CHAPITRE VU
vienldc inarchaiidcr, avec si peu de bienveillance, l’envoi d’un secours de douze mille hommes au roi de Suède prêt à périr pour sa cause. L’explication de celte conduite n’esl pas difficile. Dans la querelle de Gustave IV avec la Russie il n’y a qu’un intérêt plus ou moins éloigne pour l’Angleterre. Le Portugal, l’Espagne lui offrent un intérêt présent, direct, illimité. Dès le premier instant, elle a compris que là où s’allume une guerre nationale, là est le plus redoutable adversaire pour Napoléon. Ailleurs, il n’a eu à combattre que des gouvernements et des rois. Les armées ici, ce sont des nations. C’est là seulement qu’il peut être vaincu , et l’Angleterre n’hésite pas à s’y porter tout entière. Ce ne sont plus seulement scs trésors qu’elle va prodiguer. Celle fois, elle n’épargnera pas plus son sang que son or, et ce gouvernement, qui n’a éléjusqu’à présent que le banquier des coalitions, va en devenir à son tour le meilleur soldat. On serait tenté de croire qu’en venant montrer son corps d’armée sur les côtes de Suède, sir John Moore avait eu l'ordre secret de trouver, dans les susceptibilités ou les folles prétentions de Gustave IV, un prétexte pour abandonner ce prince sans paraître le trahir. Si l’ordre n’en avait pas été donné d’avance, l’oceasion qui se présenta d’agir ainsi, ne fut pas manquée. Sous ce rapport, le caractère du roi servait à merveille les intérêts de l'Angleterre.
Le débarquement des troupes à l’embouchure du Mondégo avait été long et difficile. L’opération terminée, sir Arthur Wellcslcy s’était abouche avec le général portugais Frcire, commandant les troupes régulières , réorganisées par les soins de la junte de Porto. Ces troupes ne présentaient que sept mille homiues d’infanterie et six cents de cavalerie, mais des masses nombreuses de population s’ébranlaient à leur suite. Les deux généraux convinrent de se porter sur Lisbonne. Le 9 août, sir Arthur Wellcslcy commença son mouvement ; le 11, il était à l.eiria ; le 1 S, à Caldas. La marche des événements dans les deux derniers mois ayant été très rapide, l’armée française se trouvait, en quelque sorte, décomposée. Le général Loison, qu’il avait fallu rappeler de sa direction sur Kada- Joz, n’était arrivé que le 9 août à .Abrantès. .Avant de pouvoir agir en personne , Junot avait envoyé le général Uelabordc, avec quelques mille hommes seulement, à la rencontre de l’ennemi, moins pour le combattre que pour l’observer cl pour gagner du temps. Le général Delaborde, attaqué le 17 à Roliça où il fut blessé, dut, après une vive résis-
* I.c r,i|ipnrl de sir Arilinr Wellcslcy porte A 14,000 liiimmcs I.T force de r.irmé»; française. Cène légère exagération r«i naturelle. I.c chiffre ipie je donne est reloi du
tance, céder à la puissance du nombre, et se retira sur Runa, à la hauteur de Torres-Vedras. Sir Arthur Wellcslcy prit position à Viméiro, le 19, afin de couvrir le débarquement des brigades des généraux Anslruther et Aciand qui étaient en vue de celle côte. A peine ce débarquement effectué, ou apprit que sir Johti Moore, avec douze mille hommes, s’était présenté à rcmbouchurc du Mondégo, et l’ordre lui fut aussitôt envoyé de faire voile vers Maccira pour y mettre ses troupes à terre, et joindre sir -Arthur Wellcslcy datis sa position de Viméiro. Ce corps de sir John Moore n’arriva pas assez promptement pour prendre part à l’affaire qui va avoir lieu.
Depuis roccujiation du Portugal , Junot ne s’était pas éloigné de Lisbonne. Il craignait que son absenre n’offrlt des chances à l'insurrection , cl que l’entrée du Tagc ne fût forcée par l’anfiral anglais. Cependant le moment était venu d’adopter une résolution décisive. Après avoir, le l';S août, célébré la fêle de l’Empereur, il partit dans la nuit du IG. Le 18, le général Loison arrivait de son côté à Torres-A'^edras. Les forces q*ui s’y trouvaient réunies le 20 août , ne s’élevaient , y compris les non combattants, qu’à onze t mille cinq cents hommes, le reste de l’armée étant réparti dans les places d'Almcida, d’Elvas, Pamela, Pcniche et Sanlarcin, ainsi qu’à Lisbonne et dans les forts sur les deux rives du Tagc. C’était une faute grave de n’avoir pas abandonné la plus grande partie de ces places pour se borner à la défense de la capitale. Junot le sentit vivement; il était trop lard. Une ressource existait , le corps de troupes qui était à bord de l’escadre russe; mais l'amiral Siniawin se refusa même à la demande de les employer uniquement à la garde de Lisbonne. Malgré son extrême infériorité, il n’y avait plus, pour l’armée française, de délai possible , chaque heure de retard pouvant ajouter à la supériorité numérique des Anglais. Il fallait livrer bataille, dût-on la perdre. Elle fut perdue en effet; l’armée cul 1800 hommes tués ou blessés, ce qui était considérable pour le total dont elle se composait. Les généraux Delabordc, Kellermann, Loison cl Margaron,nc purent que déployer leur vaillance ordinaire contre un ennemi dont les forces étaient doubles des leurs cl occupaient un terrain extrêmement avantageux. Il y eut un moment où les Français eussent pu être poursuivis et écrasés. Ce moment ne fut pas saisi. Une heure après, le rcnforl d'un bataillon et de quelques compagnies d’élite arrivés de Lisbonne
; g€’iiér.il Koy. qui xervail olor* d.in.s r.irmée <le Porliig.il rniiimc rnio.'icl «r.arlilleric. et qui fm blessé .à l'affaire de Vimêipo.
rOUTIOUE EXTÉRIEURE.
tu
avait auffî pour dispo^r l'armée à une «cconde balaiiic, si les Anglais eussent voulu reiigaj;cr. Des pièces de canon françaises, démontées dès le commencement de l’attaque, gisaient entre les deux armées et semblaient appeler le vainqueur. Celui-ci resta immobile sur le plateau où il se trouvait placé, s’applaudissant du succès qu'il avait obtenu et ne voulant pas le hasarder dans une affaire nouvelle. Après avoir attendu quelque letii|>s, l’armée française rentra le soir i Torres- Vedras. Reut-ètre l’extrémc circonspection de sir Arthur Wcllcsley tenait-elle à la singularité de sa position. C’était è lui qu’appartenait l’honneur de la journée, mais ce n'élail plus en ses mains que résidait le cornmandement. Par une suite d’ordres inexplicables du ministère anglais, Iqs généraux en chef se succédaient. en quelques heures, i cette armée. Dans un même jour, sir Arthur Wellesley avait été ren>placé par sir Harry Burrard, et ce dernier par sir liew Dalrynipie. Sir Harry Burrard riait arrivé avant la lialaille; mais. ayantirouvé très-bien entendues les dispositions faites par sir Arthur \> clk'Sley. il n’avait |»as voulu lui en ratir la gloire. Dans une telle situation, aux yeux de sir Arthur Wellesley qui, «lans s<^in début, quoique heureux contre les Français, avait jugé à quels cnnciiiisil avait affaire, l'avantage d'avoir remporté une première victoire était trop grand pour vouloir, sans une pressante nécessité, tenter une seconde fois la fortune. Peut-être la même considération eut-elle quelque influence sur la nature de l'arrangement qui fut conclu pour l'évacuation du Portugal |Mir l’armée française, t^e Ü août, dans un conseil de guerre tenu par le général Junot, à Torres-Vedras. il fut résolu d'envoyer un parlementaire pour traiter de celte évacuation. La conduite de Junut, comme directeur <le l’action militaire, n'a |mis été réputée exempte • de reproches. Sa refoielé, dans le revers, n'a mérité que des éloges. parlementaire envoyé vers les Anglais fut le général Kcllernsann. Homme d'une grande réputation à la guerre, il se montra négociateur habile. Dès sa première coitfcrence avec sir Arthur ^^eilesley, il recuniiut sans }H*ine que tes Anglais n’avaient pas en eux mêmes la conliance à laquelle les autorisaient le succès de la veille, l'énorme supériorité de leurs forces et rinsurrectioti générale du pays. propositions françaises étaient simples. L’année, en consentant i évacuer le Portugal, entendait céder le terrain, mais rien de plus. A aurun litre, elle ne serait prisonnière de guerre. Elle serait conduite en France aux dépens de l’Angleterre et dé-
' L’empemir Ta blAmé, tnnia tant amertoinc. Setobtrrvaliona sur cc qiir Junni aurait dû faire, ont Ctr
barquée entre Rochefurt et Lorient. Son arlilleric et ses bagages seraient transportés avec elle. Les généraux, ofliciers et soldats, conserveraient leurs propriétés. Rentrée en France , l'arniéo pourrait porter les armes et recommencer la guerre le lendemain. C'était demander beaucoup. Kellrrmann ne fléchit sur rien, et les négociations furent ui» moment sur le }>oint d’ètre rompues. L’énergie de Junot seconda mervcilleusemenl son plénipotentiaire. L’armée anglaise, disait-il, était bien maîtresse de rejeter ses propositions. Elle verrait ce qu'il pourrait lui en coûter |>our conquérir des I ruines. Toutes les conditions proposées furent admises, et la convention fut signée, à Cintra, le 30 du mois d’août. Dans le cours de la discussion, une stipulation relative i la flotte russe avait offert quelque difliculté. Là était intervenu sir James Cotton en vertu d’instructions prliculières de son gouvernement. Ce cnnsenient d'instructions différentes, données |tar le gouvernement anglais, a i quelquefois été., comme i l’égard de notre année en Égypte, un moyen de prêter un voile à la mauvaise foi. I,e résultat ici n'eut rien de fâcheux. L’amiral Siniawin ayant déclaré qu'il était disposé à traiter sé|iarément, la difliculté s'élail évanouie. Il parallqu'il yavaitdéjà eu un acconl préalable enire cet amiral cl sir James Cotton. Par un arrangement spécial. les vaisseaux russes devaient rester en dépèt dans les ports britanniques jusqu'à la paix. Les troupes et les équipages étaient renvoyés en Russie.
Si les dispositions honorables de U convention de r.iiitra consolaient 1a France de l’évaruation du Portugal, celte convention flt éclater en Angleterre une indignation universelle; indignation assurément mai fondée, mais à laquelle avait pnit-èlre donné lieu l’eiagéralion des récilsde la victoire. A Lfindres, on supposait que c'éuit sans condition aucune que les Français devaient se rendre. Un s'atteiidail à tes voir arriver üé|>ouiliés, nus, humiliés, pour être relégués sur des pontons; il semblait que désormais on dût retrouver partout la capitulation de Bayien. S'il n'y avait pas trahison de la pari des généraux anglais, il devait y avoir au moins excès de faiblesse et complète inea{»ari(è. De toutes parts on demandait une enquête. Le gouvernement l'ordonna. .Sous le rapport militaire, la conduite des généraux et des troupes obtint une approba lion unanime. Il y cul dissidence dans les avis sur ‘ce qui concernait la coiiveiilion et rarmistice. Ce bUino indirect n'éuit rien moins que mérité. Déplacer aussi promptement une armée française d'un royaume qu'elle occupait, et entrer en pos-
jugéet. par lr« hommci de Tari, pleioet de justcsie et de vcrilc.