‹ Histoire de FranceChapitre 45 sur 142 · CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII

mander un asile. Vainement poursuivi ou rencontré j dans sa marche par des troupes wcstphalicriiies , 1 qu'il battra dans plusieurs rencontres, il traversera Ccipiig, Halle, Halherstadt et Hanovre; U bivaquera, dans sa course, sous les murs de Brunsw ick, siège antique de la princi|»autô de sa Oimillc, et, : presse par des forces trop nuinbreusos pour se flatter de leur échapper plus longlciiips, il flnira par s'embarquer i sur des bâtiments anglais, à rembouchure du Wescr, avec les dix-huit cents houmics qui forment sa petite mais valeureuse armée. Ainsi, faute de liaison et d'ensemble, échouent, les unes après les autres, les tentatives d'irisurroclion qui doivent leur origine aux sociétés secrètes. La fortune, qui de ces hommes exaltés pouvait faire des héros, n'cti a fait que des criminels. Scliill, pour avoir mal choisi l'heure, a été j désavoué par la Prusse, et déclaré rebelle par les [ batailles d'Abeiisherg et d’EckmUlti. La bataille de Wagram prononcera de même la condamnation du duc de Brunswick; le duché d'OeJs, que ce ! prince possède on Silésie, sera mis sous le séquestre ' par ordre du gouvernement prussien. Cepcndaiil d'autres pensées avaient occupé ce gouvernement | dans le mois qui précéda la dernière de ces batailles. '

Si la défaite inattendue et la retraite de l'archiduc Charles dès le début de la campagne avaient réduit à un silence mumciilané les partisans de la guerre, les dispositions belliqueuses étaient assoupies, elles n'étaient pas éteintes. A la nouvelle des deux Journées d'Essling, que la passion transforma t'ii évciiciiicnls décisifs, elles se réveillèrent avec plus de force que jamais. Le guuvenicmenl de la Prusse SC partageait alors entre ses deux capitales. , liC ministère résidailâBcrIin; le roi, à Kœnigsberg. ' De Kœnigsberg, comme de Berlin, d'actives coin- ' luuiiicalions avaient lieu avec l'Autriche. Le prince d'Orange, depuis roi de Hollande, qui naturelle- ' ment alors flgurait parmi les plus ardents fumentatcurs de la guerre, s'cLait rendu, de Kœnigsberg, au quartier général de l'empereur François 11, et avait donné à ce prince, sur les sentiments véritables du roi, desnolionsqui autorisaient à compter sur sa coopération prochaine. A Berlin, un langage à peu près pareil avait été tenu par le comte de Golz, ministre des affaires étrangères, au ministre autrichien, baron de W'essenberg. Dans les deux résidences, on sc montrait persuadé que le sort de , la Prusse était lié â celui de t'Aulriche; on expri- ^ niait l'intention de sc réunir à cite, mais sans en déterminer l'époque, et l'on n'alléguait, pour motif actuel d’inaction, que rimpuissancc réelle où l'un se trouvait, le petit nombre de troupes en état d'agir, :

' Le 7 août. !

le manque d'artillerie, et le risque de consommer irrévocablement, dans une entreprise prématurée, la ruine de U monarchie.

Pour vaincre les hésitations du roi et de son ministre, un officier autrichien, le colonel de Steigcnlcsch. fut envoyé à Kœnigsberg, avec une lettre 2 de François 11 pour Frédéric-Guillaume. Par cette lettre, on voit quelles informations avait données à l’empereur le prince d'Orange. L’empereur, s’appuyant sur le témoignage de cêlui-ci, disait au roi : U Votre Majesté ne lui a pas laissé ignorer » l'entière conviction où elle est que ce n'est que » par une réunion énergique des volontés et des I» cITorU que l'existence des Etals de Votre Majesté » et des miens peut être solidement garantie con- » tre les envahisseiuenls et le système de spoliation X de Napoléon. <• D'après ccsdéclaralionsdu prince d'Orange, François 11 annonçait que le colonel Steigonlcsch s'empresserait de donner, aux personnes que le roi honorerait de sa confiance, les renseignements nécessaires « pour la disposition X immédiate et l'emplui cfBcacc des ressources et X des moyens réciproques que le moment récla- X mait. X L'empereur finissait en disant qu’il faisait aussi expédier à son ministre à Berlin les instructions requises w pour le mettre à même de X s'expliquer cl conclure en suite des ouvertures X que le comte de Gulz avait annoncé naguère avoir X à lui faire à ce sujet, x Ainsi le cabinet prussien avait clé lui-inémc au-devant de l'Autriche. Si l'on en croit une lettre du comte de Stadion au baron de \Vesseml>erg, le prince d'Orange aurait assuré que des ordres éventuels avaient été déjà donnés aux troupes prussiennes pour les mettre en état de commencer les opérations au jour du besoin. Cependant, au moment de prendre parti, le cabinet prussien met en avant des questions préalables sur l'organisation à donner ullérieuremeiit à l'Allemagne. Il craint que l'Autriche ne fasse une paix séparée, cl ne s'occupe exclusivement de scs intérêts. Pour le tranquilliser, l’Autriche proteste que « sou système est un système de restitution, et X que ce système s’applique préféraldcmcnl à la X Prusse. X Dans celte négociation, le gouvernement prussien procède comme il l'a fait en 1809. S'il ne va pas, comme alors, jusqu’à la signature d'un traite, il n'en montre pas une hostilité moins vive contre la France, et il est évident qu'il n'c-Sl retenu que par la peur de se perdre sans retour. Il se résoudrait à la guerre si l'Autriche *< frappait » un coup décisif. » Comme ce coup ne sera pas frappé, il restera spectateur oisif des désastres de cette puissance.

' En lialf* du 8 Juin.

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AFFAIRES EXTÉRIEURES

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Le colonel Steigentesch et le baron de Wessemberg n’ctaicnl pas les seuls négociateurs que l'Autriche mit en inouvcmenl pour arracher la Prusse à son inaction. C'était aussi dans le but de la dclerininer à la guerre, en lui ofTrant un secours à sa portée, que l'archiduc Ferdinand, qui avait été chargé d'envahir le duché de Varsovie, s'était avancé jusqu'à Thorn. Ce prince eût dû même, dans le cas où cette puissance se serait déclarée, mettre une certaine quantité d'artillerie à sa disposition. liais ici nous avons d'abord à faire connaître ce qui s'était passé sur cette partie du théâtre de la guerre. Les faiLs qui se rapportent à ce pays, s'ils ne sont pas les plus graves sous le rapport militaire, sont ceux qui ont le plus d'importance dans les relations particulières de l'empereur Napoléon et de l'empereur Alexandre.

L'archiduc Ferdinand, destiné à l'invasion du duché de Varsovie, avait fait annoncer au prince Poniatowski son intention d’entrer, le 115, sur le territoire du duché. Les troupes polonaises qui s'y trouvaient alors s'élevaient à dix-neuf mille hommes; mais elles n'étaient pas toutes réunies sur le même point. Le prince Poniatowski, n'en ayant guère que douze mille sous ses ordres, se voyait peu en état de tenir tête à l’archiduc. Cependant il ne voulut pas lui laisser ouvert l'accès de Varsovie, sans avoir honoré les armes |)olonaises par toute la résistance que permettaient l'infériorité du nombre et l'inexpérience de jeunes soldats qui allaient au feu pour la première fuis. Il prit position au village de Raszyn, à deux lieues de la ville, où il fut attaqué le 19. Pendant huit heures, il soutint le combat contre des forces plus que doubles. Les soldats furent dignes de leur capitaine. Le bois do Falenty, enlevé par }es Autrichiens, fut repris par les Polonaû. Fanftoins, cavaliers, artilleurs, tous montrèrent l'intrépidité de vieux soldats, et Grent beaucoup plus de niai aux Autrichiens qu'ils n'en essuyèrent eux-mémes. Dans la nuit cependant, le prince Poniatowski crut devoir rentrer à Varsovie avec l'intention de s'y défendre, quoique la défense offrit de grands risques et pour la ville et pour l'armée. Le 20, les Autrichiens. avancèrent lentement et ne parurent devant Varsovie qu'à quatre

heures du soir. L’archiduc Ferdinand Gt inviter le prince Poniatowski à se rendre aux avant-postes, et lui proposa l'évacuation de Varsovie. Le mol decapitulation ayant été prononcé, le prince le repoussa avec indignation. Rien ne fut arrêté ce jourlà. Le lendemain SI, une convention fut conclue, portant que Varsovie serait déclarée neutre, qu’il ne pourrait y être levé aucune contribution de guerre, et que l’armée polonaise l’évacuerait dans l’espace de deux jours. A Varsovie, le même patriotisme qui enOammait l’armée, animait les habitants. Les ministres , le sénat, le conseil d’État , tous les personnages distingués s’éloignèrent. L'ar- ' cbiduc Ferdinand entra dans la ville , mais les troupes polonaises continuaient d'occuper le faubourg de Praga. Ce fut une singulière inadvertance de la part des Autrichiens. Peut-être le prince * Poniatowski eùt-il fait difficulté de leur remettre ce faubourg ; mais il est constant qu'ils ne le demandèrent * pas. L’aspect lugubre ® de Varsovie put convaincre l’archiduc Ferdinand que toutes les proclamations de sa e«ur auraient peu d'effet sur une telle population ; mais bientôt cette population, qui ofTcnsaitlcs Autrichiens par son deuil, les blessa plus encore, peut-être, par les éclats de sa joie. Elle SC livra aux plus vifs transports en apprenant les brillants succès par lesquels Napoléon avait ouvert la campagne. Ce fut l'armée retirée à Praga I qui lui en transmit les premières nouvelles. Le mode ' même de la transmission leur prêtait un intérêt de plus. Un transparent placé près du pont, annonçait, avec leurs dates, les victoires d'Eckmühl et de Ratisbonne. Des deux côtés de la Vistule, les sentiments étaient les mêmes. Toute la nuit , scs bords furent couverts d'une foule nombreuse, qui, dans ces heureux événements, voyait d'avance le triomphe de la patrie. D'une rive à l'autre, on se parlait, on SC répondait par le cri de rire l'Emptreur, Au mépris des rigueurs des Autrichiens, dans Varsovie même, beaucoup de maisons Rirent illuminées. ^ Pendant que l'archiduc Ferdinand s’avançait vers Tborn , qu'il espérait surprendre , et où il aurait , donné la main à la Prusse, le prince Poniatowski faisait attaquer un corps autrichien à Gura, détruisait une tête de pont que ce corps avait commencé

' Le prince m’a dit qu’il aurait probablement été,qumqiic bien à regret, obligé d'y consentir.

’ Dans la pénible mission qui nous Fut donnée, en 1815, à M. le général Guillcminut, A M. de Bondy, préfet de la Seine, et h moi, de conclure avec les Anglais et les Prussiens une convention qui devait leur ouvrir les portes de Paris, je parlai & mes deux collègues de ce fait qui était resté présent à ma mémoire. Nous convînmes entre , nous de prendre garde que le nom de Vincennes ne fût prononcé. Il ne le fut pas.

» L'archiduc Ferdinand, dans le désir de se rendre agréable aux Polonais , fil annoncer à la comtesse Stanislas Pütocka , née princesse Lubomirska, qu'il irait passer la soirée chez elle. Il s’aiicudait A trouver réunie chez cette dame toute la haute société du pays. La comtesse Stanislas l’attendit seule dans salons déscru. Elle SC serait bien gardée elle-même d’inviter personne; mais, si elle avait eu celle faiblesse, on n’y aurait pas répondu.

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