CHAPITRE VI
recouvrer, et par recevoir môme un considérable .-igrandissemcnt.
Pour le gouvernement autrichien, la prise môme lie sa capitale n’est qu'un accident qui ne le décide point à poser les ariiics. Pour l'y contraindre, il faut que le salut de la monarchie tout entière lui en Tasse la lui ; et même alors les traites de paix ne sont pour lui qu'une suspension d’armes. Campororiiiiü, Lunéville, Presbourg, sont des points de repos où il s’est arrête aiin de reprendre haleine; niais, dès qu'il a refait son matériel détruit, recomposé ses armées dissoutes, il cherche et saisit le premier moment où son ennemi se trouve occupé ailleurs , pour le rappeler sur son ancien champ de bataille. Si, pendant la campagne de Prusse, l’Autriche est restée immobile, c’est qu’elle n’était pas encore assez rétablie du désastre d’Austerlitz. L'union formée à Tilsitt entre Napoléon et Alexandre lui imposera quelque temps une certaine réserve; mais les chances hasardeuses où Napoléon se précipite sur un autre terrain, lui offriront une voie favorable d'attaque contre un adversaire dont les forces vont être partagées.
 Vienne, ce que l'un déteste dans Napoléon, c’est peut-être moins sa puissance en elle-même que l’origine rêvolutioimaire de sa puissance. C'est à rhomnic nouveau que l'envie et ranimadversiou s'attachent. Pour la vieille aristocratie rassemblée <le tous les points de rAllemagne dans cette capitale, le lier empereur n’est qu'un aventurier illustre, un parvenu de la gloire; et scs compagnons d'armes, ces guerriers accoutumés à vaincre sous lui, sont des usurpateurs qui viennent trattreusement éclipser les anciens noms germaniques, cl detrOner toutes les illustrations du saint empire, ('ette colère de l'oligarchie humiliée éclate dans toute la haute société, cl là presque toujours la haute société domine le gouvernement. A Vienne, les salons sont une puissance ; pour y obtenir quelque faveur, il faut se faire remarquer par le sarcasme, quand on a de l'esprit, par l’injure, quand on n'en a pas , contre tout ce qui appartient au gouvernement français. Soit iiidiiïcrencc des familles très-riches pour les fonctions du gouverne-
' ment , soit incapacité de la première noblesse en I général, par suite d’une éducation négligée ou mal faite, les hommes qui ont le pouvoir cl l’inQuencc en Autriche sont rarement des Autrichiens. Pour le moment, les personnages iiilluents, les propagateurs de sentiments haineux contre la France, sont des etrangers, tels que MAI. de Bcllegardc, Vincent, Stutlerheim cl Winzingerode. Le comte de Stadion lui-même est etranger. Parmi eux se distingue un agent de politique inolBcielIc, diplomate nomade, pensionné tantôt par l'Angleterre, tantôt I par la Russie, et les servant toutes deux, lors- , qu’elles sont réunies contre la France. En Autriche I comme en Vendée, l'arislocralic fraternise avec quiconque partage scs passions, cl leur prête son appui. En réalité, pour elle, M. Pozzo di Borgo ii’csl ({u’un gentilhomme corse comme l’insolent I Uonapartc, cl, hors de son pays, tout Corse est i gentilhomme; mais, s’il n’est grand seigneur, il I est digne de l’être , car personne ne nourrit une plus violente haine contre Napoléon Cet esprit : des salons en Autriche, c'est l’esprit du ministère, c'est surtout l’esprit du comte de Stadion. On juge que scs choix devaient être en ce sens. L’un des agents de la cour de Vienne, qui dissimulait le : moins cette disposition antipathique contre la , France impériale, était l'ambassadeur en Russie, le comte de .Aleerfcldt. Napoléon en lit porter des I ])lainles. Les premières insinuations pour le rap- ; pel de cet ambassadeur furent froidement accueil- I lies. Aladame de .Mcerfeldl, restée à Vienne, tenait ! aux familles les plus puissantes, et le comte de Stadion montrait beaucoup d'égards pour elle. Un incident ^ survenu à Pétersbourg porta le gouvernement français à prendre un langage plus ferme. Le rappel fut prononcé, cl l’ambassadeur remplacé par un chargé d'aiïaircs.
Cependant, au commencement de celte année 1808, il y avait eu à la cour de Vienne un commencement d'innovations, qui, s’il avait eu quelque suite , aurait pu changer la marche du gouvernement. Ces innovations momentanées furent produites par le second mariage de l’empereur François II. Les goûts solitaires de la dernière im-
' Eu 18.13, M. Pozzo di Borgo a souscrit, pour une somme de mille francs, ou moDument à élever eu Corse ! eu l'honneur de Napoléon.' {
Ak! qu'il de {ttaindre
Le tort d'un ennemi, quAnd il qV*I plu» a ctAÎndre!
* Voici cet incident , qui prouve les dispositions de l'.viuliaMadenr et de sa cour. Au sortir d'un dincr chez le comte de Mccrfeldt, l'ambassadeur de France, M. de Caul.-iincourt, s'aperçut qu’au nombre des convives s'était trouvé un émigré franç.iis portant la croix de Saint-
Louis et la cocarde blanche. C'étail M. de RIacas, agent de Louis XA'III. M. do Caulaincourt affecta de ne l’avoir pas remarqué; mais plusieurs fois il refusa la visite de M. de Mccrfeldt; et entin un jour, pressé d’invitations nouvelles par cet ambassadeur, il lui fit connaître la cause de son refiis et n’admit pas scs explications. L’un des deux ambassadeurs devait néce$.saircment céder le terrain à l'autre. De là le rappel de M. de MeerFeldl, qui eut lieu dans le mois de mars. Il Rit défendu à M. de Blaens de paraître nulle part avec la cocarde d’un prince que la Russie ne reconnaissait pas comme souverain.
l'ÜLlTiyL'K EXTÉaiElîRE.
KO
péralrice avaient cuncetilrc, dans son interieor, I toute l’ciistence de la maison impériale. Le 9oa> | verain avait été éloigné des sujets, et les sujets du ^ souverain. La nouvelle épouse de l'empereur, quoi- i que très-jeune, annonçait des dispositions toutes | différentes. 1/archiduchesse Béalrix. sa mère, conservant le gmU héréditaire de la maison d'Kstpour les lettres et pour les arts, avait fait donner à sa llllc une éducation dirigée en ce sens. Pour plaire à sa jeune épouse, l'empereur consentit à prendre quel' ques nouvelles habitudes, et ces habitudes nouvel* les étaient des imitations des mœurs françaises. I>a maison de l'empereur fut établie sur un pied de dignité qu'elle n'avait pas eu jusqu'alors. Une fêle fut donnée aux invalides. Ce fut la première fois que ces vieux soldats virent leur souverain. On créa, sous le nom de Léopold, un ordre qui, comme la Légion d'honneur, pourrait être donné aux hommes de toutes les classes en récompense de services rendus ou de travaux utiles. La no* blesse autrichienne eut quelque peine à se plier aux nouvelles formes do la cour. Celte noblesse, qui a une physionomie particulière, est presque en rivalité avec le chef de l'empire. Livrée à des goûts casaniers , elle règne dans ses terres , et se montre peu empressée à rendre des hommages ailleurs. Il fallut plus que négocier avec elle (>uur l'attirer et la retenir ^ aux bals donnés à la jeune impératrice.
Il n'y avait assurément rien de bien grave dans ces cbangeroenls apportés particulièrement aux usages de la cour, mais cnHii , c’éUienl des imiuvations, et, à Vienne, toute iiinovalion fait peur, j I«e système novateur pouvait s'étendre ; il impurlail de l'arrêter à son début. Aussi se forma-t-il bientôt un parti d'opposition dont le triomphe ne fut pas difficile. On fit entrer dans celte opposition l'homme le plus estimable de la famille impériale, l'archiduc Charles. Le comte de Sladioii s'élail assuré un appui auprès de ce prince dans la personne ; du général Crunne , réputé alors ta pemée et ta î ;i>/N«tedel'aruhiduc,qui, vuson état de souffrance,
' Par le« soins du grand rhambellan, comte de Wrbnn. bommcntimablf et insiriiil, cette décoration fut donnée k M. Burg, maibéniaticicn habile, en eorrespoodaare avec le bureau des longitudes de Paris, qui en faisait très-grand cas. Le jour où cc savant parut à ta cour pour la première fuis, un se demandait de tous côtés : »Oue| est ce M. Btirg? d'où vient cet homnie-lè?» et il fallut , qu'unagent diplomatique, qui avait résidé en France, apprit aux questionneurs que M. Burg était un homme fort distingué dont Uavait entendu faire rc!ogeàParUp.vi*des membres de Tlnstitut. L'Autriche avait ainsi des savants \ très-eonnua en Europe, mais inconnus à leurs compairio- i tes, à Vienne même. Ces faits niioutieux, qui semblent
était incapable d'une longue application. La velléité de réforme et d'amélioration dont nous venons de parler, ne fut qu'un éclair, et bientôt on rentra dans les voies ordinaires.
Autant le cabinet autrichien paraissait pou jainnx de plaire au gouvernement français, autant il faisait d’efforts pour se concilier l’empereur Alex.tndre. Alors, comme aujourd'hui, toutes les aristocraties européen nés étaient liées entre elles, même en opposition avec la politique des souverains. Il y avait en quelque sorte deux légations russes à Vienne, la légation du système français et l.i légation du système anglo-autrichien. I^e prince Kiirakiri y représentait l'opinion de l'empereur Alexandre et de N. de Rumansof. fie comte UasumowU , ambassn dear rappelé, mais en quelque sorte naturalisé dans cette capitale, y représentait {'opinion de la noblesse de Russie, aussi hostile à la France que celle de l'Autriche. Tantôt on disait que l'engouement de l'empereur Alexandre pour Napoléon louchait à MR terme ; tantôt que , si ce prince persistait dans son aveuglemctil, il faudrait bien en finir par une révolution de sérail. On sait qu'à cet egard les Russes sont aussi peu scrupuleux dans leur langage que dans leurs actes. Au milieu des scandaleuses sorties qu'on se lœrmeltail contre ce monarque, tel était le désir qu'avait le cabinet aulrichioti de le séparer de l'empereur Napoléon, qu’avant de quiller l'étersbourg, jM. de Mccrfeldt avait fait connaître que son gouvcrnemciitétail prêta s'cnlcndre avec le cabinet russe sur In question turque, et à lui faciliter l'acquisition des principautés de Moldavie et de Valachie. Un voyage que fit en Russie M . Puzxo di tiorgo parut a voir pour objet d'en suivre la pro|M>sition, et de faire compremlro à celle puissance qu'il y aurait beaucoup plus d'avantage pour elle à traiter celte affaire avec l'Autriche qu'avec l'empereur des Français. Le fait de la proposition est constant; l'empereur Alexandre en est lui même convenu.
A tout événement, la cour de Vienne songeait , en cas de partage , à obtenir au moins un lambeau
peu iDtérexMnu. suffisent i peindre une cour et un pays-
* Au lieu (feuvayer, selon rimge.des biUolsd'invitJlion, on fit paraître uneonlonniuce portant qu'il y aurait bal A la cour et derotr» (auf-vrarlung). Cetic ordounance portait en outre qu’on devait y paraître après six heures et ne pas se retirer avant la cuiir.
* Lorsque, peu de teoipa après, M. Pozso dî Borg» partit de Petersbourg pour retourner A Vienne, M. du Caulaincourt repréaenu le danger de la présence d'un homme si remuant dans relie capitale, où il allait certainement tout tenter pour rallumer U guerre. L'empereur Alexandre lui répondit eo riant : • Noos l'aimorn • eoeors mieux IA qu'id. •
CllÂPJTRfc; VI.
de U Turquie. Pour s'assurer la possession de la Servie, elle lit porter, par un agciil < en sous-ordre, des pro|H>silioDS secrètes à rboininc qui était alors maître de cette province, à Czerny Georges. Olui-ci ayant témoigné qu'il ne comprenait pas pourquoi l’Aulrichc, si elle voulait s'arranger avec lui, ne s'expliquait pas par des personnes accréditées, reçut bientùt une lettre formelle du général Simbschen, qui commandait sur celte rronlièrc. La lettre fut communiquée à un agent russe à bclgrade. Lorsque, bientôt après, le prince Kurakin en parla au comte de Sladion, ce ntinistre désavoua le général Siinbsciicn comme ayant été le jouet d’une intrigue subalterne. Personne ne fui dupe de ce désaveu.
Quoique, dès les premiers mois de 1808, l'ambassadeur de France n'cùt pas lieu d'ètre salisfail de la physionomie de la cour de Vienne, aucun acte extérieur ne trahissait encore les pensées se- ' crêtes de celte cour. On remarquait bien que, malgré sa réunion ostensible au système contiuenlal cl le rappel du prince de Stahremberg, ambassadeur à Londres, le ministre d’Angleterre, M. Âdair sous prétexte d'un défaut de forme dans ses lettres de rappel, prolongeait son séjour i Vienne. Il ii'cn partit que dans le mois de mars.
C'était le 18 février qu'avait paru la déclaration relative à l'adhésion du cabinet autrichien au système conlinonlal. Les Mliments anglais avaient cessé d'etre reçus dans les ports de celte puissance, nuis ils avaient été remplacés par les bâtiments américains qui couvraient de leur pavillon le commerce britannique. Dans le mois de nui, il était arrive, sous ce pavillon, à Trieste, plusieurs bâtiments chargés de marchandises coloniales dont la valeur était estimée neuf millions. L'un de ces bâliinctits, l'Amélie, était sorti du même port de Trieste, le 18 janvier, et il y était rentré dans le mois de mai. Avait-il eu le temps, en trois mois, de faire la double traversée de Trieste aux États- Unis pour y prendre un chargement cl revenir dans un si court délai? Il est manifeste que, dans la Méditerranée comme dans la Baltique et l'Océan, il y avait des bâtiments sous pavillon américain,
' Cet ageol était Miloach , roainteoaDt prince de Servie.
* M. Adair, envoyéà Vienne sous le fnioislèrede M.Fox, vm ami, était un homme estimable, servant son pays avec booneiir. sans y mettre la violence du fanatisme qui voulait routre la France des guerres d'rxiensinatioD. Il n'avait pas obtenu en Autriche toute U considération qu'il méritait. Son crime était grave; il avait épousé une Française qui conservait un cour français.
* Si rAulriche. procédant i la saisie des marchandises anglaises, eût confisqué les bâti menu américains qui im-
qui prenaient des marchandises anglaises dans les grands entrepôts où elles étaient accumulées, et qui allaient ensuite les verser sur les divers points du continent. C'était an fait de notoriété publique qu'un certain nombre de ces bilimenls allaient ainsi de Trieste à Malte et de Malte à Trieste, avec pavillon amérirain^, et, pour plus de sûreté, sous l'escorte de bâlimeiits anglais. D'ailleurs, d'après l’cmltargo mis en Amérique sur les bâtiments nationaux, il était impossible que des navires de ce pays fussent arrivés k Trieste en ce moment. La fraude était évidente, les connaissements faux, et il y avait là un indigne trafic de pavillon. C'est ce que rKmpcrcur avait supposé de lui-méme, avant d'avoir reçu le rapport de son ambassadeur, le général Andréossy, sur les faits que nous venons de rapporter. * Écrivez à mon ambassadeur à Vienne, n disait-il ^ au ministre des affaires étrangères, de t> demander la répulsion de lo<it bâtiment améri- H cain qui sc présenterait chargé de denrèea colo » niale». Ces bâlirnentsne peuventétre que les cour ■I tiers des Anglais, les Américains ayant mis un t» embargo sur leurs propres bâtiments. » Sur les représentations du général Andréossy, le cabinet autrichien, pour faire parade d'un zèle peu sincère, défendit l'entrée de ses ports à tous les bàtimeiiLs américains sans distinction, et renouvela pour les bâtiments anglais la même défense. C'était aller au delà de ce qu'on lui demandait. Aussi, peu de temps après, dès qu'on eut reçu l'avis que le gouvernement fédéral avait levé l'embargo sur un ccrlam nombre de ses navires, l'Lmpereur fut -il le premier à faire témoigner à la cour de Vienne, qu'il serait injuste de contrarier le commerce américain, •I lorsqu’il rte voilurerait ^ pas des denrées colo- » niales ou des marchandises anglaises, n
Ce fut dans les mois d'avril et de mai que la cour de Vienne prit une attitude prononcée et de jour en jour moins favorable à la France. Tout paraissait y produire une vive sensation. L'occupation de Rome par les troupes françaises, la réunion de trois provinces des Étals romains au royaume d'Italie, le départ de Napoléon pour Bayonne, tout l’étonne, tout agite et inquiète le cabinet autrichien; mais
portaieni ces m.vrchandises «lans »cs ports, 1rs Américains ii'aurairot perdu que le corps des navires qui leur appartenait, c*rai-à-<iire, une valeur de quelques centaines de mille francs, d'un million peut-être; mais d'après le mode de négociation adopté en 1850 entre la France et les États-Cnis, les Américains auraient aussi pu réclamer de fAulriche vingt-cinq â trente millions pour des confiscations de marchandises qtii étaient une propriété anglaise.
* Bayonne, le 9Ô mai.
* l.ettre de Bayonne du 18 juillet.
POLITIQUE EXTÉBIEURE.
ce n’est ni l'occapalion des trois provinces romaines, ni les abdications des rois et princes d'Espagne, qui détermineront la conduite ultérieure de ce cabinet. Si l'Espagne tranquille et soumise eut accueilli avec faveur son nouveau roi, l'Autriche n’aurait eu pour la nouvelle royauté napoléonienne que des félicitations et des hommages. A tout éve- | nement et pour être en mesure d'agir selon les ' circonstances, le cabinet de Vienne a fait des arme* ments extraordinaires; il les a faits en portant ses regards sur l'Espagne et sur l'Angleterre. L’insurrection espagnole étant surtout le nouveau point d’appui sur lequel il compte en se disposant à une guerre prochaine, nous devons jeter un coup d'œil sur ce qui s'est passé dans cette péninsule, pendant et depuis le séjour de Napoléon à Bayonne.
La guerre d'Espagne a fait naître un trop grand nombre de descriptions géographiques et morales de cette contrée, pour que nous ayons besoin de nous livrer ici à des détails étendus sur la variété des institutions qui régissent ses divers royaumes, et sur l’esprit particulier de ses différentes popnbtions. Nous ne devons nous arrêter qu’aux traits communs à toute la Péninsule. On vient de voir réunis à Bayonne tout ce qu’il y a en Espagne d’hommes les plus distingués par la naissance et par la fortune. Entre ces hommes qui appartiennent aux plus hautes classes de la société, un en remarque quelques-uns qui, par leur instruction et leurs lumières, sont au niveau de la civilisation des plus grandes capitales, et qui ont particulièrement suivi ses progrès à Londres et à Paris. Ce sont ceux-là qui formeront le parti français parce qu'ils croiront, d’une part, ne pouvoir soustraire leur pays à Tasccndanl de Napoléon, et, d'autre part, avoir besoin de son appui pour opérer, dans l’administration du royaume , les réformes que l'intérêt du peuple exige ; mais cet intérêt , le peuple ne le comprend pas. Une partie de la noblesse, quoique plus éclairée que les classes inférieures, repoussera des amélioratoins qui porteraient atteinte à ses privilèges; et le clergé, celui surtout du second ordre, accoutumé dès longtemps à maudire dans les Fratiçais, une nation impie qui a dépouillé l'Église de tous ses biens, peu touché de ce que l’empereur Napoléon a fait depuis pour le rétablissement du culte , affectera de ne voir en lui que le continuateur des saturnales antireligieuses de la Convention nationale. L’ignorance et la superstition formant le trait principal du caractère espagnol considéré dans les masses, rien n’y est plus ordinaire que l'association sacrilège de la religion à tous les crimes. En ce genre, ce sont les actes qui parlent le mieux à l'esprit et qui offrent l’expression la plus fidèle des mœurs d'une nation.
Comme tout jugement français à cet égard pourrait paraître empreint de partialité , j'emprunterai , à un étranger qui n’écrivait pas pour le public , le court récit d'un fait qui s’était passé à Madrid quelques mois avant les événements de Bayonne. A l’occasion de la malheureuse journée du 9 mai , le ministre de Prusse en Espagne écrivait à son gouvernement : <1 I/homine du peuple, dans ce » royaume, est hardi , cruel, vindicatif : il a l'ha- <• bitude de manier le couteau , et il le manie avec » beaucoup d’adresse. Un coup habilement porté » lui fait honneur lors même que celui qui l'.i Il porté est puni par la loi comme assassin. » Après ce portrait abrégé de l’Espagnol des classes infé heures, l’envoyé prussien raconte un fait caractéristique dont il a été témoin. « Il y a quelques » mois , dit - il , nous avons vu enterrer ici avec » les cérémonies les plus honorables, et d’abord » exposer, au pied des autels, à la vénération des n fidèles, les restes d’un brigand de grand chcn min, qui avait été écartelé. Des dévots avaient n fait célébrer des messes pour le repos de son » âme. Le ciel avait cédé aux prières, et l'àme du » bandit était sortie du purgatoire pour entrer dans Il le séjour des bienheureux.» Userait inutile de rien ajouter à cette narration. Avec de tels hommes et de telles croyances, on juge ce que va devenir, dans cette contrée, une guerre préchéc par les prêtres. Car, cette guerre, qui va la faire? qui va opposer aux Français une opiniâtre résistance? Ce ne sera ni la haute noblesse en général, ni même le clergé supérieur, ni la bourgeoisie riche, ayant quelque instruction : ces diverses classes seront entraînées; ce ne seront pas elles qui se précipiteront en avant , ce sera le peuple grossier et superstitieux , guidé par des prêtres superstitieux comme lui, qui lui promettent les bénédictions du ciel pour prix du meurtre et de l'assassinat.
Il est en Espagne une portion dc peuple qui n’appartient ni à la classe des habitants paisibles , ni à celle des malfaiteurs déterminés, troupe intermédiaire , ayant une existence qui lui est propre , obéissant à des chefs , et qui , malgré sa dispersion, ne laisse pas d’avoir des peints de rapport et de correspondance ; ce sont les cunlrebandiers. Dans les moments de troubles ils deviennent un noyau de rassemblement, et ne manquent pas dc faire de nombreuses recrues parmi tous les hommes qui veulent le pillage et le désordre. Le moment i est propice pour eux : le tnVtie est vacant ; Ferdi- , nand ne règne plus ; Joseph ne règne pas encore; les autorités sont incertaines et flottantes. Quel moment pour le triomphe de l'anarchie ! I.e patriotisme même , l’amour de l'indépendance du pays,
> CCS sentiments si nobles et si purs, acceptent les
CHAPIiaK VI.
secours d'une lionlcuse aliianro ; mais en Espagne, el sui’lout dans les premiers temps de l'insurrcc* lion, le palriolismo est aveugle^ féroce, sangui* nairc : patriotes et brigands crient ensemble :
« Meurent les Français et vive Ferdinand! n Tel est le mut d’ordre qui se fait entendre i la fois dans toutes les provinces. C'est i ce cri que l'on renverse cl que l’on change les pouvoirs établis. Les gouverneurs, Ici corrégidors veulent maintenir la tranquillité ; ils périssent victimes de leur dévouement à l'ordre public.
AOviédo, des membres du conseil de Castille, qui s'efforcent de calmer U multitude, n'échappent qu’avec beaucoup de peine à sa fureur. Le comte ü’Aguilar est indignement égorge à Séville. A Valence, le capitaine général, don Miguel Saavedra , est mis en pièces ; sa lélc est portée au bout d'une pique, promenée dans les rues et exposée sur une place publique. Un chanoine, BaUbaxar Calvo, entouré d'assassins, commando en maître dans cetlc ville. 11 prend le titre de représentant du peuple , donne des ordres aux autorités civiles clmililaircs, et fait inassacrcr deux cents Françai.S; en quelque sorte naturalisés dans ce pays , où sont depuis longtemps établies leurs fortunes et leurs familles. A Cuença , le corrégidor et l'intendanl sont chaires de chatnes et enlevés par des paysans. Le général Truxillo, gouverneur de MaUga, est tué à Grenade , son corps traîné dans les rues , déchiré cl brûlé. Ainsi tombent également assassinés le comte de Torre Fresno, gouverneur de Badajoz, don Santiago de Gusinan cl Yilloria, gouverneur de Tortose, le maréchal de camp Miguel de Ccvailos, le lieutenant général Antonio Filatigicri, don Juan de Toda, gouverneur de Villa-Franca de Fanadès , le gouverneur de Carlhagéiicct celui do San-I.ucar de Baranieda. Presque partout le meurtre est suivi de pillage. Des villes entières sont saccagées {lar les habitants des campagnes voisines. A Jaén, le corrégidor est tué, en voulant s'uppo* ser ù de pareils excès. A Cadix même, le général Solano, qui, à la tête d'un corps de dix mille bomuies rappelé de Portugal, était entré dans cette ville dont il avait pris le gouvcrticmcnt, tombe sous les coups d'une populace forcenée , excitée par des prêtres el dirigée surtout par un jeune homme qui sortait d'un couvent de chartreux. Les misérables ne se bornent pas à tuer: la mort seule serait trop douce; ils torturent les infortunés que poursuit leur aveugle rage, el les font expirer dans une lente agonie. I.a plupart des officiers généraux ou des magistrats qui succombent ainsi, sont des hommes jusqu'alors révérés un Espagne. Aguilar cl Solano étaient surtout considérés comme les plus vertueux de scs citoyens.
Tel est le début de la grande insurrection qui, dans son ensemble, formera un fait héroïque, mais qui, dans ses actes de détail, sera souvent atroce et fera frémir l'humanité.
I.a suite immédiate du meurtre de Solano fut pour la France la perte de cinq vaisseaux de ligne et d'une frégate bloqués dans Cadix par une escadre anglaise. Vainement le contre-amiral Rosily, après avoir pris une position défensive dans le canal des Carraques, hors la portée des batteries de terre, voulut gagner du temps par la négociation. I.es conditions qu'il proposait furent refusées. On éleva des batteries sur des points plus rapprochés, on arma contre lui des chaloupes canonnières et des galioles à bombes. Après un feu de trois jours, il fut obligé de se rendre.
Cependant la commotion meurtrière des premiers jonrs avait fait place à une organisation régulière. Dans toutes les provinces , des jantes s'é- Uient formées pour diriger le mouvement de la |>opulation. L’utic de ces juntes, celle de Séville, qui s'était cllc-môroc proclamée junte suprême, s'cii attribua les prérogatives. Au nom de Ferdinand VII et de la nation espagnole, elle déclara solcimelleinent la guerre à l'ciupcrcur Napoléon, et, s'élaiit mise en rapport avec l’amiral Collingswood, qui croisait devant Cadix, envoya en Angleterre des commissaires pour traiter avec la cour de Lunüres. Une autre junte, celle d'Oviédo, l'avait devancée, et des agents étaient déjà partis de Sanlander pour réclamer l'appui du gouvernement anglais dans la guerre Uÿitime ei $ainie de l'Espagne contre la France.
I/es proclamations publiées par les juntes donnent une juste idée du l'esprit qui anime la nation cs|)agnolc. C’est le mélange de nobles sentiments avec des préjugés absurdes cl de honteuses superstitions; mais les superstitions s'épurent, les préju,;és s'ennoblissent , quand ils servent à augmenter l'énergie des sentiments généreux, l'amour de l’indépemlance et la haine de la doiiiinalioii étrangère. K Aux armes (aux armes! criaient les juntes, U si vous ne voulcs pas que vos femmes el vos >» filles soient violées par les barbares, que vos I» champs soient ravagés el vos maisons brûlées ; » si vous ne voulez pas être gouvernés par le code I» de Napoléon , par un code sanguinaire, calculé » sur la guerre éternelle, dont la conscription et la » révolution sont l'essence... Armons-nous contre n un tyran exécrable, contre celui qui n'a ni foi ni B loi. Quels droits a donc sur nous cet etranger? » Quels biens avoiis-iious à attendre de l'ami, du » protecteur de Godoîî^S'ii n'élait pas son com- » plice, aurait-il arraché cet infâme à l’échafaud?.,. 1* Olui que vous combattez est un impie. Il a
POI.myUK EXTÉBIEI.RE.
» relevé le lemple des juifs, dépouillé le pape de » ses douiaines; U élH'anlerail l'Eglise si les portes >• de l'eufcr pouvaient prévaloir contre elle. Vous ■ cunibaltez pour votre terre natale, vos proprié- I* lés, vos luis, votre rui, votre religion et pour la N vie à venir. Arinex vos esprits de la crainte de •• Dieu, implurex le Si'cours de l'immaculée Con- >• ception; la sainte Mère de Dieu ne vous aban- » donnera pas dans une si juste cause. » Que ce langage soit ou non sincère de la part des chefs, il est parfaitement adapté aux intelligences auxquel* les il s'adresse; mais il en est un autre, encore mieux approprie, peuMlrc , i l'ignorance populaire, c'est un catéchisme trivial et grossier, ouvrage d'un évéque, qui, parodiant le mystère de la Trinité, fait procéder Napoléon, du péché; Murat, de Napoléon, et Godol, de l'intrigue de tous deux ; qui présente les Français comme d'anciens chrétiens et de modernes hérétiques; qui déclare enlin qu'assassiner un Français est une œuvre méritoire. Pour des hommes auxquels on parle ainsi, il faut des miracles. Les miracles se multiplient de toutes parts. Chaque ville a les siens. Tous les saints célèbres s'agitent sur leurs autels; oo voit pleurer * ou frémir leurs images. Au fonii du tombeau de saint Jacques un cliquetis d'armes SC bit entendre. La foudre frappe une église ^ consacrée à la Vierge; les cierges qui brûlent devant la Hère do Dieu sont éteints, mais elle est respectée. Ce sont les Notre-Dame surtout qui, dans toutes les provinces, appellent le peuple à leur défense et loi prédisent la victoire.
Au fanatisme religieux sc mêle aussi un fanatisme politique, et c'est surtout parmi les jeunes gens des uoiversilèsquc ce dernier genre d'exaltation éclate avec le plus d'énergie. Pleine encore des grands souvenirs dont l'élude des langues anciennes nourrit les eofanls de nus monarchies modernes, celte jeunesse ardente s'organise en compagnies séparées, sous des désignations célèbres. Les nun)S de Itniius, de Caton et autres personnages fameux deviennent les mots de ralliement de ces compagnies diverses, et, d'après un exemple plus récent pris dans ta révolution française elle-même, leurs drapeaux portent pour inscription : La liberté ou la mort.
Daus toutes les provinces les juntes rivalisent d'enthousiasme et d'ardeur. Les mesures adoptées par la junte de Séville sont celles qui annoncent le plus d'habileté, et légitiment jusqu’à un certain
’ aMarmora audau(.« Virgile.
' • Haslam Hartia auà spontc promniam. • Tite- Live.
* >Æ(lrra Spei fulmine ieiam.* Tiir Livr.
point la suprématie qu'elle s'arroge sur les autres. Reconnaissant la diüiculté de lutter avec avantage en rase campagne contre des années aguerries, elle recommande aux insurgés d’éviter toute action générale, de se borner à une guerre de partisans y d'enlever ou détruire les subsistances , de couper les ponts, de mettre a profil tous les accidents de terrain nombreux en Espagne, les montagnes, les défilés, les rivières et les torrents, pour opposer partout des résistances partielles, mais perpétuelles, à reniiemi.
Plus prudente que les juntes de quelques autres provinces relativcniciU à la succession au trône, la junte de Séville déclare que, sur cette question, il faut s'en tenir aux lois fondamentales de la monarchie, hlimanl ainsi d’une manière indirecte la junte d'Aragon, et particulièrement le général Paiafux , qui, considérant le trône comme vacant, y avait, par une proclamation appelé éventuellement l’ar chiduc Charles.
L'insurrection populaire était partout; l'iiisurrectioD militaire, organisée, avait plusieurs foyers principaux et des chefs nommés ou confirmés par Ics juntes. I<es chefs étaient , dans l'Andalousie, Castanos; Blake, dans la Galice; Cucsla, dans la vieille Castille; Caro, dans le royaume de Valence; Palafox, dans l'Aragon, et quelques autres moins distinguésdaiis les autres provinces.
Le premier des généraux français qui eut à combattre des rassemblements armés, fut le maréchal Bessières. L’un de ces rassemblements, à Logrono, était dirigé par un tailleur de pierres ; uii autre par l'évëque de Santander ; presque tous par des chefs que leur audace seule investissait du coiiimandemeul. Tandis que l'évéque de Santander. en appelant les fidèles aux armes , attirail les Français dans ccltc ville d'où il était obligé de s'enfuir, c'étaient les évéques de Palencia cl de ValJadolid qui obtenaient des généraux français pardon et indulgence pour la révolte de leurs concitoyens.
Dans le royaume de Valence, le général Caro a réuni près de quarante mille hommes. Le maréchal Monccy marche contre lui, bat ce corps d'armée, le disperse, et s'avance contre la ville; mais là il rencontre des obstacles qu'il est impossible de vaincre sans une grande réunion d’artillerie.
Lefebvrc-Dcsnouclles a commencé, dans l'Aragon, une lutte que l'inflexible fermeté de Palafox rendra opiniâtre et sanglante.
4 Celle proclamaiion portail qiie.daD»lecasd’iiuaiiealét contre la vie prêcieuae de Ferdinand et ses frères, In natio» u»eroü de ton droit d’éleelion en hiveur de l'arrhiducCharlfi. peiii-fil» de ChaiHe» III.
CUAPITRK Vr.
Des places sont prises et reprises dans la Catalogne.
Dupont est déjà imprudemment lancé d.ins l'Andalousie où toute lu population est insurgée. Les troupes espagnoles qui avaient formé le camp de i Saint-Ilocli devant Gibraltar, le corps d’armée du général .Solano, assassiné à Cadix, et les régiments de milice des provinces méridionales ont été , par les ordres de la junte de Séville, réunis en une armée régulière de plus de quarante-cinq mille hommes, sous les ordres du général en chef Castanos. Après avoir traversé la 'province de la Manche et la Sierra-Morena , le général Dupont s'èlait { trouvé en présence du général espagnol Elclievery, devant le pont d'Alcoléa sur le Guadalquivir. l.c corps que commandait le générai espagnol était de vingt-cinq mille hommes , parmi lesquels il y en avait sii mille de troupes réglées. La télé de |M>n(, les retranchements espagnols, quoique vaillamment défendus, furent emportés par les Français, et le village d'Alcoléa resta en leur pouvoir. De là le générai Dupont se porta sur Cordoue qu’il somma vainement de se rendre. H fallut briser à coups de canon les portes de cette ville, cl livrer dans chaque rue des combats aux habitants, qui, plutôt que de se soumettre au vainqueur, abandonnèrent I le terrain, et se jetèrent, partie dans les mon- \ tagnes, partie sur la rive gauche du Guadalquivir. | Les ordres donnés pour empêcher le pillage furent peu respectés , cl de là bientôt, triste effet de cctic i indiscipline, survint, à la suite de nus troupes, un ' embarras de fourgons et de voilures , que le général , Dupont ne saura pas sacrifier à propos au salut de ! son corps d’armée. |
Pour diriger, dans un esprit d’ensemble, les ' mouvements des divers corps de l’armée française, le grand-duc de Berg eût suffi à peine. La direction manque au moment où clic eût été le plus nécessaire. Une maladie grave du grand-duc l’a rendu incapable de tout travail et a mis scs jours en danger. Il était la seule autorité centrale en Espagne, et pour l’instant il n’existe pas. Le général Savary arrive cl le remplace; mais ce général, mal vu d’ailleurs par les Espagnols, cùl-il eu toute l’habileté désirable, ne pouvait pas y joindre la puissance de commandemenl dont elle aurailcu besoin d’élrc accompagnée.
Jusqu’à ce jour les rassemblements d’insurges ' ont partout éprouvé des échecs; mais, dissipés et ! battus la veille, ils se recomposent cl rccommen- | cent le combat le lendemain. Déjà un immense | secours est venu accroître leur ardeur et justifier leurs espérances. S’il existe un gouvernement qui ' ait dù sourire à l’aspect de ce nouvel incendie, c'est le gouvernement anglais. Au lieu de continuer à
être un instrument de Napoléon contre l’.Anglc- Icrrc, l’Espagne va devenir, dans les mains de rAiiglctcrre, un redoutable instrument contre Napoléon. [.es premiers agents des juntes parvenus à l/ondres sont ceux de la province des Asturies. Les envoyés de plusieurs autres provinces les ont suivis de près. Dès le Iti juin, M. Caniiing leur annonce que S. M. B. s’empresse d’accéder à leurs demandes. Des envois de munitions et d’armes sont dirigés vers différents ports. Les prisonniers espagnols sortent des pontons où ils languissent depuis plusieurs années; ils sont habillés, armés et renvoyés dans leur patrie pour y combattre les Français. Les arsenaux de la Grande-Bretagne, ses escadres, ses flottes, ses trésors, tout est à la disposition de l’insurrection espagnole. Les actes ont précédé les déclarations oRicielles. C’est le 4 juillet que parait la déclaration qui proclame la cessation de toute hostilité contre les provinces d’Espagne non soumises à l’autorité française, qui ouvre les ports d’.'Vngleterrc à leurs bâtiments et assure la liberté de leur navigation. Le même jour 4, le roi d’Angleterre, en annonç.anl au parlement les efforts qu’il va faire pour l’indépendance de l’Espagne, exprime la confiance que ces mêmes efforts auront pour résultat. « le rétablissement des libertés et » de la paix de l’Europe.» Celle confiance, ainsi que l’entend le gouvernement anglais en 1808, se réalisera six ans plus tard, et la guerre d’Espagne, celle grande faute de Napoléon, sera sans contredit celle qui contribuera le plus à rendre ses autres fautes irréparables. Jamais, sur aucune quesliorr, accord plus parfait ne régna dans toutes les classes de la nation anglaise. La cité de Londres, la banque , les torporalions fêtent à l’envi les députés des juntes. La noblesse cl le peuple, le parti de l’opposition cl le parti du ministère, offrent, pour la première fois, une identité absolue de vœux et d’actions comme de paroles. L’enthousiasme est universel, cl il doit l’ètre; la cause des insurgés espagnols est en réalité la cause de l’Angleterre.
Telle est, aux premiers jours de juillet, la situation civile et militaire de l’Espagne. I.e roi Joseph n’a pas encore quitté le sol français cl déjà l'Angleterre a reconnu comme puissance les juntes qui sont armées contre lui cl qui vont lui disputer son royaume. Ce prince partit de Bayonne, le 7 juillet, pour SC rendre à .Madrid. Son cortège était nombreux; la plupart des grands personnages, qui avaient forme la junte de Bayonne, marchaient à sa suite ; il s’avancait entouré des mêmes courtisans que Ferdinand Vil, mais au milieu d’une population silencieuse dont le froid accueil dut lui faire pressentir les diflicullés qui rallendaicnl. L’accès même de sa capitale lui eût été fermé, si
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le niaréi'hal Bessières, avec douze à quinze mille i hommes, n’eùt remporté, à Médina de Rio Seco, | une éclatante victoire sur les armées réunies de ' Galice et de Castille, commandées par les generaux | Blake et Cuesta. L’armée de Cuesta, composée en grande partie de nouvelles levées, fut détruite ou dispersée presque tout entière; celle de Blake, formée de régiments revenus de Portugal , alla se rallief en Galice L Bessières ne sut pas profiter de la victoire. L’empereur Napoléon, mal informé sans doute, s'exagéra l'importance de cette journée et parut croire qu’elle allait affermir son frère sur le trOnc. « C’est, dit -il, une seconde bataille de » Villa-Viciosa.n Napoléon se trompait; il n’y aura pas de bataille de Villa-Viciosa pour sa dynastie. La bataille de Médina de Rio Seco n’eut d’autre avantage que d’ouvrir au roi Joseph la route de Madrid, où il arriva le âO juillet. Son entrée n’y fut pas saluée par de vives acclamations; cepen- ; dant cette capitale ii’offrait pas un aspect aussi j sombre qu’on eût pu le craindre. Aucune des cé- | rémonies qui accompagnent les réceptions roya- | les ne fut négligée en cette circonstance. Le conseil de Castille seul, qui jusqu’alors avait exécuté tous les ordres de la royauté nouvelle, crut devoir s’abstenir de lui prêter serment. Pour le plus grand nombre de personnes c’était le moment du doute. Tout dépendait du sort des armes. Un grand événement militaire pouvait ou affermir la foi dans le nouveau gouvernement, ou la détruire. Chez un peuple dont la religion ne consiste qu’en pratiques extérieures, le serment n)éme n’est pas an lien sur lequel on doive compter. Déjà quelques-uns des députés de Bayonne, quelques-uns des dignitaires de la cour, les ducs de l'Infanlado et de Prias, le comte de Fernand Nunez et autres, semblent incertains. Leroi Joseph laisse connaître qu'il n’entend retenir personne contre son gré; qu’il est prêt au contraire à favoriser le départ de ceux qui veulent suivre une autrc'chancc que la sienne. La permission ne déplaît pas, mais on n’en profite point à l'instant même. Le cercle de la cour est brillant; les grands appartements sont remplis. , On rend au roi Joseph les mêmes hommages qu’on I rendait à Charles IV et à Ferdinand VII. Le ü6 juillet, la proclamation de la royauté napoléonienne sc fait avec toute la pompe et la solennité d’usage. Vingt-quatre heures après, le roi doit songer à quitter cette capitale où il est à peine reconnu. Les fidélités indécises n’ont plus rien qui les arrête; la fortune de Napoléon vient de suhir
' Les soldais français, essoufflés, haletants, baignés de soeur, se précipitèrent vers le ruisseau; n'y trouvant pas une goutte d'eau, ils s'écrièrent ; « Les Espa-
sa première éclipse, le général Dupont a capitulé à Baylen! Il a capitulé, non |)our la division seule qui est avec lui, mais encore pour celle qui, loin d’avoir éprouvé le moindre échec, a battu rennciui toutes les fois qu’elle l’a rencontré! Il a retenu cette division qui pouvait s’ouvrir un passage à travers les rangs ennemis; il l’a enchaînée, il lui a défendu de vaincre, il l'a empêchée d'achever sa victoire! Quelle nouveauté pour la France et pour l'Europe ! Une capitulation de soldats français en pleine campagne, et une capitulation signée par un homme que semblait attendre le bâton de maréchal ! Elle sera unique dans nos fastes , cette capitulation, et même dans le temps de nos revers; mais, quoique seule, elle a dédoré les armes fran- * çaises; le drapeau tricolore a perdu sa pureté, l’aigle de Napoléon a cessé d’être invincible. L’Angleterre en a poussé un cri de joie; l’Autriche y a répondu ouvertement, des alliés mêiite de Napoléon y répondent en secret; l'envie, que fatiguait la gloire française, a enfin un aliment. Il n’est pas dans la nature de notre travail de nous arrêter sur cet événement déplorable, encore mal éclairci malgré les nombreux détails avec lesquels il est rapporté dans une foule d’ouvrages. Le rôle d'accusateur nous est pénible; mais dans cette circonstance, si le général Dupont n'a pas mérité d'aulrcs reproches, il faut avouer qu’il a été beaucoup au-dessous de lui-méme. Rien ne saurait le disculper de la triple faute d’avoir laisser couper ses communications avec Madrid, de s’être laissé séparer des deux tiers de son corps d'armée, et d'avoir, avec l’autre tiers, combattu dans une position désavantageuse, au lieu d’avoir, auparavant, rallié la totalité de ses forces. Tout notre intérêt, toute notre douleur ici, sont pour les vaillants soldats trahis ou par la malhabileté ou par l’avarice de leurs êhefs, et, relativement à la division du général Wedel, trahis par l'excès même de cette obéissance passive , si nécessaire dans le cours ordinaire de la guerre, si fatale dans les moments de crises extraordinaires. Mieux inspirés que leurs généraux , ces braves soldats auraient voulu périr tous plutôt qne de capituler; on ne négocie mémcr i , qu’en les trompant, qu’en leur laissant ignorer les»^ humiliantes conditions auxquelles on va consentir. Quelle qu’ait été jusqu’alors la vie militaire du général Dupont qui traite sur de telles bases , et du général Marescot ^ qui , par faiblesse, prend part â une telle négociation, honte, honte à tous deux d’avoir demandé et souscrit l’article XI de cette
gools ont emmené la rivière.» Jlintoire du général Foÿ. ’ U Animuiii ex cvvntu sunipliiri. •> Tacite.
’ Officier distingué par (le brillants service*, il avait été
CHAPITRli VI.
capitulation , l'article qui permet aux officiers généraux de conserver chacun une voiture et un fourgon, aux officiers supérieurs et d’étal-niajor, une voiture sculcinenl, âans être soumis à aucun examen! Être vaincu après un noble combat n'exclut pas la gloire; en succombant on peut sauver l'honneur; capituler même, pour arracher des braves à une destruction certaine, peut encore être une nécessité digne d'excuse; mais stipuler la conservation d'un exécrable butin, là est le crime, là est l'opprobre. Cet op|)robre, l'Empereur l'a senti jusqu'au fond de son âme déchirée; c'est pour lui la plus grande angoisse de sa vie. Sa relégation sur le roc où il doit finir scs jours, lui sera moins dou- ’ lourcusc que la tache imprimée à nus armes par cette capitulation. La justice, son intérêt bien entendu lui commandent une enquête militaire pour mettre à jour les faiblesses, les fautes et la bassesse même qui ont amené un si aUligcant résultat. Par un faux système de réticence, il se refuse à ce mode salutaire de publicité; il condamne avec justice peut-être, mais il condamne sans entendre. Dupont, Marescot, Wedel, furent arrêtés à leur retour en France; ils restèrent en prison ou dans l'exil jusqu'en 1814. C'est surtout à ceux qui l'emploient que l’arbitraire est funeste. On plaint les hommes qu’il frappe, lors même qu’ils sont coupables. Par cela seul que les signataires de la capitulation de Baylcn, Dupont et Marescot, sont punis sans jugement, l’honneur français n’a pas été vengé.
C'est à Rochefort , dans son retour de Bayonne à Paris , que l'Empereur reçut la fatale nouvelle.
Il ne connaissait encore que le texte de la capitulation, lorsqu'il prédit qu’elle ne serait pas même respectée. Plus tard , il rappela cette triste jiroplictic, quand il eut appris rignoniinicusc visite à laquelle, malgré la capitulation, avaient été soumis les bagages de l'armée. Arrivé à Paris, tout en affectant l'impassibilité d'un pouvoir supérieur | aux événements, il était poursuivi, prédominé par ' cette aflligeantc pensée ; dans les conseils, dans les : entretiens, il y revenait sans cesse; il semblait vou- I loir encore exalter sa colère et associer toutes les ' âmes à son ressentiment. Si on représentait que ! Dupont n’avait avec lui que de jeunes soldats : | •! Valaient- ils moins, répondait-il, que ceux que ; » j'ai commandés, et qu'il a si bien commandés \ » lui-même en Italie et en Allemagne? C'est tou- | » jours le général qui fait l'armée. » Dans un autre ^ moment, ramené à des sentiments plus calmes , il i lui arrivait de dire : « Et pourtant il était un des » braves de notre famille! O misère de l'espèce
chargé par l’Empereur d'aller inspecter les fortificatiniis de Cadix, et ne se trouvait nu quartier général de Dupont
X humaine! toute une vie pcrdtie pour un instant IJ de faiblesse ! peut - être pour une surprise des n sens, pour un caprice de nerfs !... Mais il ne faut O pas que le sort des empires dépende de ces
X hasards Le salut de l’État demande une sé-
» vérité inexorable. A la guerre, un grand désastre » désigne toujours un grand coupable ! ■■ Quel ter- 'rible arrêt prononcé par l'Empereur en 1808 contre l'Empereur revenant de Moscou en 1812!
Dans le compte officiel du Moniteur >, le général Dupont est accusé de n'avoir pas montré plus de courage civil et d'habileté dans la négociation, qu'il n’avait montré de taictit dans la direction de ses mouvements militaires. En effet, des ouvertures trop hâtives pour une suspension d'armes ayant été faites au général Réding, commandant un des corps de l'année espagnole, celui-ci avait traîné les pourparlers en longueur, afin de se donner le temps do faire envelopper de toutes parts le général Dupont et de le séparer de la division Wedel. Pressé ensuite de conclure un arrangement, Réding s'en excusa en alléguant que c’était le commandant en chef Castanos qui seul avait, à cet égard , les pouvoirs nécessaires. Chaque moment |)ordu aggravait la position des Français, et leur correspondance interceptée, en faisant connaître rembarras de leur situation, mettait les Espagnols dans le cas de se montrer, d'heure en heure, plus impérieux et plus exigeants. Il est trop vrai, Dupont n'avait pas su mieux négocier qû'il n'avait su combattre. Après avoirété joué par Réding, il l'avait été aussi par Castanos. L’Empereur, dans l'article officiel que nous avons cité, comparait la conduite de Dupontà celle deSabinus Titurius, trompé et attiré dans un piège par Ambiorix, et le rapprochement ne manquait pas de vérité. On dirait que, par cette comparaison, l'Empereur veuille atténuer, aux yeux des autres, et peut-être à scs propres yeux, la gravité du malheur survenu, et, en quelque sorte, s’cR absoudre lui-même, en rappelant que César aussi avait eu un lieutenant maladroit, qui, par de fausses dispositions militaires et par sa crédulité imprudente dans la négociation, avait causé la perle d’une légion et de cinq cohortes romaines. Napoléon semblait ainsi mettre sa gloire à l'abri de la gloire de César, u Plus heureux que » les nôtres, disait-il, les soldats romains mouru- » renttous les armes à la main.» Sa remarque était juste. Le sort réservé à nos infortunés soldats sera pire que la mort. Tout affiigeante qu'elle était, la capitulation devait au moins conserver des Français à la France. Elle fut ouvertement violée ; ni les /
que pour attendre la possibilité d'accomplir sa mission.
' Le 5 septembre.
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jantes * espagnoles ni les Anglais devenus leurs alliés n'en permettent raccompiisscmcnt. Près de dii-sept mille hommes ont déposé les armes. Au lieu de les faire embarquer sur des vaisseaux espa* gnols. conformément à l'article VI , et de les conduire à Rochefort, on les dépouille^ on les maltraite on les livre en spectacle au peuple de l'Andalousie, on les disperse dans des cachots espagnols ou sur des pontons anglais à Cadix; puis on en relègue les malheureux débris dans la petite tie de Cabrera, auprès de Majorque. Enfin, déclarés plus tard prisonniers de S. M. B., ceux qui ont échappé à ces premières souffrances vont en Angleterre subir une autre agonie sur ces pontons, d'une invention barbare, dont la nation anglaise, revenue de meilleurs sentiments, a dû se reprocher raSVciise et inexcusable atrocité.
Dupont a capitulé! I.a France peut donc être vaincue? L’Espagne peut donc reconquérir son iodé(»endance? Jusque dans le palais du roi Joseph , ce cri fait ériater les défectiuiis. C’est à la voix do la patrie que prétendent obéir tous ceux qui vont se séparer dq prince auquel, la veille, ils juraient fidélité. A leur tête sont le ministre Cevallos le duc de rinfantaüo et le duc del Parque. Pour les Espagnols des classes élevées, la question est celleci : De quel c6lé sont les chances les plus favorables? L'Espagne peut-elle, sans se dévouer à une mine assurée, lutter contre l’empereur Napoléon? Les hommes éclairés , et c'est le petit nombre , jugent la résistance impossible; iis voientics immenses forces dont l'Empereur dispose , ils tremblent devant son génie, ils ne prévoient pas toutes ses fautes. Ce sont les masses ignorantes qui ont jugé
10 mieux.
Pour Joseph aussi, une grave question est posée : Madrid peut-il être conservé ? S'il peut i’élre, est-
11 iniiiuirement avantageux de s’j maintenir? L'évacuation est résolue; on se dit qu'il n'y a qu'un grand déploiement de la puissance impériale qui soit capable de produire un résultat complet. Il faut aller au-devant de l’Empereur ell'attendre. Le maréchal Ressières s'établira sur le haut Èbrc; Moneey va abandonner ses préparatifs contre Valence et SC diriger sur Rurgns, où se rendra aussi le roi Joseph. L'ordre est expédié au général Verdier, qui, après les coml»als les plus sanglants, a pénétré dans riritérieur de Saragosse, de lever le siège de
' Casinnos voulaii le Mflc acconiplisseineai de la codveniton ; Mnria, gonverneiir de Cadix, était <Tim avis contraire. Ce fut à ce dernier avis, quoique injuaie et illicite, qu'adhéra la junte. Tofréno,
* « Ingerebam probra. imenlabant ictus... posiiàonmi » ferocii, cuncla ricti paiiebanlur.* Tacite.
celte ville, si elle n’est pas prise , et de se replier sur la Navarre. Cet ébranlement général tie l'armée française, qui. du funtl de l’Andalousie, ramène les divers corps sur la rive droite de l'Èbre, est la conséquence forcée des fautes d'un seul homme. Jusque là le nom du peuple français était une redoutable puissance; la fortune de Napoléon, un irrésistible lalismaa. Le talisman est brisé ; le grand nom du peuple français, de Napoléon, a perdu sa magic. Toute force murale est dctruilc, il ne n‘Sle plus que la force matérielle, la force de l'homme contre l'honmie, et, quand le glaive ou le poignard est dans toutes les mains, la moins nombreuse nation est plus forte que les plus nombreuses armées.
C'est sur l'influence de ce qui sc passe en Espagne que se règle la politique de la cour de Vienne. CcUe cour observe cl suit le progrès de l'iiLsurrecliun espagnole. Elle commence sa levée de boucliers dans le mois de mai; elle continue ses préparatifs en juin et juillet; elle les portera au point le plus avance dans le mois d'août. A cette époque, toute la monarchie sera sous les armes.
Un édit du 1^ mai ordonna l'organisation d'une milice nationale. Tous les fils de bourgeois et de paysans devaient, les dimanches et fêtes, se livrer à des exercices mililaire-s. Une patente impériale détermina ta composition de la réserve de l'armcc. Les divers ordres émanés du département de la guerre produisaient une masse extraordinaire de forces. Outre l'année proprement dite, évaluée à trois cent mille hommes, il y avait quatre-vingt mille hommes de réserve ; outre celte réserve, la milice nationale et séparément la landwcbr, comprenant tous les hommes ayant passé l'àgc de la conscription , mais étant au-dessous de quarantecinq ans ; de plus , une levée considérable en Hongrie.
Lorsqu'on apprit à Vienne le dênoûment de la réunion de Bayonne, les marques d'étonnement furent plus vires encore, m On s'attendait bien ,
» disait H. de Sladion , que l'Espagne continuerait n à être une préfecture de la France; mais qui poun vait penser que Charles IV, que scs fils, vieh- » draient à Rayonne, et y viendraient abdiquer en » faveur de Napoléon? Si l'Espagne en a été réduite I» il, c’«$l qu’elle n^arait point d’armée, n Le raisonnement était spécieux, il n'était pas exact, et
* Voici ce que ce même Cevallos écrivait de Eayonoe, le 8 juia, à D. Euaebio Bardaxi : «l'ai eu l'bonoeiir d'être ■ préieatê au roi qui hier est arrivé de Naplea. Je penae
• que aa présence, ta bonté et la nobleaae de son rxrae- •> 1ère , que l'on découvre au pi'emier abord , «liffiront
• pourcalmcrcea provinces, Mua ksecoursdeaarmêea. •
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