CHAPITRE
tension que lui donnait l'article 8 du Imité d'alliance. Prudente cl circonspecte sous ce rapport, son ambition se rcftisail i des acquisitions propres à rcntraliicr dans des guerres lointaines, guerres qui pourraient devenir encore plus hasardeuses que celles dont il vient de sortir victorieux, mais dont le succès ne l'a pas empêche de rcconnaitrc les dangers. L'Europe, moins la Turquie, lui parait un champ assez vaste pour scs cnvahisscincnls médités ou accidentels.
Le plus grand des avantages que Napoléon s'était promis à Tilsitt, a été réalise par la rupture de tous les rapporls entre la Russie cl l'Angleterre. L’exemple de la Russie sera bientôt suivi par l'Autriche, mais, de plus. Napoléon cl Alexandre se sont mutucllcineul imposé une autre lèche, celle de faire entrer dans l'alliance du continent, l'un le Portugal, l'autre la Suède. E^n d’autres termes, pour le cas probable de la résistance de ces deux gouvcruenicnts, ils se sont adjugé une part respective de butin, l’un sur la Suède, l’autre sur le Portugal.
Au moins de la part de la France et de la Russie, l’agression n’aura point, comme de la part des Anglais contre le üanemarL, le caractère atroce de la surprise et d’une violence imprévue. Un délai -est laissé aux cours de Lisbonne et de Stockholm pour décider si elles veulent ou non s’unir à la cause continentale contre les dominateurs de la mer. On leur demande de choisir entre la paix ou la guerre. Napoléon l’a fait déclarer au Portugal, et il le répète hautement à l’ambassadeur de ce pays, en présence du corps diplomatique, ajoutant que,' par le choix de la guerre, la maison de Bragancc prononcerait elle-même son arrêt. A tout événement, la France cl la Russie préparent leurs armes.
Sur le chemin de la France se trouve l’Esitagnc. Est-ce une fatalité? Est-ce un obstacle? Ici nous avons à revenir sur ce qui s’est passe depuis quelque temps entre les deux États. Au milieu des evencmenls multipliés de la guerre de Prusse, je n'ai ])U qu’indiquer en deux mots le projet de défection médité de longue main par le cabinet espagnol
cpiic, il nsi trop vrai qu’en éch.-ingc des concessions du cnbinci de Pcim'sbourg A l’égard de l’tialic cl de l'Espagne, il a, eu 1808, par ta coiivenlion d'Erfurl, que je rapporterai bientét, abandonné h en cabinet les prinripaulés de Moldavie et de Valachic. Dés lors il a, nu moins inonicntauémeiil, sacriKc l’intégrité du l'empire turc, et mon c.xpression, prise A In lettre, manque d'exactitude.
' Mai 1800. Suivant le comte de Torreno, après l’cvpulsioD du roi Ferdinand de Naples, le roi Charles IV, son frère, aurait longtemps refuse de donner son adhésion A rélablisscinent du nouveau roi , et Napoléon , blessé de celle fermeté innUcnduc, aurait dit : «Si Char-
ct dont l'explosion maladroite alla retentir aux oreilles de Napoléon, précisément sur le champ de bataille d'Iéna. Se taire, dissimuler tout ressentiment, était alors le parti qui convenait le mieux à l’Empereur. Il parut en effet ne rien voir, ne rien comprendre, cl, pour gage de son entière confiance dans S. AI. catholique, il lui demanda, ainsi que nous l’avons dit précédemment, l'envoi d'on corps de quinze mille hommes sur l’Elbe. Comme, ‘au lieu d’uue cour servile, c’est une nation lière qui bientét, en Espagne , occupera la scène politique , il importe de connaître par quels degrés s’opérera ce changement, quelle série de circonstances jettera l'empereur Napoléon dans de faux calculs, et comment il sera conduit à de déplorables entreprises par les bassesses mêmes du cabinet de Madrid.
Depuis le désastre de Trafalgar où la marine espagnole, sous la conduite du brave amiral Graviua, avait été si honorablement fidclo à noire alliance, ce cabinet, d'abord décourage par un si grand revers, ranimé ensuite par la victoire d’Austerlitz, était bientét retombé dans un étal de froideur voisin de la haine. A la vérité, l’alliaiicc française le mettait à de terribles épreuves. Si la cour d’Espagne n’ciU pas été aussi faible, quelle sensation n’cùl pas dù y produire rcxpulsion des Bourbons de Naples, la chute d'un Irène fraternel? A défaut d'une résistance impossible, une généreuse aflliclion eût pu honorer celte cour aux yeux de l'Empereur. Tant d’élévation n’entre point dans son caractère. A la notification onicielle de l’avéncmcnl du roi Joseph Bonaparte, que répond le frère du souverain détrôné? « Sa .Majesté, dit le » ministre Ccvallos ', ne verra jamais sans intérêt i> ce qui peut contribuer au succès du plan géné- » rai de l'Empereur. » Combien il faut plaindre un prince auquel scs ministres prêtent un pareil langage ! Cette dégradation de* sentiments s’explique par une plus triste cause : les deux cours de Madrid et de Naples ont peu de sympathie l'une pour l’autre, les liens de famille ont été affaiblis ou même rompus par des intrigues féminines et l’aniino-
» les IV ne reconnaît pas mon frère comme roidc Naples, «I son successeur le reconnaîtra.* Ce prétendu refus, ce propos et tAus les raisonnements que fait A ce sujet le coiiiic de Torréno sont des chimères qui n’ont pas l’ombre de fondement.
* l.a correspondance de la reine de Naples avec sa Bile, la princesse des Asturies, avait été regardée comme l'une des causes de la mésintelligence qui se inaiiifcstnit entre le jeune prince et le prinift de la Paix. Lorsque les scellés seront mis sur les papiers du prince <le$ Asturies, on y trouvera les chiffres de cette corrcspoudance entre la mère et la Bile.
POLITIQUE EXTÉRIEURE
silé des deux reines est telle que celle qui reste sur ^ le trône trouve presque une jouissance dans la perte Vd’unc rivale.
* ^ Cependant l'excès de riiuiniliation auquel la faiblesse se condamne ellc-mèinc, fait naître dans une puissance avilie un ressentiment d’autant plus profond qu'elle est tombée plus bas à scs propres yeux. IjC désir de la vengeance peut alors suppléer le ^vrai courage; mais, pour réussir, il faut joindre 'l’habileté de la conduite à Ténergic des moyens : l’une et l'autre manquèrent au prince de la Paix; > il ne sut ni eachcr son but ni sc mettre en état de l’atteindre; allié faux, il ii'eüt pas même l'art de couvrir sa fausseté.
^ Un ministre de Russie récemment arrivé en Espagne, M. de Strogonof, en venant de l'Angleterre ^ par Lisbonne, a préparé un rapprochement entre les deux cours de la Péninsule. L’Angleterre est prête à soutenir ces deux cours, si, au moment où j. les forces françaises seront occupées dans le Nord, «.une armée combinée de Portugais et d'Espagnols k se précipite sur les provinces méridionales de la France. C’est dans ce dessein que déjà une Uotte nombreuse sous les ordres de l’amiral Saint-Vincent s’est présentée à Lisbonne. Le Portugal fait quelques armements dont l’Espagne aflcctc de s'inquiéter. Cette démonstration de crainte est une invention merveilleuse dont s’applaudjt le prince de la Paix. De son côté il lève des recrues >, com- . » plète les régiments, réorganise l'armée tout entière. «Les ennemis de la France ont la certitude que c’est un secours disposé pour eux; mais provisoirement l’Espagne ne parait augmenter scs forces que [lour mieux défendre ses frontières et scs côtes. Le prince de la Paix ne sc borne pas à ces idées défenr^Tcs; selon lui, « il ne suffît pas à l’Espagne d'étre ^ en sûreté chex elle, il faut qu’elle songe à reprent> dre Gilbraltar, à envahir le Portugal. » Tel est son langage avec l'ambassade de France. Ce jeu est adroitement secondé par les nombreux amis du cabinet espagnol; l'envoyé de Russie, 31. de Strogonof, feint une grande surprise; l’envoyé portugais, une vive inquiétude. Le prince de la Paix, dans une conversation où il a pour interlocuteurs le chargé d’alTaires de France et celui de Prusse, sc déchaîne contre la Prusse et contre la Russie, et cependant l’agent prussien, M. Henry, d’après les ''assurances du prince de la Paix, écrit ^ à sa cour . que ces préparatifs de l’Espagne ont pour objet 'd’opérer une diversion en France à l'instant où Napoléon^a être engagé dans les affaires du Nord.
' Juin 1800. ‘ v:
‘ l)icrsichcrincaricalod'affari(liPrustia...ncavc$scda ,;Iui ricevuia particolar coniezza. MarqnU dcLucvhcsini.
On a depuis prétendu ’ que le motif qui avait inspiré au prince de la Paix la résolution de se joindre aux ennemis de la France, était la connaissance parvenue à l*Espagn^es articles sccrcis du traité conclu par M.*'d’Oubrü(, articles qui, comme nous l’avons vu, tendaientà enlever à cette puissance les lies Baléares, pour les donner aux Bourbons de Naples eu échange de la Sicile : celle supposition est erronée. C’est le âO juillet seulement que fut conclu à Paris le traité * dont les% articles secrets renfermaient cette disposition ; et d’ailleurs, il fallut ncccssairçmei^ un intervalle assez long pour que la moindre notion de ce traité arrivât à Madrid de Pétersbourg ou de Londres, Or, c’est dès le l" juillet que furent connus à Madrid les ordres envoyés dans les provinces par le prince <lc la Paix pour la réorganisation et le renforcement de l’armée. L’adoption d’un nouveau système en Espagne était ainsi antérieure au fait que l'on suppose en avoir été l'origine.
Ces armements subits avaient dû éveiller l’altenlion du chargé d'affaires de France. Pour rassurer cet agent, le prince de la Paix cherchait à lui persuader que les préparatifs dont il s'étonnait étaient la conséquence d’une impulsion française cl d’une impulsion venue de très-haut, donnant ainsi à entendre qu’il n’avait fait qu’obéir à des « inspirations directes de l'Emperenr. Occupé de 8^. négociations avec l’Angleterre et de ses débats ^ avec la Prusse , Napoléon ne voulut point arrêter * sa pensée sur ce qui sc méditait en Espagne , n’apcrccvant dans ces velléités insurrectionnelles d’un allié indiscipliné, ou plutôt d’un sujet séditieux , qu’une occasion de rendre ultérieurement son obéissance plus prompte et plus fructueuse pour la France. j. ^
La crise approchait; l’Empereur avait quitte Paris pour sc rendre à Mayence; la négociation avec l’Angleterre était rompue; l’armée prussienqe menaçait l’armée française. Pour l’Espagne, le moment d’agir est venu ; les proclamations sont prêtes : elles ont été signées le B octobre ; c’est le 14 ^ seulement qu’elles sont publiées. Le prince de la Paix invoque les vieux souvenirs de la monarchie* C’est surtout de chevaux que manque l’armée du ^roi; il en demande à l’Ândalonsie et à l'Estramadiirc ; il rappelle les services rendus en ce genre à Philippe V ; il engage les grands propriétaires à former des régiments, ou au moins des compagnies d’hommes habiles tulans le maniement du cheval,
» pour être employés à la défense de la patrie, tant
* Noianunent 1<: niarquis de Lucchesini. ic 4 On tait que ce traité ne fut pas ratifié par i’empe-
I rciir de Russie.
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CIIAPITRK I.
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» que durera le danger actucL.. Vcnoi, mes cliers !• cumpatrioles. vous ranimer sous la baiiniêre du i* meilleur des souverains. Je vous accueillerai avec • recuiinnissaiice '.i* A cet appel fait aux Espagnols, ou se demande quel est ce danger si nouveau dont personne, execplé le prince de la Paix, iPenIrevoit U moindre apparence. Quel est IVnnemi qu'il faut s'apprêter à combattre? La procia* maliitn ne le nomnte pas. Quel est-il, si ce n'est la Erance? Est*co eonlre les Anglais, contre Gibraltar que l’on réclame de si puissants renroris de cavaii'rie? En ce sens, U proclamation serait absurde. .S'agit-il du Portugal? Elle serait emphatique et ridicule. A l'égard de la France du niuiiis, s'il ) a perfidie, il n’y a pus absurdité.
Ce qui pouvait être obscur dans la publication du 14, une circulaire du lendemain l'explique. Dans celte seconde pièce, où l'on demande au clergé, aux magistrats, d'employer tous les moyens propres à faire naître rentbuusiasnic national , atin d'entrer avec gloire dans la lice qui va s'onvrir, un leur enjoint surtout d'exciter le courage gé- » néreux de ta nobteese, car U de te$ priri- » légeê comme de ccêts de la couronne, n Quel est le pays, hors la France, ''dont les principes puissent être inquiétauls p<mr les privilèges nobiliaires? Le doute est impossible, et cependant le prince de la Paix SC Galle de donner le change à la légation française. C'eitlji^éon, dil*il, qui fixera te jour oA le premier Ma^le ftisU se|ÿ4Ôt^' position de l'agent tranfaif iX^ià'^étidl'diéltcale. Cet agent, M. de yi^eul quoique très-jeune, sc conduisit en boinni7q!aÂe vieiVe expérience. S’il avait paru croire qii^ VÜait la Frahce que menaçaient les armeipliitft^gnuls, il eût du demander «tes expitg catioM officielles, ci, ne les trouvant pas satislaisaqjCTyjl lui eUt faHQ prendre scs passe ports, par df^équenl amener une explosion prématuK’c qui eOt pu ne pas convenir à l'Empereur. Mieux inspiré, il SC contenta d'explications >crl>ales. laissant ainsi la voie ouverte à 1a résipiscence du cabinet espagnol, sauf à reinpereur Napoléon à punir plus lard ce ca-
j Lors même que plus de «liserétion eût arcom- I pagiié les pré|varatifs de l’Espagne, les énigmes, j sous le règne de Napoléon, ne pouvaient pas tarder I à se résoudre. Le prince de la Paix n'avait |>as été j heureux dans le ciioix des dates. La falale cuïnci- I dencc qui, le même jour , donnait à l'Europe le ! spectacle des proclaniaiions l»elliqueuses de l'£s- I pagne et celui de la bataille d'iena, ne laissait nul ; intervalle entre la folie et le repentir. A rinslant ' même s'opéra une ridicule métamorphose. Toute ^ l'Espagne sc en»yait ap|H'léeà combaltrc la France;
: toute l'Espagne se trompait. O fut merveille de voir le prince de la Paix se réjouir ouverlemcnt des succès du grand allié «le S. M. C.; d'cnlemlrc ses sorties contre les partisans de tout autre syai tèmequetc systémefraiirais. L'humrne ainsi réduit : Â désavouer sa propre pensée est désormais tout { entier à la merci de Napoléon. Aussi l'Empereur, en appc1^4 un Corps espagnol dans les rangs de l'armée française, exige-t-ii que tous les elîoris de cette puissance portent exclusivement sur sa ma* rinc; il exige snrt«uil qu'elle s'associe sans réserve à toutes les mesures du blocus eoiilinenUil contre les lies Brilaimiqaes. Telle est la pusition du prince de la Paix, que de sa part le refus est irii|>ossibie.
L'ambition du favori aperçoit devant elle plus d'un écueil. Depuis quelque temps on remarque quelque afTaiblissenieiit dans la santé du roi. Pour I »e prcnmiiirà la fois au dehors contre la France . I au dedans contre l'hérilierdu trône, le prince de I la Paix songe à s'élever à une Uautcor inaccessiblo i à tous les ressentimeuts.
I Aux dignités dont il est revêtu, il en manque I une encore. Généralissime des armées de terre, il i lui reslcà se faire nouunvr gratulamirat d'/:^tpagHe i et deê indes, GcUe dignité lui est conférée, avec I les huimetirs et prérogatives d'infant , «latis les mêmes termes qu’elle l’avait été aulrcfoi.s à l'Infant I don Philip|>e, oncle et beau-péiT du roi. A ce iiuu-
iv eau litre, le roi attache celui i\'attv»$e sé/éniMiwc.
En associant t»ar un lien de plus le prince de la ; Paix â sa famille, le roi s«mii>ie prendre plaisir
bincl, ou à lui pardonner.
Ce n'èlail |kis en Espagne seulement que s'clail trahie la pensée secrète du prince de la Paix. Les agents espagnols au dehors n'avaient pas su se renfermer tous dans uuc juste réserve. A Paris m«*inc, l’ambassade de S. M. C«, en tâchant d’éluder le payement des sommes ducs au gouvernement français, donnait ouvertement à entendre que bientôt son souverain pourrait, à son tour, avoir des représailles à exercer et des demandes i faire.
' C'(*st le favori qui promri sa reconnaiMamc pour 1rs services qu'ou rendra an souverain!
à légitimer l’oinnip«»lencc qu'il remet entre ses mains, llclalivemeiu à la France, ce calcul «lu prince de la Paix est juste. Par l'excès de sou élévation, il fait voir tout ce qu'on (veut, avec son aide, obtenir de l’E^spagne, et tout ce qu’on rencontrerait de difficultés si, au lieu d’accepter ses services, on cherchait à le perdre. A M.adrid, où dès longtemps on cUt dù ne s'étonner de rien, on ne vit |iassans surprise fclte adililion inouïe aux lèmuignages «l'une faveur qui semblait être epui-
* AujounTbiii membre de U clumbrs À» «Mpulés. ’
POLITIQUE KXTÉIUEl'UE.
séc. La haute noblesse en montra quelque irritation, mais les courtisans du pouvoir applaudirent; les corps civils et militaires portèrent leurs félicitations <à rinfant de création nouvelle, et la résidence d'Aranjuez, cette même résidence qui bicntél verra son abaissement , fut illuminée en son honneur.
Une autre combinaison est tentée par le prince de la Paix à l’égard du prince des Asturies. Ce dernier est veuf depuis plusieurs mois. Son premier mariage avait été une cause de mésintelligence; le second peut devenir un moyen de rapprochement. Le prince de la Paix conçoit l'idée de faire épouser à Ferdinand laswur de sa propre femme, [.'alliance n'a rien d'inégal : fille d'un infant, nièce du roi, la jeune princesse peut aspirer au premier rang; mais là n'est point l'obstacle. La seule pensée de devenir beau-frère de Godoï révolte le prince des Asturies, et la proposition est rejetée. Des lors l'unique soin du favori doit être de se mettre en garde contre les dangers d’un changement de règne.
Les- personnes qui entourent Ferdinand sont presque toutes suspertes au prince de la l'aix. Cclui-ei les remplace par des hommes qu'il croit dévoués à scs intérêts et attachés a sa fortune. Il fait plus. Déjà investi des grandes charges qui lui assurent la domination sur tout le royaume, il se fait remettre encore celles qui, moins brillantes, emportent avec elles un pouvoir intérieur dans les résidences royales. Le roi lui donne l’inspection et le commandement général de sa maison militaire. Devenu par là maître absolu du palais, il se trouve ainsi , pour le cas de la mort du roi , en mesure de dieter une capitulation qui garantisse sa personne et sa fortune. Afin de s’assurer un meilleur point d'appui dans ces compagnies des gardes du corps qui l'ont vu partir de leurs derniers rangs, il se hâte de leur donner une organisation nouvelle et s'occupe à y rétablir la discipline; changements louabicsen eux-mêmes et qui auraient un ciTel utile si le temps devait les consolider, mais qui, restant inachevés, ne feront que multiplier les haines auxquelles il est en butte.
Celte position du prince de la Faix en F.spagnc, où il est le véritable roi, mais où il peut chaque jour cesser de l'être, explique d'avance cl ses complaisances pour l'empereur Napoléon et la nature même des arrangements qui vont bientôt être arrêtés entre les deux pays. Aussitùl après son imprudent éclat, le prince de la Paix a compris qu'avec un homme comme Napoléon l'hypocrisie serait sans succès. Tous scs actes du jour demandent grâce pour la faute de la veille. L'Empereur est trop habile pour repousser un homme que la force des choses lui livre sans réserve. Il fait plus que lui
montrer de l'indulgence; il s'empare de lui en caressant sa vanité. L’ambassadeur de France, 3l.de Beautiarnais , avait cru devoir refuser au favori espagnol le litre d’Altessc sérénissime. De Tilsitt même. Napoléon ordonne de reconnaître dans ce prince toutes les qualifications que lui accorde la volonté royale. Ainsi l'Espagne se trouve à la discrétion de l’Empereur le jour où il a besoin d'elle contre le Portugal. D'après les stipulations de Tilsitt, le sort de ce dernier royaume doit prompte-^ ment se dédier. Accession au système IVancais ou la guerre, telle est l’alternative offerte à la cour de Lisbonne. C’est la guerre qu'elle choisira. Napoléon y pourvoit. Dans son retour de Tilsitt à Paris, de Dresde où il s'arrête un moment, il fait porter au cabinet espagnol les premières paroles d'une convention à conclure pour unir, au besoin, contre le Portugal, les efforts des deux puissances.
La proposition ne pouvait guère être déclinée. Tout aulce mhiislrc que le prince de la Paix eût été obligé d’y souscrire avec plus ou moins d'abandon ; mais tout autre eût songé principalement à son roi età son pays. Le prince de la Paix ne songe qu'au prince de la Paix; il sc croit placé dans une situation assez élevée pour mêler au règlement des intérêts des deux nations la stipulation de ses intérêts personnels. Le gouvcrneiuent français ne peut que saisir une occasion qui doit être pour ses V ues ultérieures, quelles qu'elles soient, un moyen de succès de plus. La nature d'un traité où doivent entrer de telles clauses n'admet pas rintervention de l'ambassade ordinaire d'Espagne en France. Il faut au prince de là Paix un négociateur qui ne soit qu'à lui. Le choix est fait d’avance : un hoinine, qui send)lc occupé à Paris de tous autres soins que d'affaires pülilique$,.ic naturaliste ïszquicrdo, est devenu son |>rinc|]>al iulerinédiaire avec le gouvernement français. La science sert de voile à l^n- Iriguc. Yszquierdo sc retrouve partout; il est en action' chez 31.de Gliampagny, nouveau iiiinistre des affaires étrangères, chez 31. le prince de Bénévent quFiie l’est plos, 'Micz le généraU-Duroc qui,, sans être ni sans avoir été ininistrq, a été souvent initié dans ccrtqjnes négociations par l'Empereur- C’est par Yszquierdo que passent toutes les coinmuiiications de quelque gravité entre la l'rance et l'Espaguc. Aujourd'hui qu'il s'agit d'exécuter envers le Portugal les mesures arrêtéesà Tilsitt, c'est avec cet agent conlidentid du prince de la Paix que la France! va concerter la part d'action que l’Fj»pagnç prendra dans cette entreprise, et déterminer les conditions qu'elle obtiendra pour prix de .son concours. Après des demandes réitérées et pressantes, la çyiir de Lislwnnca été, le iil août, sommée par la France d’accéder à la cause du con-
tincnt, de confisquer en conséquence les marchandises anglaises cl de faire arrêter, comme otages, les Anglais établis en Portugal. Déclarer simplement la guerre à l’Angleterre serait déjà pour celte cour une pénible nécessité, mais elle s’y déciderait avec rasseiitimcnl même du cabinet de Londres, si celle déclaration ne devait pas être accompagnée des autres mesures voulues par le gouvernement français. Le prince régnant propose en vain celte distinction. Pour rEmpercur clic est inadmissible. Le but de la guerre serait manqué si elle n'avait pas pour effet immédiat l’accomplissement des conditions exigées. La rupture est donc complète ; les légations de France et d'Espagne opt quitté Lisbonne. t^liioiquc la maison de Bragancc soit encore sur le trùnc, le Portugal est en quelque sorte un Étal vacant , un pays disponible. On va le traiter comme tel. „ ^
Depuis quelques années, Napoléon distribue des principatilés cl des royaumes. Pourquoi le prince de là Paix qui, depuis huit ans, met à sa disposition toutes les ressources de l'Espagne, n’obticndrail-il piTs une faveur semblable? nécompeiise des services déjà rendus, elle serait le gage de ceux qu’il rendrait encore. Une souveraineté indépendante lui assurerait un asile au moment du danger. Lejour où il cesserait de gouverner l’Espagne, sous le nom de Charles IV, il pourrait, souverain reconnu et protégé par la France, sortir de Madrid avec honneur et se retirer dans des possessions où il n’aurait point à craindre le ressentiment du nouveau roi. Des (^oles en ce sens ont été échangées entre Ysaquier^ et le général Dtiroc. L’idée a souri de l>art et d’autre. Le principe en est convenu; w va s’entendre sur l’application. *