‹ Histoire de FranceChapitre 42 sur 142 · CHAPITRE Ml · texte numérisé non relu

CHAPITRE Ml

dans cc pays , sans y tcnlrr des elTorls eitranrdioaires qui pourraient compromettre la question au lieu de la résoudre à son avaiiüiRr. Les dispositions qu’il ordonne sont des mouvements de concentration qui duivnil tous être à peu près terminés à l'époque où il prévoit que commencera l'agression autricliicime.

fiC rentrée du roi Joseph h Madrid avait été calme, mais froide. Il n'oxistc point d'hostilité contre sa personne; mais c’est toujours une situation pénible que colle d’un prince qui ne régne que sur une partie de ses États, et sculcinenl sur la partie de ses États qui se trouve contenue soit par la présenre , soit par la crainte de troupes élrangèrcs. Cette triste position est la sienne. |.à ne se bornent point ses anxiétés; elles s'auginonleiit encore de ses soupçons sur les vues secrétes de l’Eniperrur son frÎTC. Parmi les exhortations adressées par Na(>oléon aux grandes députations des diverses autorités espagnoles , conseils, ordres et corporations de Madrid, qui étaient, en 1808, venues à Valladolid lui demander le retour de Joseph dans la capitale, on avait remarqué qu'en les engageant à tout faire pour la pacilication de l'Espagne, l'Empereur avait, pour riiypothcse de rinipuissancc de leurs efforts, ajouté la menace d'y |K»urvoir lui-uiéjiic par réLablissemenl de gourernemtnt* prorisoiree au sein des divers royaumes dont se compose la monarchie espagnole. D'ailleurs ^ dans une conversation anterieure avec le mi Jeiéph, il avait laissé éeliapper l'idée de quelques cessions ifu'il aurait à lui demander plus lard, tuins {M)urtant causer à l'Espagne un notable préjudiee. C'était une semence jetée de loin; niais comment ne pas craindre ce qu'elle pourrait produire plus tard? lics soupçons et les inquiétudes du roi se laissant voir sur son visage cl dans ses discours, H y eut bientôt autour de lui deux partis prononcés en sens contraire, et le parti français u'clail pas le plus fort. Dans cette cour née de la veille, cl qui n'existait que par l'Empereur , on mettait ouvertement en question s'il ne convenait pas de sé|»arcr les iiiléréls de l'Espagne de ceux de la France ; on se demandait s'il ne fallait pas tâcher de faire la paix avec les insurrections cl de rallier ie* palrioie» autour du trône, en leur niuiilrant uii roi animé contre la France des mêmes passions qui les animaient i‘iix-mémes. La plupart des Français et des Italiens aUaeliés à la personne de Joseph n'étaient pas des derniers à se déclarer pour cc système autifraiiçais qu'auraient voulu faire prévaloir quelques membres du ministère. Ceux-ci

' l.'agcnt lin minÎBiî-re. .*>oU'lo. n'êlait mit co correspoiidaoce avec le vive-prêsiilcol de la juutc.

' sont les seuls qui soient dfgnes d'exeose. Sans ' doute c'était une illusion que de rêver une Espagne gouvernée par un frère de Napoléon dans un système iiidépeiidatil de la politique française, mais eiilin ce penchant, cc désir étaient pardonnables chez des Espagnols, qui, dans la séparation des intérêts des deux pays, croyaient voir la possibilité de réunir leurs concitoyens autour du nouveau ' prince. Cette dis(H)siliuii de quelques membres du ' ministère et du roi même devait conduire à des démarchés pou rénéehies et imprudentes. De là I des tentatives de rapprochement avec les relK'lles,

I qui en ellcs-niémcs n'élaicnt pas déraisonnables,

' mais qui furent mal conçues et mal exécutées; de I là des périodes de mollesse dans la répression des I oITenses faites à la royauté nouvelle, et unaccroisj scmeiil de désordres par suite même d’une indul- I gcncc inop{H)rtunc dans laquelle i'insurreclioii ne ' voyait qirr de la faiblesse.

! Ix'S cuniinunicalions ’ du ministère de Madrid aviT la junte de Séville ne servirent qu’à inspirer à cotte junte plus d'orgueil et de cunliaiicc. Pour toute réponse, elle demanda le réUihnsseinenl de Ferdinand VII et l'évacuation du territoire espagnol par les Français, déclarant que toute autre négoeialion serait avilissante pour elle. Les lettres . écrites ^ à quelques chefs des iiisurgc's ne produisirent aucun effet. t'.eux de ces rbefs. qui , affligés des maux de la guerre civile, auraient pu pencher pour un accord avec le nouveau roi, n'auraient pas osé alors avouer ce senliincnt. Ils étaient obligés d'obéir B une impulsion populaire plus forte qu'eux, et qui ne leur laissait d'autre alternative que de combattre sans relâche ou d'étre accusés de trahison.

Tandis que les affaires d'Espagne nITraient ainsi un aspect assez peu favorable pour Napoléon, U fortune le déliarrassait ailleurs de l'uii de ses en- , nemis les plus implacables, mais le moins dangereux, cl elle l'eu délivrait surtout à l'avantage de la Russie. Après quelques échecs essuyés dans l'élc de 1808, les troupes russes, à la lin de cette année, s'élaienllrouvces maîtresses de la Finlande presque tout entière. (iiisUive IV, on conspirant contre luimême, sc cliargca de leur en assurer la |>ossession définitive. Ce prince qui, par haine pour N.ipolt'on, combattait les deux alliés do la France dans le Nord, la Russie et le Danemark; qui prélendait faire des conquêtes sur lu Danemark, tandis que la Russie lui enlevait la plus belle province de scs Étals, avait fini par épuiser la longue |>alie(ice de la nation suédoise. Si une cunduile aussi insensée,

* Les ojinisirrs qui licrcot eus comiDUoications étaient MM. I rqtiijo Cl Ofarili.

POLITIQUE EXTÉRIEURE

triste cOct de la puissance absolue, usurpée, en 1772, par Gustave III, réveillait, dans le cœur des habitants, le souvenir de leur ancienne liberté, la violence des procédés de Gustave IV envers les chefs de son année, et son obstination dans une folle entreprise, exaspéraient contre lui et le corps d'aritiéc qui avait fait de vains efforts pour défen* dre la Finlande, et celui dont le courage mal employé était si inopportunément dirigé contre la Norwege. Ce fut surtout dans ce dernier que la fermentation prit le caractère le plus grave. Il n'y avait nulle part, ni dans le civil n^ dans l’armce, une conspiration véritable, mais partout une irritation toujours croissante, qui ne demandait que l'occasion d’éclater. Quelques patriotes , jaloux de reconquérir les droits dont la nation se voyait dépouillée, se tournaient vers l'Angleterre comme {)our lui demander un de scs princes; d'autres portaient leurs regards vers la France, liais ce n’était pas de CCS mécontentements oisifs et stériles que pouvait venir ralfranchisscmcnt de la Suède. Il fallait des hommes d'action; ce fut l’armce qui les fonnit.

Dans les premiers jours de mars, le colonel Adicsparre se détacha de l'armée de l'Ouest et marcha sur Stockholm. Ce fut le premier pas de la révolte. A cette nouvelle, qui lui parvient le 12, Gustave quitte le château de Ilaga, il accourt dans la capitale et s'enferme dans son palais avec l'apparente résolution de s'y défendre ; mais bientôt il songe à s'éloigner, et, voulant em|)orter avec lui tout l’argent qu'il pourrait recueillir, il envoie, par le baron do Rosenblad, aux gouverneurs de la banque, l’ordre de lui remettre tous les fonds de l'État déposés dans leurs caisses. Un reste de vieux respect pour les anciennes institutions fut , en cette circonstance, un bienfait pour la Suède. Les gouverneurs de la banque répondent que, chargés do ce dépôt par les états, ils ne peuvent s’en dessaisir qu’avec leur autorisation. I->aj|^it tout onlière est ainsi absorbée par cette nobl^ rcsislartce. Cc|>eiidant l’évidence des préparatifs de départ, faits par le roi, ne permettait plus d'hésitation. Le général baron d’Adlerkranz, le comte de Klingspor et le colonel Silvcrsparre se rendirent, le 13 à huit heures du matin , dans les appartements du roi. sKIingspor fut appelé par ce prince. Adicrkranz,

entendant leur conversation s'animer, jugea que le moment d'agir était venu; il entra brusquement dans l'appartement du roi et lui adressa de respectueuses représentations sur son projet de départ, en lui déclarant que ce départ serait impossible. «Trahison! trahison! s’écria Gustave. — Non,

» sire, nous ne sommes point des traîtres, mais de » l>ons Suédois qui ne voulons que le iMUihcur de » notre patrie et celui de Votre Majesté, n Le roi tira son épée et se précipita sur lui. Le coup fut évité, et le colonel Silversparre s'empara de l'épéc du roi. Aux cris de ce prince, les oflicicrs de sa garde accourent et veulent briser la porte de l'ap- , parlement. Le général Adicrkranz la fait ouvrir ,

I et, tenant à la main le bâton de cominandeineiit.

I il s'avance vers eux, on leur disant d'une voix impérieuse : U C'est moi qui suis maintcnaul adju- : X danl général ; c'est à moi qu'on doit obéir :

!> j’ordurine qu'on se relire. » Effet bizarre de l'apparence seule du pouvoir! L'emblème du commandement est dans les mains' de ce général : c'est à cet emblème que l'on obéit , et un roi est abandonné par respect pour ce signe d’une autorité qui I ne vient ^s de lui! Cependant le roi, ayant saisi I l'épéc du général Slromfeld, qui venait d'entrer , ; avec la foule , s'était échappé par une porte que l'on n'avait^point gardée , cl déjà descendu dalb ' une cour intérieure , il approchait d’un corps de i garde qu’il allait appeler aux armes, lorsque le grand veneur Gripenberg se présenta à sa rencontre et lui barra le ebemin. Blessé au bras par le roi , Gripenberg saisit Gustave par te milieu du I corps et le retint jusqu'à ce qu’il arrivât du secours.

; Le roi fut ramené dans scs appartciueuts ; il niélair i plus roi, c'était un prisonnier. Oawfa nuit, un le ru conduire au château de ürotlingholm. La réj voile, changée ainsi en révolution, se tcrmiuÿcn ; un seul jour. Il n'y eut point d’interrègne^Un i prince, qui avait rempli avec sajj||bé' les fonctions' de régent pendant la minorité de Gustave , le duc ! de Sudermanic, son oncle, prit les'féncs du gou- Tcrnemenlcommcadminislratcnr, et lesétats furent aussitôt convoqués, pour le 6 mai, aQn de régler les destinées de la nation.

i Dans l'intervalle , Gustave IV I lcsdifScullés.Lc29 mars, auchât ' il signa son acte d'abdication convaincu, disait-il.

aplanit lui-mlH^ .‘au de Gripshoiiii, .

ff

' La veille du jour de son alxlication, le 38 mars. Gus- | un héritier, Gustave III aurait été remplacé, doua la cou-

lave avait eu une entrevue avec In reine sa mère. On a i che nuptiale, par l'un de ses favoris. Pour sauver l'honsiipposé qu'une confidence iiu|>onanle, qui lui aurait été j ueur de la reine, il y aurait eu simulation de divorce et faite dans cette entrevue, avait amené son alxlication. La ' de mariage. Telle serait la révcl.ition faite par ccUc prinreine lui aurait appris que le dernier roi n'était point , cesse à son Ris prisonnier, aveu douloureux pour une veritablcmcut son père. A l'époque de la naissance de ' mère , mais adouciasement réel au malheur^ pour un Gustave IV, cette opinion avait etc fort accréditée à la I homme de la trempe de son fils! En effet, avec uuc.nraccour de Suède. Livré à d'autres passions, mais désirant ' tère dans lequel se mêlaient, quoique défigurées, la reli-

CnAlMTHE XII.

qu'il ne pouvait continuer plus longtemps sa mission royale ) et conserver 1a tranquÜIilô dans le royaume.

Le 6 mai , les ^tats assemblés votèrent des remerclmeotsaux principaux acteurs de la révolution , dont le patriotisme avait prévenu la ruine de la Suède, et au duc de Sudcrinanie qui, en acceptant la régence, avait pourvu au salut de l'État dans cette crise dilHcilc. Le 9, la déchéance de Gustave et de sa race fut prononcée dans les termes suivants : « Nous abjurons, par le présent acte, tonte fitlélité » et obéissance que nous devions, comme sujets, à » notre roi Gustave- Adolphe IV, jusqu’à présent n roi de Suède, et le déclarons, ainsi que scs hérin tiers ^ déjà nés et à naître, pour le présent et à » jamais, déchu de la couronne et du gouvernement » de Suède. i* Dans le préambule de ce grand acte de souveraineté nationale, lesélalsrappelaicntraclc d'abdication dressé vulontiirerncnt par Gustave, mais en déclarant qu'il» ne te reganlaient pa» comme nèce»»aire pour leur dèterminalion .

Le choix d’un nouveau roi ne |>oii>aii pas être douteux. Le prince, déjà éprouvé deux fois dans de hasardeuses circorisUiiices, le duc de Sudermanie, . eût obtenu les suffrages de la nation, lors même que la naissance ne l'ciU pas placé si près du trône. Avant d'y monter, il désira quelques modilirations dans les luis fondaincnUles pour i'inlérèl de U royauté cl du pays. Après que ces changements eurent été opérésd'un consenleiiient mutuel, il fut proclamé roi, le juin, sous le nom de Charles XUI, et cüuroimè le do même mois. Gustave IV et sa lamilk- furent traités avec tous les égards dus au 'rang d'où ce prim e venait de tomber. On lui conserva la j»o6sesaion de ses biens personnels, et une peusioti lui fut p.vr les états.

^fhssilotquule duc de >mlerinatiic eût été invrsii de HT régence, sa premièn^ pensée fut de rendre la paix à sa patriél^ eu lâchant de uc pas payer son

gion et U chpv.nierie, il élait tout timplr que Gntiavc IV, iTspectani, dans cc revers de fi»rnine, r.'irréi de In Providence, regardât comme un devoir de conorieiice de rcnoDcer â uu irèoe auquel il pouvait avoir droit «don « la loi dea hommes, maU non devant Dieu, Sans garantir que ces bruits portassent sur un fait vrai, nous devons dire quVn plusieurs occasions Gustave IV a paru en coufirtiier lui-mémc rcxactitiidc. Peu de temps après sa déposition, ce prince étant venu s'établir dans le granddurlié de Itiide. où je résidais alors comme ministre de rEmpereiir, J'ai souvent entendu citer de lui des propos bizarres, incroyables, qui ne pouvaient guère avoir d'autre explication. ^

' O’ioiqne la nation suédoise déclare agiren vérin de M soiivei^ueté, et qu'en ce sens elle ait pu regretter la race de Gustave comme Gustave liii-mèuic, les boiumes

réublisscment par de trop grands sacriUces. Ce fut là le sujet naturel des lettres qu’il écrivit immédiatement à rempereur Napoléon * cl à l’empereur Alexandre Auprès de Napoléon seul , quelques mois pins tôt, le succès eût été certain. Aussi le régent, qui ne connaissait pas les engagements pris à h^fùrt. se plaisait à voir dans Na|>uiéon un appui et un médiateur C'était à Fétersbourg que sc trouvaient pour lui la menace et le danger.

La Russie, quoique assurée du consentement de Na|H>]éon, n’cùt |)as demandé mieux que de lui enlever toute uceasiofi d'intervenir; elle se hâtait de proposer à la Suède les conditions d'une paix féparée, en les appuyant des plus formidables démonslmtions. Dès les premiers jours d'avril, son ministre, précédemment renvoyé de Stockholm , AL d’Alopéus. y était de retour, et insistait sur une prompte conclusion. En échange de l'envoi de cct agent et afin de gagner du temps, la Suède, de soit côté, fît partir, avec de |tareils pouvoirs, le baron de Schwerin pour Pélersltourg, tandis que le premier aide de camp du roi, comte de Kosen, qui s'était rendu à Paris, conjurait rRinpercur d'obtenir de son allié qu'il sc restreignit à Je» prétention» ^ plu» aJmiuibtc». Le rui Charles XIII plaçait les intérêts de la Suède tou» la saure^arde de la générosilé de Aapotéon. En Russie, c'était à l'ambassadeur de France que l’envoyé suédois , baron de SchwcHii, avait recours, ne pouvant pas niénic être admis à l'audience de l'empereur Alexandre. l.e cabinet russe sc montrait inflexible, cl nolifîait la prochaine reprise des hostilités. ,

Dans la convicliuii que la France seule pouvait mettre une opposition eftlcace au (iéiiicmbremenl de la monarchie suédoise , le nouveau roi multipliait ses démarches à Paris sous toutes les furnies. Après l'envoi de son aide de camp, le comte de Rosen, il avait fait demander des passe-ports pour deux plénipolcnliaires, le comte de Lagerbielkc et

qui aiment peu à voir les Dations mettre en pratique leur suprématie sur les rois ont ctiei rlié â établir que la Diète suédoise u'avaii pronom'é l'exclusion des enfants qu'â cause* de VtUfÿilimilé reconnife de la naissance du père, d'autant plus quo le duc de Suderoianie, étant luîtnéme sans béritirr, n'avait aucun intenrt à écarter du trône ses petits-neveux. La Vranec en 1&30, l'Espagne CO ont depuis, en prononçant la déchéance

des héritiers directs de la royauté, compris leurs descendauts dans la même exclusion, et, ni en l'un, ni en raiiire pays, on o'avait le prétexte d'iï/éjTi'/i'mdé de naissance.

* 17 mars.

* 18 mars.

* Lettre de Charles XIII à Napoléon, du âO mars.

^ Instructions du comte de Roseo.^

~UigiTl?oa

POLITI(^)lJE EXTÉRIEURE.

le général comte Essen, en exprimant le désir de traiter de la paix avec la Russie sous les yeux de l’empereur Napoléon. Pour mieux s’assurer encore la protection de l'Empereur, il chargeait un autre de scs aides de camp, qui était d’origine française, U. de Suremain, d'une mission secrète ayant pour but d'établir des rapports directs entre l'Empereur cl lui. « Cette mission, écrivait Charles XIII *, rcs- » tora totalement ignorée de mon ministère; mais, » loin de contrarier nos relations publiques avec la i> France, je crois qu’elle les facilitera, cl, en les n dégageant des formes ordinaires de la diplomatie, :• j’y trouverai l'avantage de pouvoir me livrer frann cbement à tous les sentiments qui m'attachent à I» V. M. I., cl d'obtenir d'elle des conseils utiles. » Il est affligeant de voir une nation estimable comme la nation suédoise se débattre ainsi contre la fatalité qui pèse sur elle. Une seule chance pourrait s'of^ frir en sa faveur, ce serait un malentendu entre Napoléon et Alexandre; cette chance ne se réalisera pas.

D'après ce que nops avons rapi>orté de la convention signée entre les deux empereurs, les positions respectives des trois États sont connues. L’acquisition de la Finlande à la Russie est une des concessions par lesquelles Napoléon a payé celles que l'empereur Alexandre lui a faites relativement à l'Espagne et à l'Italie, et iln'entend pas manquer à sa parole ; mais, de part et d'autre, un s’csl fait encore diverses promesses; et, lorsqu'une des concessions convenues est sur le point de s'effectuer au profit de l'une des puissances, il est dans l'ordre que l'autre cherche à retarder le moment de cette réalisation , afin d’assurer, dans sou intérêt, l’accomplissement des clauses qui lui sont favorables. Ainsi, d'abord la France se trouvant sur le (Htinl d'étre attaquée par l'Autriche, et cette attaque ayant eu lieu peu de temps après, Napoléon doit désirer que le cabinet de Pétcrsbuurg ne puisse pas saisir, dans le Nord , une proie trop facile, de peur que l'ambition satisfaite de ce cabinet ne le rende moins prompt à porter, dans la guerre d’Autriche, la part de concours que la France a droit de lui demander. Le maintien de l’intimité entre lesdeux empereurs sera une calamité pour la Suède.

Depuis l'entrevue d'Erfurt, leur union n'a fait que SC resserrer davantage. Le principal ministre de l'empereur Alexandre, le comte de Romansofqui, à la suite de cette entrevue, s'était rendu à Paris, avait embrassé l’alliance avec une chaleur qui eût été condamnable, si cette alliance n’cùt pas offert en effet des avantages aussi vrais cl aussi étendus à la Russie. Ce ministre, homme d'un racritc fort

’ Lettre du 30 juillet.

distingué, subissait l'enchantement que Napoléon exerçait presque toujours sur les personnes auxquelles il voulait plaire. L'Empereur, en l’entretenant avec une flatteuse familiarité, le séduisait par le charme d’une habile franchise, le subjuguait par une hauteur didées dans lesquelles il l’admettait comme en partage, et lui inspirait un dévouement exalté, qui subsistera encore après qu’Alexandrc aura rompu tous ses liens avec Napoléon.

A peine de retour à Paris, l'Empereur s'était expliqué avec ce ministre sur la nécessité de faire cesser promptement l’attitude hostile de l’Autriche qui , selon lui, déshonorait l’alliance de la France et de la Russie. Le vrai moyen, disait l'Empereur, de mettre un terme à ces insultantes provocations, c’est d’offrir à l’Autriche toutes les garanties - désirables de son existence et de son repos, si elle désarme, et, si elle s’y refuse, la guerre.

On venait alors de recevoir à Paris la nouvelle de la conclusion de la paix entre l'.Anglctcrrc et la Porto Ottomane, et on ne manquait pas de dire à M. de Romnnsof que c'était l'alliance russe qui nous faisait perdre celle de la Turquie. On savait aussi que l'intcrnoncc autrichien à Constantinople, , prêtant son appui au plénipotentiaire britannique,

M. Adair, pouvait être regardé comme ayant eu la plus grande part à leur succès. Le comte de Ro-* maiisof, par scs communications avec l'ambassadeur d'Autriche à Paris , avait personnellement acquis la conviction que la cour de Vienne était déjà, depuis quelque temps, entrée en accord avec l’Angtctcrrc. Ce ministre, en conséquence, écrivait à sa cour dans un sens conforme aux vues du gouvernement français, ^ct demandait des démarebes *' décisives tant envers l’Autriche qu’envers la Turquie. A l'égard de cette dernière puissance, le désir de Napoléon avait été prévenu. Déjà remperenr Alexandre, qui connaissait l’arrivée d’une légation anglaise à Constantinople, sans àtl^drc ce qui pourrait en résulter, avait envoyé un courrier dans cette capitale pour^ déclarer qu’il considérait io rapprochement de l’Angleterre et de la Turquie comme une déclaration de guerre , et que , si on n'expulsait pas sur-le-champ la légation anglais^ il donnerait ordre au général Prosorowski de pass^v * le Danube. Relativement à l'Autriche, Alexandre annonçait également l'intention de parler ferme à cette puissance, et si elle remuait, de joindre les faits aux paroles. Il avait dit au duc de. Vicence,dès les premiers jours de janvier, que, s'il n’y avait pas eu un conccrtdéjà formé entre le gouvernement anglais et l'Autriche, celle dernière puissance n’aurait pas fait tant de fracas de scs armemenis.

’ Premier» jours (le février 1809.

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aiAPITRK XII.

Tandis qno reiiipercur Alexandre el son principal ministre se montraient dévoués au système français, il était permis à l’Autriche de mettre en doute la possibilité de la conservation de ce système. La maison de rancicti ambassadeur Rasuinowski, maintenue à Vienne sur le même pied que pendant son ambassade , continuait â rassembler tout ce qui aRicbait de riiustilitè contre l’empereur Alexandre. Le |>arli anglo-russe, dont cette maison semblait le foyer, y appelait tous les étrangers arrivant dans cette capitale. Ainsi il s’etait emparé du comte de Tolstoï , à son retour de son ambassade en France ; ainsi , en ce moment encore , il sc saisissait de .>1. de Strogonof, revenant d'F.spagnc. Rien de moins monarchique que les propos tenus dans ce club de l'oligarchie. Par haine pour Napoléon, on SC déchaînait contre Alexandre, et l’esprit de celte société avait une telle violence, qu’on ne se fût pas fait scrupule de porter la main sur Alexandre, pour en faire retomber le contre -coup sur Napolcon. Aussi , dans une conversation particulière avec un homme sage qui alléguait, comme motif d'éviter la guerre , la liaison de ces deux princes , renipercur François avait répondu : « Mais » l’empereur Alexandre est-il bien ferme sur son » trûne ? i»

Au reste, dans cette guerre d’Autriche de 1809, les femmes aussi jouaient un grand rûle , comme dans la guerre de Prusse en 1806. A leur tète on voyait l’impératrice, comme en Prusse on avait vu la reine. Depuis le second mariage de l'Empereur, rarcbiduchcssc Béatrix, mère de la jeune impératrice , s'était ouvertement prononcée contre la France. Dans un rang moins élevé nguraicnl d'autres femmes > qui formaient la société habituelle du comte de Stadion, ministre des affaires étrangères. Quel que fut le degré de leur influence sur ce ministre, scs ennemis disaient que les véritables séductions qui agissaient sur lui venaient d'Angleterre. On remarquait généralement qu’il faisait trois fois plus de dépenses qu’il n’avait de revenu Une autre observation qui sc reproduit sans cesse, c’est que les hommes qui excitaient le plus vivement l’Autriche à la guerre n’étaicnl pas Autrichiens. Stadion lui-mèmcetle général Stullerhcim, quoique Allemands, étaient nés hors des États de celte puissance. Les agitateurs qui, avec eux, soufflaient l’incendie, étaient les Russes Rasumowski, Ouwarof, Tatischef el le cosmopolite Poxzo di Borgo. En ce moment même s’agil-il d’une mission extraor-

dinaire, c’cstencorc un étranger que l’ouchoisit, le llanovricn comte de Walmoden.

En se décidant à la guerre contre la France, le cabinet autrichien , trompé par le langage de la colonie russe qui faisait tant de bruit â Vienne, sc persuadait que, s'il ne pouvait attendre le concours de la Russie , il obtiendrait au moins que cette puissance conservât la neutralité. C’était l.à ce que devait tâcher d'obtenir l'ambassadeur extraordinaire envoyé à Petersbourg, le prince de Schwarzenberg. La lettre de l’empereur François, portée I par cet ambassadeur, exprimait le désir qu'avait ce prince de maintenir ses Iwns rapports avec la Russie « dans les circonstances diiliciles où sc » trouvait l’Europe. » L’ambassadeur eut bientôt reconnu la vanité de cette espérance. Le premier mut de l'empereur Alexandre fut pour lui rappeler que plus d’une fois déjà il avait fait connaître à l’Autriche ses engagements avec Napoléon. « Ouc » gagnerez- vous à la guerre? Que vous fait la ques- » lion d'Espagne? Notre ennemi commun, c’csl » l’Angleterre, cl c’csl votre conduite qui a éloigné » la paix que nous aurions pu faire avec elle. » Il renouvela l’offre de la garantie de la Russie cl de la France pour le cas où l’Autriche désarmerait. Rien de plus net que le langage de l’empereur Napoléon à Paris, de l’empereur Alexandre à Pétersbourg. Les réponses du prince de Schwarzenherg furent insigninanles cl évasives à Pétersbourg, comme celles de M. de Mcttcrnichà Paris.

Suivant le prince de Schwarzcnl)crg, ils’cn fallait beaucoup que le résultat de la mission de M. le baron Vincent à Erfurl eût été salisraisanl; la réponse de Napoléon à l’empereur François n’était j pas propre à tranquilliser ce prince , cl d'ailleurs,

^ on avait encore remarqué depuis, dans des proclaî mations publiées par Napoléon en Espagne, ccrj tains passages faits pour augmenter les inquiétudes J de l’Autriche, car ils étaient évidemment à son adresse. S’il faut en croire l’opinion du duc de Viccncc, qui eut aussi avec le prince de Schwarzenherg des entretiens assez étendus, ce dernier ne partageait pas l'exaltation de sa cour, mais il semblait croire qu’elle était trop engagée pour redevenir pacifique, quelque désir qu’elle pût en avoir dans le moment même. EffecUvement, par la correspondance de l’ambassadeur de France à Vienne, i le général Aiidréossy, on voit qu’il y a dans la fièvre belliqueuse de la cour et des salons une sorte d’intcrinittcncc, et que, du jour au lendemain, on

■ La princesse rosse Bagr.vtion, la princesse Ligauwski, la coinlessc de K.ioiiilz, et plusieurs autres.

* Le fbii n'était pas nouveau. Dès 1802, époque où j’avais vu le comte de Stadion, envoyé d'Autriche à Berlin,

on ne comprenait rien .H scs dépenses. C'était inconicstablcmeiii un dissipateur; mais il ne faut pas eu conclure qti’il fût vendu à l’or étranger.

[lüOO] POLITIQUE EXTff.niEURF.. 173

passe de la pali à la gaerre et de la guerre à la est d’oublier sans cesse quel est son adversaire ; paix. tort impardonnable apr^s tout ce qu’a soufTcrt la

Dans une autre conversation, l’empereur Alexan- monarchie pour n’avoir pas bien apprécié Napo-

dre s'expliqua d'une manière plus précise avec l'am* léon. Avec tout autre, les calculs de ce cabinet

bassadeur autrichien. Pour vous prouver, lui dit-il, seraient justes; il possède, il a sons sa main une

que personne ne songe à vous attaquer, nous allons armée des plus redoutables, sans compter les au*

encore, l’empereur Napoléon et moi, faire uncdé> [ très forces du pays qui pourraient, nu l>csoin, marche conciliante à Vienne, k Nous vous offrons doubler presque cette armée. Ses niasses sont en-

H la garantie respective de la France contre la Rus- : licres, tandis que les moyens de Napoléon sont au I» sie, et de la Russie contre la France. » Le prince moins partagés; on s'exagère les dangers de la

de Schwanenberg paraissait surpris d'cnlcndrc de France en Espagne d’après les forranlerics des

pareilles déclarations. Il Icmuigna craindre qu’elles jnnies insurrectionnelles; les libelles espagnols, le

n’arrivassent trop lard. Selon toute apparence, cet mémoire de Cevallos et autres, se vendent publi-

ambassadeur n’était pas dans la confidence entière quement .i Vienne, après avoir été soumis à la

de son cabinet, pas plus que l'empereur d'Aulri* censure du gouvernement. C'est déjà une sorte de

ebe lui-même. Ce [irincc ne sc décidait à la guerre guerre déclarée à Na|>olcon , et ce ri'cst pas celle qu'en conséquence de ropinioii sans cesse répétée dont les coups lui sont le moins sensibles. Aussi, autour de lui que Napoléon voulait la lui faire, de son e6té, s'en vciigc-t'il par des articles de

K Je suis bien malheureux, s'écria-t-il un jour, journaux, où les provocateurs à la guerre ne sont

R cet bommc-là veut détruire ma monarchie; ch { pas épargnés, où se trouvent des allusions directes n bien! il vaut mieux prévenir qu'être prévenu. »

Une fois son consentement ainsi prononcé, la marche du ministère devint plus décidée et plus franche. Pour familiariser l'esprit des habitants avec l’idée de la guerre, oii Ql placer ^ en plein jour deux cents bouches à feu sur les remparts de voir rien de sérieux à craindre du cAté de la Rus- Vienne. sie. Si l'on n'a pas la certitude que l'empereur

Le langage du prince de Schwanenberg à Pc- Alexandre doive rester tout à fait neutre, on so

tersbourg s'accordait parfaitement avec l'idée que persuade du moins que la guerre de ce côté ne

SC formait sa cour de l'étal peu avancé dos prepa- sera pas vive, que les Russes ne sc battront pas ou

raüfsdc Napoléon. L'empereur Alexandre, voyant qu'ils sc battront mal, et que. du contraste de Toque les garanties offertes à TAutriebe ne la salis- piiiion des généraux et ullicicrs russes avec celle

faisaient pas , pressa le prince de Schwanenberg de leur guuvenieinenl, pourront sortir les chance»

de faire connaître sans détour par quelles mesures les plus heureuses contre la France, on pourrait coiilcnler cette puissance. Deux me- D'ailleurs, quand une puissance a porté scs présures furent indiquées par l'ambassadeur : la pre- paratifs de guerre au point où sont arrivés ceux de

mière que les États de la confédération rhénane TAulrichc, il lui devient presque impossible de les

remissent leurs troupes sur le pied de paix; la se- laisser sans emploi. Les moyens sont là; te grand

condc, que la France rap|>clât les siennes sur la effort est fait; les dépenses sont dfvenucs telles

rive gauche du Rhin. Mais dans Tintervallc. TAu- qu’on a de la peine i y suffire. Quoique certains

triche ne commencerait-elle pas les hostilités? — mouvements de la bourse de Vienne semblent an-

La réponse de l’ambassadeur fut qu'on avait tout noncer U réalité de versements faits par TAngle-

loisir pour la négociation, attendu que (a France terre, les frais d’une si grande guerre ne sont

ne pouvait iire prête qu’enjuUlet. Ainsi TAutrichc jamais que faiblement couverts par l'or étranger,

sc trompe encore sur le degré d'activité dont Na- Toutes les ressources du pays même sont mises à

poléon est capable. EnISOlf, clic Taltaquc brus- contribution, et une fuis qu'une immense consoin-

qucinent, |>arcc qu'elle croit avoir sur lui plus d'un malion journalière est établie, comme un ne peut

mois d'avance, toute l'armée française sc trouvant pas la continuer toujours, il lui faut une issue; la

rassemblée à Roulognc pour Tcxpédiliuii d'AngIc- seule issue, c'est la guerre, et les financiers eux-

terre, et celte armée française était aux sources mêmes sont les premiers à appeler la guerre comme

du D^iube aussi promptement que Tarmêe aulri- moyen de salut. » Pour mon département, disait

chienne. En UM)9, même illusion, même me- n k chef du niinistérc ^ des finances, il y a long-

compte. Le tort constant du cabinet autrichien

• Le comic O'Douorl. Même* propos de M. Barbier, ' 16 février. prioùpal ronsetllcr des Hoances.

aux deux archiducs frères de Tiinpcralricc, cl quelques-unes à l'impératrice elle-même.

Au milieu de tout ce qui porte et encourage le cabinet autrichien à la guerre, la circonstance qui lui semble la plus favorable est la confiance de n’à-

f.nAlMTRE xir.

[IWKt]

» lumps «Icjâ que la guerre est cuniinciicce; l'arn niée dévore tout ici ; il faut qu’elle aille vivre » ailleurs. »

La certitude de la guerre était reconnue à Paris comme à Vienne. Dans le mois de décembre. M. de MeUernicli, ambassadeur en France, s'élail rendu auprès de son gouvernement, et n'en rapportait aucune parole qui put autoriser la moindre espérance du maintien de la paix. Napoléon en prenait son parti. Pendant six mois, il avait été prodigue de demandes d’explication et de notes pacifiques. Maintenant il est devenu muet avec l’ambassadeur autriebien, cessant de lui parler et de s'occuper de lui. Pour la cour de Vienne, ce silence est un grief. U L'Empereur ne dit rien à .M. de .Mcltcrnicli. » L'est être par trop exigeant.

AI. de Metternicb lui-même, en annonçant au duc de Ladorc que sa cour avait fait sortir ses troupes du pied de paix, ajoute : » Pourquoi ' rKm|ie- » reur ne m'a-t-il pas parlé? — L'Empereur ne » vous parle plus, répondait le ministre français, » parce qu'il vous a longtemps parlé en vain, parce U que vous avez perdu auprès de lui, par des pron messes trompeuses, le crédit qu’on accorde au » titre d'ambassadeur. » Les promesses faites antérieurement par M. de .Metternicb, étaient que la cour de Vienne ne dotinerait pas suite à ses mesures militaires, qu’elle ferait discontinuer les exercices, qu'elle reconnaîtrait le roi Joseph, et aucune de ces promesses n'avait été remplie. I.e grief le plus sérieux allégué par ,M. de Metternicb, était la non admission de l’empereur d’Autriche au congrès d'Erfiirl, cl les soupçons inspirés par celte exclusion. On lui répliquait que rien à Erfurt, et il le savait fort bien , n'avait été dirigé contre l’Autriclic, et que, si la guerre éclatait, ce serait elle qui l’aurait voulu.

Immédialcmenl après cette conversation, l’Empereur ordonna qu’en Italie scs troupes se concentrassent, et qu’en Allemagne le quartier général fut transféré <à Ulm. lien lit informer son ambassadeurà Féler.sbourg, laissant à l’empereur Alexandre le choix du plan d’opération qu’il lui plairait d'adopter. Dans le cas où la Russie voudrait agir séparément, elle devrait mettre en mouvement une bonne armée. Ei elle ne voulait envoyer qu'un fort détaehement, quarante' mille hommes, par exemple, il conviendrait qu'elle le dirigeât sur Dresde. Du reste, disait le duc de Vicence, « l’einji pereur Napoléon ne réclame rien de l’empereur » Alexandre ; il attend tout de sa loyauté. » Alexandre, de son côté, protestait que, si l'.Xulriclie se refusait aux garanties qui lui étaient oifertes, il

' I.e 2 in.ir*.

marcherait contre cette puissance, cl que Napoléon pouvait compter sur lui.

De nombreux courriers s'échangeaient entre Paris et Pétersbourg. Si, un jour. Napoléon ne demandait rien, le lendemain il demandait beaucoup. Il SC repentait de n'avoir pas, dès l’cntrcvuc d’Erfurt, parlé à l'Autriche assez ferme pour la forcer à suspendre scs armements. Aujourd'hui encore, j ce n’est que par des menaces prêtes à se réaliser : qu’on peut la faire passer de l’excès de la confiance I au découragemciil. (||u'unc année russe, disait l'Empereur, se montre sur les bords du Danube pour marcher en Transylvanie; qu’une autre soit prête à entrer dans la Galicie autrichienne ; qu’enfin le cabinet russe prenne un langage et des moyens capables de conserver la paix ou d’abréger la guerre. A ces demandes un faisait toujours les plus »itisfaisantcs réponses. Cependant, au milieu de.s démonstrations les plus empressées de l'empereur Alexandre, il parait qu'il y eut, de sa part, un moment d'hésitation ; car nous lisons dans une lettre de Napoléon au duc de Vicciice : u Remettez les » truités sous les yeux de ceux qui les oublient. » El la lettre citait particulièrement le paragraphe 3 de l'article 10 du traité d'Erfurl, qui cffuctivcmcnl assure à la France, pour le cas d’une guerre avec l'Autriche, la coopération de ta Russie. L'hésitation avait été mal interprétée, ou attribuée à une cause qui n'était pas la vraie. Nous aurons incessamment occasion de signaler le point délicat qui est destiné à former un long sujet de discussion entre les deux empereurs.

Les événements marchaient vite. Ré.soluc à la guerre, l’Autriche, même avant de la déclarer, se dispensait des devoirs de la paix. Le 17 mars, un oflicicr français , porteur de dépêches du chargé d'aflaires de France à Vienne pour le ministre français à Munich, fut arrêté à Rraunau, quoique muni I des passe-ports les plus réguliers. Ses malles furent ouvertes, son portefeuille forcé, les dépêches sai- I sics, décachetées et envoyées à Vienne. Assuré- I ment, des représailles étaient permises; un cour- I rier autrichien fut intercepté à Nancy. Les lettres j du comte de Stadion à M. de .Mcltcrnich révélèrent i encore d'autres procédés non moins contraires aux ; lois de l'honneur. L’une de ces lettres chargeait I .M. de Melternich de remettre une déclaration de ; sa cour, datée du 37 mars, (iclte déclaration, qui exprimait le refus des garanties ofTcrlcs par la Russie et par la France, était une véritable notifii cation de rupture , quoique le cabinet autrichien I ne la regardât pas comme telle, car il n'ordonnait pas à son ambassadeur de deniatnler scs passe ports j après l'avoir remise, cl cependant les hostilités i étaient commencées avant même que le courrier

1>0LITIQUE EXTÉRIEURE.

qui la {lorlnil eût pu <^trc arrivé à Paris. On .i peine à s'expliquer ces violations, si ramilières à l'Autriche, (le tous les droits de la paix et môme de la guerre. Le fruit qu'on en recueille en compense raremenl la honte. En cette circonstance, on ne peut les attribuer qu'à ravcuglciiicnt qui croyait surprendre Napoléon, sinon désarmé, du moins dans un état d'armement qui ne lui permit pas de résister aux masses soudainement lancées contre lui. Cette conriance du cabinet n'était pas commune à la population. La veille du jour où l'on allait tirer l'épée, on apercevait à Vienne , môme chez les hommes les plus ardents, un mouvement d'inquiétude >, tel qu'on n'eùt pas demandé mieux que de reculer, si on eût pu le faire sans déshonneur. On avait fait une remarque semblable en Prusse, peu de jours avant la bataille d'Iéna. Retourner en arrière n'était plus possible.

Lesuecès définitif des puissances coalisées contre la France en 1815 ayant rendu la dissimulation moins nécessaire pour les temps antérieurs, ce ii’cst plus maintenant dans les déclarations et les manifestes de 1809 qu'il faut chercher le motif du refus fait alors par l'Autriche des garanties que lui offraient la Russie et la France. Ces volumes de raisonnements embarrassés ne sont qu'un long mensonge. Le défenseur oITiciel des ennemis de Napoléon , M. Schœll , expose avec franchise le motif vrai de ce refus. Selon lui, en 1809, « il ne s'agis- >• sait pas 2, pour l'Autriche, de s'assurer la tran- » quille possession des États que le dernier traité Il lui avait laissés; elle espérait que les conjonc-

turcs actuelles lui permettraient de briser les n conditions onéreuses de ce traité, et de rentrer » dans l'intégrité de ses possessions. « Le meme écrivain, tout en critiquant le rapport fait à Napoléon sur la rupture par sou ministre des affaires étrangères, reconnaît sans détour la vérité de l’assertion principale énoncée dans ce rap(>ort. » Le » ministre de France prouve * très-bien, dit-il, ce n qui, aux yeux de tout homme impartial, ne peut H pas être douteux, savoir, que l'Aulrichc avait, n depuis la paix de Presbourg, préparé les moyens n de se débarrasser de ce traité et de reprendre K son ancien rang dans le système politique de « l'Europe , et que , voyant Bonaparte occupé en '• Espagne, elle avait pensé que le moment d'én dater était arrivé. » Après de pareils aveux, faits depuis 1815,011 voit quelle croyance méritent les allégations de la cour de Vienne en 1899. Il en est une cependant que nous ne pouvons passer sous

• Panni les leiircs interceptées, il y en avait une dans laquelle on disait n M. de Metternicli : «Je remarque * avec douleur que rentlioiisiasmc tiédit. »

silence. C'est celle d'une prélendtic insinuatioti que lui aurait faite la France pour l’appeler à un partage de l'empire ottoman, proposition dont l'injustice aurait révolté la délicatesse de l'Aulrichc. Rien de plus évidemment faux que cette allégation. L’ensemble des faits que nous avons précédemment racontés prouve, au contraire, qu’à diverses é|H)ques rAulrirlic n'eût pas demandé mieux que de prendre part à un pareil partage, qu'elle en a tiiôme laissé apercevoir le vœu ; cl enlin il est notoire que son grief le plus vif contre le congrès d'Erfiirt est dans la pensée que les deux empereurs se sont, à cet égard, arrangés sans elle.

Le 6 avril, l'archiduc Charles adresse une proclamation à son armée. Déjà , dans la guerre de 1805, on avait, non sans surprise, aperçu le mot de liberté dans quelques publications autrichiennes. Aujourd'hui c’est la liberté qui forme le texte de sa belli<|ueusc éloqiienrc. A rimilation des juntes d’Espagne, l'Autriche parle u du salut do la i> patrie, de la liberté de l'Europe réfugiée sous ses » bannières. » Elle ne veut que u délivrer les peu Il pies de leur oppresseur. »

Un trait particulier distinguait la proclamation de l'archiduc Charles : « BienUVt, ajoutait-il, des n troupes étrangères, étroitement unies avec nous, n cond)attroiit avec nous l’ennemi commun, n Quelles sont ces troupes 'étrangères? S'agit- il de troupes anglaises? Une expédition anglaise aura lieu plus lard, mais séparée, et pour un intérêt purement anglais, dans file de Walcbcrcu. L’archiduc Charles comptait-il sur le concours de la Prusse et môme de la Russie? on peut le sup|H>- .scr. Par une correspondance du général Gruniic . riiommc de coiinaucc de l'archiduc, avec le comte de Sladion , on voit que ce dernier promettait d’avance au généralissime le secours u de toutes les n nations mécontcules,» au premier rang desquelles il plaçait la Russie et la Prusse. En ce qui concernait la Russie, l'asscrlion [Ktuvait être téméraire; pour la Prusse elle ne l'était pas , quoiqu'elle doive être trompée par l'événement. Les sentiments de la cour de Kœnigsberg n'étaient pas douteux, et, dans cette cour comme à Vienne, ou se persuadait qu’il ne serait pas impossible de rallier la Russie à une commune entreprise.

Dans le mois de décembre 1808, le roi Frédéric - Guillaume avait fait connaître au gouvernement français qu'il se proposait de faire , avec la reine , un voyage à Pétersbourg. Napoléon , assuré alors de l'empereur Alexandre, n'y vit aucun iiicoiivé-

• • Tome IX, page 2ÎÎ.

• Tome IX, jvigeaôO.

CIIAI'ITRE XII.

nient. Il fil écrire à scs agents que ce voyage ne lui déplaisait pas, cl ne devait donner lieu à aucun mauvais bruit. Arrivé en Russie, le roi de Prusse ne larda pas à se convaincre que, si l’esprit de la noblesse était en général opposé à l'alliance française, cet esprit n'élait pas celui de l'empereur et de son cabinet. Dès lors il du! renoncer à une espé- ; rance qu'il se garda même de laisser entrevoir. «Je » ne serais pas allé à Vienne, disait-il à l'anibassa- » deur de France , mais chez l'ami intime de l’em- )• pcrcur Napoléon, la chose est bien dilTércnlc;

» c'e.st la reconnaissance qui m’amène ici. » Quoique nous ne pensions pas qu'il y ait eu aucune conversation politique entre le roi cl l’empereur Alexandre, ainsi que l'assurait ce dernier, nous croyons que le roi , ayant reconnu l'im])ossibilité actuelle d’amener ce prince à entrer dans les projets de la cour de Vienne, se réduisit à invoquer son assistance pour obtenir une réduction sur les sommes dont il était encore débiteur envers le gouvernement français. Lorsque, deux ou trois ans plus tard, le roi prêtera encore l’oreille aux propositions du cabinet autrichien, il ne dissimulera pas qu’il n’a aucunc4!spérancc de concours du cAlé de la Russie. Kn Prusse , le gouvernement paraîtra immobile, mais il favorisera sous main tout ce qui pourra agiter la population et la tenir prête à saisir les chances que la fortune viendrait à lui offrir.

Indépendamment des sociétés secrètes déjà formées dans le dessein de chasser les Français de rAllcmagnc, il s'était établi à K<pnig$bcrg, avec le consentement ' du roi , une confédération qui s’intitulait Société morale et scientifique, dont le but était U de ranimer les courages , de mûrir les résoi> lulions, cl de préparer les forces nécessaires pour i> tirer une glorieuse vengeance de l’implacable » ennemi de la monarchie prussienne. » Ailn de soustraire à Napoléon la connaissance de cette confédération autorisée , on eut .soin de la fondre dans les rangs et sous le voile du Tugcnübund, société privée , dont le gouvernement a alTcclé quelquefois de blâmer les écarts. Ces dispositions du gouvernement prussien étaient parraitcmcnl connues du principal auteur de la guerre prêle à éclater, le comte de Stadion , cl ce ministre ne négligeait rien pour porter les chefs les plus entreprenants du parti antifrançais à des résolutions extrêmes , de nature à entraîner dans le même mouvement cl l’armée, et le roi lui-même, malgré son apparente résistance.

L’un des hommes sur lequel on comptait le plus pour donner l’impulsion à un ébranlement général, était le fils du dernier due de Brunswick, tué

■ .V.irqiiii de Liicchcsini. '

à léna. Privé des États paternels, ce prince avait reçu de son oncle , par héritage , le duché d’OcIs en Silésie. C’est dans celte province prussienne qu’il rassemblait des bandes de mécontents , certain de l’assentiment tacite du roi, aussi longtemps qu’il ne s’élèverait pas de plaintes de la part de la I France, aidé des subsides de l’Angleterre, cl encouragé par l'Autriche, qui mettait à sa disposition un district de la Bohême pour y réunir scs hommes, ses provisions et ses armes. Cette dernière pui.ssancc lui promettait en outre de le seconder par des diversions en Franconic et en Saxe, comme il le serait dans le duché de Brunswick, où il avait beaucoup de partisans, dans la liesse électorale et dans les autres principautés dont se composait le royaume de AVestphalic. En cffcl , des germes d’insurrection fermentaient dans tous ces pays, comme à Berlin, comme dans l’armée prussienne, et ce n’était pas sans des données de quelque valeur que la cour de Vienne regardait la Prusse comme devant être l’un de scs infaillibles auxiliaires. Une victoire éclatante de l’armée autrichienne au début de la campagne , aurait certainement fait éclater partout l’inccndic ; mais cette condition d'une première victoire était indispensable , et le comte de Stadion croyait bien qu’elle ne lui manquerait pas, tant il se fiatlail d’avoir, dans scs préparatifs, une longue avance sur ceux de .Napoléon. De la l’explosion brusque de la guerre, au mépris de tous les droits et de tous les usages , sans déclaration préalable , et malgré la présence de M. de .flcttcrnich à Paris, où il négociait encore.

I.a proclamation de l’archiduc Charles, datée du C avril, en était le premier acte. Le 8, l’agression commença sur. tous les points, et contre tous les pays alliés ou dépendants de la France, en Pologne comme en Italie, en Bavière, en Franconic et dans le Tyrol. Partout des proclama lions accompagnaient la marche des troupes; partout ces proclamations appelaient les peuplcs<à l'insurrection. Ce serait une guerre de propagande révolutionnaire, si les mots de liberté cl de patrie ne rendaient pas un son faux dans la bouche des monarques absolus. Le 9 avril, jour même où il franchissait l’Inn, l’archiduc dénonçait la guerre au roi de Bavière et au maréchal français Lefebvre, qui se trouvait à Munich, et devait prendre le commandement des troupes de ce prince. Il engageait le roi à ne voir dans les Autrichiens que des libérateurs , armes uniquement U contre l’ennemi de rindépcndancc générale de » l’Europe, » et éloignés de toute idée de conquête. Les réponses de la Bavière cl des autres princes de la confédération fiétrircnl, comme un insigne attentat an droit des gens, une invasion qui n’avait ' été précédée d'aucune déclaration de guerre, et

POLITIQUE EXTÉRrEURE.

surtoul ces appels aux peuples qui n'ctaienl qu'une I provAcaliuii à la révolte contre leurs gouvernenienls L

En Pologne, l'archidac Ferdinand, commandant un corps de 40,000 hommes, avait pour mission spéciale , après avoir soumis ou écrasé la poignée de Polonais commandée par le prince Poniatowski, | de SC porter sur les fronticres de la Prusse, aÜii d'cnconragcr le parti belliqueux qui existait à la cour de Kœnigsberg, et de déterminer l'accession de cette puissance a la guerre.

En Italie, l’archiduc Jean, qui, par de longues intrigues dans cette contrée, croyait s'y être acquis beaucoup de partisans; qui, surtout, se trouvant à la tête de plus de 85,000 hommes , ne doutait pas d'un succès facile sur la faible armée du prince Eugène Rcaiiharnais, comptait beaucoup sur le soulèvement des populations contre la France, et le commissaire général auprès de son armée, le comte de Goës, avait déjà un travail tout prêt pour la

■ «Tmiles ces pièces, dit M. Schœll, appelaient les » peuples à l'insurrection, sans le concours des goiivern neinenis. « C'était en effet les appeler i l’insurrection

formation de gouvernements insurrectionnels à Venise, à Milan, en Toscane et jusqu’en Piémont. Les listes des personnages italiens, dont devaient se composer CCS gouvernements, auraient pu être des listes de proscription. Napoléon, lorsqu’elles tomberont entre ses mains, voudra beaucoup ignorer, et là où il ne {>ourra pas ignorer, il ne voudra pas croire.

Le pays où la révolte avait été le mieux organisée, était IcTyrol. Un vieux sentiment «rafTcction de ces montagnards pour leurs anciens mat- . 1res eût pu rendre excusable leur infidélité envers le roi de Ravière , si leur ignorance cl le fanatisme de leurs chefs n'eussent donné à l’insurrection le plus hideux caractère de férocité cl de barbarie. C’était au moment même où l’archiduc Charles invitait le roi Maximilien à la neutralité , que les généraux Jcllachich et Chatelcr excitaient les Tyroliens à l’expulsion des Bavarois et à leur extermination.

conirc leurs gouvcrncmcnis, puisque ceux-ci ctaicnl les alliés de la France.

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