‹ Histoire de FranceChapitre 17 sur 142 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

tenir un de scs frères. Celle confércnec entre l’Einpereur cl le clianoinc Escoïquiz ne fui point décisive. I/Empereur la termina en remettant à l’instruire le lendemain de sa résolution définitive.

Le lendemain, en effet, l’Empereur lui «lit : « Je )> me suis décidé irrévocablement à changer la n dynastie qui règne en Espagne. Vous |>ouvcz » en instruire le prince Ferdinand. Dites-lui de se M décider avant l’arrivée du roi Charles, son père, » relativement à récliangc de ses droits contre la 1» Toscane. S'il accepte, le traité sera fait avec la O plus grande solennité. Dans le cas contraire, son » refus deviendra toujours inutile, car j'obtiendrai i> de son père Ut cession que je désire, La Toscane >1 restera alors à la France, et S. A. R. ne recevra n aucune indemnité. » A la suite de cette déclaration de l’Empereur, le chanoine Escoïquiz déplora vivement le malheur de sa position et de celle des autres conseillers de Ferdinand, quf ayant appuyé l’avis du voyage de Bayonne, seraient considérés coinme les auteurs de sa perte. <> Rassurez-vous , » chanoine, lui répondit l’Empereur; ni vous ni les » autres n'auriez raison de vous aflligcr. f^ous ne » jtouviez deviner mes intentions, que peronne ne » connaissait. »

Ce que l'Empereur a déclaré au chanoine Escoïquiz est, en quelque sorte, un arrêt du destin. Les faits s'accompliront comme il les a annoncés. Jusqu’à l’arrivée du roi Charles, les jours vont se consumer en paroles perdues. Ferdinand n'ayant pas transigé avant l’arrivée de son père , la cession du trùnc d’Espagne n’en aura pas moins lieu, cl sans indemnité pour le jeune prince.

On sait qu’il était dans l’usage de l’Empereur de faire précéder d’un rapport de son ministre des relations extérieures toutes les grandes déterminations qu’il voulait prendre. En conséquence, le Si avril, M. dcChàmpagny lui fit un rapport ayanlpour objet d’établir que c'était l’ouvrage de Louis XIV qu’il fallait recommencer, et qui, pour justifier l’adoption de celte importante mesure, se terminait par ces mots : u La politique la conseille, la » justice > l’autorise, les troubles de l’Espagne en » imposent la nécessité. »

Le 3 avril, le même ministre écrivait à M. üclaforèl à Bladrid : « Les égards qu'on a cru devoir » au prince des Asturies, comme exerçant, à un )• titre quelconque, les pouvoirs de la royauté, ont Il cesse. Charles IV arrive ce soir, il sera reçu

pas un qui no se dciach&t de lui, s’il crojait pouvoir *c aaiivor sans lui.

' Colle phrase a êlê odicuscinenl doiialuroc dans pltisioiirs ouvrages. On a fail dire au luinislre de Napoléon : Lajutticrautm-inc cr qui- In poliliqur toHtriUt, Toile n’est

» comme roi d’Espappic. Tout acte d’autorité fait Il par son fils sera regarde coinme une usurpation.» Dans le même moment , on rompait avec Ferdinand toute négociation directe, cl le chanoine EscoTquiz fut charge de lui faire connaître qu'on ne traiterait plus qu’avec son père.

C’était seulement dans les derniers jours du mois d’avril que l’autorité française avait cru devoir intercepter la corrcsiiondancc du prince des Asturies avec l’Espagne. Il était déjà tard, et ce (trincc avait eu tout le loisir d’expédier des ordres contraires aux intérêts de l’Empereur. Dans une lettre datée du 28 et adressée à l’infant don Antonio, Ferdinand disait : « Je te préviens que l’Empereur » a entre les mains une lettre de Marie- Louise (la » reine d’Étruric, sa sœur), qui porte que l’abdi- » cation de mon père a été forcée. Fais comme si » tu l’ignorais; mais conduis-loi en conséquence et » lâche que ces maudits Français ne te fassent » aucun trait de leur méchanceté. » Celte lettre et d’autres, dans un style moins ménagé encore, n’cLaicnl pas propres à ramener l’Empereur à de meilleures dispositions pour le prince des Asturies.

Le roi Charles IV arriva cffeclivcmcnllcSOavril. On lui rendit tous les honneurs dus à un souverain régnant. Ses deux fils, Ferdinand cl don Carlos, se trouvèrent sur son passage. 11 dit bonjour à don Carlos et n’adressa point la parole à Ferdinand. Lorsque ensuite ils voulurent le suivre dans scs appartements, il arrêta le prince des Asturies et lui dit en langue espagnole : « N’avez-vous pas » assez outragé mes cheveux blancs? »

Quelques jours auparavant était arrivé à Bayonne le prince de la Paix. Qui pourrait être, sinon le prince de la Paix, le négociateur de Charles IV? Pour ce négociateur, plus d’espoir de retourner jamais en Espagne. Vaincu et proscrit, arraché, malgré les ordres contraires de Ferdinand, au procès qu’on voulait lui faire, et peut-être au dernier supplice , libre de nouveau et par conséquent toujours maître de Charles IV et delà reine, ira-t-il. épris d’une belle passion pour le principe de l'hérédité dynastique, défendre maintenant, dans le cœur du père, un fils qu'il a tant de fois accusé de conspiration cl d’attentats contre le trône paternel? Ce n’est pas d’un favori à qui il n’a manqué que le litre de roi, d’un rival de puissance qui a voulu se créer des droits en opposition à ceux de l’héritier du trùnc, qu’il faut attendre un tel excès de ma-

ni la pcus4-c, ni l’expression du rapport ministériel. Il y a là line aliér.nioii complète de la proposition émise par M. de Ctianipngny, pro|>usitioii que l’on pouvait d'ailleurs très-bien conicsicr en elle-même, sans avoir recours à un ridieule Iraveslissement du langage de ce ministre.

AFFAIRES EXTERlF.l RES.

gnanimüé. Si, dans sa chulC; quelque chose con> sole Godof de ne plus régner, c*cst que Fcrilinanü ne régnera pas davantage, et il sera sans scrupule dans sa vengeance , car il sait bien qu*i son égard Ferdinand, s'il le pouvait, ne serait pas plus géné* reux que lui. Tout ce que va faire le vieux roi, il ic fera sous Tinspiratinn du prince de la Paix.

Sans prendre le temps de se reposer de son voyage, le roi Charles IV manda le prince des As> turies et lui ordonna, en présence de la reine et de l'Empereur, de lui remettre sa couronne par une cession simple qui serait signée de lui et de ses frères. Par cette demamie d'une cession que doivent signer aussi les frères de Ferdinand, on voit que le roi Charles est déji résolu à l'abandon complet de sa monarchie pour sa famille comme pour lui-méme. Celte scène entre le vieux roi et son ÜIs a fourni i diwrs auteurs de mémoires la matière de tableaux plus ou moins vrais, dans les* quels ils assignent à chacun des acteurs un r^Ie honorable ou cruel, selon leurs affections ou leurs haines. Tel écrivain, tour à tour détracteur violent ou panégyriste outre de Napoléon, présente la reine d'Espagne comme ayant, dans scs fureurs contre son IHs, engagé l'Entpercur à le faire périr sur l’échafaud, et ensuite nous fait voir l'Empereur s'intéressant presque au fîls par horreur pour la barbarie de la mère. Tel autre laisse, dit-il, k juger si on a pu porter un père, sam emplo} er la riolence ^ contre sa personne, à sc montrer aussi rigoureux envers son flls. l.a vérité n'est ni dans le récit pittoresque de l'un de ces écrivains, ni dans les basses insinuations de l'autre. Sans doute la conduite de Charles IV et de la reine doit paraître extraordinaire ; mais pour tous les hommes de bonne foi elle s'explique par l'ascendant sans bornes du prince de la Paix qui gouverne leurs sentiments comme leurs volontés. A la suite de l’intimation adressée par Charles IV au prince des Asturies, Charles IV , dit le chanoine Escolquix, le menaça do le faire traiter, lui et sa suite, comme des émigrés rebelles. Ferdinand essaya de parler, mais le vieux roi «s’élança de son siège en le menaçant et n en l'accusant d'avoir voulu lui arracher la vie « avec la couronne.» Ferdinand alors garda le silence sur ces reproches de son père, silence d'étonnement et de respect, scion ses partisans, de confusion et de honte, selon ses enncn>is.

I.C 1^' mai , Ferdinand signa une renonciation condiliunnelle en faveur de son père. Pour condition principale, il demandait, en supposant que son père retournât en Espagne, de l'y accompagner

’ Pnrolrs de Crvallos.

* l.'Kmp^'i’eurqni. en parlrr U* mi Cbarlr» IV,

pour l'y servir comme le fils le plus soumis. Les Cortès seraient assemblées, et ce serait en leur présence que sa résignation aurait lieu d’une manière l(^alc. Dans le cas où le roi Charles ne voudrait pas régner en personne ni retourner en Espagne, il demandait à prendre le gouvernement en son nom comme son lieutenant.

Dès le lendemain 2 mai, Charles IV fil i la lettre de son fils une longue réponse que l'empereur Napoléon avait évidemment dictée; mats il est constant aussi que, dans celte circonstance, les sentiments exprimés par la lettre du vieux roi étaient ceux qui l'animaient en efiet. I.'Em|H?reur, qui avait plaint )a faiblesse des attachements de cc prince, n’hésitait pas à se servir de toute la puissance de CCS attachements pour le faire entrer dans ses vues. Malgré l’origine, ou plutôt à cause de l'origine incontestable de cette lettre, nous en citerons les derniers passages , où l'on reconnatl particulièrement la main de l’Empereur. Xprès un long exposé de la politique de son gouvernement, de ses rapports avec la France, de l’affaire de l’Escurial et des événements qui l'avaient amené à Bayonne, Charles IV disait : « Mon cœur » s'est ouvert tout entier à l'Empereur; il connaît n tous les outrages que j'ai reçus et les violences •> qu'on m'a faites; il m'a déclaré qu'il ne vous « reconnaîtrait jamais pour roi, cl que l'ennemi >■ de son père ne pouvait inspirer aucune coit- » fiance aux étrangers ; d’ailleurs il m’a montré » des lettres de vous qui altesicnl votre haine » pour la France.... En m'arrachant la couronne, » c’csl la vôtre que vous avex brisée; votre conn duitc envers moi, vos lettres interceptées ont M mis une barrière d'airain entre vous cl le trône » d'Espagne. 11 n'est ni de votre intérêt ni de ce- >• lui des Espagnesque vous y prétendiez. Gardes- » vous d'allumer un feu dont votre ruine totale cl n‘ le malheur del'Espagne seraient la suite inévila- » ble. Je suis roi du droit de mes pères. Mon abdj- » cation a été le résultat de la force cl de la viùn lence. Je n'ai donc rien A recevoir de vous ; je » ne puis adhérer A aucune réunion de députés ^ » de la nation. C’est encore li une faute des hom- !• mes sans expérience qui vous entourent.

» J'ai régne pour le bonheur de mes sujets ; je I» ne veux point leur léguer la guerre civile, les » émeutes, les assemblées populaires et les révo- ’ N lutioiis. Tout doit être fait pour le peuple et rien [ n par lui. Oublier cetlc maxime, c'est sc rendre I » coupable de tous les crimes qui dérivent de cet I n oubli. Toute nia vie je me suis sacrifie pour mes

! iir vcnl point (r-isarrnbliV dr* oorit*4 pour le prince de« , Asiitriri, en voudra iinr bieDiôt pour !w>ii frère Joseph.

CIIAPITRK V.

[ISOH]

|H'upl«s... J’agirai ronslammetil [K)ur eui. Toua M mes sacriÜces seront oubliés , et lorsque je serai » assuré que la religion de l’Espagne , l’intégrilé I» de mes pruvinees, leur indépendance et leurs M privilèges seront maintenus, je descendrai dans

■ le tombeau en vous pardonuanl ramerluinc do

■ mes dernières années. »

Celte lettre de Charles IV a tout dit. Les droits dont il demande la cession à son fils ne sont pas seulement ceux que celui*ci peut avoir, comme roi d'un jour, par suite d'une insurrection ; ce sont ceux aussi qu'il aurait comme héritier du trône à la mûri de son père. Le prince des Asturies répli* qua, le 4 mai, à la lettre du roi Charles. Le plus solide des arguments qu’il lil*valoir était, à coup Mlr, celui de tous auquel il tenait le moins; mais enfin ses conseillers eurent le bon esprit d'invoquer ,iu moins une fois le grand priiicine de ta souve* raineté des nations. Ferdinand, apres avoir dit, ce qui était vrai, qu'il était le seul qui eût pour lui le «fcu du la loi et la volonté du peuple, ajoutait qu’une renonciation comme celle qu'on lui demandait, ne pouvait avoir lieu sans le consentement rurmcl de tous les individus qui avaient ou ]N)Uvaiciit avoir un droit à la couronne, u ei ena cote moine $an$ l'adhéeion également flfrmelle < do la nation eepaffnole, repréeentée par se» cort tè» réunies dans un Heu de eûretè, » Si ce prin* cipe eût été pour Ferdinand autre chose qu'une allégation vainc, jetée sansy aUacber d'importance réelle, ce prince eût été digne du dévouement que lui monlrera sa nation ; mais il est dans sa destinée dëlre, au ronimenccmcnl du dix-neuvième siècle, le premier modèle, trop promptement imité, de riiigraliludedes rois envers les peuples qui les auront sauvés.

Ce même jour 4 mai, le roi Charles IV iiüiiiiuait le grandnluc de Dcrg liculcnant général du royaume il'EsiMigiie, et ordunnail à toutes les autorités cit îles, ainsi qu'aux capitaines généraux et aux gouverneurs de places, d'obéir à scs ordres. A Bayonne, le général Üuroc, choisi par l'Empereur pour traiter avec les agents du vieux roi, entrait en discussion avec le prince de la Paix, plénipotentiaire de ce souverain. La négociation ne fut pas longue. Une nouvelle grave, arrivée de Madrid le jour suivant, vintabréger les lenteurs et précipiter le déitoüincnl. Le â mai avait vu , dans celte capitale, le premier combat de l’borrible guerre qui ne finira qu'avec le règne de Napoléon. Était-ce l'efTet d'une conspiration ourdie par les ennemis de la France? élail-cc l'explosion soudaine d'un seiilimcnt qui cherchait 4 éclater? Les deux causes peuvent avoir existé à la fois. lia soudaineté yeulsa i>art;maisd’avance aussi des mainshosliles avaient assemblé les éléments d'un

I incendie qui n’allendait qu'une étincelle. On faisait ' sentir au peuple le danger de la réunion de tous ses princes en Fraitce. C'élaildoiicun grand intérêt de retenir 4 Madrid ceux qui s'y trouvaient encore. Des préparatifsayant lieu pour le départ du jeune prince don Francisque, troisième fils de Charles IV. un Allroupenicnt considérable, dans lequel on répandait que les Français voulaient enlever même l'infant don Antonio, président delà junte du gouvernement, annonçait l’intenlion de s’opposer au départ de tous les membres de la famille royale. Dans celle disposition des esprits, un aide de camp du grand-duc de Berg, que l'on crut envoyé pour l'exécution de leur enlèvement, ayant par hasard traversé la foule, fut insulté et maltraité par elle, et, dans le méineinoincnt, un poste fratiçais venant au secours de cet officier, la lutte s'engagea; le peuple , qui n'avait d'abord que ses poignards . eut bientôt trouvé d'autres armes; dans toute la ville les Français isolés, officiers ou soldats, furent assassinés ou par les bandes meurtrières qui |iarcouraient les rues, nu par des coups de fusil tirés de l'intérieur des maisons. Dès le premier choc, la guerre eut tout le caractère d'atrocité que désormais elle ne cessera d'offrir. Des prêtres et des moines y prirent part. La presque totalité des Irou- I pes françaises était dans des camps hors de Madrid, mais aux portes de Madrid. Il n'y avait dans la ville que quelques miniers d'hommes : cependant bientôt des tuasses s’étaient formées; bientôt elles ' avaient été maîtresses du terrain, et, aidées d'une bonueartillerie, elles avaient balayé les mes de loua les rassemblements. Four frapper les esprits d'une prompte terreur, on fil fusiller sur le Prado uii certain nombre de bandits pris les armes i la main. La bataille de la place publique n'avait duré que quelques heures. Les ministres espagnols 0-Farili et Aianza, puissamment secondés par le général français Uarispe, cuntribuèrenl beaucoup, par leurs paroles de paix, à calmer les esprits et à faire cesser le désordre. Le soir de ce funeste jour, comme s’il , y availeudansMadriddcuxpeuplesdifrércnls,uiic I populatiuii paisible se promenait, sans aucune ap- I parencc d’inquiétude, dans ces mêmes lieux où l'on venait de coiiiballre , au milieu des détarhcuients de troupes françaises qui arrivaient de toutes parts, et |>armi ces canons dirigés, quelques heures auparavant, contre eux ouconlre leurs frères. Il sentj bic que la réconciliation soit déjà coiisommce; mais i l'apparence est trompeuse; de part et d'autre le I sang a coulé, U paix est rompue, la guerre déclarée ; I U ii'y aura plus que dus trêves partielles. Le nou- I veau trône que veut fonder l'Empereur n'cxiste pas encore cl les bases en sont minées d'avance. Dans les premiers moments on parlait de plusieurs

AFFAIHES EXTÉRIELllKS.

milliers de viclintes. Les publications ofTiciclles du conseil de Castille en ont réduit le nonibrc à quelques centaines Ferdinand est mande aussitôt. La colère paternelle se déborde contre lui en expressions plus que sévères. Le vieux roi représente vivement à son üls tous les maux que va soulTrir l'Espagne, maux dont son ambition est la seule cause, et il le somme avec les plus terribles menaces de faire sur-lc-ebamp une renonciation absolue à tout droit sur la couronne. Ferdinand, dans l'attitude d'un criminel devant son juge, n'osait répondre ou répondait mal aux reproches de s«>n père 2, mais il hésitait à donner la renonciation demandée. Selon M . Cc^ allos, l'Empereur aurait, dans cette circonstance, dit au prince des Asturies : « Prince, il » faut opter entre la cession ou la mort, n Quoique l'on puisse révoquer en doute cette assertion d'une bouche justement suspecte, nous admettons que ce mot ait été prononcé par Napoléon; mais on sait ce que peut signilicr un tel langage en une telle conjoncture, et adressé à un tel homme. Nous ne sommes plus aux siècles où, pour usurper un trône, un exterminait toute une race de princes , et , si Napoléon avait voulu éteindre la prétention héréditaire des Bourbons au trône d'Espagne , ce n'est pas à Ferdinand seul qu'il ciU dù borner scs attentats. Une seule fois Napoléon a été cruel. Nous ne l'avons pas excusé. S'il l'était en ce moment, nous ne l'excuserions pas davantage. Le lendemain 6, le priuce des Asturies envoya une renonciation sans réserve, qui fut aussitôt transmise à la junte du gouvernement A Madrid. Cette renonciation était accompagnée d'un autre acte de Ferdinand, également daté de Bayonne, le G mai, par lequel il retirait les pouvoirs qu'il avait, avant son départ de Madrid, accordés à la junte du gouvernement. Il recumiuaodail à la junte, ainsi qu'aux antres autorités, de se réunir, d'efforts et de cœur, au roi Charles cl à l'empereur Napoléon, dont la puissance et l'amitié pouvaient, disait-il, plus que toute autre chose, garantir les premiers biens des Espagnes, leur indépendance et l'intégrité du territoire. Cevalloscitc uue lettre par laquelle le prince des Asturies,

' Siiivanl In rnrre.vpondnncc do minisire de Prusse h Madrid , il aurait pf-ri dans cctic journée prés de deux cenla Français, et environ douze cents F.spagnols. Des moines ayant, des Fenêtres de leur couvent, tiré sur les mamelouks, ceux-ci forcèrent les portes du cloître et tuèrent une douzaine de ces religieux. Deux autres moines, qu'on avait saisis armés de sabres et de pistolets, furent fusillés au Prado. Le récit de cet agent nous parait devoir être exact. Témoin désintéressé, il n’a aucune raison pour augmenter ou pour restreindre le chiffre des pertes dans aneiin îles deux partis.

’ Comme si, dans les faits avérés et constants, on ne

en adressant sa renonciation à .son père, ladonmiil comme lui ayant été commandée} mais le texte de la renonciation même ne renfermait rien de semblable. A la vérité, le même ministre raconte qu'il avait envoyé à la jiititc du gouvernement un décret royal portant: «La junte exécutera tout ce qu'elle » jugera nécessaire pour le service du roi et du royaun me, et, pour cet effet, elle a totis les pouvoirs dont >1 Sa Majesté elle-même serait investie, si elle était » résidante dans le royaume. i> Comme le premier envoi fut intercepté, il fallut, pour le second, recourir à des voies détournées. Le messager porteur de ce décret, voyageant à pied et ayant dù prendre la route de l'Aragon, ne parvint à Madrid qu'après la consommation du changement de dynastie.

Dès le 5 mai , sans attendre la renonciation do son fils, le roi Charles, par un traité signé entre le prince de la Paix et le général Duroc, cédait à l'Eniperenr tous scs droits sur le trône des Espagnes et des Indes, comme au seul prince qui, au point où les choses étaient arrivées, pût rétablir l'ordre. Les deux seules conditions de ce traité, qui eussent un objet général, portaient, la première, que «l'intén grité du royaume serait maintenue; » la seconde que «la religion catholique, apostolique et romaine, » serait la seule en Espagne. » Tous les autres articles n'avaient pour objet qu'un règlement d'intérêts personnels.

Le palais de Compiègne avec scs dépendances était mis à la disposition du roi Charles IV. L'Empereur garantissait à ce prince une liste civile de trente millions de réaux , sept à huit millions de francs. Un douaire de deux millions était assuré à la reine, à la mort du roi. Chambord, avec ses parcs, fermes et bois, devenait la propriété du roi Charles, en échange de ses domaines particuliers. Chaque infant devait recevoir une rente annuelle de quatre 'cent raille francs, réversible d'une branche à l'autre.

De la part du prince des Asturies, le traité ne Dit signé que le 10 mai. Les conditions en furent réglées entre le général DurocellechanoineEscoTquiz. Ferdinand, par ce traité, adhérait A la cession faite par son père, et renonçait, autant que do besoin,

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