‹ Histoire de FranceChapitre 34 sur 142 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

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tés naturelles pour rendre ce passage impratica- i blc. Il ordonna de vaincre l’obstacle, et l’obstacle ] fut vaincu. Dès que sir John Moore apprit que l l’Empereur avait quitté Madrid, il renonça aussitét à son projet d’agression contre le maréchal Soult, cl commença son mouvement de retraite sur la Corogne. L’Empereur, précipitant sa inar- | chc, espérait trouver encore les Anglais à Valdcras. Il arriva douze heures trop tard. L’EzIa était passé.

A partir de ce moment, il devenait diflicilc d’atteindre les Anglais, qui, portant la dévastation sur leur passage, brûlant les magasins, rompant les ponts sur les rivières, créaient pour l’armée fran* çaise, outre les embarras et les contrariétés qu’ils rencontraient eux-mêmes, d'autres embarras qui n’existaient pas pour eux. Les écrivains de cette nation ont pris soit) de peindre des plus noires couleurs le désordre et l’insubordination de l’armee, les excès de tout genre, 'pillage, incendie, commis par les soldats anglais contre les habitants, et les vengeances cruelles exercées par les habitants contre les soldats anglais, les brutalités de l’ivrogneiic, vice national, dit Walter Scott, l’abandon (les bagages, des luqiitaux, des blessés, cl enfin tous les maux causés par les troupes anglaises ou éprouvés par elles. Nous ne pourrions rien ajouter à leurs récits. Toutefois cette retraite fut funeste à deux de nos généraux. Le général Lefebvre Desnouclles, qui, pour faire une reconnaissance, s’était aventuré au delà d’une rivière avec quelques cavaliers, s’étant trouvé en présence d’un corps considérable, eut son cheval tué sous ! lui, cl, ne pouvant repasser la rivière, fut obligé de se rendre. Un autre fut frappé mortellement d’une balle en chargeant l’ennemi avec une ardeur peut-être imprudente, et sa perte fut sentie par toute l’armée : c’était le général Auguste Colbert ', brillant ofTicier, remarquable encore parmi ceux que l’on distinguait le plus, l’un de ces hommes auxquels la guerre doit nécessairement nu la mort des héros ou les premiers grades militaires.

L’Empereur ne jugea pas à propos d’aller plus loin qu’Astorga. il chargea le maréchal .Soult, auquel il donna vingt-cinq mille hommes, de poursuivre les Anglais jusqu’au lieu de leur embarque- ! ment, et, pour parler son langage, «de les jeter n dans la mer l’épéc dans les reins. « Lui-même il revint. à Valladolid. L’ordre était en bonne main et fut dignement exécuté. Nous ne nous arrêterons pas sur les détails de la marche des deux corps. Les historiens anglais ont prétendu qu’à Lugo, sir John

' Deux généraux Collicricxisieni encore. Angntte était le pliiK jeune (le* trois frères ; m.ii» 1rs «leux outres, trop

Moore s’était arrêté et avait présenté la bataille au maréchal Soult, qui ne l’avait pas acceptée. I.4 maréchal Soult ne pouvait pas livrer bataille aveo sa seule avant-garde; mais lorsque le lendemain, son corps d’armée étant arrivé en partie, il se disposait à combattre, les Anglais avaient disparu. Il ne lui fut possible de les joindre que devant la Lorogne. Là, sir John Moore ayant pris une position forte en avant de la ville, le maréchal Soult n’hésita pas à engager une action qui fut vive et meurtrière, et que termina seule ruhscurilc de la nuit. Les deux principaux chefs de l’armée anglaise furent frappés. Sir David Uaird eut un bras emporté par un boulet. Atteint aussi d’un boulet, sir John Moore honora le terme de sa retraite par une mort glorieuse. Dans la nuit, le général ilope, trompant rarincc française par des /eux allum.és sur sa ligne, quitta la position où l’armée venait de combattre, cl la fil rentrer dans Ift Corogne, pour monter aussitôt sur les h.itimcnts qui l’allcndaient. Le jour venu, le maréchal Soult cherchait en vain l’ennemi ;jl fil jeter aussitôt quelques bataillons dans les faubourgs de la ville; une ballcrie avantageusement placée maltraita plusieurs b.àliinents qui furent obligés de rentrer dans le port. Le 17 janvier au soir, le convoi anglais était hors (le la vue de la rade. Un délachemciit, resté dans la citadelle, ne fil voile que le 18. On trouva dans la place plusieurs milliers de fusils, cl des munitions que les Anglais n’avaient pas eu le temps de détruire. Ne pouvant emmener leurs chevaux, ils leur avaient coupé les jarrets. Douze à quinze cents encombraient les rues et infectaient la ville. Tel fut le trisle dénoUnicnl d’une expédition dont le gouvernement britannique avait dU attendre un autre résultat. Suivant les écrivains anglais, il ne s’embarqua pas à la Corogne plus de quinze à seize mille honimcs. A la vérité ils prétendent que sir John Moore n’avait amené que vingt mille hommes de Portugal, ce qui formait un total de trente mille hommes, en y comprenant le corps de sir David Baird. La fortune [loursuivil même sur mer cette malheureuse armée; l’escadre anglaise cl les bâtiments de transport furent dispersés par la tempête. Une partie fil naufrage. Ceux qui résistèrent furent épars sur une grande étendue de c(>tc, depuis Landsend jusqu’à Doumts. Une épidémie meurtrière régnait sur les vaisseaux. A jiciiic débarqués, oHicicrs et soldats se rendaient à riiôpital. Le speotaclo^ qu’oITrircnl à l’Angleterre CCS tristes débns,4it éclater contre l’infortuné sir John .Moore une foule d’accusations portées jusqu'à

eslim.vblcs eux-mêmes pour être jaloux, voyaient volontiers en lui leur .-ilnc.-

AFFAIRES EXTÉRIEURES

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l’injustice elila calomnie. Les Français l’avaient Jugé avec plus d'indulgence. Quelques-uns de ses compatriotes ont depuis fait beaucoup d'effurU pour le justiPicr des torts qu’on lui avait itnputés; mais peut-être à leur tour sc sont-ils, pour l'excuser, montrés trop rigoureux dans leur opinion sur les Espagnols. Us ont présenté et la junte générale et presque toutes les autres juntes comme corrompues, avides, vénales > et souvent aussi làchesqu’elles étaient présomptueuses , n’ayant d’autre patriotisme qu’une haine brutale contre les Français, haine qui n’avait pas même le mérite de la durée, mais qui s'éteignait et se rallumait avec la même promptitude; ils ont présenté la nation tout entière, chefs et soldats, comme exagérant sans cesse leurs forces au delà dç toute mesure, et déprimant dans la même proportion celles de leurs adversaires, comptant souvent les défaites pour des victoires, et promettant chaque jour l’appui assuré d'armées de vingt ou trente mille hommes, là où il n’en exislaitpassix mille. Un historien français serait accusé d'nné partialité odieuse,'’ s’il portait, dans ses jugements sur les diverses classes de la nation espagnole, une partie seulement de la sévérité que montrent sans scrupule les écrivains anglais, et qu'ils justifient par d'innombrables preuves.

Outre la Corogne, le Ferrol et Vigo sc rendirent au maréchal Soult. Le Ferrol renfermait huit vaisseaux de ligne, plusieurs frégates et corvettes, une artillerie immense et des munitions de toute espèce. Dans ces villes , c'était le menu peuple qui faisait la loi aux autorités civiles et militaires. Pour le plus grand nombre des habitants, les Français étaient des libérateurs.

Il n'en était pas de même dans une‘*'autre ville d'Espagne, devenue célèbre par l'admirable opiniâtreté de sa résistance. A Saragosse, tout était peuplé; toutes les classes, bon gré, mal gré, étaient devenues peuple, toutes combattaient avec la fureur du désespoir. Parler de se rendre eût été un crime puni de mort à l’instant même. Le siège de cette place, renouvelé aussitôt après la bataille de Tudéla, suivait son cours pour se terminer par une reddition plus ou moins prompte. AGn d’en accélérer le moment , l'Empereur en coiiûa la di-

' Un tel jiigement, qui pouvait cire vrai à l’égard de certains individus, est évidemment injuste en ce qui concerne des corps nombreux plus ou moiju inhabiles dans leurs actes, mais dont les inténtioiMétaKfit patriotiques eipnrea.

’ Le 91 février. * '

■* L’Kniperciir partit ht franc étrier, et fit prés de vingtcinqlieurs de poste en six heures.. On n*.i pas manqué de dire qu’il ne voyageait avec tant de rapidité que dans la crainte de .quelque attentat contre la vie. Sa conduite

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