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CHAPITRE XXXIV

plus lier (les souverains, supposons à la place de Napoléon un prince arrivé par un miracle qucl> conque au même degré de puissance et de grandeur, est-il possible d'en imaginer un assez lâche, assez misérable pour céder sans résistance auz injonctions de la Russie? En ui»e semblable conjoncture, que doit faire Napoléon? évitertoute eiplication précise, et, sans se refuser â rien, s'enquérir si les déclarations russes sont tellement exclusives de toute transaction que 1a discussion même soit impossible. Hans celte pensée, le duc de Bassano, en reconnaissant, par un billet * au prince Kurakin, la réaepUon de ses notes du 30 avril et du 7 mai, lui dit : « Avant d'étre dans le cas d'y répon- | » dre, jc.dois demander à Votre Excellence si elle H a des jtleins pouvoirs pour arrêter, conclure et ! n signer un arrangement sur les différends qui se j H sont élevés entre les deux puissances, et, con- M furmément à Tusage de tous les cabinets , de M m'ciidoimerpréalablemenlcommuiiication. fl La question était toute simple. Le prince Kurakin en I montre une grande surprise. On connaît , dit-il , set offres coMciliantes; il est toujours prêt à s'entendre sur la forme â leur donner par la rédaction d'une ronvention qu'il signera sub spe raii. t^uoiqu'il soit sans pouvoirs particuliers pour signer cette convention, il a l’espoir qu'elle sera ratiQée, l'annonce de pleins pouvoirs spéciaux lui ayant été faite «< au cas où les bases proposées par lui auraient été acceptées par S. M. l'Empereur. * Ainsi la Russie prévoyait si bien rimpossibilité pour la Fraucc de souscrire â scs propositions, qu'elle n'avait pas même donné à son ambassadeur de pouvoirs pour signer l’acte qui les aurait admises. On dirait qu’en lus exprimant elle en a craint l'aeceptalion.

I.e même jour, 9 mai, le duc de Bassano vit le ]>riiice Kurakin pour te mettre dans le cas de s’expliquer en personne et tl'uiie manière deflnitive sur les deux points suivants :

A-t-ii des |H)uvoirs pour traiter? La réponse fut qu'il n'en avait pas.

A-l-il l'ordre de demander scs passe-ports? Non : il les a demandés tans ordre, étant blessé du refus que l'on fait de traiter avec lui.

Sur les observations que lui Qt le duc de Bassano, concernant la gravité de sa démarche, la demande de scs passe-ports, le prince kurakin ne lui répondit que par des larmes*. On a remarqué aussi

' Fn date du 0 mai.

* Compte rendu k PEmpereur, le 10 mai, par le duc fie bauano.

' tjuelqiie» écrivains, et même des flatiriirs de Napoléon. evatnie M. de Pradi , n'nni p.'is manqité de prêter

que l'empereur Alexandre a pleuré dans son dernier entretien avec le général Laurislon. C’est par des Bols du plus pur sang de la France que ces larmes russes seront payées.

Le 11 mai, le prince Kurakin ayant renouvelé la demande de ses passe -ports, sans recevoir de réponse, se relira dans sa maison de campagne à Sèvres. Tout rapport a cessé entre cet ambassadeur et le ministère français; la question va sc trouver transportée ailleurs.

Le destin, ce capricieux arbitre des vicissitudes humaines, ce grand prêtre perfide qui couronne de fleurs ses victimes svant de les frapper, le destin, dont la main de fer doit bienlAt s'appesantir sur Napoléon, vent encore auparavant lui faire goûter, â pleine coupe, toutes les jouissances de la viinité, tous les triomphes de l'orgueil. L'Empereur a quitté l*.ins le 9 mai. Après avoir, à cause de rimpéralrice, pris quelques tuooienls de re|M>s sur sa route, à Mayence, où ü a reçu le grand-duc de Hesse-Darmstadt et le prince d'Anhall-Coethen ; à AschafTenbourg, chci le prince primat; à Wurlibourg. chez le grand-duc, où raUendaicnl le graiid-d«c de Bade et le rut deWurtetitberg.l’F,iii|H>reurestrendu,le 16, à Dresde. Detix jours après, cette résidence voit arriver l’empereur et l'impératrice* d’Autriche. De son eùlé, le roi de. Prusse y accourt pour saluer son nouvel allié cl lui prose tilers4>n fils, le prince royal. O n'est plus ici comme â Erfurt, une entrevue où les Souverains soicitl sur un pied d'égalité entre eux. Ce sont des courtisans couronnés que l'Autriche et ta Prusae réunissent auprès de Na|>oléon. Fraiieois II et Feéiicric-Guillaunic sont, par le fait, de grands VB.ssaax qui viennent rendre hommage à leur vuieratn. Autour d'eux se pressent le grandduc do Wurixboorg. les princes régnants de Saxe- Weimar, de Saxc-ColKiurg-ct de Dessau. puis, â un degré inférieur MUs le rappurldcs litres, mais bien supérieur sous le point de vue de l'importance personnelle, UM. de Helternich cl d’IIardenberg, Puo euiiite ut Paulrr baron, tous deux desUnét à devenir bientùl, a\ee le litre de princes, de puissants et hauts pcfMnnage.s |N»ur prix des succès qu'ils devront aux fautes de Phomme dont, en ce moment, ils admirent le génie, encensent la grandeur, et recherchent les.bonnes grâces.

Jamais dans nos temps modernes, jamais dans aucun Mode de l'antiquité, la puissance ii’alla plus loin. Napokuii en a touché le faite; monter plus

k «a coniesanre, dnrani ton ** Dresde, un «ir de

gauehartt et d'eœbarnM que faisaient ressortir, soirant eux, la dignité el l'aisance laol soit peu dedAigneusr du l'inipêralrici' d'Aulriche; misérable tribut de maiivaU goùl, payé' k IVspnt de la restaiiralion!

POUTKJUE EXrÉRIKlIBE.

hant est impossible ; force lui sera bientôt de descendre , et descendre d'un sommet si élevé, c'est rouler dans un abîme.

(^)uclques jours s'écoulèrent à Dresde dans les devoirs d'une représentation dont les inlcrvallcs ne restaient pas oisifs. Napoléon, tout en cherchant, par ses attentions et ses prévenances, â se concilier l'afTection de l'empereur François, et à effacer, dans l'esprit de l'inipératricc, des préventions peu bienveillantes qui ne s'étaient pas toujours dissimulées, ne perdait de vue ni la politique ni la guerre.

Quoique notre intention soit, moins que jamais, d'exposer en détail les opérations militaires, nous devons cependant, à de certaines époques, signaler la situation de l'année, de manière à préparer l'intelligence des événements qui doivent suivre. Selon les rapports du commencement de mai, hv grande armée sc composait de dix corps entre lesquels étaient répartis quarante divisions d'irifantcrie, quatre-vingt-dix mille hommes de cavalerie, et quinze cents pièces de canon. Une grande partie de CCS forces s'étendait sur la Vislulc depuis Dantzig jusqu'à Zamosc. Le roi de Wcslphalic était à Ralish et en marche sur Varsovie ; le prince viceroi, a Plock ; le duc d'Elchingeii, à Thurn; le duc de Reggiu, à Uarienwerder; le prince d'Ëckmülil, à Dantzig; la garde impériale avec le grand quartier général, à Posen; le neuvième corps, duc de Bcilunc, en réserve sur l'Oder ; le dixième, duc do Tarente , sur l'KIbc. De Dresde , des ordres nouveaux étaient adressés à tous ces corps, afln qu'ils pussent agir, dans on système d'ensemble, le jour où ils en recevraient le signal.

Les dispositions faites pour la guerre n'empécbent point l'échange des paroles de paix. L'Empereur, n’ayant point reçu de réponse aux communications portées à Wihia par M. de Narbonne, continuait lui- même à donner des ordres à son ambassadeur à l'ctcrsbourg, comme s'il eût encore clé possible d'arriver, par cette voie, à quelque résultat. Le àO mai, le duc de Bassano écrivant de Dresde à cet ambassadeur, lui envoyait copie des notes du prince Kurakin, et particulièrement de celles par lesquelles il demandait scs passe-ports : •I Vous exprimerez, disait ce ministre au général

■ Laurislon, réionnement que S. U. a du éprou-

■ ver lorsque je lui ai rendu compte des demar- H ches si inattendues et si contraires aux dispo- N sitions que l'empereur Alexandre vous avait » manifestées à vous-méme, lorsqu'elle a vu que, » dans tes notes de l'ambassadeur de Rossic, on

• I.eifrf datée de M'iloa, le 37 mai f 8 juin).

3 Bicnov.

n présentait l'évacuation de la Prusse comme une *» condilion telle que S. M. n'en avait jamais pro- » posé de semblables après les plus grandes vie- » loires ; lorsque enfin, en réclamant l’évacuation » de la Prusse, on viole son indépendance, puisn qu'on exige la destruction des engagements po- I M litiques qu'elle a contractés, en usant du droit j M qui appartient à tous les souverains. Vous ferex B sentir, monsieur le comte, combien les notes M du prince Kurakin sont opposées, parleur forme » et par leur contenu, aux dispositions pacifiques » dont cet ambassadeur donnait l'assurance; par i> quel esprit de conciliation S. .M. est portée n à penser qu'en les présentant ci qu'en y joi- I» gnant la demande réitérée de ses passe-ports, » il est allé au delà de ce qui était prescrit, et I» avec quel regret, si elles étaient véritablement » l'expression des sentiments cl le résultat des or- M dres de la cour de Pélersbourg, S. M. verrait M s'évanouir tout espoir de parvenir, par une né- B gociation qu'elle a constamment provoquée de- H puis près de deux ans, a arranger enfin les diffe- » rends qui divisent les deux pays.

» Vous insisterez, monsieur le comte, pour B obtenir des explications qui puissent encore » laisser la voie ouverte à un accommodement, b I En conséquence des ordres de l'Empereur, le général Laurislon ayant écrit à M. de Romansof ; pour demander à se rendre auprès do l'empereur ; Alexandre, l'autorisation ne lui en fut point accordée. « Quoiqu'au milieu de ses troupes, lui ré- » pondit ^ le comte de Romansof, S. M. eût trouvé » plaisir à se détacher un moment de ses occupa- I n lions présentes pour recevoir près d'elle l'am- ! w bassadeur d'un iouttrain, $on altié; mais une R circonstance étrangère à toutes les pensées de R S. M. l’cn empêche, r Celle circonstance était la nouvelle que l'on venait de recevoir de l'interruption du passage des courriers entre Kœnigs- ' berg et Mcniel. • D'ailleurs, ajoutait M. de Ro- ; » mansof, S. M. n'etant pas prévenue non plus de a la nature des communications dont Votre Ex- R ceilcnce est chargée, vous invite à préférer de ne point quitter Fétersbourg, cl de me faire R l'honneur de m'adresser, par écrit, les conimu- B nicalions dont vous devez vousacquitter.» Il était impossible au général Laurislon de ne pas voir, dans ce refus, une véritable rupture de toute relation avec lui. Il ne lui restait qu'à s'en plaindre; car que pouvaient produire* des communications par écrit, puisque huit jours suffisaient à peine pour avoir une réponse?

* Lettre du général LauristoD i M. de RomaiMoF, du 13 juin.

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