‹ Histoire de FranceChapitre 25 sur 142 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

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scisioii de ce royaume , était un résultat inmicusc dont l'Angleterre devait être satisfaite ; et qui sait quels risques son armée aurait courus si, par trop d'ciigencc, elle eût réduit les Français à une dé* fciisc passionnée, qui aurait mis i leur disposition toutes les ressources du désespoir ? C'est sans doute ce que sir Arthur Wellcsiey avait parfaitement compris. Mais il n'en est pas moins vrai que son premier sucres ne fut pas d'abord apprécie comme il eût dû rélrc par la nation anglaise. En dépit des ordres niiiiisléricls qui lui avaient donné deux chefsen un jour, les événements ultérieurs prouveront que r'élaità lui que |c comiiiandemeiiL supé* rieur devait appartenir.

Juiiot était entré en Portugal avec vingt-quatre mille hommes; quatre à cinq mille autres Taraient ensuite rejoint. Les fatigues, les marches forcées lui avaient fait perdre autant de monde que la guerre. 7>e cette année, après la réunion de scs dclacheineiits épars, vingt-deux mille rentrèrent en France. Deux mois après leur retour sur nos côtes, ils combattaient à l'arnicc d'Espagne.

l/invasion du Portugal, ayant dû avoir un tel dénoûmcnt, avait toujours été uii malheur pour la France. Après que l'insurrection de la Péninsule avait coupé toutes les communications par terre comme elles l'étaient |>ar mer, on ne pouvait demander à la victoire que de sauver l'armcc aux dépens de la possessioiidu royaume. En ce sens, la convention de Cintra valait une victoire.

Il est une puissance qui, dépouillée par la paix de Tilsitl de la moitié de scs États, n'olTrc plus qu’un corps tronqué, presque sans vie, torturé même après la paix dans les membres qui lui restent, cl dévoué peut-être encore à un nouveau morcellement; cette puissance, c'est la Prusse, l/enipcrcur Napoléon a combattu tous les autres gouvernements, IOU.S les autres rois de l'Europe, et il n'éprouve de haine contre aucun d'eux. Pourquoi la Prusse forme t-cllc une exception? Nous devons le rappeler en peu de mots; c’est qu’en Prusse il y a eu contre lui ce qu'il n'y a point eu ailleurs. gUCT’re de passion, guerre d'envie contre l'homme plus que contre ta France, guerre de femmes et de jeunes gens exaltés, projet d’attaque directe contre sa personne, menace impuissante qui semble avoir survécu aux leçons sévères de la fortune. Dans le cercle de la <’our vaincue règne encore, mal dissimulé, le même acharnement. Aigrie par ses malheurs au tieud'étre corrigée, la cour conserve et laisse paraître au dehors les sentiments qui, à Berlin, préccdèrenl l'explosion de IBtK). De fréquentes maladresses décèlent la réalité de rcs disposilions.

l/hotnine qui avait alors la principale direction rle>airaireH<i Kfriiigvberg était le ministre des linan-

I CCS, baron de Slein. Sous beaucoup de rapports, il j inéritailceUcpréférence. La Prusse lui doit l’adop- I tion de mesures pleines de sagesse, conformes aux I intérêts du roi comme à ceux du pays, surtout dans l'étal de détresse où sc trouvaient Pun et l'autre. Ces mesures , et il ne faut pas l'oublier , étaient elles-mêmes une conséquence de la révolution française, dont les gouvernements absolus ont été et I seront longtemps obligés d’imiter les exemples,

! tout en la combattant dans ses gouvernemenis divers. La royauté mallicurcuse avait besoin de popularité. I«a nation prussienne accusait, non sans raison, la noblesse de la cour, et surtout la noblesse militaire, d'avoir provoqué h guerre qui avait attiré sur elle tant de c.il.iinilés. C'était une idée bicu , entendue de rallier hi nntiuu au Iront, tnuyeiinanl le sacriGcc d'une parue des privilèges, do l'unlrc nobiliaire. Peut-être un noble prussien n'eùl pas voulu ou n'eùl pas osé rentn-prendre. Né dans le pays de Nassau , dégagé cti Prusse de tout intérêt |>ersoiMiel, M. de Stein préia nu roi réiu'i'gie de sa volonté et la fermeté de son caractère. Un édit autorisa les bourgeois à acquérir des biens-fomls dont, par un privilège exclusif, tes nobles seuls I avaient pu jusqu'alors être propriétaires. D'autre : part, la Dobiesse put désormais, sans déroger, se livrer aux SjH'Cuiatioris de l’industrie et du commerce. Une êiHtqm* fut fixée uù toute servitude, j telle que la corvée et le rachat de la gle'lu;, devrait I cnlièreinchi disparaflre. Une autre uniotmnuce pour détruire, dans la bourgeoisie, l’esprit de corruption nuisible à l'iiilérèl gém ral , conféra aux communes le droit de nominer un certain nombre de conseillers umuicipaax. et donna méifH* aux adminislraliojt? munictfiab*ii une éteiHiue d'atlributioiis qu'elles n’avaient déjà plus en France. Plusieurs autres iiinovalious , également louables , j avaient' été piefiaiées par M. de Stein. Elles reçu- I rcol leur rxéi lUion sous le nom de scs successeurs.

S'il n'eùl etc passiomie et violent comme homme I politique, H. de Stein aurait pu rendre les plus ; grands services au roi comme financier et comme : administrateur.

D'après le traité de Tilsitl, l'évacuation de la Prusse étant subordonnée à l'acquittement des contributions ducs par le pays, il était urgent de s'entendre avant tout sur la quotité de ces contributions. L'Empereur l'évaluait à cent cinquaiitcqunlrc millions de francs tandis que les commissaires prussiens la réduisaient à dix-neuf millions.

' 1..C rapprochement de ces deux chiffres si éloignés ^ était bien difllcile. Pour obtenir quelque adouci&se- ; ment aux exigences françaises, on envova d’al>onl en France M. de Knobelsdorf, que l'un jugea devoir être mieux accueilli que tout.iutrc. comme n'ayant

Dfgîn^ccft.

POLITIQCE EXTÉIUEIRE.

•pas ^lé partisan de la guerre ; on invoqua l’inlervention de l’empereur Alexandre, pcut-*lrc plaçat-on trop d’espoir dans l’efTet de cetlc intervention ; enfin le prince Guillaume, frère du roi, se rendit à Paris à la lin de novembre 1807. Personnellement, ce prince fut traité avec beaucoup de distinction ; mais il passa plus de six mois en France sans que la question financière eût fait aucun progrès. Dans cet intervalle, M. de Slein était venu de Kœnigsbenç à Berlin pour traiter avec l’intendant général de l’armée française et des pays conquis, M. Daru >. Le ministre prussien comprit qu’il fallait renoncer aux puériles discussions des commissaires liquidateurs et se résoudre à un grand sacrifice. En conséquence, un projet de convention fut établi, projet qui fixait à cent quarante-sept millions la dette prussienne; mais cette dette serait réduite à cent douze millions, dans le cas où l’Empereur admettrait, en déduction, trente-cinq millions perçus par l’autorité française. Cet arrangement ne se conclut pas. Suivant un rapport du prince Guillaume, l’Empereur lui avait laisse entendre que <i l’évacuation de la » Prusse tenait à d’autres combinaisons politiques. » Nous aurons bientôt occasion de juger quelles pouvaient être ces autres combinaisons.

Pendant son séjour à Berlin, M. de Stein commença l’essai d’un fatal système qui le perdra luimême et qui nuira beaucoup au roi qu’il voulait servir; ce système était d’irriter, par tous les moyens possibles, l’esprit des Prussiens et des Allemands en général contre la France, et surtout contre l’Empereur. Chaque jour, il suscitait des difficultés à l’autorité française. Quand elle faisait une demande à l’administration prussienne, un ordre secret donné, non par ce ministre lui-méme, mais par un autre des commissaires du roi sous son influence, empêchait cette administration d’y satisfaire. L'autorité française s’en plaignit. On lui répondit par une dénégation. A cette dénégation, elle opposa une de ces défenses > signée par le principal commissaire, le conseiller Sack. Pris en

' LadiirciédcrEmporcur h l’égard de la Pru»*c retombait en reproches contre ses agents. Les mêmes personnes qui accusaient le plus vivement l'insensibilité de M. Daru, s'étonnaient de retrouver en lui un tout autre homme , lorsque, dans la société, dépouillant son caractère officiel, il ne leur offrait plus que le F rançais poli sans affectation, ou le littéraleiir spirituel sans pédanterie.

* Cette pièce étant tombée entre mes mains, je l’avais remise à M. Daru. Tandis que ce dernier avait mandé rhez lui le conseiller Sack, je m’étais rendu k la régence où l’on nia aussi l’existence d’une défense semblable.

Il est difficile de juger bien sévèrement le mensonge d'un pays opprimé envers les agents étrangers qui sont les instruments de cette oppression.

; flagrant délit, ce dernier comprit sa situation. Il quitta Berlin sur^ champ.

La seule voie naturelle et efficace pour l’acquittement de la dette prussienne était dans les ressource.s du crédit, et M. de Stein le savait aussi bien que personne; mais au lieu de chercher là ses moyens de payement, il annonçait la vente des diamants de la couronne; il voulait de même faire vendre à nambüurg un service de vaisselle en vermeil qui venait de Frédéric II. Le choix de pareils expé- ! dients, qui d’ailleurs ne pouvaient donner qu’un ^ produit bien faible relativement aux besoins, avait j pour but évident de jeter de l'odieux sur l’Ein- . pereur, qui apparaissait ainsi comme réduisant le ! roi à ces rigoureuses extrémités.

I Une proposition bizarre fut faite dans le même ; temps par M. de Stein : c’était que l’Empereur I acceptât, comme partie de payement, la flotte russe j de l'amiral Siniawiii, qui se trouvait dans le port I de Lisbonne. L'empereur Alexandre étant débiteur I du roi, on s’étendrait avec lui pour la valeur des I vaisseaux cédés à la France. Peut-être cette propo- ! sition était -elle innocente; mais l'Empereur s'en I indigna croyant y voir la pensée de le brouiller ' avec l’empereur Alexandre.

Le principal des moyens d’hostilité employés à Berlin même par M. de Stein, fut de créer dans cette ville une disette factice. Pendant plusieurs jours le pain manqua chez les boulangers. Une foule nombreuse assiégeait leurs portes et remplissait les rues. C’était la répétition des scènes de Paris à diverses époques de la révolution. Dans ces rassemblements le murmure public accusait naturellement les oppresseurs du pays qui dévoraient ; scs subsistances. La fraude était facile à deviner.

! L’administration française ne fut pas en défaut * ;

I elle eut bientôt découvert des approvisionnements I cachés, et l’agitation de la place publique n’eut qu’une durée de quelques jours. Dès le premier moment, l’Empereur, informé de notre situation, fit donner des ordres ^ en Wcstphalie cl en Pologne

* « Je ne sais ce que veut dire M. de Stein, en me » proposant d’acheter la flotte russe. Je ne regarde : » cela que comme un parlagc injurieux pour la Rusj » sic, qu’on voudrait ensuite présenter comme venant de j » nous, n

Lettre de l’Empereur à M. Daru, en date du 97 mars I 1808.

I < Dne note, qui se trouve dans le premier volume de i cet ouvrage, a expliqué comment l’administration fran- I çaise déjoua cette momeuvre du baron de Stein.

I * Lettres de l’Empereur, datées de Bayonne le 1” juil- ■ let. Dans une autre lettre, l’Empereur disait qu’il ne votij lait point que le pain mnnqu&t dans aucun des pays I oreiipés par ses troupes. Il ne demandait pas mieux que

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CIIAPITRE VII.

ponr prc?5cr les arrivages sur Berlin. En même temps, rinlendanl général deXarmée, M. Daru, était autorisé à prendre quinzt^illc quintaux de grains et de farine dans les niag.nins militaires, pour les délivrer, à des prix iinHlérés, aux boulangers de celle ville. Ces secours ne furent point nécessaires. Après quelques mois de résidence à Berlin, sans autre fruit que de nous avoir causé d'assez graves embarras, M. de Slein repartit ’ (tour Kœnigsberg.

(^ue le roi de Prusse conserve un profond ressentiment de ses défaites, de ses hiimilialions et de ses pertes; que la reine, sans être innocente de toute provocation, ne pardonne à l'Empereur ni la cruelle injustice du langage de ses bulletins, ni la résistance qu'il a récemment opposée à ses supplications; que les ministres du roi nourrissent le désir de ressaisir un jour les lamiteaux épars de la monarchie, et soient prêts à pntfiler de toutes les occasions qui peuvent les seconder dans ce dessein; ce sont là des sentiments naturels, justes en euxmémes, quoique la manifestation actuelle en puisse être inipoliliquc Peut-être vaudrait-il mieux, en cédant à la nécessité, chercher, dans une courageuse résignation, un allégement aux souffrances présentes ; mais, à défaut d'un si grand effort, ta prudence au moins eût dù interdire les vaincs démonstrations d'une animosité impuissante, offense gratuite contre riionime dont on est. dans le moment même, réduit à invoquer l'indulgence. C'<»t surtout pour les princes malheureux qu'il y a de malheureuses falalités. Presque toujours leurs amis, par un zèle mal entendu, se livrent â des imprudences dont le tort retombe sur eux. Dans les revers, on les flatte encore par l'espoir d'un autre avenir, et ces flatteries, mêlées à dos insinuations injurieuses pour un ennemi puissant, aggravent leur infortune en blessant celui qui seul peut y mettre un terme. Ces fautes sont partout presque inévitables. La cour de Kmnigsberg était loin d'en être exempte. Des discours intempestifs, des publications maladroites dans une gazette censurée,

de faire opérer, par les magasios militaires, des rertemeols sur les marchés pour y mainlcntr raboadance.

• Tout gouvernniieni, ajouiait-il, doit cela au peuple, et

• mon ioieotion est d’y tenir la main. »

' Déa l'arrivée de M. de Slein â Berlin, on avait dit qu'il n'y avait pas possibilité d'arrangement entre ce ministre et M. Daru ; que , de part et d'autre , leurs earactères étaient trop absolus, trop irancbanis, pour que la conriliatioD fét possible, et on ajcmtait, en jouant sur les mots, que ce serait A'iein ÿfytm 6'totn, pierre contre pierre. S'il ne fut rien conclu entre eux, l'obslacle tenait au fond des closes et non à la persoonedes négociateurs, dont les relations furent p.irfai(ement convenables. J’é-

des allusions dans des pièces de théilre, ou autres faits peu graves en eux-mémes, mais grossis et exagérés avec ou sans mauvaise intention, produisirent quelquefois de vives plaintes, que l’autorité française exprima par ordre de rEinpereur. Lorsque diverses particularités de ce genre ne lui prouvaient que trop les dispt>$ilions toujours ennemies dont on continuait à être animé à Kœnigsberg , il ne reslait plus qu'à mettre entre ses mains la preuve écrite des projets violents formés contre lui ! pour le cas où les événemenU viendraient à en ' pcnncUrc l’exécution. Cette preuve, ce fut M. de : Stciii qui se chargea de la lui fournir. Elle se trouva consignée dans une correspondance de ce ministre avec le prince de Sayn-Wiltgenslein qui était alors aux bains de Dobboran dans le Mecklem- ' i>ourg. Voici comment s'exprimait M.deSteiii dans une lettre datée du 115 août et saisie sur Icmes- : sager qui la portait: » L'exaspération augmente I i> tous les jours en Allemagne; il faut la nourrir et n chercher à travailler les hommes. Je voudrais a bien que l’on pût entretenir des relations dans la a Hesse > cl dans la Westphalie, cl qu'on «« prén parât à de certaim érénementg; qu'on cherchât » à mainlenir des rapports avec des hommes d'én nergieet bien intentionnés, et que l'on pût met-

[ n Ire CCS gens-là en contact ’ avec d'autres Les

\ » affaires de l’Espagne font une impression très- » vive. Elles prouvent ce que depuis longtemps on a aurait dù entrevoir. Il serait très-utile d’en réa pandre les nouvelles d'une manière prudente.

a On considère ici la guerre avec l'Autriche H comme inévitable. Celte guerre décidera du sort a de l'Europe cl par conséquent du nôtre. Quel est a le succès que Votre Altesse en attend? Les proa jets que l’on avait au commencement de 1807 a pourraient maintenant se réaliser. » Toute remarque sur cette lettre serait superflue. Il était impossible à l’Empereur de n'y pas voir ce qui s’y Irouvail énoncé de la manière la plus explicite, l'intention du cabinet prussien de se tenir prêt pour de certains événements; le désir d'aiguiser contre

tais panîcuHértmcnl à mémo dVn juger, M. Daru aimant beaucoup que je Fiimc auprè* de lui comme une eapéce de calmant dana toutca les disriiMinna qu'il supposait pouvoir devenir un peu vives entre lui et les autorités prussiennes.

* Le prince de Sayn-Wiltgensteio avait longtemps résidé comme ministre de Prusse auprès de l'électeur de ilrssc. Nous nousy sommes trouvés ensemble depuis 1803 jusqu’à U fin de I80C. L’étaient surtout ses conseils qui, en empêchant Pélecteurde se tenir, ainsi que je le lui demandais alors, dans une stricte neutralité, avaient contribué à la perte de ce prince.

* Procédé à l'usage des sociétés secrètes.

lai l’anne des assorintions secrètes; celui do répandre, avec plus de succès , les plans d'insurreclion générale qui avaient échoué au comnienceniciit de 1807 ; enfin, la volonté de faire la guerre à la France à la manière des insurgés espagnols. Armé , d'une telle lettre, l'Empereur la lit imprimer avec cette courte observation : » ün plaindra le roi de i> Prusse d’avoir des ministres aussi malhabiles que Il pervers, n Là se bornent les paroles; les actes ont un autre caractère. Dans les premiers jours du mois d’août, M. de Champagny déclara au prince Ciaillaumc que l’Empereur voulait mettre un terme à dos discussions trop longtemps prolongées, et, cette fois, on ne parla plus d’accepter , en déduction, le trente-cinq millions perçus par la France, on insista sur la première somme demandée de cent cinquante-quatre millions. Un délai très-court fut assigné au prince pour l'acceptation ou le rejet du projet proposé. Le prince crut devoir y souscrire. Après quelques jours de débat, il fut signé une convention qui réglait à cent quarante millions la somme duc par le gouvernement prussien. La lettre de M. de Stein explique seule cette soumission du prince Guillaume dans un moment où les affaires d'Espagne allaient vivement occuper l’Empereur; où il venait lui 'même d’annoncer > sa résolution de retirer cent mille hommes de la i*russe pour les envoyer en Espagne ; où la prochaine entrevue des deux empereurs de France et de Russie eût dû faire espérer au roi quelque utile effet de l’ancienne amitié d’Alexandre. Ce fut le 8 septembre, jour où la convention fut signée, que parut dans le Moniteur la lettre de M. de Stein. Sur la somme de cent quarante millions, l’empereur Alexandre obtiendra une remise de vingt millions dans son entrevue avec Napoléon à Erfurtb.

Indépendamment de la fixation de la dette prussienne, la convention du 8 septembre stipulait l'occupation des places 2 de Stettin, Custrin et Glogau par des troupes françaises jusqu’à l’entier acquittement de la dette ; l’entretien , aux dépens de la Prusse, des dix mille hommes destinés à former la garnison de ces places, avec un approvisionnement

' Dans son allociiiinn ft M. de Metiernich, le 15 août.

* Dès l’ouvcrliirc des négociations, en 1807 , l’inienlion de l’Empereur a» ait été de garder les places de Stetlin, Custrin et Glogau, jusqu'à ce que la Prusse fut totalement libérée. M. Daru, ayant cru devoir demander plut pour obtenir moins, avait ajouté, à ces places, celles de Colberg et de Graudentz. Tout en rendant justice à son habileté, l'Empereur n’approuva pas cette demande. « Cette proposition de votre part, écrivit à M. Daru ’ le

* 8 o«Tembr« 1807.

I de siège pour six mois; la cession de deux mille toises de terrain autour de la citadelle de Magdebourg sur la rive droite de l’Elbe; enfin, l’élablissementdediverses routes militairesà travers la Prusse, pour les communications de Varsovie, la Saxe, Dantzig et Magdebourg.

A ces stipulations du traité patent, il fut ajouté des articles secrets d’une autre nature. L’un de ces articles portait que, pour éviter de donner de l’ombrage à la France, le roi de Prusse s’engageait à n’entretenir pendant dix ans, en infanterie, cavalerie et artillerie , que des forces spcciflées , dont l’ensemble ne devait pas excéder quarante-deux mille hommes. Les dix ans expirés, .S. M. P. rentrerait dans le droit commun. Par le cinquième des articles secrets, le roi, en retour de la garantie de ses États par l’Empereur, et, comme condition de son alliance, promettait de faire cause commune avec Napoléon, si la guerre venait à éclater entre lui et l’Autriche, Il devait, dans ce cas, mettre à sa disposition seize mille hommes, tant en infaulerie qu’en cavalerie et artillerie. L’état militaire de S. M. P. n’étant pas encore formé, ce prince serait dispensé de tout contingent, dans l’hypollièse d’une guerre qui aurait lieu durant la présente année 1808. Dans la supposition d’une guerre en 1809, il ne serait tenu qu’à un contingent de douze mille hommes.

Après la publication de la lettre de M. de Stein, le roi ne iwuvait plus conserver ce ministre sans donner une sorte de démenti aux engagements qu’il prenait à l’instant même avec l’Empereur. M. de Stein donna en conséquence sa démission le 26 novembre. Malgré l'interception de son message du 15 août, qui n’avait pu lui rester inconnue, ce ministre obstiné n’avait point cessé d’écrire au prince de Wiltgcnslein. Seulement scs lettres ne portaient ni date ni signature, ni son propre cachet. Dans la crainte de se voir compromis avec le gouvernement français, le prince de Wittgenstein protesta publiquement contre cette correspondance qui le poursuivait, et à laquelle il ne voulait pas répondre. Cette activité d’intrigue de la part de M. do Stein, comparée à la sagesse des mesures d'ordre

■> ministre des affaires étrangères , avait l’inconvénient a de donner à la négociation une couleur trop odieuse, a Elle pouvait faire penser que, loin de vouloir faire a exécuter le traité , l’Empereur ne cherchait que des a prétextes à de nouveaux envahissements, et il ne veut a pas obtenir, par une transaction, ce que la guerre n’a a pas mis entre ses mains. Plus il est obligé de mettre a de rigueur dans ses demandes, plus aussi il doit raona trer de franchise dans scs procédés , et une demantic a qui pourrait paraître odieuse, ne doit point être faite a en son nom. a

POLITIQUE EXTÉRIEURE

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cuAPrniE VII.

iiit^riear adoptées d'après se» conseils, nous offre en lui deux hommes, l’un aussi digne d'élogo que l'autre est digne de blâme, l'un aussi funeste au roi que l’autre pouvait lui être ulilc. On regrette que des talents aussi distingués n’aient pas été accompagnés de plus de modération et de prudence. Sun imagination trop bâtive l'égara L’Aüemagnc alors n’élait pas mûre pour un soulèvement général. Ce qu’il tentait prématurément en 1808, iU’exéculera en 1815 et 1814.

Tandis que le gouvernement prussien possédait les provinces polonaises qui depuis ont formé le noyau du duché de Varsovie, ce gouvcrnemcnl , pour les mettre en valeur, y avait purté des capitaux qu'on évaluait à quarante ou cinquante niiliiunsde francs. Ces capitaux avaient clé s<‘qucstrés par les Français. Pour en tirer parti, rKmpereur les avait, moyennant une somme de vingt-cinq millions, cédés au roi de Saxe par une cunvenliun signée le 10 mai à Bayonne. Comme parmi ces capitaux, provenant en grande partie de la banque royale ou de la société du commerce maritime, il s’en trouvait qui appartenaient à des caisses d’hôpitaux, de veuves, de pupilles et autres, ce fut une source de fâcheuses discussions entre la Prusse et le roi de Saxe, en sa qualité de duc de Varsovie.

Les articles de la convention du 8 septembre, concernant la retraite des troupes françaises, reçurent leur exécution aux époques convenues. L’administration du pays fut, le 15 novembre, remise aux autorités prussiennes. Le 5 décembre, l’évacuation était terminée.

Jamais occupation étrangère n’avait jusqu’alors pesé aussi crucllcnmnt sur aucun État que celle de la France sur la Prusse Aux raisons morales que j’en ai indiquées, il faut joindre encore une autre cause, la rapidité et la plénitude de la conquête. IjC

' M. de Siein a été pour la Pnusr ce qu’ont été en France Ica proicrita de la restauration. Nous pourrions dire aussi de lui çu'i’/ faùaü feu oranS l'htHrt.

* Voici un résumé approximatifdcs recettes hiites par l’autorité française depuis le octobre 1806 jusqu’au 15 octobre 1808. Les contributions extraordinaires de guerre, les impositions ordinaires, les saisies, les ventes,

avaient produit environ 474,000,000 fr.

On pouvait évaluer les fournitures régiiliérenem foites par le pays, à. . . . 90,000,000 La convention du 8 septembre, modifiée i Erfuri, eonsliluait une dette de. . 130,000.000 Totss 684,000.000

Sur ce total, il avait été, au 15 octobre 1808 , versé

lendemain de la bataille triéiia, toute la monarchie prussienne était à la mercidela France. Cétail pour rEmpcrcurlui-méme un malheur que cette étendue de résultats qu'il obtint en Prusse. Il voudra plus tard les obtenir ailleurs, et il n'y parviendra pas, parce que nulle part la conquête ne sera aussi prompte, aussi peu disputée et aussi complète.

D’après un rapport du prince Guillaume de Prusse dont nous avons récemment fait mention, l’évacuation des États prussiens n’avait pas été retardée par les seules üillkultcs financières : » elle était liée à » d’autres combinaisons politiques.)! Déjà on a pu pressentir et nous allons retrouver, dans les communications de la France et delà Russie entre elles, l’explicalioti de ces paroles de l'Empereur.

Pour mettre des entraves aux prétentions du cabinet de Pèlersbourg sur la Turquie, l’empereur Napoléon, ainsi que nous l’avons déjà indiqué, désireux avant tout de mainlenirintact le traité de Tilsitt, a fait connaître que. dans le cas de la violation de ce traité au profit de la Russie, il faudrait un équivalent à la France, cl, cet équivalent, il l’a demandé en Prusse, il le voudrait même en Silésie. Aussi longtemps que la discussion a roulé sur ce texte, le sort de la Prusse a du rester Indécis, et l’Empereur ne s’est détermine à une transaction avec cette puissance qu'au moment où, d’une part, il a eu besoin de scs troupes pour en envoyer une partie en Espagne, et où, d’un autre côté, U s’est mentalement résolu, aGn d'affermir la Russie dans son alliance, à lui présenter une grande concession; mais, pour avoir une connaissance exacte des faits, il convient do les saisir dans leur germe et de les suivre dans leur développement. Nous allons donc reprendre l'examen des rapports des cabinets de Paris et de Petersbonrg à dater du commencement de la présente année 1808.

330.000,000 fr. à la caisse d'amortisseincnt. l.e reste avait été, en grande partie, employé à la dépteoae de l'armée.

La guerre ne a'était pas bornée à nourrir la guerre ; elle avait nourri encore plus d'une année de paix. Chose étrange ! sous un certain rapport, ta consommation même produisait une recette. Ainsi les parties de bestiaux non consacrées h la nourriture du soldat, la peau, le suif, les cornes, étaient l’objet d'une vente faite par les commissaires des guerres. La réunion du produit de ces ventes, dans les deux années, donna un total de 805,504 fr. Due Ton juge par là de l'énorme quanlité de bestiaux consommés par les armées d'occupation, car, combien ne s'en consomme-t-il pas dont il n'est point dressé procès- 1 verbal !

AFFAIRES KXTÉUIFniFS.

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