CHAPITRE XXXIV
FIAMCE IT RUSSIE.
Réponse <1p l'cmpcrcur Alexandre à la Ictire de Mapoléon. — Conversaiions de M. de Romanzof avec l'ainbassadciir d'Autriche. — Rapport de cet ainbauadeur h sa cour. — Conversation de l’empereur Alexandre avec le mcnie anibassadctir. — Aveux importants de ce prince. — Lan(;a('e des Russes sur leur système de guerre. — Conversation de l'cmpcrcur Alexandre avec le général Lauristou. — Larmes de l'cropereur Alexandre. — Note du duc de Bassanô à M. de Romansof. — Noie du prince Kurakin au duc de Bassano. — Départ de l'empereur Alexandre pour AVilna. — Lcilrc de Napoléon portée A Wilna par M. de Narbonne. — Instruclions données à M. de Narbonne. — Nouvelle note du prince Kurakin. — Billet du duc de B.assano à cet ambassadeur. — Conversation entre le prince Kurakin et le duc de Bassano. — Napoléon à Dresde. — Réunion de l'empereur d'Autriche, du roi de Prusse et autres souverains à Dresde. — Rcpariition de l'armée française. — Onire au général I.aurislun d'insister pour se rendre à Wilna. — Refus de la Russie sur les instances du général Laiiriston. — Retour de M. de Narbonne de Wilna. — Réponse de M. de Romanzof au duc de Bassano. — Départ de Napoléon pour Posen. — Courses de Napoléon A Thorn. à Dantzig cl A Ka’iiigsberg. — Envoi de passe-ports au prinw Kurakin. — Ordre au général Laurision de demander ses passe-ports. — Arrivée de courriers qui conBriueiil la rupture. — Proclamation de l'Empereur à l'armée. — Projet de l'Empereur d’envoyer M. de Talleyraud à Varsovie. — Motifs de ce projet.
— Son abandon. — Nomination de M. de Pradt pour celle mission. — Dernière lettre d'Alexandre A Napoléon.
— Dernière lettre de Napoléon A Alexandre. — Remarques sur ces lettres.
Tandis que l'cnipercur Napuiéon proclamait, par des actes éclatants, et scs résolutions et les moyens ticstincs à en poursuivre le succès; tandis que dans ce même temps, à Pétersbourg, les ambassadeurs de France, de Prusse et d'Autriclic ne cessaient de presser le cabinet impérial d'entrer dans une négociation réelle avec le gouvernement français, ce cabinet employait ce même mois de mars aux communications secrètes avec la Suède, qui, comme nous l'avons dit, sc terminèrent par le traité d'alliance du dont nous avons cité les graves et décisives dispositions. I.c joitr où rcmpcrcur Alexandre consentit à la signature do ce traité, ce jour-là, selon nous, la résolution de la guerre était irrévocablement arrêtée dans son esprit, et ce que désormais il va prodiguer encore de démonstrations pacifiques ne sera plus qu'un long mensonge. Cette résoluüon prise le 21 mars, il la produira plus tard dans la déclaration qui sera envoyée au prince Kurakin, avec ordre de la remettre au gouvernement français. Pour le moment, le message dont Napoléon avait chargé le colonel Czcrnichcf demeure sans résultat. A la courte lettre de Napoléon du 21 février, l’empereur Alexandre fit, le 27 mars, une réponse non moins laconique et qui
semblait laisser les choses dans la meme situation, en constatant seulement à quel poiut, de part cl d'autre, les formes du langage étaient changées : « Monsieur mon frère, écrivait rcmpcrcur Alcxan- » dre, j'ai écouté, avec la plus sérieuse attention, » le compte que m'a rendu le colonel Czcrnichef a de l'entretien que Votre Majesté a bien voulu lui » accorder en l'expédiant pour Pétersbourg. lia » communication que le prince Kurakin est chargé » de faire au ministère de Votre Majesté, de même n que celle dont il s'est déjà acquitté précédem- » meut, prouveront au monde combien j'ai tou- » jours été pré/ à tout terminer >. Je resterai conu staminciit dans ces sentiments, et tout ne dépend M que de f 'otre Alajeeté seule. Je la prie de croire à a la considération la plus distinguée que je porte » à sa personne. » La sécheresse du ton de cette réponse était sans contredit justifiée par la brièveté pareillement peu cordiale de la lettre de Napoléon ; mais du moins un long entretien de celui-ci avec le colonel Czcrnichcf avait renfermé d’importantes communications sur les divers points qui divisaient les deux gouvernements. Celle au contraire
' Répéliiion afiectéedesicriuesde la letirc de Napoléon.
CnAI»ITRE XXXIV.
dont rempereur charge le prince KurnLiri se réduit aux paroles les plus irisignifianlrs ; clic consiste prinripalemcfit à exposer les motifs qui ont cin|>êchc «renvoyer M. de Nesseirode à Paris. Ici, pour établir la silBatioii vraie des deux cabinets, nous allons puiser nus infonnaliuiis dans une correspondance étrangère.
Au commencement «lu mois d'avril , sur l’avis encore incertain, parvenu à Petersbourg. de négociations pour un rapprochement plus étroit entre la France et l'Autriche, le cabinet russe était entre en explication avec l'ambassadeur de la cour de Vienne, le comte de Saint-Julien. Le chancelier, cuinio de Uomanzof, avait entretenu cet ambassadeur de l’étal de la contestation existante entre la Russie et la France, contestation qui roulait, disaitil, sur trois points, rafTairedu duché d'Oldenbourg, le système continental et le règlement des relations coiimicrciales entre les deux pays. M. de Roiiiarizof avouait que l’empereur Napoléon désirait s'entendre avec la Russie sur ces divers objets, et il témoignait que, selon lui, il y avait cITcctiveincnt possibilité de se mettre d’accord. La Russie n'avait point encore d'engagement pris avec l'Âriglelerre ; mais, à la vérité, du jour où la guerre se déciderait, ce ne serait qu'une afTaire de vingt-quatre heures, la Suède étant là pour $ertir dt plunck» à ce rapprochement. Du reste, «krivait le comte Saint-Julien à sa cour : « La Huuie pertétèro <î » ért/er toute diicutêion et répond d'une manière » éraaice. h Voilà un fait qui ne manque pas d'importance . attesté, comme il l’est, par un témoin non suspect. O’est la Russie qui se lient avec la France <ians dos termes généraux, et qui élude la conclusion d'un arrangement désiré par Napoléon. Cette vérité va devenir plus sensible encore.
Du moment où, à Pélersbourg, la nouvelle d’un traité d'alliance entre la France et l’Autriche se i trouve cüiiliruiéc, le cabinet s'en émeut, le comte de Ruiiianzuf et l’empereur s'empressent d'en faire 1 un sujet de conférence avec raiiibassadeur autri- ^ chien, l.c langage de l'un et de l’autre est cxlrémeincril remarquable, car il renferme, relativement à rinitiative de la guerre, une véritable justification de la France. Voici dans quels termes FI. de Saint-Julien rend compte à sa cour de ses Cuiivcrsalions avec le chancelier et avec l'empereur.
Le comte de Ronianzof, en disant qu'un venait
' Rapport Uii comte de Saint-JiiHcn à ta cour, en date üu 13 avril.
* Exprt>«Moits textuelles r.'ipporiécs dans lo dépêche du comte de Sainl-Julieo.
* Nous croyons qu’eo cette cîrconsuncc rbabileié dc«
d'apprendre qu'une alliance avait été signée par le duc de Bassano elle prince de Schwarzcnl>erg, ne dissimulait pas que, si l'emitereur Alexandre sc flattait de résister honorablement à la France seule, il sentait bien qu'il ne pourrait pas résister à l'Europe entière ; que, nirnacé par une puissance limitrophe, sa position devenait plus embarrassante; que, d’un autre côté, la détermination de l’Autriche n’était peut-être pas sans danger pour clic; que, dans ce cas nouveau, la Russie pourrait s’arranger avec la France, qui d'ailleur» ne toulail que le ritabliM$ement^ du traité de TiUitt, nouvelle union de deux grands empires, qui ne laisserait pas d'élrc inquiétante pour les autres puissances que ?iapoléon ar>aH l'habitude de victimer ^ à $es qrands intérêts d'État..,,
L'avis donné indirectement à l'Autriche par M. de Romanzüf sur le danger d'une alliance, que ■ la Russie pourrait lui rendre funeste en se réron- I cillant avec Napoléon, fut répété, d’une manière I plus précise encore, i M.de Saint-Julien, par l'cmpercur Alexandre lui-méme. Dans une conférence avec cet amb.issadeur, Alexandre commença par j lui donner à lire une copie des traités, patent et ; secret, conclus entre l'Autriche et la France, copie I qu'il tenait, disait-il, de gens qui l’avaieiil toujours j bien servi Après que le comte de Saint-Julien en ! eut fait une rapide lecture, l’empereur Ah'xandrc i lui dit qu’il était très-fâché de compter dans l'Autriche un ennemi de plus; que toutefois il lui rcs- , lait encore six divisions .i lui opposer, sans parler : des autres ressources qu'il ptmvait avoir contre clic; « qu'il ri'emploierail qu'à regret tes moyens î» que lui fournissaient les mécontents d<* Hongrie ; » que, comme il ne voulait pas avoir toute l'ku- I» rope sur les bras, nous le forcerions à s’arranger <• avec la France, et qu'il ne croyait pas que cct » arrangement, très fticile et qui tefuiit à bien » peu de chose, lourndt à notre avantage. Dans ce » moment, poursuivit-il, où des cfTorls cxlraur- R dinaires me d«miiaicnt t’espoir de sortir avec » succès de cette lutte terrible, lorsque je vais c«>in- : n battre pour la cause générale, il faut que mon ' >• ancien allié se lie d’inlcrét avec mon adversaire ! \ n il faut que remperenr François me force malgré » moi à entrer on négociation avec N.'i])oléoii ! » Toutes les paroles ici doiiiandcnt à être pesées. L’empereur Alexandre annonce avoir fait « des n efforts extraordinaires de nature à lui donner
correspoodant* de l'enipereur de Riusi<* n'enl pas un j grand effort à Faire, Napoléon n'ayaoi pas demanilê mieux que de laÎMer parvenir à ce priuce la counaislancc des deux Iraiirs.
< Même rapport du comte de Saint-Julica, du 13 avril.
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l’OUTiyUE EXTÉniEÜRK.
71 r«spoir du {Succès dans une iuüc terrible. » Ces efforts, pour lui inspirer une telle confiance, doivent nécessairement dater de bien loin ! Il nourrît donc depuis longtemps déjà un projet d'allaquc! Il est donc prorondémenl hypocrite dans scs pro- (eslaliuris d'amour de la paix et de lidêlilé à l'ailiance française!
lie l'aveu de ce prince, « l'arrangement de la w Russie avec la France est très-facile; il tient à » fort peu de chose. » C’est donc bien la Russie qui s'y refuse, et ce refus n'a point pour cause te manque d'expédients propres à résoudre les points en litige entre les deux empires! Les moyens exislcut, ta volonté de la Russie les repousse cl même sans discussion! Si par hasard l'empereur Alexandre revenait, ce qu'il ne fera pas, à une riégnciatiun avec la France, ce serait l'Autriche qui t’y aurait condamné, et bien malgré lui ! il est assez curieux que ce soit la cour de Vienne qui, dans cette délicate occurcence, ait contribué à faire connaître de quel côté était la bonne foi dans les rapports d’Alexandre et de Napoléon.
Peut-être des esprits soupçonneux, malgré la franchisa des communications données alors par la cour de Vienne au gouvernement français, pourraient-ils avoir quelque doute sur la nature des sentiments que, dans le meme instant, elle laissait entrevoir à la Russie. Peut-être aussi, au lieu de s'effrayer très-vivement de la direction nouvelle suivie par cette cour, l'empereur Alexandre n'y voyail-il qu'une aberration accidentelle, essentiellemcut ]>assagèro et subordonnée aux influences de l'avenir. Ce prince put penser que l’Autriche, en s’alliant à la France, ne s'alliait qu’à la force actuelle; qu’elle ne prenait que des engagements dont la durée devait avoir pour condition nécessaire la perpétuité de la victoire; et que , si la fortune venait k trahir le drapeau français, cette union, celte fidéKté de circonstance résisterait mal à une pareille épreuve. Nous ne regardons pas comme certain que l’Autriche ail autorisé la Russie à porter d'elle un pareil jugement; mais telle a été toutefois, à ce qu'il nous semble, l’opinion ques'eri est formée rempercur Alexandre. En poursuivant seul la tàcbc dans laquelle il rcgrcllail de n'avoir pas cette puissance pour auxiliaire et mémo de l'avoir pour ennemie, ce monarque a certainement nourri l'espoir qu'un succès probable de ses armes ou d'autres incidents la ramèneraient aux vues communes qui avaient antérieurement uni les deux cabinets, et renoueraient entre Pélersboarg et Vienne les liens de leur ancienne et longue complicité. Sans celte arrière-pensée , il
' Dépêche du 3 avril 1819.
n'cùt pas persévéré, comme il le fil, dans ses bellij qucuscs dispositions.
i Tandisqu'en Russie un avaitavec ramj)assadeur { d'Autriche les cuiiversations que nous venons de I rapporter, à Paris, le ministère français ne Irmi- I vail, dans les instructions reçues et commuitiquéi'S ' par le prince Kurakin, aucune donnée qui put I amener le moindre changement dans la situation I des choses. Dès fors le principe de conduite adopte I était d'ajouter encore aux dcmonstralioiis de la ^ force. Toutefois, écrivait le duc de Bassano au général Laurislun, h les corps ^ français les plus I » avancés sont toujours à plus de soixante lieues I n du Niémen ^Sa Majesté n'a point quitte Paris;
I a on peut encore négocier; il ii'y a point d'hosli- ' M lité ; la guerre ne sera déclarée que si la Russie I H passe ses rrontièreset attaque les alliés de l'Km- » l>creur. • La pensée principale de celte lettre so i trouve dans le mol suivant: » Sa Majesté n'est point I • décidée à la guerre, mais elle est résolue, et rien i * ne peut l’cn empêcher, à effectuer le déploie- { » ment de forces immenses et à sc placer sur In Vis- I » tule. « Ascendant fatal, malheureux raffinement I de l'orgueil ! Napoléon, en réalité, voudrait éviter de combattre ; mais, tout en hésitant à engager Ig lutte, il veut que l’immensité de moyens dont il I dispose, étalée aux yeux du monde, atteste qu'il I aurait eu la certitude de vaincre.
A Pélersbourg, les préparatifs conliiincnt éga- ; Icmeiil. L'empereur Alexandre annonce son prochain départ pour Wilna, Le transfuge suédois,
; d’Armfeld, l'un des plus ardents excitateurs de la ! guerre , doit l'accompagniT et rester toujours au- I près ^ de lui. On a vu précé<lemmenl que le conseil I donné par d'ArmfcId était d’assimiler la guerre de , Russie à la guerre d'Espagne, dessein hautement ; avoué par le cabinet. M. de Romanzof lui-méme,
I en déclarant que l’on nesc dissimulait ni le génie I de Napoléon ni la supériorité relative de ses géné- I raux, répétait souvent que tout te système de la Russie serait de traîner la guerre en longueur, d'éviter les batailles rangées et de fatiguer les années françaises en se servant contre elles de tous les avantages du terrain et du climat. S'il y a sur ce point ut>c grande méprise, ce ne sont pas tes avertissements qui auront manqué.
Avantdc quitter Pélersbourg, l’empereur Alex, 'Indre eut encore quelques entretiens avec l'ambassadeur français. La qiiesiion des marchandises anglaises fut nalureilcmeiil l’objet de ces dernières discussions. «Pourquoi, disait l'empereur Alcxaii- » dre, l’empereur Napoléon ne in’a-l-il pas. à Tilit sitt, expliqué tout ce qu'il voulait? Ce n'est que
} * Ad latuâ. dUcDl les dépêches.
CltAl’ITRK XXXIV.
[I»in
» depuis un an qu'il insiste sur des tiilcrdiotiuns • absolues. Je ne veux pas faire le commerce avec I» les Anglais; niais, avec les neutres, j'cnlcrids le » faire. On examine sévèrement les papiers, on ; I» conUsqiie tout ce qui n'est pas en règle. Lajoie ■ » de r.4ngleierr« doit ilre grande de toir fieux etn- j » pires aussi unis si près d'en Tenir aux mains ! » | En prononçant ces deriiicrcs paroles, les larmes, dit le général Lauristun, roulaient dans les yeux de l’empereur Alexandre. Ces larmes claicnt-elles sincères? nous le croyons ainsi. Entre cet atlen* drisscinent d'Alexandre et son langage au comte Saint-Julien, la contradiction peut n'élrc qu’apparente. La crise est des plus extraordinaires; c'est un grand lien qu'il s'agit de rompre; au moment de lancer le colosse russe contre le colosse français, rémolion est permise cl des pleurs peuvent s'échapper sans être un signe d'abaissement ni de faiblesse.
Le conflit relatif aux marchandises anglaises est la véritable cause de la rupture imminente des deux empereurs. Sur cette question Alexandre a pris son parti. Napoléon ne peut pas davantage renoncer au dessein qu'il poursuit depuis si longtemps. « Le but > de l'alliance, répondit le général » Lauristunài'cmpereur Alexandre, étant de forcer •• rAngielcrrc à la paix, le but est manqué si, en n Russie, un reçoit les marchandises de celte puisn sance sous pavillon neutre. C'est là l'objet de » toutes les réclamations de l'Empereur depuis « dix-huit mois. Au lieu de répondre on a fait des » armements. U*i formation de dix-huit nouvelles N divisions d'infanterie date de plus de quinze I» mois, cl avait précédé de beaucoup celle de nos » sixièmes bataillons. » Toutes les conversations offraient, comme on le voit, une répétition perpétuelle de raisonnements toujours, des deux côtés, à peu prés les mêmes; mais, dans ce dernier entretien, on trouve, ce que nous n'avions point vu jusqu’à présent aussi clairement exprime, une résolution ferme de rempercur Alexandre de laisser désormais un libre accès sous pavillon neutre à toute esj[>éce de commerce, et par conséquent à celui même des marchandises anglaises. L'empereur Alexandre termina cet entretien de la manière suivante: « Je vais faire une tournée, j’ai besoin » de voir nies lruu|>cs ; mais , que je sois ici , sur *• la frontière ou à Tobolsk, partout l'Empcrear me » trouvera Ik)ii ami, bon allié, prêt à resserrer » notre alliance par Ums les liens qui ne seront pas » contraires à l'hoiifieur; dites-le-lui bien; n et eu
‘ Lellre du nénéral Laurision, en <Uu- du 1 1 avril.
• La dépêche du général Laiirislon qui en rend rnmp4e c*i dn ii avril; la déclaraiiun fut reuiiav i Paria le
se retirant, il embrassa l'ambassadeur. IA Unissent les relations personnelles du général Lauriston avec l’empereur Alexandre.
Dans ee moment où, en Russie comme en France, les conversations particulières demeurent sans conclusion, les deux rahineU ont senti le besoin de se parler réciproquement un langage officiel qui puisse imprimer un mouvement plus vif à une controverse si longtenvps slatiuanaire. De part et d'autre, il a été rétligé presque aux mêmes dates, des documents graves, renfermant des communications qui vont se cmiser entre elles; savoir, par le duc de Rassano, une notre adressée au chancelier, comte de Romanzof, et. par celui-ci, une note plus im|>orlanle encore, adressée à l’ambassadeur, prince Kurakin , pour être remise au ministère français. La quesliim de la guerre ou de la paix est renfermée dans ces deux pièces, ou plutôt la guerre est déjà dans celle qui vient de la Russie. Certes, nous n’avons nul penchant à. vouloir sup* poser chez les souverains en général, et p.irticulièrement chez l'empereur Alexandre, une profondeur de fausseté et de mauvaise foi d'autant plus odieuse qu’elle serait gratuite et n’aurait pas même l’excuse d'une véritable utilité ; mais l'envoi de la déclaration russe ayant précédé le dernier entretien * de l'ciuperour Alexandre avec le général Laorislon. nous ne saurions concevoir commentée prince a pu se permettre les assurances que nous avons entendues et sc proclamer encore ùo« aUié, bon ami, quand déjà il a donné ordre de porter à Napoléon des propositions d'une nature telle que leur acceptation, et il le sait très-bien, est abstdument impossible. Voici d'abord la substance de la note française.
Le duc de Rassano rappelle tout ce qui a préparé, accompagné, suivi la paix de Tilsitt, la médiation acceptée par rem|>ereur Alexandre pour : faire reconnaître par l’Angleterre les principes de neutralité maritime proclamés par les deux États ; ' ensuite, après le himibardcmcnl de Copenhague,
I rengagement pris par ce prince de ne jamais dé- ! roger au système convenu, système qui, en amc-
I quisilion de la Finlande. Puis vient l’affaire du j duché d'OItlctibourg, affaire facile à régler, disait I leduc (le lUssano. « mais votre gouvernement en ; » lit une affaire d'étal, et l'on vit, pour la première ‘ * fois, paraître une protestation d'un allié contre • son allié.... La Russie, par là, jolail publique- M meut le gant à la France. Un ne se dissimula
Mais dès le 94, une rommnnication ronlideiiliflle en ■rail éiédunnéeaii doc de ItasMO'^; IVavoi êiaii donc ou aD(èrieuràrcmrciicn,ou (oui au moiusdt* la iDème d.ite.
POMTIQtE EXTÉRIEURE.
N point que le refus d^une o/Tre d'indemnité dèce- » lait le projet déjà forme d'une rupture. » Ici ie ministre français s'étend sur les préparatifs de la Russie, sur le rappel de cinq divisions de son ar> mée en Moldavie, cl sur les autres niouvemcnts militaires de cette puissance dont on ne pouvait mcconiiallrc le but. Cependant Napoléon restait impassible ; il demandait que des pouvoirs fussent envoyés au prince Kurakiii pour concilier les différends qui existaient entre les deux Étals. Ces diiïcrends roulaient sur quatre points :
1" Le duché de Varsovie, au sujet duquel la Russie montrait de la défiance;
La réunion du duché d'Oldenbourg i l'empire français;
3* l«a nécessité de régler, conformément au traité de Tilsitt, la législation sur les marchandises anglaises;
4** L'uiase de décembre 1810 qui, en rompant toutes les relations eommerrialos entre la Russie et la France, et en ouvrant les ports russes aux marchandises anglaises, sous des pavillons simulés, violait le traité de Tilsitt.
A l’égard du duché de Varsovie, l'empereur Napoléon consentait à s'engager de ne rien faire directement ni indirectement pour le rélabiisseincnt de la Pologne. S'il n'avait pas été signé une convention sur cette base, la faute en était à l'incroyable obstination de la Russie à vouloir insérer, dans sa rédaction , des expressions inadmissibles.
Rclalivemcnt au duché d'Oldenbourg, l'Empereur s'était empressé d'accepter la médiation de la Russie et d'offrir une indemnité.
£n ce qui concerne le commerce des marchandises anglaises, l'Empereur avait témoigné être prêt à s'entendre sur le« moyens de concilier les Ifcsoins de la Rus.sie avec les principes du système continental et l'esprit du traité de Tilsitt.
Enfin, quanti l’ukase de 1810, pour obvier aux fâcheux cfTels de celte mesure, il était disposé à conclure un traité de commerce qui, tout en assurant les relations commerciales de la France garanties par la paix de Tilsitt, aurait tendu à ménager tous les intérêts de la Russie.
Toutes ces ouvertures, dans le but d'arriver, sur les sujets en litige, à une conciliation raisonnable, étaient demeurées sans effet, la Russie ayant constamment refusé de donner des pouvoirs, pour négocier, à son ambassadeur. Sur les instances réitérées du gouvernetuent français, cette puissance avait promis d'envoyer à Paris U. de Nessclrode avec une mission spéciale. Plusieurs mois s'étalent écoulés dans une altcnle inutile, et on avait dû renoncer à cette dernière espérance. L’état
j d'indécision où se trouvaient toutes les affaires, et I le malaise réciproque qui en était la suite, résulj talent donc évidemment du peu de disposition de : la Russie à y mettre un terme.
! A la suite de cette récapitulation du passé et des j circniistanccs qui avaient amené la situation pre- ' sente, le duc de Rassano informait le coiiile de j Romansof des démarches que Napoléon venait de ‘ faire auprès du gouvernement anglais pour nouer une négociation de paix avec ce guuveriienieot, et il ajoutait: nSi ces démarches ont quelques résul- < » tais, je m'empresserai de vous en prévenir. 5. .M. H l'empereur Alexandre y prendra part, ou en con- H séquence du traité de Tilsitt, ou comme allié de » l’Angleterre, si ses relations avec l'Augleterre i> sont déjà formées.
n II m’est formellement prescrit, monsieur le n comte, poursuivait le duc de Rassano, d'expri- . » mer, en terminant cette dépêche, le vœu déjà » manifesté par S. M. à M. le colonel Czernichef, n de voir des négociations, qu’elle n'a cessé de pro- » voquer depuis dix-huit mois, prévenir enfin des R évéaements dont l'humanité aurait tant à gémir.
B Quelle que soit la situation des choses , lorsque » celle lettre parviendra à Votre Excellence , la ■ paix dépendra encore des résolutions de votre R cabinet, r
Celte noie de M. de Rassano au comte de Romanzof porte la date du 'iü avril. Le prince Kurakin remit la sienne le 30 ^ du même mois, d'après des ordres antérieurs à cette date du 23, puisqu'ils av.iient eu le temps do venir de Pélershourg à Paris; mais de plus nous avons eu lieu de reconnaître que, bien qu'elle n’ait été remise au ministère français que le 30 avril, elle était arrivée plus tôt au prince Kurakin, qui, dès le S4, en avait confidentiellement donné connaissance au duc de Rassano ; car nous voyons ailleurs que, le même jour 24, ce ministre en rendit un compte sommaire à l'Empereur d'après la lecture rapide qu'il venait d'en faire. En rédigeant la note du 23, le ministère français savait ainsi quelle était la dcclaralioti qu'il allait recevoir de la Rassie. Quoi qu'il en soit, la I longue note du duc de Rassano, dont nous avons
I rapporté les principaux traits, ne renferme rien de blessant pour cette puissance, rien qui compronicUc le maintien de la paix. Elle laisse au contraire la porte entièrement ouverte à toutes les chances , à toutes les idées d'accommodement et de transaction.
I Tel n'est point le caractère de la note russe.
! Celle-ci n'offre de modération ni dans les choses ni dans les formes. On dirait meme qu’elle sort, avec
* ’ Le 18 (30) avril.