CHAPITRE VI
POLITIQUE EXTÉRIEURE
IT r»APlR«. — r«A?ICE IT ACTIICm. — rEAÎICË ET ESrAC!«E. — ACrEir:aE.
Iiéirei qui nomme roi de N«plc« le 0rand*diic de Berp. — Convention entre PEropereur et le nouveau roi de Naples.
— (.onslitulion donn^ aux iNapolilains par le roi Joseph . au raomcoi de son départ. — Reoaissanre des pensées «le guerre en Autriche. — \ iolcnee des haines arisiorraliques contre la France nouvelle. — Influence des étMngcrs dans les salons de ^ ienne, et puissance des salons sur le l'ouTernemeni. — Rappel de Paml>assadeur ü'Atitrirhe en Russie par t^artl pour la France. — Innovations A la cour de Vienne, par stiiie d’un nouveau mariage de PF.mpereiir . — Démarches de PAutriche pour se concilier Pemperenr Alexandre. — Cooniven«^e de PAutrirhe à la conirebaiule anglaise,— Arincmc’Dts en Aiiirirhe. — Insurrection en Fapagne. — Détails sur l'Espagne puisés dans la rorrespontboce d’tin agent prussirn à Madrid. — Massacre de gnfiNcrncurs et autres hauts personnages dans les provinces d'Flspagne. — Perle pour la France de cinq vaisseaux bloqués à Cadix. — Proclamation contre 1rs Français. — Fanatisme religieux ches la miitliiude. — Fanatisme politique dans les universités. — Ilabilclé de la junte de Séville. — Organisation militaire de l’insurrectioti. — Premiers succès d«*s troupes Françaises. — Marche imprudente du général Dupont dans PAndalousie. — Maladie du grand-<lur de Bei^ et son rempbeement par le général Savar y, — Secnnnaissance des juntes espagnoles par l’Angleterre. — Entrée du roi Joseph en Espagne. — Victoire remportée i Médina de Rio Seco par le maréchal Bcssiêres.— Capitulation de Baylen.— Affliction profonde de l'Empereur. — ChAlimeot juste injustement appliqué. — Paroles remarquables de Napoléon en iHOd, applicables A Napoléon en 18H. — Rapprochement de la eooduite de Dupont avec celle d'un lieutenant de César.
— Evacuation de Madritl. - Préparatifs militaires en Autriche.— Correspondance du ministère fraaraisavcc M. de M«‘ticrnirh, — Allocution «le l’Empcrettr A cet ambassadeur d’Aiiiricbc.
Avant fie quitter Bayonne, rRmpercur, par un decret en date du juillet, avait cédé au grandduc de Rerg le royaume de Naples. Voici Tarticlc I" de cc décret : uN«)Lre cher et bicn-aime cousin,
» le prince Joachim Napoléon, grami-duc de Berg » et de Ciéves, eit roi de îiaples et de Sicile, du » 1" août 1808. y> Les articles 2, 3 et 4 réglaient l'ortlrc de succession à la couronne. Le tt" portait : «Le prince Joachim Napoléon, devenu roi n des Deux-Siciles, conservera la dignité de grand N amiral de France, qui restera à la couronne tant s que sulisislera l'ordre de succession établi par t> le présent statut, n Par cette disposition , le but implicite de l'Empereur est de consacrer la dépendance du royaume de Naples envers l’empire français, ou, en d'autres termes, la suzeraineté de l'empire français sur le royaume de Naples. Maître, coimne l'était l’Empereur, de faire la loi à son feudalaire, il y aurait eu de sa part plus de fran- | cbisc à déterminer nettement les conditions aux- I
quelles te don de la couronne était attaché. Il eût par IA prévenu les contestations qui éclateront plus tard entre le suzerain cl le vassal.
Une convention du même jour réglait les forces de terre et de mer que le roi de Naples devait, au besoin, mettre à la disposition de la France. Par le staluldu 30 mars 1808, qui avait donné le trAnc de Naples à son frère Joseph, l'Fimpcreur s’était réservé un revenu d'un million en fonds de terre dans ce royaume; mais celte réserve était restée sans exécution. Sur le million réservé il consent aujourd'hui à faire l’abandon de cinq cent mille francs, mais il impose au roi l'obligation de lui remettre la valeur des cinq cents autres mille francs en terres qui devront être désignées avant le !*'■ janvier 1800. Os terres sont destinées à former six fiefs, chacun de soixante mille francs de revenu , pour être accordes en récompense de grands services rendus à t'cropire>
Malgré l'éclat de sa bravoure , ses avantages
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POLITIQUE EXTÉRIEURE
extérieurs et de très-estimables qualités, le choix de Mural est un choix fatal; mais pour donner des trônes à ses sœurs, il faut bien que, de leurs maris, l’Empereur fasse des rois. Mural est l'un dos hommes qui ont beaucoup nui à la fortune impériale en Espagne et en Italie. En Espagne, l'éclatante iiiaiiifeslalion de sa partialité en faveur du | prince de la Paix, son désir d'une couronne, et de la couronne même de ce royaume, l'ont porté à I présenter le maintien de Ferdinand VII comme incompatible avec les intérêts de la France. A Naples, il ne sera pas plus utile à Napoléon. Roi, il oubliera qu’il est un délégué de l’Empereur, et prétendra sc placer envers lui dans la position où était envers la monarchie française la branche
des Bourbons à laquelle il succède. Il poussera la présomption jusqu’à s'imaginer qu'il est possible qu'une dynastie de Joachim règne sur les Deux- Siciles sans l’existence d'une dynastie de Napoléon en France. En 1815, en sc séparant de l'Empereur, il contribuera à sa première catastrophe; en 1815, son ambition trop pressée consommera sa propre ruine et rendra plus inévitable celle de l'Empereur. Les fautes des hommes que Napoléon a choisis sont les siennes ; ce sont surtout les siennes que les fautes de ses propres frères. A la vérité, ce n’est pas pour eux, c’est pour lui-méme et pour la France qu’il croit leur distribuer des couronnes ; mais son intention est trompée, et leur prétention à l’indépendance les conduit tous à une longue lutte contre l’intérét français dont ils sont une création et dont ib devraient être les auxiliaires. L’une des causes des calamités de l’Empereur est dans l'aveuglement de son esprit de famille.
Quoique, sous le règne de Joseph, l’administration du royaume de Naples eût reçu une organisation fondée sur les principes français, et que diverses institutions , imitées de notre gouvernement , eussent amélioré le sort de la population napolitaine, il manquait à ce pays une constitution régulière quidevtntun lien pour ses fùturs souverains. Avant de partir pour Bayonne , Joseph, qui depuis longtemps avait, de concert avec l’Empereur, préparé un projet de pacte constitutionnel, voulut, en l’établissant pour son successeur, laisser un honorable souvenir de son passage dans ce royaume. Cette constitution fut reçue à Naples avec beaucoup de joie. On était flatté de l’idée d’avoir une représentation nationale, et surtout on aimait à voir dans cette constitution un gage du maintien de la nationalité napolitaine, d'autant plus qu’en apprenant la destination de Joseph pour l’Espagne, on avait craint un moment qu’il ne fut formé de toute la
• Septembre.
péninsule un grand royaume d’Italie , dont Rome aurait été la capitale. Lorsque le nouveau roi se rendit > à Naples , la satisfaction fut générale et sincère. De Bayonne même , à son avènement au trône, Murat s’était empressé de reconnailrela constitution donnée par le roi Joseph. Par une proclamation datée du âO juillet, il avait dit : <i La » constitution proclamée par notre prédécesseur » et garantie par l’Empereur ayant clé solcnnclle- » ment acceptée par nous, sera inviolablemcnt ob- » serrée et formera la base de notre gouvernement, n Quoique cette promesse ne doive pas être fidèlement remplie, il est cependant essentiel d’observer que c’est toujours sur la reconnaissance formelle des droits des peuples que Napoléon fonde l’intronisation des rois qu’il leur donne. Si depuis on l’a accusé d’avoir partout établi le despotisme, les cabinets absolus ne s’y trompaient pas alors. Ils étaient plus justes envers lui que ne l’ont été une foule d’écrivains en France. Aussi le comte de Stadion, ministre des affaires étrangères en Autriche, pour irriter les esprits contre l’Empereur, ne cessait-il de répéter, que, malgré son titre impérial, » le goun vernement français n’en était pas moins en oppo- >• silion avec ^ tous les anciens gouvernements. »
Pendant son séjour a Bayonne, tous les moments de l’Empereur n'ont pas été remplis par la question d’Espagne. Outre les soins constants qu’il donnait aux affaires intérieures, de Bayonne il continuait à se débattre contre les instances de l’empereur Alexandre, impatient de procéder au partage de l’empire ottoman ; de Bayonne il commençait une discussion assez vive avec l’Autriche, dont les mouvements appelaient une surveillance chaque jour plus nécessaire, et, dans tous les Étals amis ou neutres, il poursuivait la sévère exécution des mesures relatives au blocus des Iles britanniques. Ces objets divers, à la fois présents à sa pensée, réclament à leur tour notre attention qui s’en est éloignée trop longtemps.
S’il est dans le caractère de l'Empereur de puiser dans chaque succès qu’il obtient un encouragement i des entreprises nouvelles , il existe un autre gouvernement que les revers endurcissent aux revers, qui semble vivre de défaites comme la France de victoires, qui toujours battu ne songe qu’à renouveler le combat, persuadé qu’à la fin la fortune, lassée par sa |>ersévérance, lui rendra en un jour tout ce qu’elle lui aura enlevé en une longue suite d’années. Ce gouvernement , c’est celui de l’Autriche. Avec ces dispositions différentes, l’un en effet finira par tout perdre, l’autre par tout
’ Dépêche du général Andréossy, de Vienne, le SO m.vi 1808.