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trouvait pas assez de bassesse et de l&cliclé h l.v honte des Bourbons d’F.spagne. on h prétendu que, dans celte dernière conFérencc, la reine, pour détruire les droits de Ferdinand . avait proclamé elle-même , avec sa propre infamie, la bâtardise de ce prince, et lui avait dit, sans ménagement pour la présence de Charles IV : « Vous êtes mon fils, mais vous n'étei pas le fils du roi.» Pour expliquer tin langage si peu vrniseiiibtable, un écrivain anglais ne trouve rien de mieux que de supposer â cet égard un concert préalable entre la reiuc et rF.mpereur. C’est être trop exigeant en fait de scandale. 1.a triste vérité devrait bien suffire.
UIAPITRE V.
aux droits qui lui cUicnt acquis comme prince des Asturies à la couronne d’Espagne cl des Indes. L’En»* pcrcur lui cédailles palais, parcs, fermes et bois de Navarre, avec une rente apanagère pour lui cl ses héritiers de quatre cent mille francs, cl de plus une rente viagère de six cent mille francs sur le trésor public. Nous abrégeons tous ces détails d'arrangements pécuniaires. Que sont en effet quelques centaines de mille francs de plus ou de moins en échange de la couronne de Charlcs-Quinl et de IMiilippe II?
Les infants don Antonio et don Carlos donnèrent leur adhésion à la renonciation du prince des Asturies, et tous trois, par une proclamation datée de Bordeaux le mai , en exposant les motifs de leur renonciation au trône, ils délièrent les Espagnols de toutes obligations à leur égard , cl les exhortèrent à avoir en vue les intérêts communs de la patrie, «en se tenant paisibles, en espérant w leur bonheur des sages dis|>osiliûns cl de la I* puissance de rcmpcrcur Napoléon. » Don Antonio, l'un des signataires de ces actes, avait quitté Madrid le tS mai, malgré les elTorts qu'avait faits la junte pour le retenir, et, prévoyant que la séparation serait longue, il lui avait écrit en parlant : U Adieu, .Messieurs, jusqu'à la vallée de Josaphal.:*
'l'antquc Ferdinand VII a été entouré de ministres ou de conseillers qui ont eu pour lui le sentiineiil de sa position, il a montré, sinon de la grandeur, du moins une certaine fermeté de résistance à la force qui pesait sur lui. Abandonné à son propre génie, il semble oublier qu'il est fils de roi et qu'il a été rot un inomenl. 1/abaisscmciit gratuit auquel il se plaira bientôt à descendre, sera, |)Our l'empereur des Français, une sorte de juslifîcalion au moins à scs propres yeux. Fourrait-il éprouver un grand remords de la spoliation d'un prince si peu digne du trône, d'un prince qui loi écrira pour Iclicilcr son successeur, qui lui enverra une lettre pour le roi Joseph, afln de réclamer son amitié, et qui le priera de présenter celle lettre à Sa CatkoUquer Dans ce aiéde où Unt de grandeurs ont été humiliées, qu'il en est peu qui aient honoré leur malheur!
Ccpciidanl les traités de Bayonne et les divers documents qui s'y rapportaient avaient été transmis à Madrid avec une grande rapidité. I^ junte de gouvernement n'avait plus guère qu'une existence nominale, depuis que le roi Charles IV avait déclaré reprendre sa couronne et. avait nommé le grandduc de Berg lieutenant général du royaume. Celui-ci aussitôt apres, en vertu des traites de cession , était devenu lieutenant de l'Empereur. Que (louvaient faire la junte et les autres autorités? Les hommes les plus dévoués .i l'ancienne dynastie, comparant les forces de l’Espagne et relies de l.i
France, jugèrent que, pour le moment du moins, le parti de la soiintission était le plus sage et le plus conforme à rintèrêt du pays. Il n’y eut pas à M,idrid une seule autorité, pas une seule corporation qui se refusât ouvertement à admeUre le nouvel ordre de choses.
l,e trône d'Espagne est vacant. Qui va l'occuper? Le grand-duc de Berg y aspire: c'est à son frère Joseph, au roi de Naples, que l'Empereur le destine. En donnant au grand-duc de Berg le commandement de scs trnu|>es en Espagne, l'Empereur, qui croyait en luicumnic guerrier, ii'avail pas la même confiance dans l'homme politique. Celait pour prêter à scs qualités brillantes l'appui des lumières clderexpéricnce,que M. Dclaforcl. nomme éventucllemenlambassadcur en Espagne, availété placé auprès de lui. La mission réelle de cet agent était de modérer la fougue du grand-duc, eide réprimer, au besoin, ses velléités ambitieuses. Cet ambassadeur, qui ap|>arcmment jugeait le grand-duc digne de monter sur le trône d'Espagne , avait donne à entendre qu'il existait un parti en sa faveur, et dans sa corrcspon<laiicc il avait lui-même fait quelques insinuations dans le même sens. L'Empereur trouva que M. Delaforêt ii'avail nullement compris le rôle auquel il l'avait ap|>eié, et il le lui fil témoigner par M.de Chainpagny en dos (eriiios un peu sévères. «Sa majesté vous reproclio , disait le ministre, X d'avoir été conduit là où vous deviex conduire. M L'opinion de l'Empereur est qu'il n'y a pas une » voix en faveur du grand-duc, qu’il m peut pa$y * en aroir; que la nation espagnole étant toujours n dans celte situation de haine cl d'humiliation où
lesdiversêvénerncntsruiiliiiise, doit, par amour » propre, désirer moinsque loulautre le grand-dur. » qui, dans un jour, a confondu son orgueil cl ren- I» versé ses espérances. » Rien de plus juste que cette remarque, qui n'eût pas dû échappera un homme éclairé commeM. Delaforêt. «L'Empereur, « ajoutait le miinslrc, juge que vous area été dupe n delà junte... Il regarde comme souverainement » im]>olitique le décret qui a autorise les Catalans n à s’armer, cl il attribue riiisurreclion à un parti M dont vous n'avez pas su démêler les traces. On » vous dit ce qui peut vous plaire, et un vous » trompe.» Ces dernières obscrvaliuns ii’élaieiU ni tout à fait vraies , ni tout à fait fausses. Il y avait dans la junte en général des dispositions secrètement hostiles; mais elle renfermait aussi des hommes de très-bonne foi, convaincus que, dans l'étal où se trouvait l'Espagne, elle ne pouvait être sauvée (|iic par la franchise de son union avec la France.
’ Tout en décidant l'élévation de son frère Joseph au trône d'Espagne,rEmpercurvoulail ne l'y placer
L que sur la demande de l'Espagne clle-inéiiic. En
AFFAIRES EXTÉRIEURES
coiiséquciicc, Ir grniid-duc d(‘ Rrrg fut clinrgê d’informer les niitorilês espagnoles que, la couronne devant passer à l'un «les frères de l'Empereur, Sa .Majesté désirait qu'elles lissent connaître i|uel était celui à qui elles donnaient la préférence. On avait soin en même temps «le leur faire comprendre qu'elles devaient exprimer le désir que le choix de l'Enqiereiir tombât sur son frère aîné, le roi de Naples. Ce fut donc le roi Joseph qui fut demandé par la Junte du gouvernement et par la municipalité de .Madrid. La lettre qu'écrivit la junte à ce sujet fut signée par les ministres, par le doyen du conseil de Inaslille, et par les présidents et gouverneurs des autres conseils. Une députation de deux membres fut nommée pour porter ce v«cu à l’Empereur.
Dans ce même temps, une lettre de l'Empereur invitait le roi Joseph <à se rendre à Rayonne. Tout en prévoyant, dans le nouveau royaume où il était appelé, des diflicullés que celui de .Naples ne lui offrait pas, Joseph ne fut point insensible ‘ à l'idée «le devenir roi d'Es|)agne et des Indes. Il se mil en route le niai pour se rendre .à l'invitation de son frère.
L'Empereur, qui avait fait blâmer, dans le prince des Asturies, l'intention «le recourir aux corlès, crut «levoir donner, à la royauté «le son frère J«>$eph, l'appui qu'il avait refusé à celle de Feriiinand. Une a.ssemblée des n«ilables espagnols fut conv«i(|uéc à Rayonne p«iur le li>juin. Un grainl nombre «le personnages de la première «lislinrti«in, venus â la suite des deux mis C.liarles et Fer«linan«l, étaient déjà réunis dans cette ville. D'autres furent invités â s'y rendre. Le nombre des personnes convoquées s'élevait â cent cinquante.
Atin «le préparer l’instruction du nouveau roi, et jaloux «le bien connaître lui-même la situation linancièrc-de l'Rspagnc, l'Einporeur avait mamlé à Rayonne le ministre des finances, Azanza. Ayant reconnu dans ce ministre un hoinine d'honneur et «le talent, il ne négligea rien pour se l'attacher, par nue véritable conviction, dans l'intérél inénie de l'Espagne, et il le retint auprès de lui pour le nommer prési«lent de la junte extraordinaire. Ce fut alors que l'FImpereur s’adressa (Htur la première f«>is à la nation espagnole. Les brillantes paroles ne lui ont jamais manqué, mais ici les belles paroles n’exprimaient que «le généreux sentiments, u F^s- M pagnols, après une htiiguc agonie, votre nation
périssait. J'ai vu vos maux ; je vais y porter » reniè«lc. Votre grandeur fait partie de la mienne.
* M. «le Torréno, «lom nous npprccinns In Jiislice et imbiie In bienveillance envers le roi Joseph, s'est pin â offrir le eonlrnste «l’on roi nrrachê «in trOne par la violence et ir«in nuire roi n'y inonlnnl qn'â regret et malgré loi. Il repr>-senle Joseph eoiiime «levi-nnni roi par
» Vos princes m’ont cédé tous leurs droits à la cott- )• roiiiie des Espagnes. Je ne veux point régner sur )• vos provinces, mais je veux acqtiérir des droits » éternels à l'amour et â la reconnaissance de votre Il postérité. Votre iiionarchieest vieille, ma mission Il est «le la rajeunir. J'amélinrerai toutes vos instii> tutions, et je vous ferai jouir, si vous mesecomh'z. Il «les bienfaits d'une réforme, sans froissements, » sans désordres, sans convulsions.
I» Espagnols, j'ai fait convoquer une assemblée I) générale de députations des provinces et d(»> Il villes. Je veux m’assurer par ttioi-mèmc de vos Il désirs et de vos hcsoiiis ; je déposerai alors tous n iiu*s droits, et je poserai votre glorieuse coun mime sur la télé «l'un autre iiioi-mémc, en vous » garantissant une constitution qui concilie la facile n et salutaire autorité du souverain avec la liberté ■1 et les privilèges du peuple.
n FIspagnols, squvenez-vous de ce qu’ont été vos Il pères; voyez ce que vous êtes devenus. La faute Il n'en est pas à vous, mais à la mauvaise admiiiis- « traliüii qui vous a régis. Soyez pleins d’espérance Il et de caniliance «lans les circonstances actuelles. Il car je veux que vos derniers neveux conservcni Il mon souvenir et disent : Il est le régénérateur » «le notre patrie. »
t'e langage était noble. Faul-il croire qu’il n'élait pas sincère? Autant que personne, rFimpcrcur senbiit ce que la spoliation d'une famille r«>yale pouvait répan«lre «le fâcheux sur sa renommée. Il n'y avait pour lui qu'un moyen de s'en faire absou «Ire : c'était, comme il en monire la v«>l«mté, «le rajeunir la vieille m«inarchie «l'Espagne, «le la relever «le l'état d'abaissement où la faisait languir la décrépitude de sa «lynaslie. Telle devait être la pensée (le Napoléon. Par malheur, sa voix ne fut guère entendue; nulle nation n’était moins préparée à une résurrection morale; nulle ne renfermait aussi peu d'éléments d'ainélioralinn et de progrès, et déjà, lorsque l'Empereur faisait cet appel à l'Espagne, il était trop tard. Déjà rinsurrection avait commencé dans quelques provinces; déjà les colli sioiis de .Madrid et de quelques autres villes avaient jeté dans tes cœurs des germes d’une haine qui ne saurait s'éteindre. Des voix espagnoles parlèrent et ne furent pas mieux écoulées. Avant l'ouverture même de la junte de Rayonne, ceux de ses membres qui s'y trouvaient ras$«unblés invitèrent aussi, par une proclamation, leurs compatriotes à repousser
séiliieiinn cl par siirpriso. Ce l.ible.'ui n'est qn'uiic fable; en p.irlant «tu Naples pour Bayonne, Joseph, suivant les .Mémoires «le Stanislas Oir.vrdin, son ami, savait trèsbien la destination h laquelle il était appelé, et il y avait donne son libre ronsenleiiienl.
CHAPITllK V.
Il‘3 ciTnrts de la malveillance , et â se mettre en | garde contre les maux de la guerre civile et de | l'anarchie. De Madrid, la junte du gouvernement adressait de môme, mais vainement, à la nation, des conseils de prudence et de sagesse.
Cependant Charles IV et sa famille étaient partis pour l'intérieur de la France. Le nouveau roi attendu il Bayonne y arriva le 7 juin. Il reçut aussitôt les hommages et les protestations de dévouement de tous les corps qui avaient des représentants dans cette ville , les grands d’F-spagne , les conseils de l'inquisition, des Indes, des rinanccs et «le l’armée. Le lüjuin, la junte nationale extraordinaire ouvrit les séances et commença scs travaux. Nous suppri- j nierons ici tous les discours de représentation et de | forme. Un projet de constitution fut livré â la libre discussion de la junte. Douze séances furent consacrées à son examen. Tous les membres de la junte croyaient alors sincèrement traviviller à une œuvre durable, car ils y portèrent une attention consciencieuse, et chacun s’occupa surtout avec un vif intérêt de ce qui conccniait la classe ddnt il faisait partie. Les grands d’Espagne, en particulier, débattirent avec beaucoup <le vivacité la question des majorats. Le 7 juillet, le roi se rendit au sein de la junte. Le nombre des membres présents était de quatre-vingt-dix. Le roi remit au président l'acte constitutionnel. Lecture en fut faite par un scerctairc, et, la lecture achevée, le président demanda I .à la junte si elle l'acceptait. L'acceptation fut unanime. Alors l’archevëqnede Burgos, en habits poutiücaux, présenta au roi le livre des saints Évangiles, et le roi prêta serment dans les termes suivants :
U Je jure sur les saints Evangiles de respecter et n faire respecter notre sainte religion ; d'observer :i et de ûtire obsen’cr la constitution ; de maintenir » l’iniéÿité et l’indépendance de l'Espagne et de » ses possessions ; de respecter et de faire rcs|iccter Il la liberté individuelle et la propriété, et de gouit'^Tcrner dans la seule vue de rintérét, du bonheur Il et de la gloire de la nation espagnole, n A leur tour, les membres de la junte prêtèrent serment de fidelité et d'olx'issancc au roi, à la constitution et aux lois, sermcntqui bientôt sera suivi de beaucoup lie parjures, mais qui, nous en sommes convaincus, fut prêté, à peu d'exceptions près, avec la volonté sincère de l'accomplir. *
Tout ce qu'on a écrit contre l’esprit de despotisme, de tyrannie même de l'Empereur en France, peut être plus ou moins fondé, mais il n'en faut pas moins reconnaître qu'au dehors, dans les nouvelles instilulions qu'il donnait aux peuples, il était pour eux un bienfaiteur. Le comte de Torréno, parlant des idées qu'on s'est faites depuis I8H par l'application du gouvernement repre- [
sentatif en France, s'attache à relever les défauts que la constitution espagnole pouvait offrir. Nous admettons la justesse de scs remarques ; mais cependant, quoique les nouvelles insütutions données à l’Espagne pussent être déièctueuses, quoiqu'elles ne dussent pas même obtenir immédiatement une entière exécution, n’est-cc donc rien de les avoir proclamées? N'est-cc rien que de rappeler aux nations des droits qu'elles oublient, et de les porter à en reprendre possession? Dans un pays d’inégalité, n’est-cc rien que de rendre les emplois civils, ecclésiastiques et militaires, accessibles â tous, sans aucune, condition > de noblesse? En conservant la noblesse, n’est-cc rien que de la soumettre aux memes obligations et aux mêmes charges que le reste de la population espagnole? N’cst'CC rien enliii que de donner <à une nation des assemblées délibérantes? Nous signalerons ici fiarticulièrcmcnt l’organisation des cortès. A côté d’un banc du clergé composé de vingt-cinq archevêques ou évêques, d’un banc de la noblesse composé de vingt-cinq nobles, se trouve un banc du peuple composé (^e soixante-deux députés des provinces, de trente députés des villes, de quinze députés du commerce et de ({uinze députés des universités, savants ou hommes distingués par leur mérite personnel, soit dans les sciences, soit dans les arts. Ainsi, dans la constitution de l’Espagne, comme dans celles de la Wcsiphalic et du royaume d'Italie, un accès est ouvert à tous les genres de talents dans la représentation nationale, sans la condition, actuellement exigée par nos constitutions plus récentes, du parement de telle ou telle quotité d'impôts.
Pour prouver, s’il en était besoin, que l’Empereur, abstraction faite du crime d’usurpation, voulait contribuer au bien-être de cette conirée, il sulTirait de citer la composition seule du minislère espagnol. Le choix s’était porté sur les hommes que l'opinion désignait comme les plus honorables et les plus habiles. Aux ministres U-Farill, Cevallos et don SélMsticn Pinbuela, qui conservaient leurs déparfements. et Azanza, qui prit celui des Indes. Joseph joignit l'amiral .Massarédo pour la marine, ('.abarrus pour les finances, Jovellanos ^ pour l'intérieur, et Urquijo comme ministre secrétaire d’Étal. Urqnijo est le même que nous avons signalé comme ayant, h Vittoria, vivement dissuadé Ferdinand Vil de se rendre sur le territoire français. L’Empereur, qui l'avait promptement apprécié, l'avait fait nommer secrétaire de la junte de Bayonne.
f,)unnt à la maison du nouveau roi, elle se com-
' Article 140 de l.i coiisiitulion.
* Jovellonos refusa te uiinisièr»! sous prclc.sle de maladie. Bientôt après il se joiguil .n l’insurrection.
AFFAHŒS EXTÉRlEUftF^.
pose (le Ions les hoiniiics qui avaient oecupé les grandes charges de celle de Ferdinand VII, les ducs de rinrandalo, de Prias, de Hijar, de! l’arque, le prince de Castel Franco, le comte de Fernand Nunez et autres personnages des premières maisons d'Espagne. Il n’y avait de changé que le roi. Pour excuser ces nohles Espagnols d'avoir accepte des emplois auprès d'un souverain que plusieurs d'entre eux devaient bientôt abandunner, on les a représentés comme ayant cédé à une sorte de contrainte, par cela seul qu'ils étaient dans les États du tyran de leur pays. La tyrannie impériale n'avait eu aucun elTurt à faire auprès d'eux. Leurs sentiments changèrent plus tard; mais à Rayonne, nous devons du moins le croire pour leur honneur, tous, ministres et dignitaires, étaient de bonne foi dans ceux qu'ils manircstaieiit. Je n’en excepte pas même Ccvallos, quoi(|uc peut-être on ne dût pas beaucoup compter sur lui, puisque déjà il avait été une fois infidèle, en quittant son parent et son bienfaiteur, le prince de la Paix, pour Ferdinand VII.
Là SC terminent les événements de Bayonne, mais là s’ouvre Père des contrariétés, des chagrins et des malheurs pour Napoléon. C'est quaTid l'Espagne est déjà envahie de toutes parLs, quand elle devrait se regarder déjà comme vaincue, qu’elle commence , comme on l'a dit d’elle dans un autre temps, à connaître et à comprendre > toutes scs forces. Le roi Joseph entra dans son nouveau royaume sous les plus fâcheux auspices. Plus heureux encore jusqu’à présent, l’Empereur, en retournant à Paris, traversa la France sous des arcs de triomphe. Jamais enthousiasme pareil n'accompagna la marche d’un souverain. Que les rois bienfaisant se contentent des bénédictions calmes des peuples. Il n’est au pouvoir de personne de faire éclater pour eux les transports frénétiques qui saluèrent le passage de l'Empereur, et surtout dans les départements de l'ouest, parce qu'en lui ce n’était pas seulement le prince, le restaurateur du pays qu'on honorait, c'était riiommc extraordinaire, le guerrier de l’Italie et des pyramides, le vainqueur d'Austerlitz et de Friedland. Quel autre prince aura jamais un pareil cortège?
J.a France avait vu d'un œil assez indilTércnt la chute des BourlK>ns d'Espagne. Nul intérêt ne s'attachait plus à cette famille, et l’esprit français de l'époque, égaré par l'enivrement de victoires con-
: tinuclles, s’accoutumait à penser que la volonté peut entreprendre tout ce que comporte la puis- ' sance. L'histoire ne peut pas être aussi indulgente. Sans contredit les annales des anciens temps présentent de trop nombreux exemples d'usurpations sur lesquelles le jugement des hommes s’est montré peu rigoureux, mais ces usurpations avaient eu la ^ sanction du succès, et ici cette sanction a manqué.
' \ ainement alléguerait-on que la nouvelle forme de I gouvernement, introduite par l’Empereur, avait pour but de faire avancer la civilisation en Espagne et d’améliorer l’existence d’une population plongée dans les turpitudes de l'ignorance et de la superstition. L'Espagnol répondra que sa liberté consiste à vouloir rester ce qu'il est, sa science à être ignorant -, sa religion à être superstitieux. Nul homme n’a le droit de vouloir rendre un autre homme heureux malgré lui , de lui imposer un mode (le bonheur qui n'est ni dans ses mœurs ni dans scs goôls, et moins encore, par conséquent, de l'y contraindre par la force des armes. L’Empereur a beau répéter au prince des Asturies:
: U Ceci n’est point un guet-apens. » La réunion de I Rayonne sera toujours réputée une espèce d’embuscade où les princes d'Espagne ont été conduits, par des manœuvres diverses, pour s'y dépouiller les uns les autres à son profit. Des procédés de cette nature n'appartiennent guère qu'à des souverains dont la mémoire est peu en honneur dans la postérité. Je ne veux pas faire à l’Empereur l'injure de présenter ici de tristes rapprochements puisés dans le moyen âge, cl particulièrement dans ] ces siècles de corruption barbare où les princes , d'Italie se tendaient réciproquement des pièges pour s’y faire égorger. La moisson serait trop riche et trop honteuse. Même dans Rome républicaine les exemples ne manqueraient pas ; ils abondent dans Home impériale. Au premier coup d'œil, trois me frappent dans un seul règne. Je vois trois > rois, le Germain Maraboduus, le Cappadocicn Archélaus et lu Thrace lUiescuporis^, attirés, par séduction cl par de trompeuses promesses, sur le terriloirc de l'empire , emprisonnés cl dépouillés de leurs États, qui deviennent des provinces romaines. L’empereur Napoléon est assez puni : en cherchant dans l'histoire ancienne des points de ressemblance aux événements de Bayonne, nous les trouvons aussitôt dans la vie de Tibère.
' « Sola omnium provinciamm vires suas, postquam » vicia esi, inlellexit.s Klorus, p. 02.
* On comprend sans peine que e’esi des masses que nous entendons parler, et qu'en Espagne, comme ailleurs, il y avait beaucoup d'honorables exceptions.
’ • Quosdam reges, per blanditias atqiie promitsa cx- » iraciosad te non reroisit; nt Marnbodiiiim Gcrmaniim.
n Rbcscuporin Thraccm, Archelaum Cappadocein, cujus Il eliam regnum in formam provincic redcgil.» Suétone.
* C’est aussi une querelle de Oimille qui sert de prétexte h la perte de ce prince. Ferdinand VIF est accusé par ses parents; Rhescupnris, par la veuve de Cotys, son neveu ; « Àcctuahts in srnatu ab urorr Colyis, dom- » naliir.* Tacite.
2 BICJIOX.
CIÏAPITRK VI.