CHAPITRE XXXIII
les deux gouvorncmcnls. Le cabinet suédois exprimait sans détour sa résolution d'établir, et de concert avec la Russie, « une neutralité armée, qui U devait emporter le droit d’ouvrir scs ports avec n des avantages égaux pour toutes les puissances. »
A celte condition , il offrait de faire ses efforts auprès de l’empereur Alexandre pour prévenir une rupture avant que l’on se fût entendu sur un sys- Jlème de pacification qui aurait eu cette neutralité pour base. Lç général comte de Nciperg avait mal : répondu à l’inlenlion de la France et à celle de sa i cour, en duiinaiità la communication confidentielle | dont il était chargé une solennité cl un éclat qui ; avaient mis la Suède dans le cas de s’expliquer j d’une manière catégorique. On eût préféré que ; celte puissance ne prit pas une altitude aussi pro- ! iiuncèe. Rien de plus net effectivement, à part | même son traité avec la Russie j qui n’ctail pas ■ connu alors, que sa situation au 28 mars, la note | (le SI. d’Rngcstrom consacrant trois principes absolus , peu susceptibles de modification , refus de faire cause commune avec la France et ses alliés, déclaration de la neutralité armée de ce royaume, accc[)lalion de la médiation de la Russie et de l’Au- Iricfac pour la resliliilion de la Poméranie et pour l'ouverture d’une sorte de congrès de pacification. La conduite de SI. de Neiperg fut blémée par sa cour. Il nous serait pénible de sou|)çonncr dès cette époque la bonne fui de cet envoyé ; plus lard, celte bonne fui sera bien diflicilc à défendre.
Depuis longtemps des relations suivies avaient lieu entre l’Angleterre et le ministère suédois, mais | ^cllcs n'avaient pas été publiquement avouées. Au | commencement d’avril, elles cessèrent d'être mys- • térieuscs par l’arrivée à Stockholm d'un agent an- : glais, .SI. Thorntun. Cet agent se rendit presque * ' aussitôt dans le voisinage d’Orebro où la diète s'assemblait le 13 avril. Il entra immédiatement en rapport avec le baron d’Engestrum, mais la convention qui unira les deux puissances ne sera signée : . que dans le mois de juillet. . j
Nous ferons remarquer en passant qu'à Stockholm le général Suchtclen, envoyé de Russie, et le ministre de Prusse, M. de Tarrach, étaient de la meilleure intelligence entre eux. Le prenvier disait hautement qu’à Pétersbourg on comprenait très-bien que la cour de Berlin n'avait pu se dispenser de s'allier à la France, et que l’empereur Alexandre était loin d’en vouloir au roi dont il appréciait parfaitement la situation. Dans une Icttre^datée de Berlin et adressée à àl. de Tarrach, {
lettre que nous avons lien de croire partie du cabinet prussien , quoique sans signature, nous lisonA les mots suivants au sujet de l'alliance française:^ « il fallait * en passer par là... ou par la fenêtre. »» L'empereur Napoléon était-il donc bien répréhen-^ sihle de ne mettre qu’une confiance très- limitée dans le gouvernement prussien? ^
Tandis que, dans le mois d’avril, le cabinet suédois, qui a déjà signé un traité d’alliance avec la^ Russie, négocie un traité pareil avec rAnglulcrrc,^ en France on ajoute encore fui aux démonstrations pacifiques de ce cahinct. A celle époque l’agent qui avait porté au prince royal les propositions françaises dont la princesse sa femme avait été^ l’interniédiaire, le consul général de Suède, àl. Si-, gncul, était de retour à Paris. Ce consul, chargé d’une note qu’il avait écrite sous la dictée du prince royal, ayant pour objet la cession de la Norwègeà obtenir par l'intervention de la France, attestait qu’à son départ de Stockholm, le cabinet suédois était libre de tout engagement; que, si les dillicultés d'argent qu'il éprouvait étaient levées par un subside suflisanl de la France, il ne doutait pas que le prince royal n’cnlràl dans les vues de l’empereur Napoléon. prétention du prince royal, relative à la Norwège, ne pouvant pas être admise par rKmpereur, le consul général Signcul fut envoyée une seconde fois en Suède, pour engager le prince à SC désister de celte demande, et à traiter sur la base des propositions qui lui avaient été transmises. Dans cet intervalle , la rupture entre les deux Etals faisait de nouveaux progrès. Le 20 mai, M. d'Ohson , chargé d’affaires de Suède à Paris, notifiait au ministère français que son gouvernement SC regardait comme délié de toutes obligations envers la France, et comme en état de neutralité vis-à-vis d’elle et de l’Angleterre. M. Signcul, arrivé à Stockholm, le 1 1 mai, se rendit le lendemain à Orébro. Il eut plusieurs entretiens avec le prince royal, et repartit le 19 pour en rapporter le résultat au gouvernement français. Ce fut à Dresde qu’il rejoignit le duc de Bassano, au moment où l’Empereur venait d'en partir. Il instruisit ce ministre de scs conversations avec le prince royal, et lui remit une note en quelques lignes, et sans signature , exprimant les désirs du prince. Le duc de Bassano rendit compte à l’Empereur de tous ces détails par un rapport en date du 30 mai, dont nous allons donner la substance.
Suivant le prince royal, l’empereur Alexandre a
fait connailre au roi de Suède l’intention où il est
l'empereur Napolénn aiir.'i connaissance du traité d’alliance entre la Suède et la Russie.
’ Nous aurons ocrasion ultcricurcmcnt de voir plu-
sieurs lettres de ce genre, non signées, mais qui évidemment ii’cn ont pas moins la même origine.
POLITIQUE EXTÉRIEURE
iOO
de lui rostilupr U Finlande, a't'i eit battu f à la | cundilionque le prince royal viendrait alors à son secours. Dans celte hypothèse de la défaite des Russes, hypothèse favorable à la Suède, la restitution de la Finlande lui étant assurée , le prince royal n*a nul intérêt à prendre des engagements avec ta France pour parvenir à un but qu'il peut atteindre sans elle; mais il en serait bien autrement si l'empereur Napoléon consentait à ce qa*ü occupât la Norwège. La Suède, en ce cas, romprait avec tous Ica ennemis de la France. En échange de la Norwège, on donnerait au Danemark la Poméranie, eu lui promettant tel autre complément d'indemnité qui pût le satisfaire. Le prince royal deviendrait le Ueutenant de rF.ropereur dans le Nord; il ferait marcher contre la Russie autant de troupes que l'exigerait l'Empereur. En ce moment, la Suède avait cinquante mille hommes; elle en pourrait avoir qualre*vingt mille d'après le mode de conscription imité de la France, que la Diète venait d’adopter. H. Signcul affirmait qu’il était prélâ signer tout ce qui conviendrait à l'Empereur sur ces bases autorisées par le prince royal.
La cour de Londres, pour détourner la Suède de se lier à la France, avait pris soin de l'informer que l'Empereur lui faisait des ouvertures de paix , dont elle n'admettait pas toutes les conditions, mais que cependant elle n'avail pas non plus rejetées. L'avis était vrai, et la proposition, envoyée â Londres par le duc de Bas&ano, portait en cITel la date du 17 avril, indiquée par le gouverneineiil anglais.
A l'appui des (>aroles de M. Signeul, vetiait la note moins pompeuse, mais cependant très-significative du prince royal; elle était conçue ainsi qu'il suit : « l.a cession de la Norvtcgc comme dé- H domroagement de la perte de la Poméranie. La n Suède payera au Danemark douze millions de » francs en six mois, et, obtenant ce prix de son » altarhemcnt â la France, elle se trouve nalurel- » lemenl dan» son sjstème. Du moment que ces H conditions seront signées, il y aura un échange M de traité d'alliance sur des l>a»es avantageuses N aux deux pays. Un traité de coniincrce pourra w en être la suite, si l'Empereur le désire. * Ainsi, le 19 mai. le prince royal, lié par un traité du ii mars avec la Russie, offre à reni(>ereur Napoléon de contrarier une alliance avec lui, s'il veut consentir à l'occupation de la Norvège par la Suède! Que faut-il penser d'une telle proposition? Doit-on croire que, porté par un sentiment de prédilection vers ta France, le prince royal ait l'intention de rompre, comme il l'annonce, son traité si récent avec la Russie, pour s'associer aux destinées de
l’empire français? Nous ne le pensons pas. Ce qui nous parait évident ici, c'est que ic prince royal ne demande à Napoléon la cession de la Norwège, qui déjà lui est promise par la Russie et l'Angleterre, qu'afin d'étre assuré d'obtenir cette possession dans toutes les hypothèses, se réservant de se joindre au vainqueur contre le parti que trahirait la fortune. Bien sûrement, si rem|>crcur Napoléon avait eu la faiblesse de sacrifier à l'ambition de la Suède un allié comme le Danemark, le prince royal, attentif à éviter un éclat immédiat, ne se serait pas, en voyant les malheurs de la campagne de Russie, piqué d'une fidélité scrupuleuse à l'al- Hancc française, et l'Empereur, gratuitement parjure, aurait eu, envers le gouvernement danois, le tort d'un manque de foi, que la loyauté de ce gouvernement ne méritait pas. L’Empereur n'eut point un pareil reproche à se faire.
La position de la Russie envers la France s'est trouvée déjà clairement expliquée par la convention que celle puissance a conclue, le 24 mars, avec la Suède ; mais nous avons à faire connaître comment, depuis la fin de décembre, où t'cmpcreur Alexandre proinctlaild'envoyer un plénipotentiaire à Paris, ce projet de mission a été abandonné, et comment les relations des deux empereurs se sont graduellement envenimées par l'effiet du fatal orgueil qui les empêche réciproquement de faire un pas l'un vers l'autre. Du côté de l'empereur Alexandre, les bonnes paroles ne manquent pas. Le langage des premiers mois de 1812 ne détruit pas encore les espérances qu'autorisait celui des derniers jours de 181 1 . A propos des félicitations que ramène le renouvellement de l'année, ce prince dit au général Lauriston : k Le compliment t que » TOUS me faites cette année me sera encore plus M agréable l’année prochaine. » Supposant que i’enipereur Napoléon avait conçu des soupçons sur sa bonne foi , Ü eiKrehatt à a'en justifier dans ses conversations avec l'ambassadeur français : • Ou a i> fait croire à l’Empereur que j’ai voulu profiler * » des difficultés qa’H a éprouvées à Essling ^ pour » le faire écraser..*. Célait au contraire, dans ce Il moment, que quatre de mes divisions s’avani> çaient au delà de Cracovie. Je reviens sur le n passé, parce que ce sont, je crois, ces circon- » slanccs-là qui ont diminué les sentiments que » l’Empereur m'avait montrés à TilsiU et à Er- ■ furl. » Quoique l'empereur Alexandre eût, récemment encore, assuré que Bl. de Nesscirode se ^mdrail en France, quelle que fût la direction de la guerre avec les Turcs, cclui-ci ne partait point. .M. de Ruinanzof, dans la crainte de lui livrer la
* Lfiire rlu général Lauriitoo, en date Hii 15 janvier. 1
‘ Dépêche du général Lauriatoo. en date do lOjanvier.
i R1G*IOV.
CHAPITIIE XXIII.
ncgocintion, s'opposait surtout au départ de cet agctit. Ainsi l’homme le plus IVanchcment dévoué à l'alliance française est celui qui forme le principal obstacle à son maintien, parce qu’il ne veut pas remettre à un autre l'honneur de la raffermir. Rientùt on prétend à Pétersbourg que cette mission ne serait pas agréable à Paris, et de cette supposition, qui ne vient ni du prince Kurakin ni de M. de Czcrnichcf, on se fait un prétexte pour renoncer au projet de cette démarche. A la vérité, les lettres du prince Kurakin sont de jour en jour moins rassurantes. Cet ambassadeur croit remarquer du refroidissement envers lui, et il donne 1 divers détails sur les préparatifs militaires de la France, par exemple, le rappel du détacliemcnt de la garde impériale qui était en Espagne : » Voilà i n des faits >, dit l’empereur Alexandre au général » Lauriston ; cependant mandez à r£iii|)creur que » ma patience ne s'épuisera pas : il lui faudra ve- ' » nir me chercher, car je n'irai pas au-devant de I » lui... Je n'ai fait aucune demande, je n'ai voulu » dépouiller personne; j'attendais un dédommai> gement juste. L’Empereur perd en moi unairti,
» un bon allié.... Je sais quel est son génie, quels » sont scs moyens ; quelles ressources il a dans scs » gétiéraux , dans ses ofliciers ; mais j'ai de bons | » soldats, nous nous défendrons bien.... Ou’est-cc | Il qu'il veut?... Quelle que soit la conduite qii'oti | » tienne envers mon ambassadeur, je n’userai pas j >1 de représailles envers vous. Je sais que l’Empe- » reur a dit que, vous et Caulaincourt, vous étiez » les courtisans de rcnipcrcur Alexandre. >• Napoléon en eflet pouvait avoir tenu ce propos, car telle était sa pensée; il croyait que le duc de Vicence, prévenu trop favorablement pour ce prince, avait poussé la conriancc en lui au delà d'une juste limite, et il se persuadait que Lauriston avait été encore moins diilicile à trom|)cr ou à séduire par de vaines ajiparcnces de sincérité et de franchise.
Cependant, ce dernier ne cessant d'insister pour le départ de M. de Ncsscirodc, le chancelier, comte de llomanzof, répondait : » Quelle nécessité d’en- » voyer quelqu'un à Paris, quand en France tout I :> est prêt pour la guerre? « A cette objection l’am- . bassadeur répliquait : « C'est parce que vous avez I n promis d’envoyer quelqu’un, et que vous n’en- » voyez personne, qu’à Paris on vous suppose l'in- » tention de traîner en longueur, et dés lors on doit >• se préparer à tout événement. » Suivant ce chancelier, tout ce qui arrivait tenait à t'affaire tarsorienne 2 : ,i L’empereur .Napoléon, disait-il, sent » que le duché ne peut pas subsister tel qu’il est;
i> il veut une grande secousse pour lui donner de !• la stabilité. Pour lui (comte de llomanzof), il ne » se reprochait rien. Je perds tout, .ajoutait-il, en » perdant l’alliance; mais je ne puis pas empêcher » une rupture qui depuis longtemps est dans la » pensée de l’empereur Napoléon » Cette opinion de M. de Romanzof est -elle fondée? Ce qui nous semble évident , c’est que Napoléon peut n’étre pas fâché de paraître disposé à la guerre, dans l'espoir d'amener la Russie à quelque concession pour la détourner ; mais qu’il veuille décidément la guerre, qu’il ait sur ce point une résolution arrêtée, nous ne le croyons pas.
Lorsque, peu de jours après, on connut à Pétersbourg l’occupation de la Poméranie par les troupes françaises, le comte de Romanzof dit au général Lauriston que sans doute , sous peu de jours, la position de la Russie deviendrait tres-embarrassante ; que probablement on allait recevoir des propositions de la Suède; qu’on ne les accepterait pas avant d’avoir rompu avec le gouvernement français, mais que toutefois on ne pourrait pas les rejeter entièrement. Ce langage n’était pas sincère. S’il n’existait pas encore de négociation formelle entre les cabinets de Pétersbourg et de Stockholm , il y avait eu , depuis quelque temps déjà, un échange d’avances et de propositions plus ou moins directes, qui pouvaient, à volonté, prendre un caractère sérieux; et. en effet, par l’événement, en dépit de l’assurance contraire de M. de Romanzof, une alliance sera conclue entre les deux cabinets avant la rupture de la Russie avec la France.
L’empereur Napoléon , en faisant connallrc à Pétersbourg le motif de l'ctUrée de ses troupes en Poméranie, motif tiré du système continental, qui commandait de fermer ce débouché aux marchandises anglaises, aurait voulu que la Russie, loin d’apercevoir dans cette mesure un indice de guerre, n’y vit qu’une preuve de plus de son désir de conserver la paix. En elTel, selon son ministre des relations extérieures, u si on voulait la guerre avec » la Russie, on aurait un intérêt évident à ména- » ger * la Suède. » Le raisonnement avait quelque chose de spécieux. Pour justifier la marche des troupes françaises en .àllemagne, le duc de Bassano écrivait au général Lauriston que ces mouvements avaient été annoncés par l’Empereur au prince Kurakin : « Tant qu’on ne passe pas l’üdcr, n dont les places sont occu|)ées, il n'y a que des » mouvements intérieurs, et non des mouvements » hostiles. La France centralise scs forces; depuis
' Lcnrc du gvnér.il L.'Uirislon, en ü.ilc du 50 janvier, ’ Lciirc du général Lauriston, en date du 15 février.
’ Lettre du ncnéral Lauriston, en date du 51 janvier. 1 Lettre du duc de Uass.mo, en date du 18 février.
POLITIQUE EXTÉRIEURE
M loiiglcnips la Rassie a centralisé les siennes. Les !> années russes sont depuis un an sur les fron- » tiércs de la conféderation > , tandis que les ar- II niées françaises sont encore bien loin des fron- « ticrcs russes... Il est |K)ssiblc que rEinpercur se | >1 décide à faire avancer scs troupes jusque sur la | w Vistulc dans le mois de mars... Vous vous réscr- II verez le moyen ou de presser le départ du comte » de Nesscirode, ou meme de proposer toutefois | Il sans rien écrire, une entrevue sur la Fistule.... | Il Empêcher toute hostilité, toute violation de tern ritoire de la part de la Russie, pendant que l’Em- II pereur fera parcourir à scs troupes le territoire » de scs alliés, et gagner du temps, tel doit être » le but de vos démarches.
» L’Empereur a quatre cent mille hommes; il Il veut les porter, partie sur l'Oder, partie sur la Il Vistulc, et les tenir dans cette situation, digne n de sa grandeur et de sa puissance, pendant la Il durée des discussions.
H Lorsque les troupes seront ainsi placées, l'Em- I* pereur verra , avec un plaisir réel , des négocia- II tions, une entrevue et tout ce qui peut aplanir » les différends. On ne croira pas alors que c'est n par faiblesse qu'il négocie, car on pourra compter » ses armées.... Cet appareil formidable ne le pur- j » tera pas à la guerre; il ne menace point, il ré- ; » pond à la menace. Quand scs troupes seront sur | « l'Oder et la Vistulc, il n’jr aura rien de com- i Il promis; il sera toujours prêt à accueillir tout ce i Il qui pourra prévenir la guerre... En faisant passer n l'Oder à scs troupes, l’empereur Napoléon ne se . n met pas plus en état d'hostilité que rcmpercur M Alexandre en rassemblant troiscent mille hommes n sur le Niémen; il veut la conservation de la paix, n il veut l'alliance de Tilsitt; il ne veut pas autre ; » chose. I
Il Si vous croyez nécessaire, pour empêcher la ' » Russie de passer le Niémen, de proposer d’en- j » voyer dire aux troupes d'arrêter leur mouve- i » ment, vous pourrez le faire en faisant entendre | n que vous n'aves pas d'ordre, mais que vous vous i Il y décidez d'après la certitude que l'Empereur ne » veut pas la guerre.
n Avant de proposer une entrevue qui doit être » votre dernier moyen, vous devez offrir la réunion j » d’un congrès qui se tiendrait entre l’Üdcr et le i Il Niémen, et où l'on enverrait, de part et d'autre,
» des plénipotentiaires.
n Le roi de Prusse a envoyé un de scs aides de ; « camp, M. de Kncsebeck,à l'empereur Alexandre, n pour l’engager à la paix et lui déclarer qu’en cas
' Le «liiohc de Varsovie fais.iii partie de U confédération du Rhin. |
» de guerre, la Prusse se joindrait à la France. Vous Il devez observer .M. de Kttescheck; l’empereur Il Napoléon n'a été prévenu de cette démarche " qu’apres que cet officier était parti. Il est faux » qu'à Constantinople M. de la Tour-Maubourg ait Il rien fait contre l'intcrêt de la Russie. » Les longues citations ici ne demandent point d'exciisc. Dans le moment où les deux empereurs sont sur le point de se trouver aux prises, rien de plus importatit que de connaître leurs pensées et leurs paroles. La lettre que nous venons de citer nous parait, en ce sens, offrir le sujet d'importantes réflexions.
Lorsque l'empereur Napoléon cherche à persuader que son peu de ménagements pour la Suède est une preuve qu’il ne veut pas la guerre avec la Russie, il ne démontre bien qu'un fait, c'est qu’il pense être assez fort pour n'avoir pas besoin , en cas de querelle avec cette dernière puissance , des anciens alliés auxquels antérieurement la France, en pareil cas, se serait crue obligée de recourir. Son indifférence pour ces ressources de la vieille politique ne semble que trop bien constatée. L'Empereur est véridique, trop véridique même, quand il dit qu'il ne fait point agir à Constantinople contre les intérêts de la Russie ; il n'a en effet auprès du Grand Seigneur qu'un simple chargé d'affaires auquel une grande réserve est prescrite; et ce n’est qu'aprës avoir reconnu toute conciliation avec la Russie comme impossible, qu’il enverra auprès de la Porte ottomane un ambassadeur qui arrivera trop tard. Ainsi vont manquer à la France les deux points d'appui essentiels dont, en d’autres temps, sa diplomatie n’eùt pas négligé de s’assurer avant de commencer une guerre hasardeuse avec l'empire russe, et non-seulement ces deux anciens alliés ne seront pas avec elle, mais si, dans l’un, elle a un ami réduit à l’impuissance et à l’inaction, elle aura, dans l’autre, un de ses plus violents ennemis. Sans contredit, la masse de forces dont rcmpereur Napoléon dispose par suite de son alliance avec l’Autriche et la Prusse, forme un colosse tellement redoutable, qu’il semble pouvoir se passer de quelques auxiliaires de second ordre ; mais, lui seul, il n’eùt pas dù se laisser aller à une pareille séduction. Sa prévoyance habituelle, qui ordinairement centuple les précautions, se trouve ici comme volontairement en défaut.
Le Jour même où l’empereur Napoléon faisait transmettre à son ambassadeur en Russie les instructions contenues dans la lettre du duc de Bassano, l’empereur Alexandre répétait à cet ambassadeur que les mouvements de troupes françaises continuant toujours , il ne pouvait plus envoyer M. de Nesseirode à Paris, attendu que » ce serait
r.HAlMTRE XXHI.
(t8in
i> faircdcs avances Ils'clounail que les coursde \ Prusse et d’Autriche le jiressassenl de faire partir | pour la France un pI(^nipolcnltairc, tandis que | même de Berlin et de Vienne on lui mandait que ce pténipotemiaire serait ma) reçu... 1! pn>tcstait d'aiilcurs qu'il n’atlaqucrait pas. Relativement à l’oocupatiun <)e Ifa Poméranie, il convenait que la conduite de la Suède avait pu justenient déplaire j à la France ; mais si personnellement ce prince ne ^ témoignait |>as mettre une grande inqiortance à < ccl événement, autour de lui on s’en réjouissait fort, dans l’espoir qu'il deviendrait un élément de plus de rupture et de guerre.
Une remarque bien afnigcanlc nous frappe tout à la fois à Paris et à Potersbuurg. c’est qu'il semble manifeste que le grand ébranlement qui se prépare tient des deux côtés à un misérable seutiinent d'a> inour*proprc. Comme Alexandre renonce à son . projet d’envoyer M. de Nesseirode à Paris, parce que ce terait faire de» aranrea, Napoléon aussi veut ! d’abord compléter le déploiement de scs forces, aOn qu'on uc puisse pas dire que c'e»t par faibleste gu'il fiéf^octe, et c'est ce faux orgueil, cet orgueil puéril, indigne de si puissants princes, qui les conduira tellement près Ton de l'autre et avec de tels préparatifs qu'il deviendra impossible pour tous doux de n'en pas venir aux mains. Napoléon s'est persuadé qu'en sc montrant sur l’Oder et sur la Visiulc avec les plus grandes armées que l'Europe eût jamais vues, il pourrait faire fléchir l’empereur Alexandre. Son attente sera déçue. Alexandre ne fléchira pas. Ce prince reculera, il est vrai, devant les immenses armées de la France, mais pour les attirer sur son territoire et 1.^ engager ur»e guerre d'cxlemiinalion, un cours interminable de coml»ats h mort.
Dans l'ordre donné par le ministère français au | général Lauriston d'observer la conduite de l'aide ; de camp du roi de Prusse, M. de Kncsebeck, nous ' retrouvons une nouvelle preuve de la déüaiicequi | poursuit partout le cabinet de tb^rlin, même à Toc- ' casiori d'actes |>eul-<'tre dignes d'clogcs et de recoii' naissance.
Quoique l’empereur Napoléon entende ne négocier qu'après s’être placé, suivant l’expression ruiiGilcnliclie de son ministre, dans une situation digne de sa grandeur cl de sa puissance, il ne cesse toutefois d'appeler la négociation, autant que l'empereur de Russie semble mettre de soin à l'éviter.
colonel Czernichef se trouvant à Paris. Na|>oléi>n ; le fil venir^ l'cnlrelinl des diverses questions de- i venues des causes de inésinlelligence , et lui ex- |
' Lellre du général Lnnriston, en date du 93 février. ,
prima de nouveau sa disposition à saisir les moyens de faire cesser toute querelle. Sa conversation avec cet üffîcier avait été longue : il écrivit à Pempercur Alexandre une courte lettre, s’en remettant au compte que rendrait Paidc de camp de ce prince. l.a lettre de Napoléon était ainsi conçue : «Monn sieur mon frère après Parrivéc du courrier que X le comte Lauriston a expédié le 6 de ce mois. » j’ai pris le parti de causer avec le généra) Cxer- N nichef sur les affaires fâcheuses sun enues depuis »• quinze mois. // ne dépend que de yotre Majetlé n de tout terminer. Je la prie de ne jamais douter « de la considération distinguée que j’ai pour sa M personne. Sur ce.., * Le ton de celle lettre n’est plus celui des lettres précédentes. Cependant Pempercur Napoléon, en témoignant qu'îl est au pouvoir de l'empereur Alexandre de tout terminer, laisse toujours la voie ouverte i un arratigement. <'.e que sa lettre ne dit pas, c’est dans sa conversation avec M. de Czernichef qu’il faut le chercher. Le détail de celle conversation se trouve dans une dépêche du 2$ février, adressée par le duc de Bassano au général Lauriston. « 1/Krnpcreur. écrivait n le ministre à l'ambassadeur, a fait appeler H. de rt Czernichef; il lui a dit que, M. de Romanzof sup- M posant qu’il pouvait être détermine par des vues M relatives à la Pologne , il a voulu lui faire coti- » tiallre que la Pologne n'enirait pour rien dan»
* le» affaire» Il arme parce que l'empereur
» Alexandre a armé, parce que, depuis quinze H mois, l'enipereur Alcxandrea changé de système, » changement prouvé par l'ukase du moi» de dé- » cembre 1810, parlaprotettalionrelalireàOlden- > bourg, communiquée à lonics les pui.ssances, et y> qui ne pouvait cire considérée que comme un de » ces prctcxles qui précèdent les hostilités; enfin » par roMcerlure de» port» ru»»e» ont marcAon- » dise» anglaitea »ou» pariltOH américain.., L’Erii- » percur a fait part à M. de Czernichef de la mar- » che de ses divers cor|>s d'armée... Il ne cesse » pas de désirer une négociation dont le» rèauUai» » pui»»ent effacer l'éclat de la protetlalion et réia- » blir le» deux puitsance» dan» le» rapport» et dan» » te »y»téme de /’a//tance de Tiltiit. Lors des con- M fércrices sur le Niémen, l'empereur Alexandre M lui dit : Je ferai la guerre aux Anglais, je les hais » autant que vous; je serai de moitié pour tout ce » que vous ferez contre eux. L'empereur Napoléon » répondit : En ce cas, tout peut s'arranger, et la
• paix c.sl faite. C'est sur ce principe qu'elle fut » faite; c'est sur ce principe seul qu'elle peut sc n maintenir. » I.c duc de flassaiio iiifunnaît aussi
■ Ia*ltre de Napoléon A l'empereur Alexandre, en date du 24 février.