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CHAPITRE IX

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lUilIc n'cst qu'une étude et une <cuvre de fe. Si prés du théAtrc d'une grande action de 'e, il est naturel d'en aller reconnaître le ter* ••

. démonstrateurs ne manquaient pas. Lannés, Berihirr ^ et quelques autres militaires du cor* légc impérial avaient été acteurs dans cette journée. Ici des masses de cavalerie prussienne vinrent se 1 briser contre des carrés d’infanterie française; là ^ des charges de cavaicrie française rompirent des | carrés prussiens. Là encore rivalisaient d'ardeur | et d'habileté, Soult, Lannes, Ney et Murat; ici ‘ l'inaction envieuse de Rernadolte laissailà Davoust, | réduit à scs propres forces, une immense niuissun de gloire. Tels étaient les souvenirs que chaque accident du sol rap;»clait à Napoléon cl à ses compagnons d’armes. Pour reinpcrcur Alexandre, il y avait là un intérêt d’instruction on mèmede simple curiosité, dont il est ridicule de lui faire un crime. Le crime de ce prince à Erfurt ti’est nullement d'avoir parcouru leschamps où avait été battue l’armée prussienne; c'est d'avoir fait, à sa propre ambition, le sacrificcd’un article de traité qui devait rendre à U Prusse une |»upuIalion do quatre cent mille âmes, avantage considérable pour cette puissance, dans la déplorable situation où elle était descendue.

Avant de quitter Erfurt, les deux empereurs, pour remplir l'objet de rarliclc S de la convention qu'ils venaient de conclure le lâ octobre, signèrent ensemble, ce même jour, une lettre au roi d'Aiigleterre, par laquelle ils exprimaient à ce prince leur vœu pour te rétaijissement do la paix maritime. Celte lettre, ferons connaître plus tard

avec le somnia(l|^c la correspondance qu'elle occasionna, fut envoyée au cabinet britannique par les deux ministres ücsalTaires étrangères de France et de Russie. Au lieu de retourner à Pétersbourg avec l‘ein[»ercur Alexandre. M.de Rmnaiisof se rendit à Paris pour suivre, de concert avec le gouvernement français, les conimunieaiions auxquelles fmurraienl donner lieu les ouvertures faites à l’Anglctcrro. Au montent où l'on se préparait à quitter Erfurt il y eut. sclun l'usage en de telles occurrences, écliange de cordons et de présents distri-

bués, les uns par l'empereur Napoléon aux principaux personnages de la suite d'Alexandre, les autres par Alexandre à quelques maréchaux et ministres de Napoléon.

Le 14 octobre, l'entrevue fut close par la pièce complementaire, que nous avons rapportée, relative à la Prusse et aux Etats d'Italie. L'œuvre était consommée; l'objet de la réunion accompli. De pressants intérêts rappelaient les deux princes dans leurs Etats. Ils se séparèrent, ce jour même 14 octobre, en se donnant.au départ, les mémos marques d'alTection qu’à leur arrivée. L'affeclion étaitelle en effet aussi vive, aussi sincère? On en a doute. Napoléon, en ce qui le concerne, pouvait être satisfait. 11 avait accordé seulement ce qu'il était dans l'intention d’accorder. Ce qu'il désirait oblcriir, il l'avait obtenu. Il n'en était pas absolument de même pour l'empereur Alexandre. Sans contredit, ce prince devait s'applaudir que Napoléon eut reconnu, comme provinces russes, la Finlande et les doux principautés; mais sa rêverie dominante était l'entier p.*irlage de l'empire ottoman. Sur ce point, tes idées de Na|>oléon étaient loin d'être aussi prononcées que les siennes. Alexandre avait pu mcinc comprendre qu'en adhérant à l'acquisition de deux provinces turques par la Russie, Napoléon croyait lui avoir donné une assex grande preuve de condescendance. Peut-être aussi l'abandon que ce prince avait fait d'une stipulation favorable à la Prusse ne le laissait-il pas sans remords, ou du moins sans quelque regret. On peut donc supposer qu'il n'éiait content tout à fait ni de Napoléon ni de lui-inéine. Cependant, si des yeux pénétrantsont cru découvrir que telle était la situation intérieure de son àme, les ap|>arences n'annonçaicril au dehors que joie, satisfaction cl Ikhvheur. Longtemps il paraîtra vivre des souvenirs d'Erfiirl comme auparavant de ceux de Tilsilt. En réalité ce n'ctait pas pour lui que l'entrevue avait été le moins avantageuse. Les résultats pour son empire seront, en partie du moins, permanents et durables. Tout dis|)araltra, pour la France, avec Napoléon.

* A(ler/ml Talent et Cocina, roonttrabaniqne pngTic I ioeot : Iiiiie irrupi&te legiontim agmrn ; hiiic equiirt | ruortiia; imic clrciitnfuut atixiliortun mtniia. TacrrR. ' ’ Lea prcaenia les plus richea éuient «eux de l’em- ' prrc'ir Alevondi'c. Napoléon, piqué peut-être de la dif- R’i*eiirc , dit à i'im de tes roinialrea ; «Itonner conve- • naWement , c'eal honorer; duiiiirr beaucoup, c’cal ,

•• corrompre. » La vérité cat que Napoléon cherchait ' aurtout « ai'diiire par tes procédca et par ton langage, non h corrompre par des préacnia. Pendant le séjour que M. de RonninaoP fît h Parts à la suite de rcplrevue > d'hrlurl, comme il dcairail voir ee que critc capitale

renferme de pitia curieux, M. Darii, en aa qu.'iHté d'intendant de la liste civile, lui proposa de le conduire aux Gobclitu. L'Empereur, dont .M. Uarii prit les ordres, iuidii de remarquer ce qui Frapperait le plus le roiotatre russe, afin de le lui envoyer le lendemain; mais, miHlérêdans sea largesses, il 5xa une valeur qu'il ne Fallait pas dépasser. Danscflte visite AUX Gobelins, oiij'arcompagnai M. D.vru, le romie de Aoii.;>::xof s'extasia fort sur la beauté d'une pièce de tapisserie, extrêmeiut-ut remarquable en effet, et a'y arrêta quelque temps. M. Daru uic dit tout bas . « Tâchez de le Fnire passer à une autre; cette admira- ■ tion-Ut est trop chère. •

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AFFAIRES EXTERIEURES

Ni la politique ni les plaisirs, ni les préparatifs de la guerre d'Espagne, ni une foule d'objets relatifs à des intérêts prives, ne remplissaient tous les moments de Napoléon à Erfurt. Semblable à un propriétaire qui passe en revue ses richesses, afin I de déterminer ce qu'il veut retenir et d'assigner i nu reste une destination , l'Empereur s'occupe à j faire un recensement des valeurs territoriales dont il peut disposer en Allemagne, à examiner la dis- ‘ pensation la plus utile qu'il peut en faire, et le pro- ' duit qui doit en résulter à son avantage. Nous | croyons devoir présenter ici un sommaire de cette espece de compte * qu’il se rend à lui-même, d'a- j bord parce qu'une partie des idées qu'il exprime j SC réalisera , ensuite parce qu'il n’est pas sans intérêt de savoir ce qu’il y a de principautés dispo- 1 nibles en Europe, et enfin parce que c’est une position inouïe que celle d’un homme, maître de [ distribuer des provinces par le fait seul de sa volonlé, sans concours cl même sans consultation amiable avec aucun gouvernement étranger. Je ne . présente ici qu'un rapide extrait de la pensée de ' l'Empereur.

Principauté de Baxreuth. Je la céderai volontiers à la Bavière. En échange des biens domaniaux que renferme celte principauté et qui sont réservés à la France, le roi payerait une somme de quinze millions en quinze séries. La première série comincncerait dans l’année qui suivra la paix maritime. De plus, le roi augmentera son armée de deux rc- ■ giments d'infanterie. j

Principauté de Hanau, Elle sera donnée au prince primat. De son côté, il céderait à la France ^ son droit sur l’octroi du Rhin, évalué à 700,000 fr., j et la France recevrait en outre une valeur annuelle de 500,000 fr. sur les domaines. Cet arrangement doit procurer au prince primat une augmentation de 500,000 fr. de revenu. Quant aux enclaves détachées de Hanau, il serait juste de les donner au i grand-duc de Hesse-Darmstadt. |

Ratisbonne. Cette ville avec son territoire pas- | serait à la Bavière, sous la condition, pour le roi, ' de former une dotation de 5 à 400,000 fr. en domaines, à titre de fief, en faveur du baron de ' Dalbcrg, neveu du prince primat. La Bavière cé- ' derait de plus une population de 40,000 âmes au ! roi de Wurtemberg. !

Principauté de Fuld. Elle convient au roi de ' Wcstphalie, qui augmenterait proportionnellement son armée. La valeur des domaines est de ^ 000,000 fr. H devrait en revenir 500,000 à la France. j

Principauté d’Erfurt. En partant du principe

■ .5 et 5 ociobrc.

que les domaines m’appartiennent, elle en renferme pour un revenu de 400,000 fr. , ce qui représente six millions de capital. Les enclaves appartenant à cette principauté seraient données aux princes dont le territoire les enveloppe, au duc du Gotha, au duc de Weimar et au roi de Westphalie.

Il y aurait ainsi pour la France à retirer, comme produits de domaines réservés dans les territoires dont elle disposerait, savoir :

Bavière 15,000,000

Westphalie 10,000,000

Saxe 6,000,000

Prince primat. . . . 0,000,000

Ce qui ferait à peu près deux millions de rente à distribuer en France ou à garder jusqu'à nouvel ordre pour le cas de besoins pressants de l’Étal.

Après la distribution des provinces ou villes qui viennentd'étrc désignées, il ne resterait à la France de disponible en Allemagne que le Hanovre et la Poméranie suédoise.

La ville de Dantzig doit seize millions. Elle propose de payer 5,000,000 par an. Il faut accepter sa proposition.

Sur les 26,000,000 liquidés ^ comme somme duc par la Westphalie, il reste encore 20,000,000 à recevoir. Des arrangements doivent être pris pour que la totalité de la somme soit acquittée en 1812. Quelle situation que celle de l’Empereur se rendant ainsi à lui-même compte des immenses do- mailles dont il peut disposer au gré de son seul caprice! Quel autre que lui a jamais été en position de se livrer à un pareil monologue !

Parmi les recouvrements qu'il faisait opérer en Allemagne, il faut placer encore celui des créances appartenant à l’ancien Électeur de liesse^ Ce prince avait été longtemps le banquier de presque tous les Etals germaniques. Ainsi le prince de Waldeck, qui devait à l’Électeur 1,200,000 thalers, ayant consenti à en payer 600,000, son offre fut acceptée. Au nombre des débiteurs de ce prince étaient aussi la Bavière, la Hollande, le Wurtemberg, Bade, Darmstadt, Nassau, les ducs de .Mccklcmbourg-Schwérin cl Strélitz, le prince de Lowenstein et divers autres.

Dans les notes où l'Empereur consignait ainsi scs volontés, on trouve encore que son intention était de faire repasser l'Elbe à la plus grande partie'* des troupes françaises, de démolir Stralsund et Dantzig. Un jour, en 1811, le rétablissement des fortifications de Dantzig deviendra l'un des pre-

’ Convention <hi 22 .ixril 1808.

ClIAriTRE IX.

niiers lexlus <lt! scs discussions avec reinpcrcur Alexandre.

Le séjour de rEmpercurà Erfurl fui aussi marqué par des acles adniiiiislrnlifs de diverses espèces. La ville d’Iéna reçut des marques d’une bienveillance particulière. Un décret accorda une dotation à son église catholique cl un autre décret, la possession d'un domaine ti son université. Une somme de 300,000 francs fut mise à la disposition du bourgmestre pour être affectée à des objets d'utilité publique.

C'est un décret daté d'Erfurl, le 12 octobre, qui prononça la dissolution de la grande armée.

Deu.x - corps de troupes seulement devaient rester en Allemagne, l'un avec le litre d'année du Rhin, sous les ordres du maréchal Davoust, duc d’Auerslaedt, l’autre avec le litre d'armée du gouvernement des villes anséatiques, sous les ordres (lu prince de l’onle-Corvo.

Indépendamment du travail que l'Empereur fait pour lui-même sur l'ensemble de sa situation, il dresse encore les modèles d’après lesquels ses ministres ou scs autres principaux agents doivent lui présenter les comptes de leurs administrations diverses. Ainsi, relativement aux dettes de l'Allemagne envers lui, il charge M. Daru de lui faire connaître, de la manière la plus précise, ce qui lui est dù, notamment par la Saxe, par la Prusse et par la Weslphalie; ce qu’on a dù recevoir, ce qui

’ Celte église prit le nom de Sainte- Marie des Victoires. Tous les ans, il devait être eéiéhré un service en l'Iionneur des br.aves qui avaient péri dans la bataille.

* Décret du 12 octobre.

• Éiaut moi-uiémc venu de Dcriin à Erfurl , par permission de l'Empereur, je lui demandai une audience, qu’il m’accorda. Il me garda une heure dans son cabinet, m’adressant tour à tour des questions sur des affaires générales et sur mes intérêts personnels. J’ai eu plus lard la preuve que rien de ce que je lui avais dit ne lui avait échappé. Mes fonctions d'administrateur général allant cesser par l’évacuation de la Prusse , l’Empereur me donna le choix d’une préfecture ou de la mission de Carlsruhe, la seule qui fut disponible alors ; pour ne

a été reçu en effel, ce qui doit rentrer plus tard, et à quels termes. Les tableaux dont le projet est donné par l’Empereur, tel qu’il l’a fait préparer à Erfurl, sont admirables de justesse cl de clarté. L’homme de la politique et de la guerre le dispute, pour le mécanisme des étals de siluntioii, aux calculateurs les plus cx|ierls de la banque et de lu tinance. Par le moyen des tableaux qu’il sc fait présenter, et qui tous doivent concorder ensemble, il établit le contn'dc de scs ministères les uns sur les autres. Personne n’a jamais dù toucher de plus près que lui à la connaissance rigoureuse de la vérité.

Ce que nous venons d’exposer sur la vie laborieuse de Napoléon à Erfurl doit paraître d'autant plus surprenant, que tous les instants qu’il ne passait pas avec l’empereur Alexandre semblaient avoir dù être envahis par la réception successive des rois, princes cl autres personnages de tout rang * dont son antichambre était constamment remplie. On ne sc lasse point d’admirer combien cet esprit, tout à la fois vaste et mobile, pouvait recevoir d’applications diverses, iion-scu- Icmcnt le même jour, mais à la même heure et presque à la même minute. El cependant cette rare puissance de facultés ne l'a conduit qu’à sc perdre lui-même! Ëclalanl cl terrible exemple de l’inévitable instabilité d’un pouvoir irresponsable cl sans limites!

point changer de carrière, je pris cette mission. Comme je me récriais sur son peu d’iinporl.ancc, l’Empereur me dit en riant que j'aurais là beaucoup plus de besogne que je ne pensais, et, entre autres choses, à concilier le graiid-duc et la grandc-duebesse héréditaires, ce qui ne serait pas facile. Je parvins en effet, grâce nu concours de quelques personnes bien intentionnées, à opérer ce rapprochement. Plusieurs enfants sont nés de ce inari.ngc, les tilles seules ont vécu. Dans les dernières années de sa vie, le grand-duc, devenu prince régnant, a été dans le cas de rendre justice aux vertus et aux admirables qualités de la grande-duchesse, la princesse Stéphanie, aujourd'hui grande -duchesse douairière de Uade.

AFFAIKI-S KXl'ÉRlEUaES.

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