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CHAPITRE Vf

l'application était fausse. On était bien assuré alors que l’Einporcur n’avait aucune pensée qui se rapportât à l’Autriche; on voyait clairement que bientôt il serait assez occupé sur un antre terrain pour ne pas songer à elle, et d’ailleurs deux fois il avait été maître de cette monarchie sans avoir pris de partis extrêmes à son égard. Cette puissance n’avait donc véritablement rien à craindre, mais il lui convenait d’aiïccter la crainte , et , comme si on avait eu des inquiétudes à l’occasion de camps formés par les troupes françaises en Silésie, on faisait de grands mouvements en Bohême Dans le reste de la monarchie , tout présente également un aspect guerrier. L’archiduc Jean et d’autres gouverneurs de provinces font un appel â ceux même des habitants que les lois n’obligent pas à se présenter pour la milice. On leur dit que c’est un devoir de tous les sujets iidèles de répondre à la voix du souverain lorsque la tranquillité des États héréditaires l'exige. En général, dans les diverses proclamations, un parle de rindépcndancc du pays, de rhonneur public , enfin de la totalité de l'existence civile. .A Trieste, la nouvelle milice, animée par ce langage, parcourt la ville, maltraite les Français et les Italiens, et va insulter 1e consul de France dans sa demeure, comme, en 1798, on avait à Vienne insulté l'ambassadeur Bernadotte. La noblesse fait tout ce qui est en son pouvoir pour accroître l’agitation |)opulaire. Elle prenrl le titre de parti patriote, faisant, comme en 1798 et en 1805, consister son patriotisme à souflier la guerre contre la France république ou empire, c’est-à-dire contre les principes de la révolution française. Elle ne se borne pas , au reste , à des paroles. Les hommes riches offrent des sommes assez considérables. C’est une véritable levée en masse.

Dans le même temps , ou à peu près, quinze à vingt bâtiments autrichiens sortent de Trieste à la vue de vaisseaux de guerre anglais, qui, loin de les inquiéter, les prennent sous leur protection. Ces bâtiments vont à Malte chercher des marchandises anglaises pour les répandre dans le Levant. Un parlementaire anglais, arrivé à Trieste, apporte pour l’archiduc Charles *, avec les proclamations des insurgés qui l’appellent au trône d’Espagne, une lettre par laquelle l’amiral anglais

' De Berlin, où je rempliuaU alors les Fonetions d’administrateur général, j’envoyai A Torplitz et à Carlsbad lies voyageurs qui constatèrent les grandes mesures d'armements prises par le gouvernement autrichien, comme pour une guerre prête A éclater.

* l.a reine de Naples avait d'abord demandé l’appui de rAttIriebe, en Favcar de son fils Léopold, pour le faire

Collingswood offre à ce prince une frégate pour le transporter à Cadix. La gazette de Vienne s’empresse de publier la déclaration du gouvernement anglais relative aux insurgés espagnols. Tout annonce entre l’Angleterre et l’Autriche la plus complète connivence. Cet ensemble de circonstances ne permet pas à la France de doutes sur les intentions de la cour de Vienne. Indépendamment des observations verbales faites à cette cour par l’ambassadeur Andreossy, des explications ont eu lieu par écrit entre M. de Champagny, qui était alors à Bayonne, et l’ambassadeur d’Autriche à Paris, le comte de Mettcrnich. ConCdentielIcs d’abord, ces explications prennent bientôt un caractère officiel. O (j)uc penser, écrivait ® M. de Champagny, du cri n de guerre qui , de Vienne, a retenti dans toute » l’Allemagne, de ces préparatifs dont sont rem- » plies toutes les gazettes, de ces mouvements de » troupes en Gallicie, qui se sont concentrées en » corps d’armée, de pareils mouvements que l’on » annonce en Bohême, et cnriii de cette levée d’une n garde nationale, derrière laquelle on organise » une milice, comme si la monarchie d’Autriche « voulait épuiser toutes ses ressources pour frap- » per un grand coup ou se sauver d’un grand dan-

» ger? » « (,)ue veut votre gouvernement? di-

» sait le même ministre dans une autre lettre » Non -seulement il arme, mais il prend de ces » mesures extrêmes qu’un extrême danger peut n seul justifier. Vos princes parcourent vos pron vinccs; ils appellent le peuple à la défense de n la patrie, tout est en mouvement dans la monar-

n chic autrichienne Et vous savez que, loin

i> de menacer l’Autriche , nous ne lui demandons it que d’être en paix avec nous; que nous ne i> prétendons à rien de ce qu’elle possède; que i> nous mettons du prix à vivre avec elle dans une » parfaite harmonie. » Le ministre ajoute que jusqu’à présent l’Empereur peut vouloir ignorer les préparatifs de la cour de Vienne, mais il ne pourra pas se les dissimuler longtemps. << Chargé de veil- » 1er à la sûreté de la confédération du Rhin , il » l'avertira de se tenir sur ses gardes ; il appellera » son contingent; lui-même il fera marcher des Il troupes de l’intérieur vers le Rhin. De toutes » parts on sera sons les armes. Dans un tel état de » choses , une étincelle suffit pour produire un

' reconnaître roi d’Espagne; mais clic écrivit ensuite A

I l’einporcur François qu’elle était toujours bonne Autrichienne. et qu’elle se désistait volontiers de toute

\ prétention pour son bis en faveur de l'archiduc Charles.

’ Lettre de Bayonne du IG juillet.

t Lettre de Toulouse du 97 du même mois.

(IMS]

POLITIQUE EXTÉRIEURE

» incendie. Quel avantage l'Autriche espère>t>eUe « de la guerre ? Nous sommes sûrs qu'elle n’a aucun V secours à attendre de la Russie. L'Angleterre ne

• peut lui être que bien médiocrement utile. Elle

* n'aura pas un allié sur le continent. >•

Aux plaintes du ministre français , M. de Met> iernich oppose des dénégations, non sur les faits en eux*mémc$ qui ne peuvent être contestés, mais sur la nature de ces faits et sur les intentions que l'on prêle à son gouvernement. Toutes les inesu* res que l'on signale sont des mesures de défense et non d'attaque. C'est précisément en temps de paix qu'elles ont dû être adoptées. Cet ambassadeur représente que depuis vingt ans les institutions sociales ont changé dans la plus grande partie de l'Europe; qu’eu France et dans tous les (lays qui dépendent d'cllc, la conscription militaire a été établie, conscription qui englobe ta population tout entière et bien perfectionnée coinparali>ement à relie qui existe dans les provinces allemandes de l'Aulrirhe où les classes privilégiées en sontexemptes. I^a milice qu'on organise n'est qu'une espèce de garde nationale sédeulaire. formation des résertet dont on s’occupe est elle-même une imitation des institutions françaises. Parmi les autres motifs allégués par M. de Metlernich, se trouve ce mot remarquable: « I.a Bavière se donne une » constitution » Hommage involontaire rendu à l'augmentation d'importance et de force que produisenl, pour les Étals, les constitutions accordées aux peuples sous les auspices français. L’argument principal de l'ambassadeur autrichien , c'est que rien ne se fait pour un but du moment, qu'un ne doit voir dans tes dispositions organiques de sa cour que la refontede scs vieilles institutions, etqu'eniin nulle instilulinn |>ermanente ne saurait porter un caractère offoiisif. Le principe esl vrai, mais l'application porte à faux, et M. de Champagny se hite de le faire remarquer. « Sans doute, ré|K>nd * ce N ministre, l'Autriche a le droit de faire dans son n état militaire les modilications qu'elle juge ncn cessaires , mais a-t-on jamais vu opérer de tels P changements en temps de f>aix avec celte précipi- ■ talion? Exiger en avril que tout suit fliii avant le

» !•' juillet , comme si , à cette époque , la guerre » dût éclater? Hellre dans un moment quatre K ccDl«mille hommes sur pied, indépendamment I* de la force dont on accroissait l'armée active , N les armer, les exercer, leur présenter le danger » comme imminent, et par conséquent la guerre M comme inévitable? Peut-on voir cela et ne sup- » poser aucun projet à l’Autriche? » M. de Uettcrnich ayant parlé de camps français en Silésie commedcvanlinspirerdejustessoupçonsàsa cour, le ministre français ajoute : « Voulez-vous que les » camps * français en Silésie soient levés? ils le M seront. Voulci - vous que l'armement des places I» de cette province, qui vient d'élre ordonné, soit » coutremandé? il le sera; que les approvisionne- » menls dePaima-Nova cc$senl?ils cesseront. Des M déclarations publiques vous seront données, si I» vous le desirez. Elles seront telles que la supposi- » tion d'une attaque de la part de la France sera , » évideinmentabsurdc.» Endéünilive, disailH.de Champagny, l'Empereur a besoin d'être rassuré. Depuis longtemps il a pour principe de ne pas rejeter ce qui esl invraisemblable , et, à ce propos, le ministre citait diverses circonstances où c'était surtout l'invraisemblable qu'on avait vu se réaliser.

Ainsi parlait le ministre fraiiçaisà l'ambassadeur de la cour de Vienne; mais ce ii'élait pas assez des communications rainistériclles. L'Empereur, de retour i Paris le 1 4 août, voulut, à la face de l'Europe, mettre cette cour dans la nécessité de s’czpliqucr calégoriquemeut sur ses intentions. f«e lendemain lS,jour de safète, en présence de toutes les grandes autorités de l'Étal et do corps diplomatique étranger, il adressa au comte de Hclternicb une de ces allocutions qui rarement changent des résolutions prises, mais qui tantôt en retardent, tantôt en accélèrent l'accomplissement. Cette allocuUon ne peut guère rouler que sur les idées qui ont déjà formé le texte des lettres de M. de Chani|>agny, et les réponses de M. de Metternich furent nécessairement aussi les mêmes. Cependant nous en citerons des traits détachés, parce que la conversation prend une autre forme que la correspondance, et que le

' Notii parlerons ailleurs cie cette constitulion.

* Ledrr de Bnnlraiix, le 30 juillet.

* Voici quel était, au coromraccmeut du mois d'août, réut des forces dont disposait la cour de Tienoe :

Troupes réglées 31G.705

Dispositions nouvelles pour U réserve 50,800

Milice provineiale, un homme sur 70 185,714

Contingent de la Hongi ie 100,000

Totsi. C4iâ,i10

^LeSl mai, l'Empereur écrivait de Bayonne 4 H. Dam : j

• J'ai déjà hiit connaître que mon intention n'éuit point s que les corps d'armée campassent ensemble, mais par

• divisions. Je voulais que cela fut ainsi pour ne point

• alarmer l'Europe.» Dans une autre lettre, il dit qu'il ne veut foint de réunion de plus de huit mille hommes, et il le montre mécontent qne le maréchal Victor en ait réuni vingt-cinq mille auprès de Berlin. Si les camps français en Prusse furent pour l'Autriche autre chose qu'un prétexte , s'ils causèrent à cette puisaaoce une inquiétude réelle, ce fut iocontesiablement contre le gré de l'empereur Napoléon.

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