CHAPITRE V
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scillcrs do Ferdinand à lui faire |H>ursuivrc son voyage jusqu’à Bayonne , c'est qu'ils espéraient contenter l’ambition de rEni|)crcur par quelques cessions de territoire. « Le conseil, dit 1e chanoine i> Escoïquiz, se persuada que le roi n’aurait tout » au plus à craindre qu’une cession des provinces Il de l'Èbrc, ou indme que tout se réduirait à la » perte de la Navarre. » Ce chanoine et ses compagnons fonl ici bon marche d’une portion du territoire espagnol. L’agent du prince de la Paix, Yszquierdo, avait frémi à ridée d'uncscmblabic cession. *11 est malheureux que rEin|iereur ne devine pas toute la complaisance qu’il pourrait trouver aujourd'hui dans le conseil de Ferdinand. Au fond, c’est là ce qu’il désire le plus, puisqu’il le voudra ultérieurement, même avec un roi de sa famille. En ce moment on serait prêt à le lui accorder, et il ne le deibande pas! Il ne le demande pas, parce qu'il veut davantage. En voyant de près les princes de la maison d’Espagne, il va croire qu’il peut se dispenser d’en tenir compte, et il aurait raison s’il n’y avait que des princes en Espagne, ou si l’Espagne ressemblait à ses princes.
Pour sc disculper de n’avoir pas empêché te roi de continuer son voyage, Escoïquiz et Ccvallos assurent, dans leurs écrits, qu'ils ont dû .ajouter fui aux protestations du général Savary, qui déclarait qu’à la vérité l’Empereur pourrait d’abord ' traiter F'erdinand comme altesse royale, mais que certainement il ne tarderait pas à le reconnaître comiiic roi. L’excuse est bien peu solide. C’était par la lettre de l’Empereur qu'il fallait juger ses dispositions, et non par le langage d'un aide de camp qui n’avait d’autre titre que d'étre le |>ortcur de la dépêche impériale. Le menu peuple, dont souvent l’instinct est plus éclairé que la raison des conseillers des princes, voulut empêcher le roi de quitter la ville. Un attroupement considérable sc forma devant la maison qu’il occupait; un coupa les attelages des voilures, en sorte que le départ fut un moment suspendu. On n’en persista pas moins à partir. Il parait que dans Yiltoria même, on sc croyait déjà entouré de troupes françaises, au point de n’élre pas maître de prendre une autre détermination. Plus Ferdinand approchait de la frontière, plus il lui était ciïeclivemcnt dilKcilc de retourner ' sur scs pas.
altiiciié à In Icg.ilioii d'I'spaj'iie .'uiprês du général 0-Farill. Le secrélaire de celle légation, roinle de Cnsa-Valeueia, vn sc Iroiircr bientôt h Madrid eonsciller d'Élnl sous le roi Joseph. Tous deux .lyanl été mes ramarndes de jeunesse, j'ai dû être frappé de l.'isiiigtilnrilédc leur mort. Ilcrvas inmiH* par nicgardc d.ans une pièce d'e.m h Sainlildebinse el y péril. Plus tard, Casa-Valencia. obligé de qiiiller l'Kspngne , va coniliatlre en .Vinériqiic pour In
Le 21} avril, Ferdinand Vil eslcnlré à Bayonne^, Il n’est plus là que le prince des Asturies. Aussitôt l’Empereur lui fait sa visite, et le même jour le jeune prince va, au château de Marrac, dfncr chez l’Emperciir. Dès ce premier jour, touS les doutes s’évanouissent. La volonté de Napoléon sc manifeste sans détour, el le lendemain la négociation commence pour la renonciation de Ferdinand au trône d’F^spagne. La discussion d’oRicc sc suit |)ar M. de Cliampagny avec don Pedro Ccvallos, et ensuite avec -M. de Labrador. A bout de quelques jours, la question se trouvait posée dans les termes suivants :
l” L’Empereur a irrévorabicmcnl résolu que la dynastie des Bourbons ne régnera plus en Espagne.
â” Le prince Ferdinand cédera scs droits à la couronne, tant en son nom qu’en celui de scs fils ou autres héritiers.
S" Si ce i>oinl est adopté, la couronne d’Étrurie lui sera transmise et à scs descendants, conforniéincnt aux statuts de la loi salique.
4° L’infant don Carlos fera une pareille renonciation, cl il aura droit à la couronne d’Étruric, à défaut d’héritier direct du roi.
5" Le royaume d'Espagne appartiendra désormais à l'un des frères de l’Empereur.
6" L’Empereur en garantit l’intégralité entière et celle de scs colonies, cl il ne souffrira {tas que le moindre village en suit démembré.
T” Il garantit de la même manière la religion, les propriétés, etc., etc.
8“ Si le prince Ferdinand sc refusait à ces propositions, il ne recevrait aucune compensation, tandis que S. M. 1. les fera exécuter de gré ou de force.
9" Si le prince Ferdinand demande cl accepte la nièce de l’Empereur en mariage, cette alliance sera immédiatement suivie de l’exécution du traité.
Tandis que ces pru|>usiliuns sc débattent entre les plénipotentiaires oflicicis, l'Empereur prend (pi-même une part active à la négociation. Il entretient tour à tour, cl quelquefois ensemble, les : principaux conseillers de Ferdinand. C'est dans scs
• conversations avec le chanoine Escoïquiz qu’il ré- . vêle avec le plus de franchise toute sa pensée.
Une longue controverse s’élève d'abord entre eux sur l’abdication de Charles IV. A-t-elle été
• cause (te t’iiulépen<tancc : il est fait prisoanicr et fusille comme rebelle. Etrange siècle !
■ oTribuiii et ccntiirioiic.s , raonendo, suadendo, et, > qiinnto luiigiiis abscedebntiir, apvrtiore ciistodiA, pos- » trciiio gnnriim necessitntis in iirbcra traxere.n Tacite.
* Ccvallos prétend que In maison où il Fut loge «était n bien peu convenable n l'hùtc auguste qui devait l’oc- » cupce. • C'étiiil la plus Indle de la ville.
AFFAIUKS EXTÉKIELRES.
libre? Â-t-el)e été forcée? Ou comprend tout ce qui peut être allégué pour prouver ou pour uierlt violence. C’csl un texte infmi qui donne lieu i revenir sur un detail immense de faits. On peut, sur de telles matières, se livrer à d'interminables discours, sans avancer d'un seul pas. Là, pour l'Empereur, est seulement le préluilc; voici lu vérité telle qu'il la fait coiinaitre lui-même au chanoine Escoïquiz : •« Les iuléréls de mon empire » veulent que la maison de Bourbon, ennemie im- » placable de la mienne, perde le trône d'Espagne, » et c'est dans rinlérèl de votre nation que ses » derniers rois ont irritée. La nouvelle dynastie » que je proposerai donnera une bonne conetitU’ n tioH, et, par son étroite alliance avec la France, » garantira l'Espagne de ce que pourrait tenter le • seul ennemi qui puisse lui nuire par son voisi- » nage et |>ar sa puissance. Charles IV est prêt à M «le céder * «es droite et ceux de sa fhmiUef per- » suadé que les iiifanls ne peuvent gouverner, dans t» ces temps diiliciles, de façon à sauver son peuple » des malheurs qui le menacent.
» Voilà ce qui m'a décidé à empêcher que la » dynastie des Bourbons règne encore en Espan giie ; mais j'estime Ferdinand, qui est venu me » voir à Bayonne avec conüaiice; je veux traiter n avec lui de cette alTaire , et le dédommager au- U tant que possible, ainsi que ses frères, de ce que U ma politique m'oblige à leur ôter en Espagne. »
Uéroc après que rEinpercur a établi la question d'une mauière aussi précise, le chanoine Escoïquis retombe encore dans un historique sans fin des cvéïicmeuts antérieurs pour prouver la validité, la légalité de l'abdication du roi Charles IV, et la légitimité du gouvernement de Ferdinand VH. L'Empereur tantôt approuve, tantôt conteste les laits particuliers de la narration. Lui-inémc il s’abandonne largement à une causerie agréable avec un homme d'esprit qu'il voudrait gagner, mais de temps en temps il revient à ce qui forme pour lui le essentiel de U question. Selon la relation
du chanoine Escolquiz, au iniUeu de ce dialogue tout à fait amical, l'Empereur, qui déjà le traitait avec une grande fainiliarité, se livra un moment à une légère plaisanterie mais bientôt, s'attachant de nouveau à son idée principale, il reprit : * Il est H impossible , chanoine , que vous ne voyiez pas n comme moi que , tant qu'il existera des Bour- » bons sur le trône d'Espagne, je n'aurai avec
' Peu('é<re ici rgmpercur exprim«>t*il une confiance un peu pri’nuiturée ; peut-éire auui uit-il déjà que, dans rirriuiion produite par les éTéiicmeai8d'.traajur.'x, Char* les IV est disposé à tint' renonciation absolur pour lui et pour scs ciibilits.
» celle puissance aucune alliance sincère; ils sau- » ront feindre tant qu'ils seront seuls et dans l'im- I» puissance de me nuire; mais, lorsqu'ils me ver- » ront occupé tians une guerre du Nord, ce qui M ne peut manquer d'avoir lieu, ils sc réuniront à a mes ennemis. Rappelez>vous la perlldie de Chark les IV lui-mémc, qui, au mépris de notre al- » liarice, voulut me faire La guerre, lorsqu’il me » cnil tout occupé de celle de liasse peu avant la n bataille d'icna. 11 profita de mon prétendu dan>
• ger pour faire circuler dans son royaume une B proclamation ailn d'armer tous ses sujets contre B moi. Jamais , je le répète, Je ne compterai sur B l'Espagne, tant que les Bourbons y régneront. B Les forces de celle puissance, considérâmes en B tout temps, peuvent aug^ncnler encore sous un B homme de mérite qui serait à la tète du gouver* B nemeiit, et s'élever au point de nuire à mon n repos. ?» Pour rassurer l'Empereur contre ce danger, deux moyens furent présentés par Kscoïquiz : l'union de Ferdinand avec une princesse impériale, et le choix heureux des personnes qui entouraient le jeune prince, toutes également dis|M>sées à le maintenir dans la plus étroite liaison- avec la France. Ces raisons parurent peu solides à l'Eml>ereur. Sur la première, il répondit : u Vous me N faites des contes, chanoine; vous êtes trop in- B struit pour ignorer qu'une femme est un lien B trop faible pour déterminer la conduite polili- H que d'un prince, et qu'on ne peut comparer ce H 1ieii aux sentiments qu'inspire une origine coin- B inune n II répondit sur ta seconde : «i ^>ui me B garantira que la jeunesse du roi ne le portera B pas à vous renvoyer dans six mois? Ne vous lais- B ses pas ainsi éblouir, chanojiic. Vous êtes vrai- B ment trop honnête homme. Le premier courtisan » adroit s'emparera de sa contiance, le trompera, B vous éloignera des affaires, et bientôt, agent de B l’Angleterre, il lui fera suivre an système opposé B au vôtre. Non, je le répète, je ne puis avoir coa- » fiance en tout cela, n L’Empereur jugeaU bien Ferdioaiid. f^e crédit des hommes qai se dévoaaienl à ce prince u’aorail pas longtemps duré. Un jour, lorsqu'il redeviendra roi, il récompensera rattachement du chanoine Escoiquis en l'envoyant au château de Murcie. Cependant, en IBOB et dans les années suivantes, il vaudrait cent fois mieux pour Napoléon avoir à combattre en Espagne un roi Bourbon , allié des Anglais, que d'avoir à y main-
* Il lui tirait roreilic eo disant ; »Oh* Je vota bien,
• chanoine, que vous en saver. long. •
* Le principe de l’originr cooiniuoe ne forme pas Int* mène un lien beaitcniip plus puissant. De tous les rois créés p.-ir Napoléon, et ces rois sont scs frères, il u’cD «si