CHAPITRE VllI
[IfiOS]
;i l'élcrsbourg des vaisseaux pour le compte do la France.
Les deux premiers mois de 1808 ont été pour le cabinet russe un temps d'inquiétude et d'une sorte d’impatience qui avait peine à se contenir. Les inoissuivantsvontétro un temps d'espérance. Après l'invasion ouverte du Portugal, Napoléon avait commencé à porter ses troupes on Espagne. Il ignorait encore quelle détermination il aurait à prendre à i l'égard de ce royaume; mais il existait pour lui une i alternative probable, ou faire passer la couronne d'Espagne dans sa famille , ou réunir une portion du territoire espagnol à l’empire français. Dans l’une et l'autre hypothèse, la tolérance et meme l'adhésion de la Russie seraient, sinon indispensables, du moins très-avantageuses pour lui. Il est donc sage de se les assurer d'avance.
Vers le 20 mars, M. de Czernichef arrive en courrier de Paris à Pétersbourg. Il apporte à l’empereur Alexandre une lettre qui lui fait grand plaisir. C’est ce prince lui-méme qui le témoigne à H. de Caulaincourt, et qui lui fait part des nouvelles qu’il a reçues. Le comte de Tolstoï annonce que l’empereur Napoléon est disposé à évacuer Berlin et meme le duché de Varsovie. Pour rassurer la Russie à l'égard de l’avenir de ce duché , l’empereur Napoléon a déclaré à la députation polonaise qu'il fallait renoncer à toute idée du rétablissement de la Pologne et à tout envoi d'émissaires pour inquiéter la Galicic > ou les provinces russes. Le langage tenu par M. de Champagny au comte de Tolstoï n'est pas moins satisfaisant. Il a protesté que l’Empereur ne voulait rien faire que de concert avec la Russie. Il a parle Il d’une entrevue ^ prochaine dans laquelle les af- » faires du monde se régleront de manière qu'on n puisse être, quatre ans, tranquille sans même une ;• explication. « C’est l’empereur Alexandre qui raconte ces détails à M. de Caulaincourt, et il s’en montre très-satisfait. Napoléon, dans ses épanchements avec M. de Tolstoï, l’a entretenu de projets sur l'Afrique, « de son intention d’y établir des con lonics militaires en suivant les eûtes de la Médi- I» terranéc, et de punir l’insolence du dey d'Alger^, ! I» qui prétend le soumettre aussi au payement d’un j » tribut, n En rapportant cette confidence faite au comte de Tolstoï, l’empereur Alexandre, .ajoutait que ' son ambassadeur avait parfaitement exprimé sa ^
pensée en promettant en son nom qu’il garantirait la paix du continent, u tandis que l’Empereur tran vaillerait à garantir la paix du monde. »
Ces nouvelles de Paris ne sont pas la seule cause de la satisfaction qu’on éprouve. L’empereur ayant prononcé la réunion de la Finlande à son empire, on .SC félicite qu’une telle acquisition ail pu se faire avec le consentement de Napoléon. Quoique la con- I quête ne soit pas aelicvéc, quoique des obstacles ; existent encore, du moment qu’il n’y a pas d’opposition de la part de la France, on est bien assure de les vaincre. A'oil.à enfin un des rêves de Catherine qui se trouve réalisé, et raccomplissement de ce rêve ambitieux est le premier fruit de l’amitié des deux empereurs. L’alliance de rAiiglcterrc a-t-elle jamais procuré un pareil avantage à la Russic?Ce n’est pas avec M. de (^ulaincourt, c’est avec Napoléon que l’empereur s’explique sur les motifs qui l'ont déterminé à prendre ce parti sans retard; il en fait le sujet d’une lettre particulière, et, pour plus grande démonstration d’égards, il la fait porter par un de scs aides de camp. Les affaires de Rome et d'Espagne occupaient beaucoup les salons de Pétersbourg. Il fallait la contre-partie de la Finlande pour imposer silence aux ennemis du système français. L'importance de cette acquisition est généralement appréciée. Toutes les opinions sont d’accord qu’elle était nécessaire à la sûreté de la capitale. Précieuse pour la marine, la Finlande fournira des bois et des matelots. Militairement, elle peut rendre disponible une grande partie des forces qu'il fallait tenir sur cette frontière. Pour le moment la situation de l’ambassadeur de F'ranccâ Pétersbourg est extrêmement favorable. M. de Romansof seul, aussi bon juge assurément que personne de la valeur de la nouvelle possession acquise à l’empire, par un de ces jeux d’esprit peu dignes d’un homme de son mérite, affecte d’en parier avec indifférence, comme s’il ne s’agi.ssail que d'un désert sur les bords de la mer Caspienne. L'empereur Alexandre ne se croit pas obligé .à la même dissimulation. Heureux que la limite de la Russie et de la Suède soit désormais la rivière qui se jette, auprès de Tornéo, dans le golfe de Bothnie, il en rapporte le bienfait h rcmpcrcur Napoléon, dont il a, dit-il, suivi les conseils en se défaisant de l'ennemi géographique. Peut-être en donnant h Tilsitt
' L'empereur N.vpoléon ne pouvait pas agir autrement alors $.10$ manquer ifses engagements avec la Russie, et sans justitier tes armements de l'Autriehe.
’ C’est le premier mot prononcé sur l’enircvuc qui aura lieu effectivement. On se rappelle que, rclniivctnent la Turquie, les deux empereurs se sont réservé de s’entendre rerbniemeni. Annoncer une entrevue est ainsi an-
noncer une satisfaction plus ou moins complète, mais toujours une satisfaction aux désirs de la Russie, i ^ Par une lettre du 29 mai datée de Dayounc, l'Empereur parle aussi ode raffroiieliissement d’Alger.» C’est, ■ dit-il, une raison pour le roi de Naples de concourir h ! la restauration de la marine française; et il fait à ce ' prince la demande de deux mille matelots.
fl8iM] AFFAIRES EXTÉRIEURES. ISI
de pareils conseils. Napoléon ne croyail*il pas avoir une partie de cette capitale. Les cris de la révolte aiïairc à un élève qui dût sitôt et si bien en prolitcr. ayant été jusqu'à demander la déposition de Mah- Opendant si l'empereur Alexandre est satisfait d’un moud, ce prince n'eut d'autre parti à prendre, pour
côté , îl lui tarde encore de l'être ailleurs. Toutes sa propre sûreté, que de traiter son frère comme
ses idées se portent sur la Turquie, la Prusse, et par conséquent sur l'entrevue dont le premier mot a été jeté à M. de Tolstoï.
Par le traité de Tilsitt, l'empereur Napoléon étant devenu médiateur entre la Russie et la Porte ottomane , un essai de négociation avait été fait ù Paris; quelques pourparlers avaient eu lieu; les pleins pouvoirs avaient été échangés entre les ambassadeurs des deux puissances ; mais, la Russie | le triomphe absolu des anciennes lois, c'est-à-dire, voulant acquérir, et la Porte ottomane ne voulant I le triomphe de l’ignorance et de la barbarie sur la rien céder, toute solution était impossible. Le gé- j civilisation. Un jourlUahinoud reprendra l'ouvrage Itérai Sébasliani , avant de quitter Cunslanlinopic, de Sélim et détruira les janissaires; mais il le fera ayant demandé ce qu'on ferait si la Russie refusait en compromettant son empire, que ne soutiendra d'évacuer la Moldavie et la Valachie, on avait rc- plus sa vieille organisation, que soutiendra mal pondu : La guerre. D'autres ouvertures tentées au- sou organisation nouvelle, près du divan par rinlermédiairc de M. Hùbsch, Tandis que Constantinople était le théâtre de miuislre de Danemark, n'avaient produit que des pareils événements, le divan ne pouvait pas don> assurances vagues d'un désir de rapprochement , ner une grande allenlion aux alTaircs extérieures, sans aucun résultat. D'ailleurs les révolutions qui Cepciidantilpersévcraitdansl'étatde guerre contre se succédaient à Conslanlinople ne laissaient guère les Anglais, comptant toujours sur la France pour place aune négociation suivie. faire la paix avec la Russie, sans être obligé de
De tous les princes qui depuis longtemps cassent l'acheter par le sacrifîce d'aucune partie de terrirégné en Turquie, Sélim, déposé en 1807, avait toire. On était loin de soupçonner l'étendue des été assurément le plus généreux et le plus éclairé. pn>jets formés par l'empereur Alexandre et les ef- Dans sa mine il avait conservé des amis dévoués forts que Napoléon avait à faire pour empêcher ce et fidèles. Entre ceux-ci, il en était un que üislin- prince de renouveler la guerre dans la Moldavie et guaient son habileté, ses lumières et son courage, j la Valachie et de proclamer la réunion de ces deux Le pacha de Rutschuck, Mustapha Balractar, n'a- i provinces à son empire.
vait d'autre pensée que de replacer sur le trône son Sans cesse, à Pétersbourg, les conversations de maître et son bienfaiteur. Tout a réussi; il est l'empereur et de son ministre roulent sur le déstout-puissant dans Constantinople, ti proclame Sé- avantage qu’il y a pour la Russie à rester immobile lim, et, pénétrant dans le sérail , il demande que dans les principautés , quand elle aurait pn agir ce prince loi soit remis. La porte s'onvre ; on lui avec succès; mais on ne veut point contrarier l'emlivre un cadavre. Le nouveau sultan, frivole et pereur Napoléon; en ne veut point prendre de cruel tout ensemble, avait fait étrangler Sélim, ou- parti sérieux avant d’avoir de ses nouvelles ; on bliant que, dans une autre circonstance, ce prince espère que, dans son voyage ’ en Espagne, il n’ouson parent lui avait conservé la vie. Profondément biiera point la Russie. Il doitsavoirque celapre$$e; aOIigé et furieux tout ensemble, Mustapha Baïrac- il est instant qu'il s'explique et fasse coiinattrc scs tar ordonne d'arrêter Mustapha, fait punir à l'in- intentions définitives M. de Romansof a soin de stant les bourreaux de Sélim, et proclame sultan le donner a entendre que , si l’empereur Alexandre jeune Mahmoud, échappé par miracle à la cruauté montre tant de modération et de retenue, c’est de Mustapha son frère. Devenu grand vizir sous le uniquement par amitié pour l’empereur Napoléon, règne du nouveauprincc, HustaphaBaîractarpour- sans le concours duquel il no veutricu entreprensuâvil les réformes commencées par Sélim , mais dre ; que, si on u’élait pas arrêté par cc scnlimcnl, avec une rigueur et une violence qui soulevèrent on eût pu s'assurer des deux provinces, les Turcs de nouveau les janissaires et les oulémas. Les par- en ayant fourni l’occasion par la violation de Partis op|>oscs en vinrent aux mains ; un se battit avec mistice et leur attaque contre les Servions, (luant acharnement dans les rues de Constantinople; un aux dilficullés du côté de la Turquie, cc ministre incendie prolongé pendant plusieurs jours dévora j n'en tient nul compte. C’est un empire en dissolu-
'^aTril.Oncroyaitalorsqu'ilAlIaitrntrerriiEspagnf'. j * G mai.
celui-ci avait traite Sélim. Resté seul de la famille des Ottomans, Mahmoud n’avait plus rien à craindre; Mustapha Raïractar ayant péri dans une tour où il s’était relire, la vengeance des janissaires était satisfaite. Alors furent abandonnés tous les projets qui avaient eu |K>ur but d'introduire dans l'empire turc les institutions militaires des Francs. Tout accès fut fermé aux idées de réforme. Ce fut