La princesse royale de Suède était toujours à Paris; le duc dc-liassano se rendit chez elle par ordre de rEmpcrcur, et après une longue conversation , |>our yjüiir au secours de la mémoire de ^cette princesse', il dicta une note qu’il lui laissa.

te 10 janvier, par le duc de Bassann k rEmpcrcur.

' Une vieille el profonde haine, qui existait entre Davousi et liurnadotte, ii’n peut-être pas uicdiucrcmcut contribué .i la ui6siiitclli|;ence de la Franrc et de la .Suède. * Lettre de rEinpereur, du 10 janvier., •

Un courrier, parti le 7 mars , porta cette note ait prince royal. On jugera, par quelques-uns des passages principaux de celte pièce , si le langage de l’empereur Napoléon avec le prince avait le caractère de hauteur qu’on lui a tant reproché. « L’Em- » pcrcur n’a point contribué à l’élévation du prince U royal ; il eût pu s’y opposer ; il l’a vue avec plai- » sir ; il l’a considérée comme un lien de plus avec » une nation dont il coitnaissail les botis senti-.^ » metils pour la France. Il itnporte que la Suède » envisage le parti qu’elle veut prendre, cl qu’elle » le prenne sans perte de temps.... Si le prince » royal entend bien ses intérêts, l’Empereur con-%

{ » sent à lui offrir son alliance cl à lui garantir^ » qu’il ne fera pas la paix sans que la Finlande '• » soit restituée à la Suède, et il ne lui demande » pour condition que d’attaquer la Finlande avec » trente titille hommes, cl de se mettre en hostilité » avec l’Angleterre, aussitôt que la guerre aura » éclaté sur le continent.... L’Eiupcrcur ne veut ' » pas donner de subsides , mais il coosedl à WÇe- » voir à Lubeck el à Dantzig pour vingt millions * » de'dcnrécs coloniales appar^nant'ji’ la Suède.^ » En cas d’adhésion , la Suède pénti^fré'4e8«xpé-*

» ditions de denrées coloniales dès à présent, sans » attendre que le grand système qui se développe » soit démasqué. » |pi ^

^Pour rendre ces idées plus faciles à saisir, le dâc de Bassano les avait rédigées en articles très-courts^ propres à former la substance du traité qui pourrait être conclu entre les deux Étals. Cette propo-, sition arrivait un peu tard; mais fût-elle arrivée plus tôt, elle n’cùl pas eu une meilleure issue. La. politique du prince royal avait pris une longue^ avance sur celle de Napoléon. Dès le commencement de février, un agent suédois, M. de Loewenhielin, était parti pour la Russie, afin de traiter" avec cette puissance. Bientôt il y avait été suivi par un aide de camp du prince royal, portant l’ordre de hâter la conclusion. F^ffcctivcment la négociation avait été rapide; elle se terminait par un traité d’alliance signé à Pétcif bourg entre la Russie el la Suède, le jour même où le prince royal faisait à l’emiiercur Napoléon une réponse dont on appréciera la bonne foi. u Lorsque les vœux du peuple » suédois ni’appclèrcnl 3 à succéder au trône, j’esn pérais, en quittant la France, pouvoir toujours » allier mes affections personnelles aux intérêts n de ma nouvelle patrie. Mon cœur nourrissait l’es-

> Lcnrc de M. de Cabre au duc de Bassiino, en date du 4 février. *

* Le 28 février.

^ Réponse du prince rovnl. en date du 24 mars, & la

note du 0 de ce mois.

fI8I!]

POLITIQUE EXTÉRIEURE

n |ioir qu’il pourrait s'identifier avec le sentiment ■ (le ce peuple, tout en conservant le souvenir de » ses premiers penchants, et en ne perdant jamais n de vue la gloire de la France ni ralLachement I* sincère qu'il a vouéà Votre Majesté, attachement n fondé sur une confraternité d'armes que tant de » hauts faits avaient illustrée.

I» C'est avec cet espoir que je suis arrivé en n Suède. Ici se trouvent des plaintes sur la conduite du ministre de France, M. Alquicr, cl sur le silence qu'a gardé l'Empereur A l'égard de deux lettres du prince royal, ce qui a dù porter la Suède « à se prémunir contre l'orage prêt à fondre sur le M continent.

» Sire, riiumanilé n'a déjà que trop souffert.... I» Si Votre Majesté trouve bon que le roi fasse con- » naître à S. M. l'empereur Alexandre la possibi- » lilé d’un rapprochement, j'augure assez bien de N ta magnaiiimilc de ce monarque, pour oser as- N surer qu'il se prêtera à des ouvertures également » équitables pour votre empire et pour le Nord..,, n Un des moments les plus heureux que j’aie i> éprouvé depuis que j'ai quitté la France, c’est n celui que m'a procure la certitude que Votre » Majesté ne m'avait pas tout à fait oublié. Votre

n Majesté a bien jugé > mon cœur A côté de

ces brillantes et sentimentales protesUtions dont nous supprimons une partie, l'ordre dcsxlalcs, ce grand indicateur de la vérité, nous prescrit do placer les stipulations principales du traité d’alliance entre la Suède et la Russie, conclu ce jourlà mémo par ordre du prince royal.

Après la garantie réciproque des territoires respectifs, ta Russie et la Suède conviennent 3 de faire une diversion contre la France sur les côtes de l’Allcmagoe. On emploiera pour cette expédition vingt-cinq à trente mille Suédois et quinze à v ingl mille Russes.

Comme la Suède ne pourra coopérer à cette diversion qu’aulant qu’elle cessera de regarder la Norwègc comme pays ennemi, l'empereur de Russie s'engage i réunir la Norwègc à la Suède , soit par voie de négociations, soit à l'aide d'un corps auxiliaire de trente-cinq nulle hommes, et de garantir cette acquisition â la Suède turs de la conclusion de la paix.

Le corps auxiliaire russe sera aux ordresdu prince royal contre le Danemark. On proposera au roi de Danemark de céder la Norvège à la Suède, moyennant une indemnité picinc et entière que l’un pren-

dra l'engagement do lui procurer à proximité de scs Étals. S'il s'y refuse , un lui fera la guerre i forces communes.

Après la réunion de la Norwègc, l’armée suédoise sera transportée en Allemagne pour y agir d'après un plan dont on conviendra.

L’Angleterre sera invitée à accéder à l’alliance et à en garantir les conditions. Tel était le point où la Suède s'élail déjà placée lursqu'en France on rêvait 3 encore la possibilité de s'entendre avec clic contre la Russie.

Au moment où le prince Schwarzenberg signait à Paris l'alliance de l'Autriche avec la France, le général comte de Neiperg, nuiiistre autrichien à Stockhoini, eu ayant été informé par cet ambassadeur, s'élail empressé d'en donner eonnaissauce « au gouvernement suédois, en faisant sentir de quelle importance serait pour les cours alliées, surtout pour la Suède, une diversion dans le Nord, . qui pourrait réparer, pour cet État, les malheurs de la dernière guerre. Celte conmiuiiicallon, faite au cabinet suédois vers le milieu du mois de mars, parut d'abord reçue avec des dispositions très-favorables. Quoique ce cabinet fût déjà avancé asse| loin daus un autre système, il n'y avait point encore d'engagement définitif avec la Rassie; et la prudcocc conseillait de ne point se fermer tout retour* dans une autre voie. De là les ménagements gardés « par le prince royal et par le baron d’Engestrom dans leurs réponses verbales au comte de Neiperg; de là UQ projet de note très-amical, écrilde la main du prince, et montré à ce ministre qui en était fort, satisfait; mais, dix jours après, la situation du gouvcrnemenl suédois étant eiilièremenl changée par la convention qu'il avait fait conclure, le 2i mars, à Pclcrsbourg, la réponse officielle au ministre au-' trichicn porta un caractère d’aigreur et de déc»- ‘ siuii hautaine dont un dut s'étonner à Paris cl A, Vienne, dans l’ignorance où l'on était de la cause secrète qui moüvait un tel langage. Sans avouer qu’on veiiail de sc lier ailleurs, on répondait que, les procédés de la France envers la Suède « ju>U- » fiaient suffisanmicnt celle-ci de tous les engage- » mcots qu'elle aurait pu prendre contre elle. » On* déclarait en termes précis, «> qu'une guerre entre-* n prise pour reconquérir la Finlande n'éUil nullcn ment dans riiilérél de la Suède, » et, comme il ne dépendait pas de la France de lui offrir autre chose que le rceouvremcnl de cette province, c'était annoncer qu'il li'y avait plus d'uiiiuii possible entre

' Le prince royal, en adrmant celle Iritrc h la princesse ta fciumc à Paris, lui disait : 4 J'rspère (pic lu

• rcconoaiiras dans ma réponse l’eovi<- liim prononcic

• de UC poinl séparer Ica inlcréts de ra.i nouvelle patrie

• de ceux de la France.* il o'y avait plus rien A faire, la séparation était cnnsunnicc.

* Traité <iii n avril mars) 18I3.

'Ce u'est que dans le iiiois d'août, à Witcpik, que

Page 1