CHAPITRE VIll
tion dont il faudra inévilabiciiioiil recueillir les ' lambeaux ; c’est une succession qui ne peut iiiaii- ! ^ qucr d’échoir principalciuenl à la Russie, faute d'héritier». M. de Caulaincourl Uichcdc calmer cet excès d’impalicnce russe, en faisant sentir que In position est assez belle pour attendre avec quelque tranquillité, quand un a un pied a Tornéo et un autre sur le Danube.
La prochaine entrevue des deux empereurs étant devenue un texte d'entretien habituel avee l’ambassadeur de France, le tuinislêre russe exprime le vœu qu’elle soit précédée par l’adoption de ; quelques bases principales. L’empereur Alexandre \ ' pense aussi, comme son ministre, que si quelques points principaux étaient préalablement établis, l’entrevue serait plus agréable et plus fructueuse.
A cet égard, l'opinion de l’ambassadeur de France n’est pas la même. Si l’entrevue doit avoir lieu, tout doit rester entier pour cette époque. D’ailleurs trente courriers ne suiliraient pas pour accomplir ce que les deux empereurs réunis peuvent résoudre en trois jours. Du reste, l’empereur Alexandre n’iusistc pas. Four le moment il ne peut quitter Félersbourg à cause de la menace des Anglais dans la Baltique. II propose le mois de juillet parce qu’alors les vues militaires de l’Angleterre seraient mieux connues. •< S'il ne consultait que son désir person- » nel, il partirait dès le lendemain. »
Ces dispositions de l’cmpcrcur Alexandre ne sont et ne seront nullement modinées par les nouvelles du midi de l’Europe. Déjà il a reçu avis des traités par lesquels Charles IV et Ferdinand VII ont cédé leurs droits à l’Empereur. Les révélations qui mettent au jour l’avilissement de la maison d’Espagne, ont fait évanouir tout senlimentd’itilérét pour cette famille. L'empereur Alexandre trouve que l’établis- ! sèment d’un frère de Napoléon à Madrid peut devenir un moyen de forcer l’Angleterre à faire la guerre ^ sur le continent. Lorsque plus tard ce prince connaîtra la constitution qui sera adoptée à Hayoniie pour ce royaume, il applaudira aux idées libérales introduites dans cette constitution. Si l’on s’occupe ainsi des aflaircs d’Espagne, c’est surtout par la crainte qu’on a qu'elles ne retiennent trop longtemps l’Empereur ou en Espagne même ou sur cette frontière. Vainement l’Autricbc fait des démarches pour se rapprocher de la Russie. On ne sc prèle à aucun arrangomeul avec une puissance qui <1 s’obstine à voir les choses comme elles étaient il :« y a vingt ans, et qui ne veut pas les voir comme » elles sont aujourd’hui. » Lorsqu’il arrivera des nouvelles fâcheuses pour la France à propos des insurrections d’Espagne cl de Portugal , comme aussi de la défection du marquis de la Homaua , le cabinet de Pélersbourg ne s’en montrera que plus
attaché à l’alliance française. ■< Fiit-ce sur la bré- » chc, nous sommes à vous. C'est dans les circon- » stances difficiles que rEmpcrcur nous trouvera.
>■ L'empereur Alexandre veulque je le répète ; l’einn pcrcur Napoléon l’a conquis à Tilsilt. L’entrevue » des deux souverains donnera à tout la couleur » que ce siècle doit imprimer aux événements qu'il n produit. Nous y allons avec des intentions trop » droites pour que la paix du monde ne soit pas le » résultat de notre accord. » Tel est le langage constant du ministère russe dans les mois de juin, de juillet et d’aodt. C’était beaucoup promettre, mais aussi on demandait beaucoup. Les demandes et les promesses marchaient du même pas. Elles étaient nettes et précises. Les réponses de l’ambassadeur de France l’étaient également. Quoique cet ambassadeur eût déclaré que nulle condition ne serait admise par l’empereur NapoKon avant renlrcvuc, .M. de Romansof n’cu avait pas moios préparé un projet de partage de l’empire ottoman. Ce projet ne fut pas réputé admissible parM. de Caulaincourl. Celui-ci trouvait que les bases proposées étaient loin de concilier l’intérêt des deux parties; que tout, dans ce projet, étant subordonné à l’inlérél russe, il serait impossible de l’accepter; que l’empereur Napoléon, malgré sou désir de : satisfaire l’empereur Alexandre, ne pourrait sacrifier, à son affection pour ce prince, le commerce de la F’ rance et du monde; qu’il fallait de l’équilibre dans les parts, de l'égalité dans les avantages; qu’au reste, c’élail seulement dans l’entrevue que pourrait s’opérer cette juste conciliation. Par quelques passages que nous allons extraire d’une dépêche • de M. de Cauliiicourt, on jugera tout à la fois jusqu’où s’étendaient les vues de la Russie, cl si la résistance du gouvernement français était fondée. Dans une conversationavec l’empereur Alexandre, M. de Caulincourt ayant dit que le projet de M. de Romansof présentait de graves difficultés qui ne pouvaient se résoudre qu’à Erfurl, cl l'cmpercur Alexandre lui ayant demande eu quoi consistaient CCS difficultés, l’ambassadeur, et je cite scs propres paroles , s’efforça « de lui faire coni- » prendre l’impossibilité de donner à la Russie !i Conttantinople et les Dardanelles, 11 représenta » que la Russie deviendrait par là maîtresse du » commerce du Levant cl même de l’Inde, et . Il qu’elle serait, quand elle le voudrait, aux portes j 11 de Corfou, de Toulon, etc., tandis que, dans le.s Il mains de la France ou de tout autre Étal, ces Il mêmes possessions ne nuiraientà personne, étant Il si éloignées qu’on pourrait les regarder plutûl » comme des colonies. » Ainsi, en 1808, Conslan-
■ Du 311 juin.
linopic et nu^nic aussi les Dardanelles ont été considérées par la Russie comme une possession à laquelle il lui était permis d’aspirer, qui était pour elle une dépendance nécessaire! Aux objections de l’ambassadeur de France, qu’oppose l’empereur Alexandre? il répond u que Constantinople ne n serait pour la Russie qu’une ville de province,
» à l'extrémité de reiiqiire; que la géographie la » lui donnait; qu’il fallait qu’il eut la clef de la » porte de sa f/iaisonf que, si un autre l’avait, il » ne serait pas maître clies lui Au reste, il ajoute que, » pour assurer le commerce de toutes >1 les puissances, on pourrait faire un arrangement » qui garantirait que cette route ne serait jamais <• fermée en quelque temps que ce fût. » il est aisé ^ de sentir ce qu’il y aurait eu de |>eu solide même dans un pareil arrangement. M. de Caulincourt, par courtoisie, voulait bien admettre qu’un tel ordre de choses pourrait exister sous le régne de l’empereur Alexandre, mais usous son successeur, » que deviendrait cette garantie? » Nous laissons au lecteur, aux gouvernements, à l’Europe, le soin de méditer ce dialogue de l’cmpcrcur de Russie et de l'ambassadeur de France. Nous avons peiue à concevoir que jamais, à aucune autre époque , les aveux, les épanchements de l’ambition entre deux princes, aient été poussés aussi loin. L’avenir fera connaître si les prétentions de l’cmpcrcur Alexandre à la possession de Constantinople et des Dardanelles étaient une velléité accidentelle résultant du caractère personnel de ce prince, une espèce d’acte excentrique apparteuant à l’imagination de l’homme, ou si c’élait, de sa part, l’expression fraiiclic, naïve, d’une pensée permanente de cabinet. ' ’
Les pourparlers dont nous venons de rendre compte ont conduit la question de la Turquie à une telle maturité, qu’il n’y a plus que les empereurs cux-mcnies qui puissent trouver une issue à une affaire ainsi engagée. De part et d’autre on commence à sentir que le moment ne doit pas en être reculé davantage. I^s forces des Turcs s’augmentant sans cesse, ainsi du moins que le prétend M. de Romansof, il est à craindre que le gétiéral princo Prosorov^ski ne soit obligé de combattre. C’est une raison pour que l’entrevue ne soit pas différée. D’autres motifs inspirent le même désir en France. Ainsi, sur la provocation du ministre russe, II. de Caulaincourt répondit qu’il ne tenait
' En s'appropriant la Fininndr, l'cmpcrriir Alrxiiiidrc .1 (lit qu’il SC défaisait Aefennemigêographiifue. Voilà que maintenant la géographie doit lui donner les barchinclles comme la clef de sa maison. Si c’est l'ciiipcreur N'apoléuii qui lui U euscigué ù faire ainsi, de la géographie, un
qu’à l’empereur Alexandre de fixer le jour de la réunion. La proposition fut acceptée sur-le-champ. L’empereur Alexandre annonça qu’il partirait sans faute le 31 août, style russe, 12 septembre, et qu’il serait à Erfurt le 15-27 de ce dernier mois.
Sur toutes les questions qui alors occupaient l’Europe, l’intelligence la plus parfaite régnait entre les deux cabinets. A la vérité, une puissance étrangère à l’Europe, la Perse, ayant réclamé la médiation de la France entre elle et la Russie, le cabinet de Pétersbourg avait décliné cette médiation; mais encore protestait -il que c’était celle qu’il eût lui-méme choisie, si elle eût été possible ; il objectait que la position géographique ^ des trois puissances y mettait un invincible obstacle. En revanche on donnait, relativement aux questionseuropéennes, un assentiment sans réserve aux projets de l’empereur Napoléon, dans l’espoir d’une prochaine réci|>rocilé. A l’égard de l’Espagne, l’empereur Alexandre trouvait que le changement de dynastie dans ce royaume avait été une mesure indispensable à la stabilité de l’empire français, et la seule capable de faire disparaître toute inquiétude pour l’avenir. M. de Strogonof, précédemment ministre auprès de Charles IV, restait accrédité auprès du roi Joseph à Madrid. Un ministre était parti pour se rendre auprès de ce même prince à Naples. On lui donnait ordre de conlinuer sa route pour résider auprès du roi Joachim; et, ce qui n’était pas moins important, le cabinet de l’étersbourg non-seulement ne répondait pas aux avances de la cour de Vienne, mais il blâmait hautement l'imprudence de cette cour, il applaudissait à la sagesse et à la modération des lettres écrites à M. de •Metternich. BientAt il louera encore plus les loyaux avertissements adressés par rempcrcur Napoléon à ce même ambassadeur.
M. de Romansof ne veut laisser ignorer à la France aucune des communications faites à la^ Russie par la cour de Vienne. Cette cour, selon lui, a témoigné formellement qu’elle ne verrait pas avec peine, que l’empereur Alexandre obtint la Moldavie et la Valachic, qu’elle y contribuerait môme volontiers, et, pour déterminer ^ le conseiitement des Turcs, elle a offert sa médiation à Constantinople. L’offre n’a point été admise. On l'cii a remerciée en alléguant qu’on avait accepté l’empereur Napoléon pour médiateur de la paix avec la Turquie, et qu’on n’en voulait point d’autre. L’cm-
iiislriimeni de conquête, la leçon n’a pn» été perdue. L’élève était digne du maiti-c.
’ Encore la géographie!
^ Par l'indifférence que l’.Autru'hc , i-o d'autres occasions, a montrée pour les Turcs, il ne nous semble pas
CHAPITIIE Vlll.
pcrcur Alexandre ne s’explique pas en termes moins précis. 1/Autriche, à son avis, ne peut avoir pour alliés dans ses rêves de guerre que les Turcs et les Anglais. Les Turcs ne lui seront bons à rien ; les Anglais la sacrifieront. On ne se contente pas d'improuver à Pétersbourg la conduite de cette puissance; on le lui déclare <i Vienne. Le prince Kurakin est chargé d’y appuyer les représentatinns de la France; il doit faire cunnnilre que, si le cabinet autrichien continue à menacer l'Europe par ses armements, la lUissic, fidèle à l'alliance française, est disposée à la soutenir. «Peut-être, ajoutait dans it un autre moment l’cnipercur Alexandre, les afi> faircs de l'Espagne persuadent-elles à l'Autriche >> que les circonstances actuelles .sont favorables. » Elle se trompe et elle se perdra. Je lui fais coii- » naître que fai des engagemenls arec tous. Le ’• traité étant reste secret ce mot d’engagement » sera prononcé par le prince Kurakin, afin qu'on » ne l'ignore pas. Je ne veux point qu'il y ait en » Europe aucun doute sur mes intentions, et qu'on » s'en fasse un motif pour troubler la paix. Si la » cour de Vienne n’est qu'alarntée, le traite qui n sera fait pour la Prusse - la tranquillisera; si elle » a des projets hostiles, peut-être l'entrevue la » tiendra en respect. Tout augmente le plaisir que I» j’aurai à m’y rendre. Les contrariétés même que » peut éprouver l'Empereur lui fourniront une » occasion de plus d’apprécier la sincérité de mes » sentiments. Je serai à lui encore plus dans les » revers que dans la prospérité. » Nous n’avoiis pas le moindre doute sur la bonne foi de l'empereur Alexandre. Il y a dans ce prince de l'ambition et de l'âine. Son imagination a été exaltée par le contact d’un homme de génie, et, s’il trouvait dans l’empereur Na|>oiéun une cx[>ansion morale qui répondit complètement à la sienne, ma conviction est qu’il serait capable des plus grands sacrifices pour lui prouver son dévouement. En ce moment même une généreuse disposition de i'emi>ereur Alexandre se manifeste par la facilité de sa renonciation a un intérêt de famille, dans le seul but de complaire à l'empereur Napoléon.
f^luelquc puissant que soit un empereur de Russie, il ne lui est pas toujours aisé de trouver des établissements i>our ses filles et pour ses soeurs. Deux sœurs de l’empereur .Alexandre ont été raa-
qii’flii puisse avoir lu moindre doute sur la véracité de ■M. de Itommisur.
' Tout cc qui .vvail été publié sur l'alliance de Tilsilt u’était qu'un tissu de conjectures niélcci de vérité et «le mciisougc. Ln seule publication vraie est celle que nous en avons donnée dans le tome 1»' de fHisMn de France,
I riées, l'une au prince héréditaire de Mccklem- { buurg-Sciittérin, l'autre au prince de Saxe-AVeimar. C’est presque une chance heureuse pour une grande-duchesse de devenir femme d’un roi. Depuis plusieurs années, le prince royal de Bavière désirait ardemment épouser la grande -duchesse Catherine. Le roi Maximilien ayant voulu auparavant avoir l'agréttietit tfe l’empereur Napoléon, celui-ci, par une politique toute naturelle, s’était montré peu favorable à un mariage qui pouvait rendre un jour la Bavière dépendante de la Russie, ou du moins plus indépendante de la France. Cette opposition contrariait vivement le prince royal, et, soit à l’insu de son père, soit avec sa tolérance, il avait fait renouer la négociation par des agents bavarois. Pour l’en excuser aux yeux de la France, le chevalier de Bray, ministre de Bavière à Pétersbourg, dit à l'ambassadeur Caulaincourt que c'clait la Russie qui avait fait à ce sujet de nouvelles ouvertures. A l’cn croire, le prince Kurakin aurait témoigné au ministre bavarois à Vienne, le baron de Rechberg, qu’on attendait que la cour de Munich fit les instances requises pour terminer cette affaire qui avait été antérieurement convenue. Suivant M. de Romansof, l'assertion du chevalier de Bray n'était pas exacte. Au moins il n'en avait aucune connaissance, et la seule chose possible était que le prince Kurakin eût été, sans son concours, autorise à quelque démarche par l’impératrice mère ; mais il ne le croyait pas. f.c fait ayant été approfondi, il se trouva qu’cffeclivemcnt ce n'était pas le prince Kurakin qui avait pris l’initiative envers M. de Rechberg, mais M. de Rechberg envers le prince Kurakin. Comme l’empereur Napoléon, en refusant son approbation à ce mariage, avait allégué, pour motif, le caractère ambitieux ^ de la graiideduchesse Catherine, le prince royal de Bavière, qui tenait à épouser une princesse de la famille impériale, et non telle ou telle princesse, avait porté ses vœux vers la grande-duchesse Anne. Sur le compte rendu par le prince Kurakin de ses dernières communications avec M. de Rechberg, il lui fut répondu que cette alliance, qui avait paru convenable autrefois, ne le paraissait plus aujourd’hui, surtout eu considération de l’union des deux empereurs. Tout ce qui jusque-là s'était
* On ne savait pas encore que l’empereur Kopolêoii allait faire conclure cc traite à Paris avant de partir pour ErFurl.
* Madame la margrave douairière de Rade, mère de l'impératrice Elisabeth, épouse d’ .Alexandre, me disait eu riant que cette jeune princesse émit un petit Bonaparte en jupon.
A 1 1 AIUKS iiXTÉRlKL Rts.
passé entre les cabinets de Pétersbourg et de Munich fut regardé comme non avenu.
Cependant on a reçu à Pétersbourg la nouvelle du traité signé à Paris pour l'évacuation de la Prusse. On en trouve les conditions un peu rigoureuses, mais, ce (|ui frappe le plus, ce n'est pas la question linuncière, c'est la conservation des trois places de sUreté, Custrin, Stcltin et Glogau, jusqu’à l'entier acquilteincnl de la somme convenue. On trouve qu'il ne manquera pas d'esprits soupçonneux qui regarderont la conservation de ces places par la France comme dirigée, non contre la Prusse qui ne peut plus être à craindre, n>ais bien plutél contre la Russie; et on s'en alUige, parce que cette interprétation peut servir à entretenir des inquiétudes. L'ainlrassadeurCaulaincourt combat ce soupçon comme se détruisant de luiniême. Le peu de troupes qui doivent rester dans CCS places atteste assez qu’on n'a en vue qu'une garantie d’argent, et en effet la place la plus avancée, Glogau, est celle qui sera évacuée la première.
M. de Romansof est parti pour Krfurt. M. de Caulaincourt accompagnera l'Kinporeur. Peu du jours avant de se mettre en route, on parle de nouveau do l'Autriche, de la nécessité d'obtenir de cette puissance la reconnaissance du roi Joseph. Déjà l'empereur Alexandre a écrit dans ce sens à son ambassadeur. Le prince Kurakin sait que, si l’Autriche attaquait la France, il devrait se retirer sur-le-champ. C’est à merveille; mais, selon M. de Caulaincourt, ce serait mieux encore si le prince Kurakin disait que, le cas échéant, il se retirerait. U Ëli bien, il le dira, » répond l’empereur Alexandre, et l’ordre en est aussitùt expédié.
Tout prêt pour le départ, l’empereur Alexandre éprouva, dans la guerre relative à la Finlande, une assez vive contrariété. La flotte russe était alors bloquée i>ar les Anglais et les Suédois dans üaltiscli-Port. Sir James Saumarez avait proposé à l’amiral Kanickof de laisser sortir la moitié de sa flotte, pourvu qu’il livrât l’autre moitié. Sur son refus, il avait commencé le bombardement. La flotte russe, comme nous l'avons dit, parvint plus tard a s’échapper sans perdre aucun de ses vaisseaux.
Comme, à tout événement, il est im[)ortanl
' Voici quelle était alors approximativemem la force
tics années russes :
Frontières de Turquie 110,000 h”.
Finlande 80,000
Géorgie 30,000
Bords de la Baltique 30,000
L'kraine 50,000
Pologne CO, 000
Total 300,000
! d’être fort •, l’empereur Alexandre ordonna *, eti partant, une levée de cinq recrues sur cinq cents hutnines.
Dans le même temps, l’empereur Napoléon, jeté au milieu d'alTaires beaucoup plus dilTicilcs, s’occupait aussi à augmenter ses forces. Le 4 septetnbre, il avait adressé au sénat un message par lequel il lui comttiutiiquail les dilTérctits traités relatifs à l'Espagne et à la constitution acceptée par la junte espagnole. •> Je suis résolu, portait le mes- :• sage, à pousser les affaires d’Espagne avec la Il plus gratidc activité... Mon alliance avec l’cm- I II pcrcur de Rtissie ne laisse à l’Angleterre aucun j 11 espoir dans scs projets ; je crois à la paix du I n cotitinetit , mais je tic dois ni ne veux dépendre I » des faux calculs tii des erreurs des autres cours,
I n et, puisque mes voisitisaugttieiitctit leurs armées,
; Il il est de ntoti devoir d'auginettter les itiicnnes...
’ Il Français, je ti’ai qu’un but, votre bonheur et la I II sécurité de vos etifants... Vous m’avez dit si I n souvent que vous m’aimiez ! Je reconitaitrai la I n vérité de vos scntimetils à l’empressement que I » vous mettrez à secoitder des projets si iiitime- I n motil liés à vos plus chers intérêts, à l’honneur ' n de l’empire et à tua gloire. » Le bonheur, la I grandeur de la Fratice tic sont plus la seule pensée I que rEiiiperciir produise au grand jour. Il faut que ; la France veille à la gloire de celui qui la gouverne.
I Au lieu de s’associer aux sentiments de la France, i l’Enipcreur entend que la France adopte les siens.
1 C’est surtout depuis la paix de Tilsitt iju’il marche I ouvertement dans cette nouvelle voie. Il ne lui i sera plus donné d’en sortir.
I Au message de rEinpcrcur étaient joints deux 1 rapports du ministre des affaires étrangères, l’un ; en date de Rayonne, le 24 avril, l’autre en date de ’ Paris, le 1" septembre. Le premier concernait I uniquement l’Espagne. Nous en avons fait mention I en nous occupant des événements de Bayonne ; le ! second avait un objet plus général et présentait un I tableau de situation de l’Europe, troublée seulement par l’Aiiglelerrc qui souille l'insurrection en Espagne et la guerre en Autriche. En voici quelques traits :
U La France cl la Russie font cause commune Il contre l’Angleterre.
n Le Danemark soutient avec honneur une lutte n qu’il n’a pas provoquée.
en troupes bien org.inisécs et disponibles. II existe des étals qui portent cette force à 067,000 hommes; mais, sur ce nombre, il faut déduire plus d’un tiers composé de troupes de garnison, invalides ou autres qui ne peuvent pas être mis en campagne.
’ Ukase du 12 septembre.
fJIAMTRE VllI.
lâG
» La Suède, trahie et al>and(>imée par l'allié » auquel uu cabinet iiisetisè l’a sacrifiée , a tl»\jà » perdu scs plus iniportaiitcs prr>Tinccs et marche n à celte ruine , cITet inévitable de l'alliance et de »i l’amitié de rAiiglclerro,
» Votre Majesté, s'écriait le ministre, permetn trait-elle que l’Angleterre pût dire : l'Espagne H est une de nies prorinccs; mon patUlOH, chassé n de la Baltique , des mers du A'ord, du Lerant et » même des ritages de la Perse, domine aux perles n delà France...? Non Jamais, i*
A l'égard de la cour de Vienne, le ministre se borne à énoncer que les armements outre mesure de celle cour imposent à la France l’obligation U de conserver la supériorité relative qui existe n entre la puissance et la population des deux » empires.
» line nouvelle révolution a éclaté à Cunstanti* » nople. Mustapha a été déposé.
» Les Américains ont donné l’exemple d’un v> grand et courageux sacrifice; ils se sont interdit, » par un emt>argo général, tout commerce, toute •1 navigation, plutôt que de se soumettre hontcii- » scnienl au tribut que les Anglais veulent imposer » à toutes les nations.
I» L'Allemagne, l'italic, la Suisse, la Hollande, » sont paisibles et n'attendent que la paix m^ri- «• tinie |K)ur se livrer à toute leur industrie.
» Cette paix est le vœu du monde, niais rAiigle- M terre s’y opimse, et l'Angleterre est renneroie » du monde. i«
Ce que Napoléon disait de rAnglelerrc, l’Angleterre le disait de Napoléon. De pari et d'autre, le reproche n’était injuste qu'a moitié. L’un et l'autre avaient tort à quelques égards; sous certains rapports, l’un et l'autre avaient raison.
A la suite du ministre des alTaires clratigéres apparaissait le ministre de la guerre qui, après avoir exposé rélatdcs armées Irançaises en Pologne, en Prusse, en Danemark, en Dalmalic, en Allianie. en Italie et à Naples , avouait que les événements de la péninsule espagnole u avaient produit une perte X asscx considérable, résultat de l’opération aussi !• inconcevable que pénible pour riionncur français, » du corps du général Dupont. » En conséquence de l’intenlioii où était l'Cmpcreur d'avoir deux cciit mille hommes en Espagne sans afTaiblir ses autres armées, le ministre proposait de lever qualre-vingl mille hommes sur les classes de 1806, 7, 8 et 9, et conditionnellement quatre-vingt mille hommes sur la classe de 1810. L'orateur du gouvernement, chargé de présenter les motifs du sénatus-consuUc proposé, déclarait que « le nouveau dévcloppomcnt X donne à notre système militaire s'opérerait sans » augmentation dans les impositions publiques, les
» subsides votés par la dernière loi de finances » devant sullirc |>our pourvoir à tous les besoins. » Sans contredit, une partie du continent défrayait alors nos armées, mais cependant quelle puissance de ressources un gouvernement ne doit-il pas avoir en lui-mème pour lever cent soixante mille hommes sans accroissement d'impôts! Le vote des 160,000 Iioimnes eut lieu à runaiiimilé.
En Russie, un simple ukase suflil pour des levées pareilles. En France, il faut des cummunicalions au sénat, des rapports de ministres, un ex|>osé de raisons justificatives, cl enfin un sénalus-coiisulte. Cependant l'oITet est le même. Le despotisme impérial obtient le inéinc résultat dans les deux |>ay5. Est-il juste d’en conclure, comme on l’a fait trop souvent, que le pire des despotismes est celui qui se couvre de quelques formes conslilutioimelles? Nous ne le i>ensons pas. Ce vole dé conscrits, le premier qu'ait occasionné la guerre d'Espagne , a plus qu’aucun autre fourni matière à de violentes sorties sur la faiblesse et même sur b servilité ^ du sénat. Autant que personne, j’ai sincènunenl împrouvé le calcul qui a conduit l'Empereur à vouloir des trônes pour tous ses frères . parce que ce calcul m’a paru fondé plus sur un seiilinient d'aniour-propni que sur un principe de véritable utilité; mais lorsqu'un fait a etc accompli sans qu'on pût le prévenir; lorsque, par suite de ce fait, les armées françaises en Espagne, apres s'etre approchées de Cadix, ont été obligées de se replier sur rèbre ; lorsque rarmée de Portugal a été forcée d’évacuer ce royaume , lorsque l’Autricbe tout entière est sous les armes. Napoléon devait demander des levées au sénat; le sénat devait-il les lui refuser? Si ce vole eût encore appartenu au corps législatif, auquel il a été arbitrairement enlevé, le corps législatif lui -même, en prenant les choses dans i’élal où elles étaient, aurait -il dû refuser les levées demandées par l’Empereur? Nous sommes persuadé qu’il ne l’eût pas fait, et, à notre avis, il n’eût pas dû le faire. Nous ne disconvenons i>as qu'il y eût dans le sénat beaucoup de voix aequisi's d'avance au jiouvoir ; il n’y a pas de gouverncineiit où il n’en suit ainsi, mais beaucoup de voix aussi se livraient à l'Empereur par des considérations diverses, et, sur la question d'F.spagne, ces raisons n’étaient pas sans valeur.
Pour les humilies qui conservaient un vieux levain d’esprit révolutionnaire, la chute d'une branche de plus de la maison de Rourbon n’était pas un événcmcnldésagrcable. Aux yeux des amis de l’humanilé qui, sans faire lu guerre aux rois, s’intc-
■ Obtreeiaiio et livor pronis auribiis aceipimtliir# « . malignitati talsa s|>eciea libertaiis inesi. T «cire. '
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AFFAIRES EXTERIEURES
ressent plus aux nations qu’aux dynasties, la con-’ stitutiun donnée à l'Espagne, peut-être trop libérale pour ce pays, était un grand progrès de civilisation. Quant aux spéculateurs politiques, il existait, pour eux, une raison d'Etat vraie ou fausse, mais longtemps proclamée comme vraie. <i l’oint de >1 sûreté pour la France, disait le rapporteur du » sénat, tant que l’Espagne ne sera pas son alliée » fidèle et qu’elle pourra livrer ses ports et ses riva- » ges à l’ennemi de la France et du continent. » La maxime était juste. Seulement, pour s’assurer de la fidélité de l’Espagne , était-il indispensable d’en changer la dynastie ? Là était la question. Louis XIV s'était déelaré pour l’alTirmalive, et le but avait été atteint. Quoiqu’il en eût coûté dix ans de guerre et de malheurs, la France et l’histoire le lui avaient pardonné. Après tes campagnes de 180Ü, 1806 et 1807, devait-on craindre pour Napoléon des obstacles dont liOuis XIV avait triomphé? La confiance était telle qu’on s’applaudissait de pouvoir bientôt SC mesurer, corps à corps, avec les Anglais sur le continent. Enfin une autre considération agissait sur beaucoup d’esprits. Quelle qu’eût été l’origine de la guerre d’Espagne, qu'elle eût été juste ou injuste , l’œuvre d’une politique d'Etat ou d’une ambition de famille, ou l’œuvre combinée de l’une et de l’autre, l’armée française avait essuyé un grave échec; u Napoléon, dit le maréchal Sainl-Cyr dans » ses mémoires, était singulièrement affecté, pres- » que abattu. » Sa douleur était française , la nation entière la partageait; l’honneur était blessé, la patrie outragée; il fallait satisfaction à la patrie outragée, vetigcancc à l’honneur national. Ncsoyons pas trop sévères envers le passé; on a pu, sans honte, prendre part à un vote qui avait de pareilles excuses.
Je dois revenir ici sur le premier mot par lequel j’ai commencé cette digression. J’ai dit qu’il s’agissait pour le sénat d’un fait accompli , sans qu’on eût pu l’empéchcr. Si on demande pourquoi ce fait n’a pas pu être prévenu, c’est demander pourquoi Napoléon était Napoléon. Avec lui, il est douteux que jamais aucune entrave constitutionnelle eût pu être une sufiisante sauve-garde; mais , dans le simulacre de gouvernement représentatif qui nous restait, c’était encore un bien que le chef de l’État fût obligé de donner à la France des explications plus ou moins satisfaisantes sur les motifs des efforts et des sacrifices qu’il avait à lui demander. Les témérités que se permet un homme de génie, un prince ordinaire ne peut pas se les permettre , et , comme les Napoléon sont rares , l’existence d’une constitution même peu restrictive pour le pouvoir est toujours une chaîne utile dans l’intérêt des peuples. Ce qui importe véritablement pour les
peuples, c’est que des déterminations, qu’il faut forcément accepter et poursuivre , quand une fois elles ont été prises, ne puissent jamais dépendre de la volonté d’un personnage irresponsable. Rien ne le prouve mieux que les résolutions de Rayonne. Si, <i Rayonne, un ministère responsable avait eu à délibérer sur le maintien ou le renversement des Rourlions d’Espagne , il est peu probable qu’il eût adopté le dernier parti. Dans le cas où il aurait osé en courir la chance et que cette tentative eût amené de grands revers , la chute de ce ministère en eût été la suite inévitable, et une administration nouvelle eût pu, sans déshonneur pour le pays, embrasser un système différent. Sous le règne d’un prince comme Napoléon, qui était lui-même son ministère, le mal étant possible , le remède n’existait pas. Le bon sens disait, aux hommes mêmes qui tenaient le moins à sa personne, qu’il fallait marcher avec lui , vaincre et succomber avec lui , parce que autrement il eût fallu succomber sans lui ou par lui.
Quelquefois à la vérité, même en Angleterre, le ministère forme dos entreprises aussi hasardeuses que l’usurpation de la couronne d’Espagne par la France; mais dans do telles conjonctures, c’est au ministère à prendre des précautions pour avoir un appui , soit dans les intérêts nationaux vrais , soit dans les préjugés et les passions populaires. Ainsi , de 1793 à 1801, M. Pitt s’était senti soutenu par la nation anglaise. En 1801, quand il voit que ce soutien va lui manquer, il se retire et un autre ministère fait la paix. Ainsi encore, quand on est une seconde fois revenu à une guerre d’extermination contre la France, après le second ministère de !U. Pitt, qui meurt en apprennant la nouvelle de la bataille d’Austerlitz, un changement de système a rendu la paix possible sous le ministcrc de Fox et Grcnvillc; elle l’était encore sous celui de lord Grenville et de lord llowick (aujourd’hui lord Grcy), et elle eût probablement eu lieu, si ce dernier ministère se fût maintenu; mais l’aristocratie, aussi habile que puissante, ayant su faire entrer les passions populaires dans scs vues, l’école de M. Pitt, devenue de nouveau maîtresse du terrain, a poursuivi la lutte obstinée où il fallait que l’un des deux combattants restât sur le champ de bataille. Pour l’empereur Napoléon, comme pour le ministère britannique, c’était une condition d’existence de tenir lu nation indissulubicment unie à son sort. L’Empereur assumant sur sa propre tête une responsabilité qu'il eût dû déposer dans son ministère, la nation qui, dans les revers , se serait séparée seulement du ministère responsable , a dû se séparer du prince qui avait tout fait par lui-méme, et dont les actions n’avaient appartenu à aucun conseil natioual. Le
CHAPITUE Mil.