GUERRE D’AUTRICHE
Déport de rETnprmir pA«r Parmée. — Orritpalion «!♦'» tîeiisc riTe* <î«i Dannlir par îr< Aiitrîchirna. — Méinr mcsiirr mjapirr par Napoléon. — Ernlrtirs dr l’anrhidnc Charles. — Aetivîté de PEnipei'enr. — Proclamation de PEmpereiir i Parrace. — Campai^ne de cinq jour*. — Allortiiton de l'Empereur aux troupes de Rarière ei de Wuricntherj;. — Bataille d'.Abenalterf». — Entrée des Auiriebiens à Ralîsbonne. — Prise de l.andshiii. — {Lniaillr d'Eckintihl. — Attaque et prise de Ralislioniic. — Résultats de la earopapne tle ciiMpjoiirs. — Proelainleion de PF-mporenr A Parroéc. — Distrihiiiion de récompenses. — Ordres de l’Empereur au prince Etigène. en luiic; A Bern.tdoiie» en Saxe; au priocc Poniai<mski. eu PolO{;rir. — Lettre de l’arehidiic Cliarles A PEiopereiir. — baiaiUe d’Ehershcrg. — Marche de PEmpcreiir sur Vienne. — Capitulation de Vienne. — Proclamation de PEropereur A Parmée. — Rulletins sécf res pour les promoteurs de la ffiierrc. — BatailîcB de Cross- Aspern et <rEulin((. Rupture des ponts du Danube. — Retraite des Français dans Pile de Lob.aii. — Joneiion de Pannéc d'Italie ares* la |>ramte armée. — Retraite de Parrhidiic Jean devant le prince Eugène. — Proclamation de PEmpereur A Parraée d’Italie. — Insurrection dans le Tyrol. — Insurrection dans le nord de PAItemajîne. — Tentative sur Mat'debonri;. >«■ Révolte dans la Hesse. — Défection du major prussien Schili. — Schill déclaré déserteur par son gonverneraent. — Défaite et mort de .Schill A Stralsnnd. — Légion iioiré’du due de Bntnswick-Oels. — Marche brillante et cmbarqiicmrnl de la l.é’gion noire. — Négoclaliona entre la Prusse cl l'Autriche. — Combat devant Varsovie. — Le prince Poniatowski A Praga. — Patriotisme des habiianis de Varsovie. — Avantage remporté A Giira par le prince Poniatowski. — Conduite équivoque du corps niixiliaire russe. — Poiut délicat de controverse entre Napoléon et Alexandre. — Dispositions aoliR'ançaises des généraux russes. — Doute aïomeniaoé de Napoléon sur la bonne foi d’Alexandre. — Inaction du corps d’armée russe. — Aveu du prince Gali/in sur 1rs causes de l'inaction de ce corps d* armée. — Retour de coniiance entre Napoléon et Alexandre. — Conseoiemeui de Napoléon an traité entre la Russie et la Suède. — Attilnde respeeiivemeoi menaçante des Russes et des Polonais. — bvvoiiement des Polonais A la France.
Si rAulrtchc s’éUil gravement mcpritic en supposant que l’empereur des Français ne serait en étal d’agir qu’au mois de jiullel. Napoléon s’ctail aus.si, .sous le même rapport, Irontpc à l’égard de l'Autriche; mais, de son côté, l'erreur était moindre. Par les lettres du prince de Neufehâtei, major général, au roi de Bavière cl à plusieurs maréchaux, on voit que l'Empereur ne s'attendait à être attaque que vers ta fin d’avril. Aussi élail>il à Paris, et le prince de Neufehâtei seulement à Stras- Itourg, lorsque l'Autriclie avait déjà envahi la Bavière. 1â au soir, le télégraphe lui apporta la nouvelle de cette invasion. Le 15, à deux heures du malin, ü parlait pour l'armée. Le 16 >, il était
' Plan! alors ministre auprès dn grand-duc de Bade, j’allai saluer rF.mpereiir A ton passage A Darmstadt. Après m'avoir fait diverses questions sur ce que nous pouvions savoir des raoureiuenis de l’armée autrichienne, se souvenaot que j'avais été administrateur général delà Prusse
I à Louisboui^, chez le roi de \VurleinI>crg; il vit, le le mémo jour, le roi de Bavière à Dillingcn, et, le 17 ou malin, il arrivait k Donawerlh, où il établit son quartier général. Dans les huit jours d'avance que l'archiduc Charles eut sur Napoléon . du 8 au 17 avril, combien, en pareille circonslamr, Napoléon aurait ublcnu d'avantages sur une armée à laquelle aurait manqué son général en chef!
Instruit par sa longue élude de la guerre et par ; sa propre ex|>éricncc en 171)0. rarchiiluc Charles* regardait comtne un axiome incontestable, que •c la |Kissession des deux rives du l)anul>c, de Ra- > lisborine à Dnnavtcrih, livrait, à toute armée ■ belligérante dans l’Allemagne méridionale, la clef
pendant l’oeciipation de 1807 et 1808, il me dit qu’il tit'appcUeraii bieniôi pour remplir les memes fonctions A Vienne. Il me tînt parole.
* Voir son ouvrage sur la stratégie.
ttMO]
AFFAIRES EXTÉRIEURES
» ü*unc victoire assurée. ■ En conséquence de ce i principe , pour se rendre maürc d'un terrain si I imporUnl A ses yeux, il avait cru devoir occuper la Bav iérc avec son armée principale, en donnant la main par Ratisbimne au corps rassemblé en Bo> héme sous les ordres du comte de Bcllegardc. Selon le général Stutterheim , ce dernier cor|>s était de 49.000 hommes. L’archiduc avait, sous ses ordres ininié«liats, 1iO,tKH> hommes, dont 14,000 de cavalerie ; ensemble I7S.OOO hommes.
Ainsi que l'archiduc Charles, Napoléon avait senti le besoin de s'assurer des deux rives du Danube. Aussi avait il partagé les troupes françaises en deux grands commandements, l'un pour Davuust sur la rive gauche, l'autre pour Hasséna sur la rive droite de ce fleuve. Au centre se trouvaient les troupes de la confédération du Rhin, les Bavarois sous les ordres du maréchal Lcfehvrc,lcs Wurtetnliergcois sous les ordres du général Vandainme. Informé de eette situation de l'armée française , l'archiduc Otaries s'était proposé d'écraser le centre, composé des troupes confédérées, et de se faire jour entre les deux corps de Massena et de Davoust en même temps qu'il opérerait sa jonction avec Belicgardc auprès de Ratisboniie. Le projet était bien entendu et d'une exécution facile. Un excès de prudence de l'archiduc, ou bien l'invincible lenteur des Autrichiens, le fit échouer. L'tKcasion était d'autant plus favorable, que le prince de Neufch4tcl,qui dut pendant quelques jours suppléer Napoléon, sembla | prendre plaisir A mettre au grand jour combien il y a loin de l'homme d'un talent de second ordre A l'homme de génie. An mépris des instructions plusieurs fois renouvelées de l'Kmpereur. qui, pour le cas d'une attaque imprévue, avait recommande de concentrer i'artncc sur l'uii des points du Danube, le prince de Ncufcbâlel avait ordonné des mouvements qui mettaient entre les deux masses françaises une distance de trente-cinq lieues. A peine arrive sur le terrain. l'Empereur voit le mat et se hAtc de le réparer. Pour avoir ranncc entière sous sa main, il fait revenir plus près de lui Davoust. qui est A Ratisboimc; il lait avancer Uasséna, qui est A Augsbourg, et qui a des divisions plus éloignées encore. Une lettre qu'il écrit à ce dernier, datée de Donawerlb, le 18. expose ses vues cl renferme le secret de tous les succès qu'il va obtenir. « L'ar- I» chiduc Charles, dit Nap<»icon,a déImuchcA liOnde shul sur §aüsbonne... Davoust. parlant de Ratis- « bonne, marche sur Neustadt. Ce maréchal agira j i> avec les Bavarois, et peut s'en tirer honorablc- H ment ; tuais rennemi est perdu si votre corps et , « celui d'Oudinot débouchent avant le jour sur i » IM'alTenhoren et tunibent sur les derrières de Par- I » chidue... « A celle lettre , écrite sous sa dictée, .
l'Empereur avait ajouté de sa main : « Activité. M vitesse, je me recommande A vous, n I/eiécution ne peut pas être aussi rapide que la pensée de l'Empereur; mais elle le fut autant que pouvaient le promettre la vivacité et l'énergie de l'armée la plus leste qui ait jamais existé. Une proclamation annonça l'arrivée de l'Empereur A l'armée :
«I Soldats ,
» Le territoire de la confédération a été violé. H Le général autrichien veut que nous fuyions à N l'aspect de scs armes, et que nous lui abandon- » nions nos alliés. J'arrive avec la rapidité de M l'éclair.
i> Soldats, j'étais entouré de vous, lorsque l'cm- I» pereur d'Autriche vint A mon bivac de Mora- » vie; vous l'avez entendu implorer ma clémence n et me jurer une amitié éternelle. Vaincue dans » trois guerres, l'Autriche a dû tout A notre gé- M nérosilé; trois fois elle a été parjure! Nos suc- I» cès nous sont un sùr garant de la victoire qui n nous attend.
n Marchons donc, et qu'A notre aspect l'ennemi » reconnaisse son vainqueur.
» Signé NAMLtoN. M
Le 10, les ordres donnés par l'Empereur s'exécutaient dans les deux corps d'armée, et chaque corps obtenait, en marchant, des avantages sur rciincmi.
llasséna, parti d'Augsbou^ avec la tête des divisions d’Oudinot, et arrivé A six heures du malin A Pfafrciihofen, y rencontra 3 ou 4,000 Au- Iricbicni qu'il dispersa, en leur faisant 300 prisonniers.
De son côté Davoust, qui se portait sur Neus> ladt, battit les Autrichiens à Peyssing et ATanii. Il fil 7 A 800 prisonniers et causa A l'ennemi une perle de 3,000 hommes. Ce fut là le début de U campagne de cinq jours, qui va conduire Najioiéon A Vienne. En vingt-quatre heures, le sort de la guerre fut, pour ainsi dire, fixé; clic changea de nature, et l’armée aulrichienne, dont tous les plans étaient combinés pour l'attaque, se trouva placée sur la défensive.
Le 20, les dispositions de l'Empereur curent pour objet de détruire les corps de l'archidue Louis et du général Hiller, formant la gauche de Tarchiduc Charles. Dans ce dessein , il proflic d'une ouvertnre de cinq lieues environ que l’arcbiduc a laissée entre ses corps et celui du général Hiller. I.e point où l'archiduc sou(»çonnail le moins la présence de Napoléon, est précisément celui où se place l'Empereur. C'est A la télé <Ich troupes de Bavière et de Wurlcmbcrg qu'il
i aiuiu.T.
18i CUAl’lTaE Xill. [1800]
combaltre. Tandis qu’on cherche à soulever ces troupes conlre lui, il se plaît à leur donner la plus éclatante preuve de confiance. Avant de les mener au combat, il leur adresse des paroles faites pour ciiflamnier leur courage. Il rappelle aux Bavarois que, de tout temps, l’Autriche a menace leur indépendance; que, depuis plus de deux cents ans, ils luttent contre elle; mais que cette fois il veut les rendre si puissants qu’ils suffiront seuls pour lui résister. Il parle aux AVurtembergeois de leurs glorieux combaU contre l’Autriche, lorsqu’à une autre époque ils servaient dans l’armée prussienne , et des derniers avantages qu’ils avaient obtenus contre les l’russicns euxmêmes en Silésie. Ces discours étaient répétés aux troupes en langue allemande. I.e prince royal de Bavière s’cii faisait l’interprète pour les Bavarois. I.a confiance de l'Empereur ne fut point trompée. Bavarois et Wurtembergeois rivalisèrent de bravoure et de dévouement. Le maréchal Latines, avec scs deux divisions françaises, força rextrênic gauche des .Autrichiens, et culbuta tout ce qui était devant lui. L’ennemi déconcerté se retira en laissant aux vainqueurs huit drapeaux , douze pièces de canon et un nombre de prisonniers considérable, que les bulletins français portent jusqu'à 18,000. L’Empereur témoigna sa satisfaction aux troupes confédérées en embrassant en leur présence le prince royal de Bavière. Ce n'était pas sur un seul terrain que l'on avait combattu. Des affaires avaient eu lieu sur dix points différents, devant Abensberg, à Kirkdorf, Rohr, llottembourg, Siegenburg et Birwang. Celte série de combats prit le nom de bataille d'Abensberg, à cause de la vivacité et de l'importance de l’action engagée devant ce bourg. Pendant ces glorieux combats, le maréchal Davoust avait contenu les masses de l’archiduc Charles en même temps que Masséna poussait sa droite vers I.andshut pnrFreyssilig et Mosbourg, de manière à enlever à l'archiduc (Charles u sa ligne > d'opération et sa protection qui ^ » était riscr. »
La journée d’Augsbourg et cette marche de Blasséna préparaient, pour le lendemain 21, le combat et la prise de Landshut. Il est un point où, ce même jour 20, l'archiduc obtint un léger avantage. En quittant Batisbonne afin de se rapprocher de l'Empereur , le maréchal Davoust avait i laissé, pour la garde du pont de cette place, mille hommes du 6!5' régiment. Le colonel de ce corps pouvait trouver là une admirable occasion de | gloire. Il eût suffi de fermer les portes de la ville j
• Termes d'une lettre .idresséc, le 10, & Massénn par | Napoléon. '
et de garder les rem|tarls , de les garder quelques heures de plus. Les soldats ne demandaient pas mieux , et ils l’avaient prouvé en repoussant avec vigueur, le 10, une avant-garde autrichienne, qui s’était présentée sur le pourtour de la ville et fai- .sait effort pour s’avancer jusqu'au pont. Un sentiment louable, la crainte de sacrifier inutilement scs soldats , avait porté le colonel à promettre de I SC rendre, le 20 à quatre heures, s'il n’élait pas secouru auparavant. Il ne le fut pas avant l'heure fixée, et mit bas les armes à six heures du soir. Le corps du prince de Lichtenstein, à peine entré dans Batisbonne , fut obligé de l’évacuer dans la nuit. .Ainsi, une résistance de quelques heures de plus, en conservant cet ini|)ortant passage, eût coupé la retraite à l'archiduc Charles, et la guerre pouvait finir là où elle avait commencé, entre riscr et le Danube. C’était là, en effet, que l'Empereur s'attachait à enfermer l'archiduc, dans la pensée qu'il avait toujours en ses mains les clefs de Batisbonne. Pour éloigner les Autrichiens de cette place, Davoust et Lefebvre avaient ordre d’agir de façon à les replier sur la grande Laber.
Dans ce même moment, l'Empereur, avec les confédérés cl le maréchal Lannes, marchait sur Landshut. Cette ville étant le dépôt général de l’armée autrichienne, la route se trouvait encombrée de charioLs et de bagages, qui jetèrent, dans la retraite des Autrichiens, un incroyable désordre. C’était un chaos, un bouleversement où la défense devenait extrêmement difficile, et où les pertes furent considérables. Cependant la place offrait un obstacle qui semblait invincible. Il fallait franchir un pont déjà embrasé et protégé par les moyens de défense les plus terribles. Un aide de camp de l'Empereur, le général Mouton s’y élance, à la tète d'une compagnie degrenadiers, en criant d’une voix de tonnerre : <i Marchez, et ne tirez pas ! » Ils marchent, et ne tirent pas. Arrêtés devant une porte, ils renfoncent à coups de hache, et pénètrent dans les rues, où le combat recommence avec fureur. Le général Lannes, le général bavarois Wrède s’étaient précipités sur les pas des grenadiers, et une horrible mêlée ensanglante la ville. Masséna, qui arrivait devant la place, sur la rive droite de l'iscr, rendit pour les Autrichiens une plus longue résistance impossible, et le général Ililler fut contraint de se retirer en laissant derrière lui trente pièces de canon, neuf mille prisonniers, six cents caissons attelés, et trois mille voitures de bagages.
Maître de Landshut, l’Empereur en repartit, le lendemani 22, avec les corps de Lannes et de Mas-
’ Depuis romle de I.ob.'iii.
[18tl9]
A FFA 1RES EXTËUl EL R ES .
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séna ; mais le dernier ne put le suivre que de Inin. A deux heures de raprcs-niidi, Napnicon arriva vis-à-vis d'Eckinülil, où l'nrmcc aulrichienne était en position sous les ordres de l'archiduc. Jusque-là Davousl s'ctail contenté de tenir les Autrichiens en échec. Il fit commencer le feu quand il entendit le canon de l'Empereur. « ün vit alors, dit le bul- » letin français, l'un des plusbeauxspectaelesqu’ait n offerts la guerre : « cent dix mille ennemis attaqués sur tous les points*, tournés par la gaucho, et successivement dépostés de toutes leurs positions. Quinze mille prisonniers, douze drapeaux, une grande quantité d'artillerie, furent les brillants résultats de la bataille. Le litre de prince d'Eckmühl sera la récompense des services rendus par Davoust dans cette campagne, comme l'avait été pour lui le titre de duc d'Auerstacdl dans la campagne de 1806.
L’armée de l'archiduc quitta, dans la nuit, la rivç droite du Danube, par la seule route ouverte à son passage, le pont de Ratisbonne. Avant de marcher sur cette ville, l'Empereur prescrivit d’autres dispositions non moins pressantes. Il lit diriger Hasséna sur Passau, point important à l'embouchure de rinn dans le Danube, cl le maréchal Ressières sur Braunau. Celui-ci devait être soutenu par les corps de Lefebvre, de Vandamme, d’Oudinot, et par la division Saint-Hilaire. Ces ordres donnes, l'Empereur se mit lui-méme à la poursuite de l'archiduc, avec les corps des maréchaux Lannes et Davousl. Un pont de bateaux, construit à la hâte par les Autrichiens, fournil à leur retraite une deuxième voicf qui ne fut pas immédiatement connue par notre armée. Cependant le maréchal Lannes y parvint assez à temps pour harceler le corps de réserve qui s'y entassait en désordre, cl pour lui causer une grande perte. La vivacité de la poursuite fut telle, que nos troupes faillirent entrer dans Ratisbonne avec l’ennemi ; mais, ce coup demain manqué, prendre la place n’était pas une oeuvre facile ; il fallait une attaque de vive force, une escalade. Nulle difiicullé n'arrétc le maréchal Lannes; des échelles sont apportées des villages voisins, et on se prépare à l’assaut. En ce moment, une balle de carabine frappe l’Empereur au pied droit; ce n’est qu'une contusion, mais le bruit se répand vile qu'il est blessé; on accourt, on se ' presse. Pour dissiper l'inquiétude, le tambour rappelle le soldat dans les rangs; l'Empereur, remonté aussitôt à cheval, les parcourt au milieu des cris de joie et des témoignages de la plus vive affection.
Cependant les premiers efforts tentés contre la place ont été mallicurcux. Les hommes qu'on envoie pour descendre dans le fossé tombent sous le feu de la mitraille ; d'autres les suivent cl succom-
bent; on hésite. Lnnncsalors, saisissanluncéchclle, s’écrie : « Vous allez voir que votre maréchal est » encore grenadier. » On se précipite autour de lui, avec lui; en un instant le fossé est franchi cl la brèche enlevée. Une partie de la ville est en feu, on s'y bat avec fureur. Tout à coup un commandant autrii^iicn montre aux Français un parc de caissons, en disant : « C’est de la poudre, nous » allons tous sauter. » Aussitôt le combat est suspendu, Autrichiens et Français se jettent sur les caissons, cl les retirent du milieu des nannnes. Les six bataillons autrichiens laissés dans la place pour sa défense, mirent bas les armes. On retrouva dans la ville presque tous les hommes du6!5' régiment.
La prise de Ratisbonne par les Français termina la campagne de cinq jours qui, d'une guerre d’agression, tu pour r.Autriche une guerre de défense; qui, d'une guerre que devaient soutenir l'insurrection générale de l’Allemagne et l'accession de la Prusse, fit une guerre privée où tous les périls furent pour l'Autriche seule; qui, de Munich, où la guerre avait commencé, la transportait sous les murs de Vienne, en donnant aux Français la possession de celte capitale. C'est là que maintenant va courir Napoléon.
Dans toute autre vie que celle de l'Empereur, celle œuvre de cinq jours serait un phénomène auquel nul autre ne pourrait se comparer. .Avec Napoléon, on est sans cesse obligé de redire, comme Tilc-Livc pour Annibal, que la campagne dont on s’occupe est la plus étonnante, la plus extraordinaire ‘ de toutes.
Suivant le général Stultcrheim, au moment où l’archiduc Charles quitta Ratisbonne, il ne lui restait plus que 78,000 hommes, en y comprenant le corps du général Bellegardc, dont une partie seulement, sous les ordres du comte de Kollowralh. avait pris part aux combats sur la rive droite du Danube. Ainsi, de l’aveu même des Autrichiens, en admettant qu’il restât environ AO, 000 hommes au général Hiller, leur perle aurait été, du 10 avril * au â4,'de 80 à 60,000 hommes, en blessés, tués et prisonniers. Cette évaluation est à peu près d'accord avec les bulletins français.
Aprqscinq journées si prodigieuses, l'Emp^ur devait des éloges à l'armée; il les lui donna par une proclamation du Si avril: « Soldats, leur dit -il,*
Il vous avez justifié mon attente. Vous avez supplée :> au nombre par votre bravoure; vous avez glorieu Il sèment marqué la différence qui existe entre les Il soldats de César et les cohues armées de Xercès...» Après l'énumération des résultats déjà obtenus, il
' abelliiin maximè nmninm memiir.-i1iilp qiia- imqiiani » j;piila siol. >
CIIAPITIIE XllI.
ajoutait : « Naguère renncnii a traversé l'Inii et » envahi le territoire de nos alliés; naguère il se » promettait de porter la guerre au sein de notre » patrie. Aujourd'hui, défait, épouvanté, il fuit en U désordre; avant un mois nous serons à Vienne. » La promesse n'avait rien de présomptueux. Il ne s’écoulera pas vingt jours avant qu'elle ^it remplie.
On a mis en question si, au lieu de se diriger sur Vienne, l'Empereur n’eùt pas dù poursuivre en Bohème l'arehiduc Charles, et y achever la ruine de celte armée. Ouels que soient les obstacles qu'il rencontrera dans le parti qu'il a embrassé, cl il en est qui ne peuvent pas être prévus, on doit croire que ce parti fut encore le meilleur.
Ce fut à Ratisbonne que Napoléon, ayant passé en revue les corps présents, accorda les premières baronnies avec des dotations transmissibles. Ces distinctions étaient distribuées, en quelque sorte, au concours, sur la présentation des chefs et des corps cux-inémcs qui en ratinaieiil la justice par leurs acclamations.
De cette ville, cl en conséquence des derniers événements, l'Empereur donne de nouvelles directions aux corps éloignés de lui. Il prescrit à Eugène de manoeuvrer pour faire sa jonction avec la grande armée, pour couper de Vienne l'archiduc Jean, cl, s'il est possible, couper aussi les troupes du Tyrol. Il rappelle de üresde Bernadotte avec les troupes saxonnes, pour lui conlier le soin de poursuivre l'archiduc Charles, en remplacement de Davousl qui se reporterait sur la rive droite du Danube cl se joindrait au mouvement de l'armée survienne. Quant au corps du duché de Varsovie, Napoléon, vu l'éloignement, s'en rapporte à la prudence du prince l’oniatonski, et cependant il lui conseille d’entrer en Galicie.
L’archiduc Charles, qui n’avait point partagé les illusions de sa cour, sentait mieux qu’elle toutes les conséquences des échecs qu’il venait d’essuyer. Persuadé qu’il convenait de tenter les voies de raccommudemcnl , il écrivit à l’Empereur comme pour proposer un échange de prisonniers; ensuite il iqoutail : <iJc me sens Üatté, Sire, de combattre » avec le plus grand capitaine du siècle. Je serais » plus heureux, si le destin m’avait choisi pour '• procurer à ma patrie le bienfait d'une paix du- » râble. » La proposition était vague cl ne pouvait interrompre en rien les mouvements do l'armée. L'empereur la reçut à Burghausen le 1*' mai. 11 fut peu louché du style courtois * de l'archiduc, et ne se pressa pas de lui répondre.
' »Ce* ('ciis-là, écrivit-il au marécli.vl Davoust, sont » aussi vils dans l’adversité qii’arrugants et hauts h la 0 moindre lueur de prospérité. »
Le grand mouvement était imprimé ; l’armée ^ française, poussant devant elle le corps du général Ililler, s’était rendue maîtresse des importantes places de l'assau et de Braunau ; elle avait franchi riscr, rinn cl la Salza , cl ne rencontra une résistance sérieuse que sur la Trauti. Le général Ililler, qui jusquc-l.i n’avait cherché qu'à ralentir la marche des Français, crut pouvoir les arrêter sur cette rivière, en mettant à profil les belles positions d'Kbersberg. Là comme à' Landshut, il y avait à traverser un pont vaillaiiitnetit défendu. Le général Cühorn renouvela le prodige d’intrépidité du général Mouton, et, parvenu sur la rive droite de celte rivière, il réussit, à l'aide des renforts qu'il reeiil , à chasser l'ennemi du château et des hauteurs ; mais bienlùl les hauteurs cl le château furent repris par les Autrichiens, et ce ne fut pas sans d'exiraordinaires elTorts qu’on réussit à les en déposséder une seconde fois. «■ C’est, dit le bul- » lelin français, un des plus beaux faits d'armes » dont l'histoire puisse conserver le souvenir. Le » voyageur s’arrêtera et dira : C’est d'ici, c’est de » ces superbes positions qu'une armée de 3tS,000 ;i Autrichiens a été chassée par deux divisions i> françaises. »
L’une des craintes de l’Empereur était que l’archiduc Charles, pour l’empêcher d'arriver à Vienne, ne fit sa jonction sur la rive droite du Danube avec le général ililler. Celte jonction eût pu s’opérer par le pont de .Maulhausen. Sur ce point la victoire d'Ebersberg l’a rendue impossible. Ililler se retire en désordre, et la rapidité de la marche des Français ne laisserait pas aux Autrichiens le temps nécessaire pour celte opération. Maintenant c'est à .Saint- Pœllcn que l'Empereur compte rencontrer l'archiduc Charles, c'est là qu’il s'attend à livrer bataille. Saint-l’œiten forme en ciTel une grande croisière de toutes les roules du pays , où pourraient arrivera la fois des renforts de l'Italie, de la Styrie et de plusieurs autres provinces autrichiennes. La supposition de l’Empereur ne se ré.ilisa point. Ce ne fut point l’archiduc qui vint, de la rive gauche du Danube , rejoindre le général Ililler sur la rive droite, ce fut celui-ci qui, de la rive droite , alla rejoindre l’archiduc en Bohême par le pont de àlaulern. Le 8, l’Empereur était à * Sainl-l’ueltcn ; le 10, vingt-sept jours après son départ de Paris, il est devant Vienne. En 1803 ou* n’avait pas voulu défendre celle place. Il n'en est pas de même aujourd'hui. L’archiduc Maximilien, qui en a pris le commandement avec une forte garnison, ne craint pas, pour conserver la place, de faire feu sur les faubourgs. C'est à Napoléon que la population des faubourgs demande protecliuii contre ses princes. Une batterie française de vingt
( ISO'.)}
AFFAIRES EXTERIEURES
obusicrs causa des incendies dans plusieurs quartiers de la ville. Cependant l’Empereur, ayant reconnu qu’on avait laissé le Praler sans, aucune défense, avait fait jeter un pont sur le petit bras du Danube qui sépare, de l’un des faulmurgs, ectlc belle promenade. Le pont ayant élé établi malgré l’opposition des Autrichiens, l’arcbitluc ne songea plus qu’à évacuer la capitale. Il sortit en cfTet avec les bataillons de ligne, et laissa dans la ville le général Orcilly, sans autre force qu’une poignée de mauvais soldats. Le 12 mai, la capitulation fut signée. Une députation des hommes les plus distingués de la ville était venue demander grâce pour les personnes cl les propriétés. Napoléon répondit avec bienveillance pour la ville, avec sévérité pour le prince qui avait exposé sa capitale à tous les malheurs de la guerre. Cette colère de l’Einperour éclata dans la proclamation qu’il adressa le lendemain à l'armée, et datée de son quartier général de Schoenbrunn.
U Soldats,
n Un mois après que l’ennemi a passé l’Inn, « au meme jour , à la même heure , nous sommes n entrés dans Vienne.
Il ^s land wehrs, scs Icvécscn masse, ses remparts » créés par la rage impuissante des princes de la Il maison de Lorraine, n’ont point soutenu vos rc- » gards. Les princesde cette maison ontabandonné n leur capitale, non comme des soldats d’honneur n qui cèdent aux circonstances et aux revers de la » guerre, mais comme des parjuresqui poursuivent » leurs propres remords. En fuyant de Vienne, » leurs adieux à scs habitants ont élé le meurtre » et l'incendie; comme llédéc, ils ont de leurs n propres mains égorgé leurs enfants.
n Soldats, le peuple de Vienne, selon l’exprèsn sion de la population de scs faulmurgs , délaissé, n abandonné, veuf, sera l’objet de vos égards. J’en n prends les lions habitants sous ma spéciale pro- » tection. t,)uant aux hommes turbulents et mén chants, j’en ferai une justice exemplaire.
« Soldats, soyons lions [Miur les pauvres paysans, :i pour ce bon peuple qui a tant de droits à notre U estime : ne conservons aucun orgueil de nossuc- 1 cès ; voyons-y une preuve de cette justice divine
I U qui punit l’ingrat et le parjure.
Il Signé Napolêos. »
L’occupation de Vienne par Napoléon , dans une guerre qu’il n’avait pas voulue , l'autorisait à de rigoureuses réflexions sur scs promoteurs. Il ne les leur épargna pas; mais s’il caractérisait, par des expressions sanglantes, la témérité des hunimcs d’Etat et la vénalité des aventuriers allemands ou
autres payés par l’or anglais qui avaient amené celte terrible cataslrophe, il se plaisait à rappeler que Manfredini, dont le nom seul, disait-il, ébiil un éloge , que le vieux prince de Ligne , que le baron de ThuguI, que le comte Louis de Colientzl mourant, avaient tous engagé rempereur François à s’abstenir d’une lutte non provoquée, et qui pouvait entratner la ruine de sa maison. Il faisait ressortir, avec vérité, la prompte contradiction qui s’était manifestée dans le langage de la faction de la guerre. Avant les combats, elle ne cessait de répéter que les vieux soldats de Napoléon étaient tous en Espagne; qu'il n’avait en Allemagne que des conscrits, et en petit nombre, une cavalerie à pied, et une artillerie en mauvais état. Après ses victoires, on prétendait n’avoir succombé que sous la force du nombre; que jamais son armée n'avait élé composée d’hommes aussi aguerris ; que sa cavalerie était superbe , et que sou artillerie marchait avec la rapidité do la foudre.
La prise de Vienne a été en quelque sorte pour Naj)oléon le prix de la course , et sa course cependant a été réglée par la prudence. Partout, en marchant , il aiTermissait ses pas. Partout , derrière lui, des précautions ont été prises sur l’Inn et la Salza, sur la Traun et l'Enns. Des travaux ont élé faits à Lintz, à Moelk, et sur tous les points on les Autrichiens auraient pu vouloir passer le Danube. Ce ne fut que plusieurs jours après l’occupation de Vienne que l'archiduc Charles, avec qui le général Ililler avait fait sa jonction, arriva au pied du llisambcrg, à trois lieues environ de cette capitale.
La pensée «le l’Empereur «lut être de franchir le Danube sans aucun retard ; celle de l'archidiic, de l'attaquer au milieu des «lilTîcultés du passage. A peu de distance «le Vienne, deux Iles qui partagent le fleuve en trois canaux oITraicnl à Napoléon l’un des points le plus favorables à scs vues. Le 1!) mai, deux ponts, terminés sur les deux premiers bras du fleuve, conduisaient à Plie de Lobau. Le troisième pont , de Pile de Lobau â la rive gauche, fut établi dans la nuit du 10 au 20. Alors nos troupes coinmencèrenl à passer sans rencontrer d'opposition , les Autrichiens se repliant devant elles |K»ur leur inspirer une dangereuse ronfiancc. Le 21, trcnlc-citiq mille Français seulement étaient sur la rive gauche du Danube. Pour Parchitluc, c(ui avait près de cent mille hommes sous scs onircs, et plus de deux cents pièces d’artillerie, c’était le moment de resserrer les Français dans un cercle étroit, de les y accabler, ou au moins de les jeter an delà du Danube et de détruire leurs ponts. A deux heures après midi , son armée débouche en cinq colonni'S et se poste sur les villages de (îross- Aspern et d'Kssliiig où les Français avaient pris