‹ Histoire de FranceChapitre 15 sur 142 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

AFFAIRES EXTERIEURES

D^pnri «1p Frrdinnml puiir .illcr an-dovani dp Napoléon. — Mise rn lil>crtv du prince de la Paix. — Di^parl de* vieux xfiuvprain» pour aller aii*»i au-devant de l’Empereur. — Cnnacil tenu par l'Empereur avant »otl départ pour le Midi. — Arrivée de Napoléon .A Bayonne. — Lettre de Ferninand h l’Empereur. — Réponse de l’Empereur à Ferdinand.— Délibération des conseiller* de Ferdinand à Vittoria. — Disposition des conseillers de Fenlinand A se rendre l’Empereur favorable par quelque cession de territoire. — Opposition du peuple de Vittoria au départ de Ferdinand. — Arrivée de Ferdinanil A Bayonne. — Notification faite h ce prince des intentons de l’Empereur. — Conversations de l’Empereur avec le* conseiller* de Ferdinand. — Lettre* interceptées de Ferdinand. — Arrivée à Bayonne de C.liarle* IV et ilu prince de la Paix. — Intimation ftiitc par Charles IV A son fils de lui remettre sa couronne. — AlNlicatiou conditionnelle de Fertiinand cl lettre A son père. — Réponse de Charles IV A Ferdinand.

— Réplique de Ferdinand A la lettre de sou père.— Nomination du grand-duo de Berg comme lieutenant général du royaume. — Insiirnrction du 2 mai A Madrid. — Sommation impérative faite par Charles IV A Ferdinand de renoncer A la couronne. — Renonciation de Ferdinand. — Traité par lequel Charles IV cède ses droits A Napoléon.

— Signature par Ferdinand tl’un traité semblable. — Reconnaissance A Madrid des cessions de Bayonne. — Prétentions du granil-diic de Berg A la couronne d’Espagne. — Convocation d’une junte extraordinaire A Bayonne. — Proclamation de l’Empereur A la nation espagnole. — Commencement d’iusurrection en Espagne. — Ouvcrtitre de la junte. — Serment du roi et de la junte A laconstilulioii. — Bases de la constitution. — Composition du miuistère. — Caractère afliigcant des événements de Bayonne.

Dans les prentiers jours du mois d’avril, le général Savary, étant arrivé à Madrid , s’était empressé d’aller voir le vieux roi et de lui exprimer l’intérélquc l’Empereur prenait à sa positioti. Sur les instaticcs du chanoine' Escuiquiz et du duc île riiirantado, il vit aus.si Ferdinnnil VII. Le nouveau roi, dont on avait déjà annoncé le tiépart pour aller au-devant de l'Empereur, résolut, à la suite tic cette conversation, de se rendre immédiatement à Ritrgos. Il dit, le même jour, à ,M. de Ileauliarnais , qu'il partirait, le 10, avec le général Savary ixpti » s’était offert à lui dunner cette marque de rcs- » pect. » Pour s’a.ssurer un bon accueil, Fertlinand pria .son père de le charger il’unc lettre pour l’Einpereur. Dans cette lettre, disait-il au roi Charles,

•t vous féliciterez l’Empereur de son arrivée cl vous | Il lui témoignerez que j’ai pour lui les mêmes K sentiments que vous lui avez démontrés, u Char- I les IV ne crut pas devoir se porter garant des sen-

' >Illc, ignariis doli , vcl , si iniciligerc crcdcrcltir,

■ mcliicns, in tirbem propcral.s Tacite, livre 11.

• Plus tard, le* ministirs, vit la gravité des circonstaticcs , crurent devoir fortifier la junte du gouverne- I

timentsdeson iils. Le 10 au matin, celui-ci partit en effet pour Burgos. Arrivé en celte ville, soti désir était de s’y arrêter; tuais le général Savary. assurant toujours que l’Empereur ne potivait pas être bien éloigné, Ferdinatid * conlintia sa marche pour Vittoria, Parmi les pcrsotttiages distittgtiés qui le suivirctil, se Irouvaietit le dticdcrinfatilado, présidetil du cotiseil de Ciaslillc, le duc de San Carlos, premier tnajordomc, et (loti Pedro Cevallos, secrétaire d’Elal des affaires étrangères. Avant son départ, E'erdinand avait ordonné que les ministres rormeraient, sous la présidence de rinfant don Antonio, son oncle, une junte * suprême de goitvernement, chargée d’admiiiistrcr en son nom, cl autorisée à prendre toutes les mesures d’urgence. Parmi les membres de la junte, sc trouvaient deux hommes de bien, qui étaient en même temps des hommes d’un vrai mérite, excellents Espagnols, appartenant à cette minorité peu nombreuse qui

ment en y appelant !<>* gouverneurs cl doyens des conseils siipréinrs. et en s’adjoignant de plus deux inembn's de chacun de ces conseils, pour premire part à sc* délibérations.

AFFAlllES EXTÉRIEURES.

vuulaii In n'Tnrine des vieux abus de la monarchie. C'était le ministre des linanccs Azaiiza, et le ministre de la guerre, le général 0-Farill >. Nous les signalons dés ce moment, parce que tous deux, etrangers aux intrigues anterieures, ils n’ont été ap|>clés au ministère qu'après l’élévation do Ferdinand, et que plus tard, lorsqu'ils auront prêté serment à un autre prince , ils seront fidèles h ce serment.

Durant son séjour à Uadrid , le général Savary avait fait quelques tentatives |>our obtenir la mise en liberté du prince de la Faix. Scs insinuations u’ayaiit pas été accueillies avec faveur, il s’en était désisté, ne se sentant pas autorisé sufilsaminent pour donner à scs démarches un caractère plus significatif. Le grand-duc de Berg avait ensuite, mais en vain, fait demander à l'infant don Antonio, par l’ambassadeur Beauliarnais, la remise amicale du prisonnier. La junte voulut auparavant en référer au roi, qui alors devait être à Burgos; mais, dans l’intervalle, l’Empereur ayant écrit au grandduc de Berg que Ferdinand avait mis à sa disposition le prince de la Paix, et le grand-duc ayant donné plus de force à ses instances devenues olficielles, la junte du gouvernement, qui d’ailleurs avait reçu ^ du ministre Cevallos un avis semblable à celui que rEmpcrcur avait donné au grand-duc, SC crut obligée de condescendre à une volonté aussi prononcée, d’autant plus que chaque jour à Madrid, les circonstances devenaient plus graves. Le prince de la Paix fut remis à l’autorité française pour être envoyé en France.

l.à ne se bornaient plus les demandes du grandduc; il voulait en outre le rétablissement du roi Charles IV. Le 17 avril, le vieux roi avait adressé à l’infant don Antonio, président de la junte, une déclaration portant qu’ayant abdiqué sous les menaces de la révolte, il avait, aussitôt après, protesté contre cette abdication que la violence seule lui avait arrachée. <> Aujourd’hui, disait ce prince, » que ma protestation se trouve entre les mainsde U mon auguste ami et fidèle allié l’Empereur des » Français, qu’il est notoire que mon fils n’a pu X obtenir d’être reconnu comme roi par S. M. I., je » déclare solennellement que l’acte d’abdication » signé par moi le 19 mars, est nul eu toutes ses

' Il parties.» Il annonçait en conséquence qu’il re- I prenait la couronne, et ordonnait à la junte d'en j donner connaissance i ses peuples. Cette lettre du I roi Charles IV fut l’objet d’une conférence entre le I grand-duc et deux commissaires délégués par la ! junte du gouvernement. Dans cette conférence, à I laquelle assista M. Delaforét, nouvel ambassadeur 3 > on Espagne, il fut convenu que la junte allait rendre compte au roi Ferdinand de la déclaration de Charles IV et de la demande du grand-duc à l’appui de cette déclaration ; que provisoirement l’une et I l’autre seraient tenues secrètes ; et que Charles IV, qui s’abstiendrait pour le moment d’exercer en Espagne aucun acte de l’autorité royale, serait prié de SC mettre en route avec la reine pour la frontière, où tout serait réglé de concert entre le vieux roi, son fils et l’Empereur. Il est vraisemblable que c’était là, en elTct, tout ce que désirait le grandduc de Berg.

Cependant l’empereur Napoléon s’était décidé à se mettre en route pour le midi de la France. I.a veille de son départ, le 1" avril, il appela dans son cabinet M. le prince de Bénévent, son ancien ministre des relations extérieures, et M. de Champagny *, son ministre actuel. Dans une conversation qui dura plusieurs heures, on examina sous tonies scs faces la question espagnole; on rechercha quel était le parti le plus convenable , ou de recommencer l’ouvrage de Louis XIV en changeant la dynastie d’Espagne, ou de maintenir sur le trône les rejetons usés de cette dynastie, en se contentant de leur faire aeheter ce maintien par une cession de territoire. Les raisons pour et contre chacune de ces hypothèses furent longuement débattues et balancées. Nulle opinion ne fut exclusivement soutenue par aucun des trois interlocuteurs. Chacun présenta tour à tour sur chaque combinaison les dangers et les avantages. On se sépara sans qu’aucune détermination eût été définitivement adoptée *. Celle que l’Empereur manifesta bientôt va se former d’après les rapports successifs qu’il recevra dans sa route et à Bayonne même. Les trois ambassadeurs que lui avait envoyés Ferdinand VII pour lui notifier son avènement au trône , le rencontrèrent entre Tours et Poitiers. Sous divers prétextes, il évita de leur donner au-

' J’ai vécu plusieurs années à Berlin avec le général 0-Farill, ministre d’Espagne en celle résidence, de 1800 à 1805. Plein d'honneur et de loyauté comme l’était cet excellent homme , s'il s’est attache au système de la France, c’est qu’il était persuadé qu’il n’y avoit pas d’autre moyen de salut pour son pays.

* La junte ne pouvait pas dissimuler qu’elle avait reçu un avis semblable du ministre Cevallos. lUémoin d« AiaHia et 0-FariH,

’ Il ne devait pas déployer ce caractère arant que le goucemement fût réglé.

* Crs détails m’ont été donnés par M. de Cbampagny, duc de Cadore.

‘Nous parlerons ailleurs d’une lettre du 37 mars 1 808, qui constate que Napoléon, dans l’hypothèse de l’élévation d’un de scs frères sur le trône d'Espagne, avait d’abord songé à placer sur ce trône le roi Louis qui régnait en Hollande.

CHAPITHE V.

(lience, et les (U inviter à se trouver à Bayonne, où il s’empresserait de les recevoir. Il est évident qu’il ne voulait ni s’expliquer, ni s’engager sur rien avant de tout connaître à fond. L’Empereur passa dans la ville de Bordeaux quelques jours, qui ne furent pas perdus pour le bien-être de cette contrée. Il était à Bayonne dans la nuit du 14 au 15 avril.

A son arrivée, il trouva le général Savary qui lui remit une lettre de Ferdinand VII datée de Vittoria. Ferdinand s’était arrêté dans cette ville le 15. Là s'étaient augmentées les hésitations et les craintes de son conseil. On avait cru rencontrer l'Empereur sur le territoire espagnol, et on n’apprenait pas même qu’il fût encore à la frontière du territoire français.Onjugca que le roi devait d'abord lui écrire et attendre sa réponse pour décider s'il irait plus loin.

Après avoir témoigné qu’élevé au trône par l’abdication libre et spontanée de son auguste père, il n’avait pu voir, sans un véritable regret, que l’cmbassadeur Beauharnais et le grand-duc de Berg n'eussent pas cru devoir le féliciter comme souverain d'Espagne, il exposait tout ce qu'il avait fait, depuis son avènement, pour convaincre S. M. I. de son vif désir de resserrer les liens d'amitié et d’alliance qui existaient entre les deux pays. Il avait accédé volontiers â l’invitation que lui avait faite le général Savary de venir au-devant de l’Empereur, » d’autant plus qu'il avait déjà manifesté à Sa Mail jesté ses intentions à cet égard. En conséquence, » je me suis rendu , ajoutait-il , dans ma ville de Il Vittoria, sans égard aux soins indispensables » d'un nouveau règne, qui auraient exigé ma rcsi- » dence au centre de mes Étals. » Il priait ensuite l’Empereur de faire cesser la situation pénible à laquelle il l'avait réduit par son silence. La réponse de l’Empereur fut prompte. Le 16, le général Savary fut envoyé auprès de Ferdinand avec une lettre dont nous citons quelques traits assez remarquables, pareeque ce sont tous ces actes antérieurs à la réunion de la famille d’Espagne à Bayonne, qui expliquent d’avance l'issue des événements auxquels nous allons assister. D'ailleurs, si cette lettre cache une arrière-pensée généreuse, elle n’en renferme pas moins des observations > pleines de justesse cl de sens.

L’Empereur commence par dire qu’ayant eu l'intention de se rendre à Madrid, il espérait porter son auguste ami, le roi Charles IV, à donner, par le renvoi du prinee de la Paix, satisfaction à l'opinion publique; mais que les alTaires du Nord

' Cev.itlos dii que les expressions de celle Icllrc ne soiii ni flstleiises. ni décernes. Le lecieur pciii en juger.

-avaient retardé son voyage. «i Les événements Il d’.Aranjuez, continue-t-il, ont eu lieu. Je ne suis Il point juge de ce qui s’csl passé et de la conduite M du prince de la Paix; mais ce que je sais bien, n c’est qu'il est dangereux pour les rois d’accou- >1 tumer les peuples à répandre du sang et à se faire n justice eux-mêmes. Je prie Dieu que V. A. R. Il n’en fasse pas elle-même un jour l’expérience. Il II n’est pas de l’intérêt de l'Espagne de faire du Il mal à un prince qui a épousé une princesse du >1 sang royal et qui a si longtemps régi le royaume, n II n’a plus d'amis; Votre Altesse n'en aura plus, » si jamais elle est malheureuse. Les peuples se » vengent volontiers des hommages qu'ils nous Il rendent. Comment d'ailleurs pourrait-on faire Il le procès au prince de la Paix, sans le faire à la Il reine cl au roi votre père? Ce procès alimentera Il les haines cl les passions factieuses; le résultat Il en sera funeste pour votre couronne ; V. A. R. n déchire par là scs droits. Qu’elle ferme l’oreille Il à des conseils faibles cl perfides. Elle n'a pas le Il droit de juger le prince de la Paix. Scs crimes, Il si on lui en reproche, se perdent dans les droits Il du trône. J'ai souvent exprimé le désir que le Il prince de la Paix fût éloigné des affaires. Mon Il amitié pour le roi Charles m’a porté souvent à n me taire cLà détourner les yeux des faiblesses de Il son attachement. Misérables hommes que nous Il sommes! faiblesse et erreur, voilà notre lot! Mais » tout peut se concilier. Que le prince de la Paix Il soit exilé d'Espagne, cl je lui offre un refuge en n France, n Tout ce passage est un mélange de tristes vérités cl de réOexions très-saines. Ce serait un langage tout à fait digne d'éloge, s’il était désintéressé.

« Quant à l'abdication de Charles IV, poursuit Il l'Empereur, elle a eu lieu dans un moment où Il mes armées couvraient les Espagnes; et, aux Il yeux de l’Europe cl de la postérité, je paraîtrais Il n’avoir envoyé tant de troupes que pour pré- II cipilcr du trône mon allié et mon ami. Comme Il souverain voisin , il m’est permis de vouloir Il connaître tout, avant de reconnaître celle abdi- II cation. Je le dis à V. A. R. , aUx Espagnols, au Il monde entier : si l’abdication du roi Charles est Il de pur mouvement , s’il n’y a pas été forcé par n rémculc d’Aratyuez, je ne fais aucune difli- 11 cullé de l’admettre, cl je reconnais V. A. R. Il comme roi d’Espagne. Je désire donc causer Il avec elle sur cet objet. La circonspection que Il je porte depuis un mois dans ces affaires doit Il lui être un sùr garant de l’appui qu’elle trouvera Il en moi, si, à son tour, des factions, de quelque n nature qu’elles .soient, venaient à l’inquiéter sur Il son trône.

(ISOd]

AFFAIRES EXTERIEURES

«< l.orflque le roi Charles IV me fit pnrl de rév^> M ncinriit du mois d'octohre dernier., j’en fus douw lourcusemcnt aflecté, et je pense avoir contribué, M par les insinuations que j'ai faites, à la bonne n issue de l'afTairc de TEscurial, V. A. R. avait » bien des torts; je n'en veux pour preuve que » la lettre qu’elle m’a écrite . et que j’ai conslam-

ment voulu oublier. Roi à son tour, elle saura n combien les droits du tn'^nc sont sacrés. Tout n recours prés d’un souverain étranger, de la part n d’un prince héréditaire, est criminel, n

Ici Cevatlos relève l'omission d’un paragraphe de la lettre dans la publication du Moniteur. Cv passage se rapporte au mariage de Ferdinand avec une princesse de la famille de Napoléon , mariage sollicité par Ferdinand tui-inémc, cl ensuite par le prince de la Paix, au nom de Charles IV. Le voici : M l.c mariage d’une princesse française avec V. A. » R. s'accorde, dans mon opinion, avec les intérêts I» de mon peuple, et je le regarde plus spécialement n comme une circonstance qui m'unirait par de » nouveaux nœuds à une maison dont j'ai à me » louer de toute manière, pour la conduite qu’elle » a tenue depuis l’époque de mon avènement au w Irène. » Nous blâmons, sans hésiter, la suppression de ce passage. Pour être sincère, toute publication doit être complète. Mais ensuite j'ai peine à trouver dans ce paragraphe une vcrilable importance, d'autant plus qu’il va encore être question de ce mariage dans les propositions qui seront faites à Ferdinand.

Le reste de la lettre renfermait des plaintes sur la conduite dn capitaine général de la Catalogne, et on avertissement sur les suites fAcbeuses que pourrait avoir l’assassinat de militaires français isolés. I/Empercur finissait en disant qu’il flottait entre des idées diverses qui avaient l>csoin d’élro fixées.

Telle était la réponse de l'Empereur, sur laquelle eurent à délibérer les principaux personnages qui environnaient le roi Ferdinand à Vitloria. l)e tous les hommes qui, dans ce moment, se trouvcrciU auprès de ce prince, celui dont les événements ont atteste le mieux la profonde sagacité, fut l’cxininislrc Urquijo, retiré dans la Biscaye, sa patrie, mais qui était accouru pour voir Ferdinand à son passage. Soit que l'Empereur ail été réellement irrésolu jusqu'à la dernière heure, soit qu'une feinte indécision cachât en lui une détcrntinalion bien prise, Urquijo a prédit ce qui s'est réalisé. Selon lui, il ne s'agit de rien moins pour Napoléon que d'abolir la dynastie des Bourbons en Espagne

pour y établir la sienne. Se rendre à Bayonne, c'est aller l'inviter à le faire. Si on allègue que l’Empereur ne peut passe souiller d'une action semblable. Urquijo répond : •• Lisez Plutarque et vous n verrez que tous ces héros de la Grèce et de Rome » n'acquirent tant de renommée qu'en montant n sur des milliers de cadavres. >• Il cite Charlcs- Qiiint détrènant des princes devenus scs prisonniers par perfidie, et qui n'en n'est pas moins compté parmi les héros. L'histoire d'Espagne lui fournit encore d’autres exemples d'usurpateurs qui , par des assassinats de rois, sc sont assis sur le trône.' et sont devenus des nionarques très-légitimes. Il , rappelle diverses al)dicatiuns de souverains espagnols, et conclut que, si Charles IV réclame contre la violence de la sienne, ni lui ni Ferdinand ne régnera en Espagne. Sur rolijcclion que l’Empereur craindrait de blesser l'opinion en France par une si criante injustice, Urquijo faisait remarquer que la nation française est toujours enchantée de ce qui rétunne; que d'ailleurs elle gagnerait beaucoup dans rintérèt de son commerce, si les souverains des deux peuples étaient d'une meme fainillc; que, si Napoléon consolidait son empire par de bonnes institutions morales, la France l'adorerait, comme l'ayant sauvée des orages de sa terrible révolution, qu'elle bénirait sa dynastie, et regarderait comme une gloire l'occupation de plusieurs trônes de l'Europe par des membres de la famille de son souverain. A la suite de ces raisonnements et de plusieurs autres non moins sensés, Urquijo exprimait l’avis qu'il n’y avait qu'un seul parti i prendre, c’était de faire partir le roi dansla nuit, incognito, et de le conduire dans l’Aragon. Là, il serait en position de traiter de puissance à puissance avec l’Empereur, et celui-ci serait obligé de changer * ses plans.

Une antre personne, avant le départ mémo de Madrid , avlit fait donner au roi le conseil secret d'éviter de se rendre en France : c’était Joseph Martinez Hervas, beau-frère du général Duroc, et dont le père est devenu marquis (TAlmeiiara.

A Vittoria, Hervas fit porter une seconde fors les mêmes avertissements au roi, et il semble qu’on n'eùl pas dû les négliger, puisque ce jeune homme, qui avait accompagné legénéral Savary en Flspagne, était alors censé plutôt F'rançais qu’Espagnol , et qu’un avis pareil, venant de lui, ne pouvait |)artir que d'un fond sincère d’affection pour son pays natal. Ni Urquijo ni Hervas ^ ne furent écoutes, principale considération qui détermina Icscon-

' ban» UD« conférence avec l'Empereur, le chanoine Escoiqiiiz paria de cetie idée de faire échapper le roi, en ce gaixlant bien d'avouer qu'il était un de ceux (pii l'a-

vaient combattue. «C’était là, répondit PEmperenr. ce • que rons auriez en à faire de mieux.»

* J'avais vu à Berlin, en IBOt et IBOi, li; jeune llerva!^.

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