CHAPITRE IX
EMREVUE U’ERFURT.
Arrivée des deux empereurs à Erfnrt. — Motifs de la eoDdeseeodance de Napoléon pour la Russie. — ConTeotton signée à Érfiiri, le 19 octobre. — |.etirc importante dWlexandrc à Napoléon. — Concession de la Russie aux dépens de la Prusse. — Lettre de l’empereur d'Autriche h Napoléon. — Réponse de Napoléon k reinpereur ^
d'Autriche. — Anecdotes. — Visite du champ de haiaiüe d'iéna. — Séparation des deux empereurs. — Récapitu
talion faite par Napoléon des pays disponibles en Allemagne. Travaux divers de Napoléon A Erfurt. s
L'cmpcrcur Alexandre ctailparti de Pélersbourg le 12 septembre. Dans sa roule par Kœuigsl>erg. il visita, le 18, le rot et la reine de Prusse. Avec lui voyageaient son frère le grand-duc Constantin et ranihassndcur de France, (^ulaiiicourt. Le maréchal Lamies, duc de Monlebcllo, avait été envoyé aii-devaiit de lui par Napoléon à Bromhcrg, fron- Irièrc du territoire occupé par nos troupes. ACustriii < il fut reçu par le maréchal Souit. assista à une revue, et continua sa route pour Weimar où il arriva le au soir.
De son côté, l'empereur Napoléon, qui avait passe à Metz le 24 et a Francfort le 23, était rendu le 27 à Krfurt vers neuf heures du malin. A deux heures. il monta à cheval et alla au-devant de l'empereur Alexandre, à deux lieues de cette place. Ils y entrèrent ensemble au milieu d'une longue haie de troupes, au bruit des cloches, de l'artillerie et des acclamations de la joie générale. Peu de jours après, la ville offrait une .isscmbléc * de rois, grands-ducs elautres princes souverains, assemblée mmlèlcquc depuis on a voulu reproduire, mais duntrimitalion ti'a été qu'imparfaite, parce qu'il y a toujours manqué ce qui, à Erfurt, en avait fait la décoration principale, la présence d'un grand homme.
Soit que l’empereur Napoléon cdt conçu réellement le projet d'un nouvel envahissement aux dépens de la Prusse, lorsqu'en opposition à la demande
' Comme admiaisiraieur général des provinces prussiennes, je m’étais rendu, avec l'intendant général de l'armée, M. liant, àCustrin, où nom filmes invités à déjeuner avec l'empereur.
* C'est alors que, pour la première fois, nous avons
I faite, par le cabinet de Pélersbourg, des provinces de Moldavie et de VaJachie, il voulait prendre la Silésie comme éqnivalenl; soit, ce qui est plus vraisemblable, qu'il n'cùt d'autre objet que d'entraver l’usurpation russe par sa prétention à une usurpation correspondante, le cours des événements avait été tel que, sérieuse ou non, c'était une pensée dont force lui était de faire le sacrifice. Il s'agissait pour lui, d'un côté, de soumettre l’Espagne et, d’autre part, d'arrèler l'Autriche dans ses armements, on bien d'avoir contre cette puissance, en cas de guerre, la Russie pour alliée. Afin d'étre ' a.ssurc de la Rus.sic , il y avait nécessité de la satisfaire aux dépens des Turcs. C'était une vieille a1- I liancc qu'il fallait immoler à une alliance nouvelle ; mais la vieille alliance, en raison des révolutions de Constantinople qui affaiblissaient cet empire, ne pouvait, dans les circonstances présentes, offrir aucun secours A reinpereur Napoléon. A la vérité, scs réflexions ravaient conduit à décliner Taccomplissemcnt des rêves de Tifsilt, |>arce que tout l’avantage eût été |Hiur la Russie; mais cependant il : fallait à cette puissance une salisfacliun suffisante pour la retenir dans le système français, et pour donner à l'empereur Alexandre lui-inémc un gage de sûreté contre le mécontentement de scs pcuplr.s, auxquels la rupture avec rAnglclerre causait de ' graves préjudices. Ce gage de sûreté pour le prince,
vu des roij attendre dans une antiebambrej que, pour la première fois, non» avons entendu des soldais dire, A Pnerasion de la ilifFérrnre des honneurs qu'il fallait rendre : «Ce n'est qu’un roi. e
nUPITHE IX.
rcUc compensation des maux produits par Tinterruplion du coniincrce |H>ur le* propriétaire*, se trouveraient, jusqu'à un certain degré, dansl'acquisitioii des deux principaulésqui dunneraientà l'empire la belle frontière du Danube. La concession en était faite dans l’esprit de Napoléon lorst|u'il se rendit à Erfurt. De aoii cAlé l'ein{>crcur Alexandre, persuadé que , pour faire des conquêtes sUre* et faciles, il lui importait de le* faire de concert avec l’empereur des Français, était fraiicbement résolu 8 le seconder contre l'Autriehe comme ron« tre l’Angleterre. La négociation entre eux ne fut donc ni longue ni diflkilc. Une convention fut signée, le i!2 octobre, par les ministres des aiïaires étrangères des deux empires, MM. de Cbampagny et de Romansof. Les dispositions particulières de ectlc convention, que nous allons donner ici, n’ont Jamais été publiées*.
L'article premier confirme cl, au besoin, renouvelle ralliaitce de Tilsitl et rengagement mutuel des deux empereurs, non-seulcnienl de ne faire .lucune |>aix séparée, mais encore de n'entrer avec l'ennemi dans aucune négociation cl de ii'ccouler aucune proposition que d'un commun accord.
Par rarliclc ^ , les parties contractantes, unies pour la paix comme pour la guerre, conviennent de nommer des plénipotentiaires pour traiter avec l’Angleterre, et de les envoyer, à cet elTcl, dans telle ville du continent que l'Angleterre désignera.
L'article 3 concerne Tunion qu'il importe d'établir entre les plénipotentiaires des deux puissances et le mode à suivre pour maintenir cette union dans la négociation avec le gouvernement anglais.
D'après l’article 4, la hase qui sera proposée à l'Anglelerre sera l'u/f poa$idetit.
Les atricics 5 et 6 indiquent jusqu’où s'étend l'étal de possession pour la Russie et pour la France.
Par l'article 3 , les deux puissances s'engagent à regarder comme condition absolue de la paix avec l'Angleterre «> qu'elle reconnaîtra la Finlande, la » Falackie et la Moldavie, comme faisant partie de a l’empire de Russie. »
Elles s'engagent, par l’article 6, à regarder également comme condition absolue de la paix uque a l'Angleterre reconnaisse le nouvel ordre de chou ses établi par la France en Espagne. »
L'article 7 , comme l’article 3 qu’il développe , est relatif à la franchise de communications qui doit régner entre les plénipotcnliaires respectifs,
' a Napoléon el Atcx-imlre, dil M. Thibaiideau, Irain uierneux-méme* leur» affaires. On ne connait point d'in-
précaution deux fois reproduite, qui a quelque chose d'injurieux pour la bonne foi des deux parties entre elles.
([Quoique l'arliclc 3 ait stipulé l’engagement de faire reconnaître, par l'Angleterre, la Moldavie et la Valacbie comme provinces russes, ce qui emporte. à plus forte raison, la même reconnaissance p.irrempcrcurde3Krançais.rarticlc8aencore pour objet de détcrinincr cette reconnaissance d'une manière explicite et spéciale; il est ainsi conçu ; <i Sa » Majesté l'empereur de toutes les Russie*, d'après Il les révolutions et changements qui agitent l'cm- » pire ottoman et qui ne laissent aucune possibilité I» de donner, et par coiist^uent aucune espérance I» d'obtenir des garanties siiirisantes pour les per- H sonnes et les biens des habitants de la Moldavie » et de la Valachic, ayant déjà porté les limites de » son empire jusqu'au Danube et réuni la Valachie » et la Moldavie à son empire, ne pouvantqu'à celte >» condition reconnaître i'iiitégrilé de l'empire ol- » loman , Sa Majesté rcmperciir Napoléon rccon- » naît ladite réunion cl les limites russes de ce c<>lc » portées jusqu'au Danube. ■ Deux niotifa sont, comme un voit, allégués pour jusliücr cette reconnaissance, un motif d'humanilc à l’égard des habitants des deux provinces, et le fait de l'occupation actuelle. Avec de pareilles juslifications, quelle usurpation serait impossible?
Il est bien entendu qu'unlcl article doilélrc tenu secret; aussi le secret est-il recommandé par i'arliclc R. Ce même article 1) porte de plus que la Russie entamera, soit à Constantinople, soit partout ailleurs, une négociation afin d'ubiciirr, a l’amiable. si cela se peut, la cession des deux provinces; que la France renonce à sa médiation; que les plénipotentiaires des deux nations s'entendront sur le langage à tenir, afin de ne pas cnmpromeUrc l'amitié existante entre la France et la Porte , ainsi que la sûreté des Français résidant dans le* Échelles, et pour empêcher la Porte de se jeter dans les bras de l'Angtetcrre.
L'article 10 règle les obligations réciproques des deux parties. Il est d'une telle importance que nous devons le citer textuellement. Art. 10: «Dans le cas » où, la Porte ottomane se refusant à ta cession des » deux provinces, la guerre viendrailà se ralluntcr, » l'empereur Napoléon n'y prendra aucune part » et SC bornera à employer ses bons oflices aupK*s I» de la Porte ottomane; mais s’il arrivait que l'Au- » triche ou quelque autre puissance fit cause coni- » munc avec l’empire ottoman dans ta<iile guerre, Il Sa Maje.sic l'empereur Napoléon ferait immcdialc-
• strument éeril de leur» ronvennoD». Oji n’« p.i» mêm« D allégué de slipiiUiions serrèie», comme à Tiltill. »
AFFAIRES EXTÉRIEURES
U inenl cause commune avec la Russie, (levant » regarder ce cas comme un de ceux de l’alliance i> qui unit les deux empires.
» Dans le cas où l'Autriche se mettrait en guerre >1 contre la France, l’empereur de Russie s'engage » à se déclarer contre Vdutriche, cccasctant ligalcn ment de ceux auxquels s’applique l’alliance qui » unit les deux empires, n La dernière clause de cet article a été évidemment, pour l’empereur Napoléon, l’un dos mütifs principaux de l’cntrcvuc.
Par l’article 11 , les deux puissances s’engagent à maintenir l’intcgritc des autres possessions de l’empire ottoman, ne voulant ni faire ellcs-mcmcs ni souffrir qu’il soit fait aucune entreprise contre aucune partie de cet empire , « sans qu'elles en » soient préalablement convenues.» Il nous semble qu’il y a, dans cet article, tout à la fois une concession et une précaution : une concession , car l’empereur Naiioléon, après ce coup porté à l’empire turc, n’admet certainement la possibilité d’arrangements ultérieurs que par égard pour la Russie qui en conserve toujours ledessein;uncprécaution, car si l'hypothèse qu’il redoute doit se réaliser, il ne veut pas qu’elle puisse avoir lieu sans un concert préalable avec lui.
Comme il était naturel de prévoir que les démarches pour rétablir la paix avec l’Angleterre pourraient être infructueuses, les deux puissances convenaient, par l’article 12, de se réunir de nouveau dans le délai d’un an, pour s’entendre sur les opératiousde la guerre commune et sur les moyens de la poursuivre avec toutes les forces et toutes les ressources des deux empires. Les nobles alliés curent tous deux le bon esprit de ne pas se souvenir de cette clause. Il est douteux que les congrès des rois leur soient utiles à eux-mômes. Ce qui est certain, c’est qu’il viendra un temps où ces congrès seront une calamité pour le genre humain.
De tous les articicsde la convention, le plus juste est sans contredit l’article 15. Il porte que les deux empereurs, voulant reconnaître la loyauté et la persévérance avec laquelle le roi de Danemark a soutenu la cause commune, s'engagent à lui procurer un dédommagement pour ses sacrifices, et à reconnaître les acquisitions qu’il aura été dans le cas de faire durant la présente guerre. Napoléon sera fidèle à scs engagements envers la cour de Copenhague. En 1812, il dépendra de lui d’acheter l’alliance de la Suède moyennant la promesse de lui procurer l’ac(|ui$ilion de la Norvège. Il s’y refusera. L’empereur Alexandre sera moins scrupuleux. Le roi de Suède , qui aurait joint son drapeau au drapeau
, ' A il a même accrpic une partie de la dépouille
du roi de Prusse, Byalyslock et son territoire. Nous
français, si Napoléon eût voulu lui faire obtenir la possession qu’il désire, se joindra aux Russes, qui n’hésiteront pas à payer son secours par la dépouille du Daitemark. Ce sera la troisième fois que l’empereur Alexandre sacrifiera * l’allié de la veille à l'allié du jour.
Le dernier article de la convention porte qu’elle sera tenue secrète pendant l’espace de dix années.
Sur quelques stipulations, le secret absolu est impossible; mais il en est d’autres que même dans... trcittc' ans peut-être, le cabinet de PétcrsbcHurg envelopperait vüloiitiers d'un profond mystère. Au reste, le projet d’agrandissement qui ne serait pas supportable à une époque, aurait pu être presque légitime dans une autre, Quand, à l’occident de l'Europe , la France, entraînée de la défense à la conquête, avait fonde un empire qui ne connaissait plus de limites; quand cet empire, sous Napoléon, comprenait non-seulement le territoire enclos entre le Rhin, les Alpes et les Pyrénées, mais le Piémont, la Lombardie et la Toscane ; quand il embrassait Naples, la Hollande, l’Espagne et une partie des nations germaniques par la dépendance de rois qui n’étaient que les lieutenants de Napoléon; quand, d’autre part, l’Angleterre envahissait toutes les colonies de la France et de scs alliés, on conçoit que l’empereur de Russie voulût, de sou côté, donner à scs possessions une extension outre mesure; c’était, jusqu’à un certain point, un contrepoids nécessaire à l’exagération des forces de l’.Vngleterre etde la France; mais lorsque la France sera rentrée dans des limites plus étroites que celles de son ancienne monarchie, devra-t-il lui convenir, devra-t-il convenir à l’Anglclcrrc, à l’Allemagne tout entière que la Russie, forte de son isolement, forte de son climat, aille indériniment étendre scs domaines vers le Midi, commencer à Constantinople l’invasion par le protectorat, et déployer, sinon son drapeau, au moins scs volontés au passage des Dardanelles? C’est une question qui sera posée un jour. Ce sera aux gouvernements d’alors à la résoudre. Nous ferons une seule remarque : c'est que les successeurs de l’empereur Alexttpdrè Déferont plus lard que ce qu’il a lui-même demandé formellement à faire en 1808.
On aura remarqué peut-être que si, dans la convention qui vient d’être rapportée, l’empereur Napoléon a reconnu toutes les acquisitions de la Russie, les deux principautés et la Finlande, la même reconnaissance n'a pas eu lieu de la part de la Russie pour toutes les acquisitions faites par la France depuis le traité de Tilsitt. il y a bien, à la
venons de le' voir, en 1808, enlever la Finlande i 1.-» Siirde. J if
[tftORj
f.iiAPrniK IX.
vcrilc, un arliclc qui concerne l’Espagne; mais il n’y en a aucun qui fasse mention de l'Italie. Cette reconnaissance , exprimée sous une autre forme, n’en eut que plus d’intensité et de latitude.
Nous avons aussi déjà fait connaître que, grâce à l’intervention de l’empereur Alexandre jwur faire adoucir les conditions imposées à la Prusse, l’empereur Napoléon avait consenti à une remise de vingt millions do francs sur la somme convenue do cent quarante millions. Ce qu’on ignore, c’est que cette remise ne fut pas gratuite.
Soit que, relativement à l’Italie, l’empereur Napoléon n’ait songé qu'après coup à en demander la rcconnai.ssancc, qu'il avait pu regarder d’abord comme inutile, soit que la forme dans laquelle il voulait cette reconnaissance parut peu susceptible de trouver place dans un article de traité, une lettre de l’empereur Alexandre, écrite le 14 octobre, par conséquent deux jours après la signature de la convention, répara cette lacune, et, en même temps, révéla de sa part un Irait de condescendance de plus aux dépens de S. M. P. Un article du traite de Tilsitt portait que, dans le cas où le Hanovre serait réuni au royaume de Wcstpbalic, il serait cédé en retour une population de quatre cent mille âmes au roi de Prusse, ('.'est de cet article que l’empereur Alexandre fait l’abandon. Voici sa lettre, que sa brièveté permet de citer tout entière : « Monsieur mon frère, touché de toute l’a- » initié que Votre Majesté ne cesse de me témoi- <> gner en toute occasion , pour lui donner une :> marque évidente de toute celle que je lui porte, i> je m’empresse de déclarer à Votre .Majesté que )i je lie prends aucun intérêt à l’exécution de l’ar- » ticle éventuel du traité de Tilsitt, relatif au Hait iiovre, et que je veux reconnaître tout ce qu’elle n aura décidé sur le sort du royaume d’Étruric et Il celui des autres Étals d’ilalic. J’espère qu’elle y
• reconnaitra une nouvelle preuve de mes senti-
• meiits pour elle. » Les expressions de celle lettre sont dignes d’attention. L’empereur Alexandre ne se Jjorne pas à reconnaître ce qui, pour le moment, est consommé en Italie; il rcut reconnaître, il reconnaît d’avance ce que l’Empereur aura ultérieurement décidé; mais ce n’csl pas sous ce rapport que la lettre impériale produit l’impression la plus pénible. t,)ue l’empereur Napoléon, pour qui le roi de Prusse n’est qu’un ennemi mal réconcilié, SC montre .sans bienveillance pour ce prince, et veuille, à son préjudice, agrandir les États du roi de W'cslphalie son frère , rien de plus simple, et, jusqu’à un certain point, de plus naturel ; mais que l’ancien ami de Frcdéric-Huillaumc, que l’empereur Alexandre invoqué par lui dans le inallicur, comme sa dernière espérance, renonce au bénéfice
’ d’une réserve qui assurait à la Pru.ssc un retour de quatre cent mille âmes dans une hypothèse prêle à se réaliser '; qu’il déclare qu’il ne prend aucun , intérêt à l’exécution de cette réserve, il y a la une indilTércncc cruelle, diflicile à expliquer dans un caractère que l’on se représente comme ouvert aux sentiments les plus généreux et les plus délicats, L’cgolsme de l’ambition heureuse étouffe la voix de l’amitié, la voix de la pitié même. Peut-être un jour, lorsque l’ambition mal satisfaite sera fatiguée de l’alliance française, ces actes de faiblesse, qu’alors Alexandre se reprochera vivement, seront-ils ce qu’il pardonnera le moins à Napoléon.
Le but que l’empereur des Français se proposait dans l’entrevue d’Erfurt a été atteint; mais atteindre ce but était une obligation qu’il s’était volontairement créée à lui-méme, et qu’une ambition moins étendue lui eût épargnée. Dans la politique,
' tout se tient et s’enchaîne. Eu plaçant son frère I Joseph sur le trône d’Espagne, Napoléon a fait i naître la guerre civile dans la Péninsule. L’insur- I rcction espagnole, soutenue, nourrie par l’Angleterre, a encouragé les armements de l’Autriche. De là, pour contenir l’Autriche, tandis qu’il va marcher en Espagne , nécessité pour lui du concours de l’alliance russe et de l’application du cas de guerre exprimé dans relie alliance contre In cour de 4'icnne; de là ensuite, pour s’assurer de l’activité de la Russie, nécessité de faire à cette puissance une grande concession aux dépens des Turcs. Ainsi c’est l’élévation de Joseph au trône d'Espagne qui coûte à la Porte ollomanc la perte des principautés de Moldavie et de 4 alachic, ou du moins le consentement de Napoléon à l’acquisi- I tion de ces principautés par le cabinet de Pétersbüurg. Cependant il n’esl pas exact de dire, comme l’ont fait plusieurs écrivains, que la proposition de l’cntrcvuc d'Erfurt ait eu pour cause le début malheureux de la guerre d’Espagne, la première parole en avait été prononcée par l’empereur Napoléon avant son départ pour Rayonne, cl alors ce qui devait arriver était enlièrement inconnu. Soit que l'Empereur dut se décider à détrôner les Bourbons, suit qu’il dut se borner à la demande des provinces de l’Èbre , sa raison prévoyait de longues dillicullés dans les deux liypolhèses, cl, à tout événement, devant avoir besoin d’une adhésion au moins passive de la Russie, sa résolution était prise de consentir à l’acquisition des deux 'principautés par celte puissance, car, dans le ras contraire, il se fût abstenu de se mettre en contact avec l’empereur Alexandre. De toute manière, la
' La réunion du Hanovre au royaume de Weaiphalir eut lieu peu de temps après. Klle était facile à prévoir.
AFFAIRES EXTÉRIEURES
concession devait donc avoir lieu. Seulement, dans le principe, elle était de la part de Napoléon un calcul d'utilité. Par l'elTet des circonstances, l'obligation en était devenue impérieuse et presque indispensable.
C’était un événement grave, une nouveauté presque sans exemple > qu’une réunion de deux empereurs. Trois empereurs existent; un seul est absent, et l’empereur absent est celui qui, depuis dix siècles, était investi de la dignité impériale, quand les souverains de France et de Russie n’étaient que des rois et des czars. D’empereur d’Allemagne devenu empereur d’Autriche, celui qui fut longtemps. et seul empereur, et ensuite le premier, n’est plus, par ordre de date, que le troisième. Son ambassadeur à Paris, SI. de .Mctternicb, avait demandé que ce prince jiùt aussi se rendre à Erfiirt, et il l’avait demandé en vain Cet ambassadeur aurait désiré pouvoir au moins s’y rendre lui-mêine, et il n’en avait pas obtenu l’agrément du gouvernement rrancais. En peu de jours la politique autrichienne s’était vue réduite à se inodilier singidièrement clle-niéme. La vive allocution adressée, le 13 août, par Napoléon à M. <lc .Mctternieb n’avait produit à \ ienne qu’une impression peu profonde. Les armements ne s’étaient pas ralentis, mais il en avait été autrement le jour où l’on avait eu connaissance du projet de rencontre des deux empereurs à Erfurt. L’Aulrielie,quidcpuis plusieurs mois n’était occupée qu’à se mettre en état d'alta(|uer la France dès que le moment en serait favorable, sc Irouvait à son tour dans le cas de craindre que les em|)creurs de France et de Russie n’adoptassent, dans leur réunion, des résolutions immédiates contre elle. Il lui importait même de prévenir tout concert éventuel entre eux, et dès lors il n’y avait plus à hésiter; il fallait changer de mesures et de langage. Ce fut le parti qu’elle se b/ila de prendre. La cour de Vienne a un arsenal d’instruments propres cbaeun â un usage particulier. Accoutumée à menacer quand elle croit pouvoir le faire impunément, à se préparer à la guerre pour l’heure qui deviendra opportune, cette cour tient en réserve des moyens de défense tout prêts, si l'opportunité ne se présente
pas. Elle a même des hommes spéciaux pour ces sortes de circonstances. Tel est M. le baron de Vin- 1 cent que nous avons déjà vu chargé d’une mission ' de cette nature à Paris et à Varsovie, et qui est,
: ainsi que nous l’avons qualifié, l’ambassadeur des ' explications. Ce fut lui qui reçut ordre de se rendre à Erfurt avec une lettre de l’empereur François II pour Napedéon, lettre datée de Presbourg, le 18 septembre.
L’empereur François écrivait qu’ayant appris la prochaine rencontre des deux empereurs, il saisissait avec empressement i’oeeasion qui rapprochait l’empereur .Napoléon de sa frontière pourlui renouveler le témoignage de l’amitié et de la haute estime qu’il lui avait vouée; il envoyait auprès de lui son lieutenant général baron de Vincent, pour lui porter l’assurance de ces sentiments invariables, u Je » me flatte, ajoutait ce ()rince, que V. M. n’a jamais !> cessé d'en être convaincue, et que. si de fausses a interprétations qu’on avait répandues sur des U institutions intérieures organi(|Ues, que j’ai éla- » blies dans ma monarchie, lui ont laissé pendant » un moment des doutes sur la persévérance de a mes intentions, les explications que le comte de a Mettcrnich a présentées â ce sujet à son ministre, a les auront entièrement dissipés. Le baron de Yin- » cent SC trouve à même de conlirmerà V. M. fcs a détails, et d’y ajouter tous les éclaircissements a qu’elle pourra désirer. Je la prie de lui accorder a la même bienveillance avec la(|uelle elle a bien i> voulu le recevoir à Paris et à Varsovie. Les nout> velles mar(|iies({u’elle lui en donnera me seront a un gage non é(|uiv(i(|iicdc l’entière réciiirociléde a ses sentiments, et elles mctlrunt le sceau à cette a entière confiance qui ne laissera rien à ajoutera a la satisfaction mutuelle, a Cette lettre fut remise à Napoléon [»ar M. le baron de Vincent le 20 sep> tembre. Il n’y répondit que le 14 octobre, c’esfÿidirc après la signature de la convention avec l’empereur Alexandre. Deux jours auparavant, le IS^^ il avait fait connaître aux princes de la confédération du Rhin la lettre mémade l’empereur d’Autriche, ainsi que les assurances pacifiques de la cour de Vienne, dont .M. de Vincent avait été l’or-
’ Je ne ronn.'iis en ce genre que deux fniu nyanl quelque rjipporl avec eclui-ei . cl encore ce rapport e*l-il éloigné connue l'objel dilîérenl : c’est Joseph 11 voyageanl en C.iiniee avec rinipéralricc Catherine, et Fr.inçois II au hivaede Napoléon.
’ «Non giiidiraiido forse i proprj esereiti per nucho « lanlo d’ogni cosa in punio da iiiconiineiare eon Itcnc n augiiralesperanze laf’nerrafdiftt'miilol’offrsa.» (Marquis de l.ucchesini.)
* .Si la p.'iiience est une vertu en diplomatie, M. de Vinrent peut se vanter d’avoir porté celle vertu plus loin
2 r.Ki'OV.
que qui que ce soit. Dans les soirées libres, il arrivait chez M. de Talleyrand entre neuf cl dix heures, iiiomenl où celui-ci était dans l’usage de rentrer. M. <le Talleyrntiil arrivait, disait quelques mots, s’asseyait, et, Inul en causant, rommeneait a sommeiller. Nous étions là quelques personnes appartenant au ministère, et nous causions tout bas entre nous. .M. de Vincent rcslnit iiuluohilc, tenant feruie pour irotiveri au réveil, oecasiou de parler un peu, on pliitùt d'arracher à M. de Talleyr.ind quelques paroles. Nous nous (lisions que c'clait une rude corvée que celle d’ambassadeur des explications.
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ciiAmnE IX.
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gniic. Eli conséquence des promesses faites par celle cour que les milices allaient être renvoyées chc2 elles, et ne seraient plus rassemblées, qu'aucun armeim'iil ne donnerait plus d'inquiétude aux rnmtièresilela confédération; en conséquence surtout du i-oniniciieemcnt d'exécution de quelquesunes de ces promesses, rempereiir Na|>oléonlémoinnxprinces confédérés que, la Iranquillilc de leurs Élals ne paraissant plus devoir être troublée, * chacun d'i'ux pouvait lever ses camps, et replacer i SMlroiipo dans leurs cantuniiemcnts ordinaires; l ni.iis il leur recommandait en même temps de bien faire coiiipreiHlre n rAutriebe que. toutes les fuis ' 4|uVllc ferait des armements inusités, les troupes (b‘ la confédération et du Protecteur seraient aussitôt remises «ni situation hostile, f.a ré|Hnisf de Napoléon à rempcrciir François comrneiiçail par remercier ce prince de la lettre i(u‘il lui avait envoyée par le baron de Vincent.
Je n'.ii jamais douté, disait-il, des intentions droin les (le Votre Ilajesté, mais je n'eu ai pas moins
• craint un moment de voir les hostiliu^sse renou- » voler cnln* nous, H est à Vienne une faction qui
alTcete la )K*ur |Knir précipiter votre cabinet dans > lies mesures violeiiles qui seraient l'origine de ' malhenrs plus grands que ceux qui ont précédé.
• J'ai été le maître de démembrer la monarchie |Je Voire Majesté, ou du moins de la laisser
• moins puissante. Je ne l'ai pas voulu. Ce qu'elle
• est. elle l'est (le mon aveu. C'est la plus évidente n preu\e que nos comptes sont soldés et que je ne » veux rien d'elle. Je suis toujours prêt à garantir
• rinlcgrilé sa iitnnarchie. Je ne ferai jamais i> rien contre les piiiici|)nux intérêts de ses États, fl niais ^ Dire M.iji'sté ne doit pas remettre en üis-
K Cission ce que quinze ans de guerre ont terminé; < il (‘lie iliiiiibdendrc toute proclamation oudémarcitc fl proviKpiaiit la guerre. La dernière levée en masse X aurait pruduil la guerre, si j’avais pu craindre ^ ■n que c(*llc levée cl ces prépralifs fussent combi- ; I» nés av('c la Russie. Je viens de licencier les camps i » de la coiilédéraliau. Cent mille hommes de mes | •» tro4i|(es vont à iloulogne pour renouveler mes » proj(‘ts sfir l’Angleterre. Que Votre Majesté s'ab- ' '» slienne de tout anncincnl qui puisse me donner j " de l’inquiétude et faire une diversion en faveur ■ de TAngl^rre. J'ai do croire, lorsque j'ai eu le I » bonheur ,4A|oir Votre Majesté et que j*.*ii conclu I m » le (rûl^jjd^-l’resbourg, que nos alTaircs élaicnl | H trrittfhée|«i>our toujours et que je pourrais me livrer è la guerre maritime sans être inquiété ni éi. Que Votre Uaje^ se méfie de ceux qui, ni pA^iraé^es trou-
(imt ânnitn rt >
» ceux-là seuls appelluiil les dangers qu'ils feignent n de craindre. Avec une conduite droite, franche M et simple. Votre Majesté rendra ses peuples heu- » reux, jouira elte-méine du repus dont elle doit » sentir le besoin après tant de troubles ci sera sûre » d'avoir en moi un boninic décide à ne jamais Il rien faire contre ses principaux intérêts. Que ses H dèmarchq|^inrintrent de la conUaiice, elles en M inspireront. La Mieillenre politique aujourd'hui, n c'est la simplicité et la vérité. Qu'elle me confie M ses inquiétudes, lorsqu'on parviendra à lui en H donner; je les dissiperai sur-le-champ. Que Vo- » tre Majesté me permette un dernier mot ; qu'elle H écoule son opinion, son sentiment : il est bien supérieur à celui de ses conseils. Je prie Votre n Majesté de lire ma lettre dans un bon sens, et de » n'y voir rien qui ne soit pour le bien cl la trann quillilé de l'Kuropc et de Votre Majesté. » Scion quelques écrivains, pointilleux observateurs de la circunloeuliun diplomatique. Napoléon aurait man qué de délicatesse en rappelant à l'empereur François un bienfait d(‘Jà ancien, et montré un insolent orgueil dans les avertissements qu’il lui donne pour ravenir. Il y a là, selon ce qu'il nous semble, une trop chatouilleuse susceptibilité. En général, imiit n'approuvons pas plus les correspondances directes des princes entre eux que leurs conférences |>crsoiiiu*iics , mais dès que Nai>oIéoii, d'après un usage qu'il a lui-iuèmc rendu plus fréquent, a dù écrire à rciu(>ereur d’Autriche, nous ne trouvons pas que sa lettre , si elle crsl sévère , ait rien d’offeiisaul ni d'injurieux pour ce prince. Elle est, à noire avis, ce (prcllc doit être de la pari de l’homme à qui François II, après la bataille ü'Austeriilz, e.st venu, à son bîvac, demander la paix.
IndépendammciU des affaires conclues à Krfurl, plusieurs projets furent encore mis en avant qui alors n'ciirciU point de suite, mais dont quelques-uns furent reproduits plus tard. Telle était la pensée d'alTermIr runioii des deux empereurs par le mariage dt^ Napoléon avec une grandc-ducliesse. De qui vint cette pensée? Par qui en fut portée la première parole? Napoléon dira, en 1810, que ce fut par Alexandre. Le fait est douteux, mais qu'importe, puisque entre une grandc-ducliesse de Russie et une archiduchesse d'Autriche, c'est de Napoléon que dépendra le choix?
Pendant la réunion des deux cmticreurs, les affaires et les plaisirs marchèrent ciiscinblc. La ville d'Krfurl étant réputée française, l'empereur Naon faiail-lcs honneurs de celte résidence à mij>ercur Alexandre. I^'nuMn, des revues de troupes, des parties de chasse et, entre autres excursions. une visite aqx champs d'iéna. Tous les jours les deux iMiipereurs dînaient ensemble cl loir-
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AFFAIRES EXTÉRIEIRES.
jours chez Napoléon. Les autres souverains y claiciit im ités * tour à tour. Le soir, quelquefois des fêles à Weimar, et assez fréquemment à Erfurt, spcc' | (acie français ce qui avait un grand cliarnic pour | t'cmpercurAlcxandre et pour tous lesautres princes. '
Les anecdotes du congrès ne sont pas de tiolro domaine. Cependant nous ne devons pas taire | ce qui est d'ailleurs universclleinei^.connu , la courtoisie de l’empereur Alexandre h saisir, au : théâtre , une allusion gracieuse sur Pamitié * qui ' l'unissait à Pempercor Napoléon. Je rapporterai une circonstance qui est restée présente à mon esprit, et dont le souvenir mérite d'étre consené.
A Weimar, dans un bal donné par le duc, tout était animé, bruyant, tumultueux même, comme s'il n'y avait eu là que des sujets ou tout au plus le souverain de cette petite principauté; et cependant toutes les grandeurs, hors Napoléon, y étaient i déjà réunies. Lorsqu'il parut, sa présence s'an- j nonça, d'une extrémité des salons à l'autre, par ! un moment d'un silence respectueux. Ses pre- ,
' Ce fut dans un de ces dîners que rempereur Napoléon dit un de ces mots, piquants par un grand coa- Irasie, qui plaisent et qu'on relient parce qu'ils sont naturels. I.e prince primat , archichancelier du lainiempire romain, homme très-insiruîi, ayant, dans une conversation sur la bulle d'or, donné une fausse daie à son origine. Napoléon releva l'ioexaciilude et indiqua la date précise. Le prince primat de s'étonner que, sur une qtiesiion germanique, ce Fût rempereur des Français qui lui donnât une leçon de chrooologie. • Rien de
• pins simple.» dit Napoléon, qui enmmrnça par convenir qu'il avait, à un haut drgrê, la mémoire des chiffres;
• et d'ailleurs, coniinua-t'il, quand fHaù lirutenant d*arMUrie en tecand à f'a/ence...» on se regarda, on aonrii; l'Empereur répéta ta phrase, et raconta comment, jeune officier, isolé, dans une petite ville, il avait dévoré tous les livrea de la seule libraîriequi t'y Iruuv âl,rc qui lui avait Formé un fonds de connaissances historiques dont k hasard ndepuia voulu qu'il se fût bien trouvé.
* L'n soir, les tragédiens Français donnèrent, à Weimar, la rrpréseoiaiion d'une pièce dont le choix noua causa quelque surprise; c'était la Mort de César. Malgré soi, sans être injuste envers l'empereur Alexandre, on se rappelait U mort de Paul W.
i L'smitié d'us grud bomin« e«t ua d«» d>eas.
• Le soir, dit M. Tbibaudeau, chez la princesse de ta » Tour-Taxis, im se réu$tùtaiont /es ennemit de la a /'rance, Alexandre fil des gorges chaudes de sa cours loisic. • Assurément il se trouvait à Erfurt des euu^ mis de la France, inaisc'étaicnl des eunemis déguisés et surtout très-discrets. Aucun ne se fût avisé de faire des gorges chaudes aux dépens de Napolroi^ et ce n'écàit pas surtout rempereur Alexandre i|ui pouvait être assez ingcmi pour commettre là une pareille imprudence, àf. Tbibaudeau parle encore ailleurs du salon de la prin* erssc de la Tour-Taxis, Il nTmagiue pas combien c'é-
inicrs égards furcnl iialurcllementpourrein])crettr Alexandre; mais, ce devoir rempli , au lieu de se rendre là où les rois elles grands-ducs, courtisani à leur tour, s’élaicnl placés pour l'aUcndre, Napoléon ayant aperçu plus près de lui Wicland el Guëtlic, s'entrelint assez loiigleinps avec ces maîtres J de la littérature allemande avant d'arriver au balaillon * de souverains. Ix* talent, ce jour-là, eut le j pas sur la royauté. Napoléon seul au monde sytu.
S régler ainsi l'ordre ^ des préséances. Je rernaioU^ avec plaisir cct hommage rendu au mérite •"pfcsonnel. Parmi les princes présents, peut être y en avait-il plus d'un auquel la leçon n'élait pas inutile.
Des historiens allemands et anglais ont rivement reproché à l'empereur Alexandrcd'avoir visité, avec Napoléon, le champ de bataille d'Iéna, tombeau de la monarchie d'un prince auquel il avait, deux ans I auparavant, juré sur le cercueil de Frédéric une amitié éternelle. Ce reproche nous parait tenir à une vainc afleclalion de fausse sensibilité. Quand la guerre a fait place à la paix, la visite d'un ciiainp
tait peu de chose à Erfurt , ai c'était quelque chose, que cette princesse et son salon.
à II y avait à Erfurt quatre rois et tronle à quarante prioccs souverains ou membres de maisons souveraines, vingt-quatre ministres ou ambassadeurs, el environ trente généraux de différents pays. Un jour, k prince de Nciifchâicl disait en riant à M. Dsru ; uDans tous 1rs prin- » ccsquisoniict,il y en a deuxquevosréqiiisitions n'ont ■ pas atleinta. — Et quels sont donc, répliqua H. Daru,
• ces deux princes assez habiles ou assez imperceptibles
• pour m'avoir échappé?— Le pÿftce de Neufrhâtel el I » ie prince do Déuévenl.»
I * Un jour Charles-Quim, ayant à recevoir beaucoup ' de grands seigneurs, admit avant eux à son audience { rhistorirn Guicciardini. Le principe est k même; mais I Charles-Quint o'arait pas, comme Napoléon, à deux pas de lui, un cercle de rois altcudant qu'il vint recevoir leurs homm.<)ges.
* J'ai vu tioéiha et Wicland dans l'antichambre de Napoléon, à rhetire de son drieuner. C'était le moment où l'Empereur les recevait, faisant diversion à la politique par la controverse liliérairr. Ce Fut en quelque sorte - au congres d'Erfiirt que comm4l^a la qucrelk des classiques el des rnmaniiqiira. La tragédie frAPç.vikc , dont 01) donnait des représeiilalions assez Vréqucules, fouroissail un texte de disriiuions sotneni reiiutivelées. Wie- ' laiid et Guétiie trouvaient qu'il y avait trop de conren- < Uonnel dans noire manière de jouer ta tragédie; mais pcui-èirc, de leur càié, allaicni-üa un peu trop j T.'iliu.i lui-niéme, à leurs avis, a'étail pat assez pi^s de ! 1.1 nature. L'Empereur, apprtciiant à une génération élevée dans le culte des écrivains des siècles d'Auguste ri «le Louis XIV, était classique au premier degn*. Au reste, en littérature cuistnt- en politique, il supportait à iii>-rveifie la contradiction. MM- VV'iclaiHl et Gocihr reçurent de Napoléon la décoration de la Lcjpnn d'iion-
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