CHAPITRE VI
langage de l'Empereur a toujours une couleur qui I lui appartient, u Qui vous attaque pour songer ainsi i Il à vous défendre? dit l’Empereur à M.de Metter- j » nich. Qui vous menace pour vous faire penser i » que vous serez bientôt attaqués? Depuis la paix » de Presbourg, y a l-il entre vous et moi le plus » léger (lifTérend ? et cependant vos proclamations n appellent le peuple à la défense de la patrie ! Vos >• mesures sont celles que vous avez employées lors- II que j'étais à Léoben.» Ici l'Empereur énumère en détail les diverses sortes d'armements auxquels s'est livrée la cour de Vienne, en relevant la dé- | pense qui en résulte, l'interruption du commerce et la baisse du change qu'en éprouve {'.Autriche, I inconvénients auxquels un gouvernement sage ne j s'expose pas gratuitement. Apres quelques explica- j lions avec M. de Aletternich sur la nature de ces ' armements que cet ambassadeur soutient être pu- ' renient défensifs , l'Empereur ajoute : u Croyez- ; » vous la circonstance favorable pour vous? vous ;
» vous trompez. .Ma politique est à découvert,
» parce qu'elle est loyale et que j'ai le sentiment Il de mes forces. Je vais tirer cent ^ mille hommes j Il de mes troupes d'Allemagne pour les envoyer Il en Espagne , et je serai encore en mesure cu- » vers vous. Vous armez, j'armerai. Vous n'aurez » pour vous aucune puissance du continent. L'cm- » pereur de Russie, j'oserais presque vous le dé- » clarer en son nom, vous engagera à rester tran- II quilles. Déjà il est peu satisfait de vos relations Il avec les Serviens, et, comme moi aussi, il peut » se croire menacé par vos préparatifs; il sait que » vous avez des vues sur la Turquie; vous m'en . Il prêtez aussi; je vous déclare que cela est faux et ! Il que je ne veux rien de la Turquie ni riendel'Au- » triche.» L'empereur Napoléon dit vrai, il ne veut rien de la Turquie; mais comme nous le verrons bientôt, son désintéressement à cet égard n'est pas ce qui convient le mieux à l'empereur Alexandre. Ce langage de son discours s'adresse autant au cabinet de l’élersbourg qu'à celui de Vienne, et, par ces paroles jetées non sans dessein, il se prépare un moyen do défense contre l'excès des prétentions russes sur l'empire ottoman. \
Il Cependant, continua-t-il, votre empereur ne ' » veut pas la guerre, je le crois ; je compte sur la ' » parole qu'il m'a donnée lors de notre entrevue, i » J'ai occupé sa capitale, la plus grande partie de ' » scsprovinccs;prcsquetoulluiaétérendu. Croyez- ;
' L'ordre en avait été expédié, le 35 août, de Roche- ^ fort , où l'Empereur apprit la capitulation de Baylen. Deux eorpa d’armée devaient se mettre en route immé- * diatement; le premier, commandé par le maréchal Victor, j parlait de Berlin; le deuxième, commandé par le gé- |
» vous que le vainqueur des armées françaises,
» qui aurait été maître de Paris, en eût agi avec » cette modération? Non, votre empereur ne veut » point la guerre, votre ministère ne la veut pas.
» et cependant le mouvement que vous avez im- » primé est tel, que la guerre aura lieu malgré vous » et malgré moi. Vous avez fait une proclamation » pour défendre de parler de guerre. On a cru à » vos mesures et tion à votre proclamation. » Là vient une énonciation des griefs dont la France est fondée à se plaindre, le rassetnblement injurieux de la nouvelle milice devant la maison du consul de France à Trieste, avec des circonstances qui rappellent l’outrage fait à Rernadotte, les insultes qu'essuient les voyageurs français en Rohéme, et l'assassinat de trois courriers en Dalmatic. L'Empereur attribue ces proclamations aux partisans de l'Angleterre. « Je vous le répète ; vous êtes enlral- » nés, et malgré vous. La fermentation de votre » peuple imprudemment excité, et les intrigues » des partisans des Anglais et de quelques membres » de l’ordre équestre, qui ont porté chez vous l’a- » mertume de leurs regrets, vous mèneront à la » guerre. L’empereur de Russie peut-être l'cmpé- » chera ; mais , si ce n’est qu'à son intervention » que l'Europe doit la continuation de la paix, ni » l'Europe ni moi ne vous en aurons l'obligation... » En attendant qu'arrivcra-t-il? Vous avez levé 400 » mille hommes, je vais en lever 200 mille. La con- » fédération, qui avait renvoyé scs troupes, va les u réunir et faire des levées. L’Allemagne, qui com- » mençaità respirer après tant de guerres ruineu- » scs, va voir de nouveau rouvrir toutes ses bles- » sures... A suivre votre exemple, bientôt il faudra » armer jusqu'aux femmes. Dans un tel état de » choses, lorsque tous les ressorts seront ainsi ten- » dus, la guerre deviendra désirable pour amener » un dénoixment. C'est ainsi que, dans le monde » physique, l'état de souffrance où est la nature à » l’approche d’un orage, fait désirer que l'orage » crève pour détendre les fibres crispées et rendre » au ciel et à la terre une douce sérénité. Un mal » vif, mais court, vaut mieux qu'une souffrance » prolongée.
» Cependant toutes les espérances de paix ma- » ritime s'évanouissent ; les mesures fortes prises » pour l'obtenir demeurent sans effet. Les Anglais » sourient à la pensée de la discorde ranimée de » nouveau sur le continent, et se reposent sur elle
néral Marchand , partait de. la Silésie. Cci deux corps , disait l’Empereur, doivent voyager en poste. • Il faut * payer tout comptant, et faire trois Journées d’étape » dans un jour, car j’ai grand besoin de mes troii- » pes. »
POLITK^l’E EXTÉRIEURE.
» de la défcn&e de leurs iiilcréts. Voilà les maux que » vous avez produits, et, je le crois, sans en avoir : » l'inlentioti; mais, si vos disposUions sont aussi [ I» pacifiques que vous le dites, il faut vous proiion- I » cer;il faut que toute l'Europe soit convaincue que I H vous voulez la paix; il faut que toutes les bou- ; a cbes proclament ces sentimenis. juslifiés par vos | » actes comme par vos discours. De mou c6lé, je I » vous donnerai toutes les sécurités que vous pour* I » rez désirer, n Ce langage de l'Empereur était | sincère. N’ayant nul projet d'hostilité contre l'Au- I triche, la franchise lui était facile. En annonçant | qu’il allait tirer cent mille hommes de Prusse pour les envoyer en Espagne, ce qu’il lui convenait d'ail* leurs de faire lui-méme connaître d’avance, il don- \ nait une preuve de plus de sa bonne foi, et il avait [ soin aussi de préparer le cabinet autrichien à Par- ! mcmenl de la confédération du Rhin. I.a confiance >
de l'Emperenrdans la Russie reposait sur des faits non équiviK|Ucs. A cetleépoque, l’empereur Alexandre, occupé de la conquête de la Finlande, et rêvant le partage de l'empire ottoman, regardait Passontiment et le concours de Napoléon comme indispensables au succès de Puitc et de Pautre entreprise. De concert avec la Franco, le ministère russe faisait à la cour de Vienne des représentations sur l’exagération de scs mesures militaires; mais, avant de considérer la situation de la Russie à la date où nous sommes arrivés, nous avons à prendre connaissance des communications échangées depuis le commencement de 1808, entre Paris cl Petersbourg, et desactesqui ont été la conséquence de ces communications. Ce retour vers la Russie va nous conduire naturellement à porter aussi nos regarda sur les deux autres cours du Nord , le Danemark et la Suède.
ClIAriïRK VII.
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