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CHAPITRE XIII

[lÜOU]

à y établir, cl faisait plus de deux raille prisonniers. La campagne diplomatique de l'archiduc Ferdinand ne fut pas plus heureuse que sa campagne militaire. Une lettre prubablemeiil peu mesurée qu'il adressa au roi de Prusse, lui valut, de la part de ce prince, une ferme et sévère réponse. Dans le même temps, les généraux Dowbrowski et ' Zayonscheck , rivaux du prince Poniatowski en , temps de paix, mais scs braves émules en temps de guerre, agissant sur des points divers avec de faibles dctachemenls de troupes régulières renforcées de généreuses milices, inquiétaient vivement l'archiduc et lui causaient des pertes sensibles. Bientôt Dowbrowski , avec ses levées nouvelles, chassera les Autrichiens de Plock , de Lowicz, cl les obligera d'accélérer leur retraite. Dès le 2 juin, Zayonscheck, avec scs milices, rentrera dans Varsovie. Ces mouvements d'une poignée de Polonais rendaient un service essentiel à Napoléon , en occupant sur ce terrain une armée dont la présence ailleurs aurait accru les dilScultés qu'il avait à vaincre. La correspondance de l'Empereur avait annoncé au prince Poniatowski l'appui d'un corps d'armée russe. Ce secours , d'abord , se lit assez attendre. Ensuite, lorsque les Russes entrèrent en action, on put presque douter s'ils avaient pour but de seconder la France, ou de servir, plus ou moins directement, les Autrichieus. Un de leurs généraux, Kortsakow, avait été jusqu'à écrire à l'archiduc Ferdinand qu'il verrait avec plaisir arriver le inuinent où les troupes des deux empires agiraient ensemble. On lâchait de justilier cette démarche en alléguant qu'elle avait eu lieu avant la déclaration de guerre entre l'Autriche et la Russie. Il est facile de juger ce que vaut une pareille excuse.

D’après les apparences qu’a présentées, en 1809, la manière de procéder du corps auxiliaire russe, tous les écrivains qui se sont occupés de celte époque ont supposé qu’à l’élersbourg, comme à Kaniigsbcrg , un avait ilolté entre la guerre et la paix ; qu'il y avait eu dans les deux cabinets égale | incertitude, et que, malgré le maintien de la paix, ' la volonté de la guerre avait été la meme chez ces I deux puissances. Cette supposition est erronée. En | Russie, sans doute, la noblesse, cl même celle qui ' occupait les places de cour ou de gouvernement, ' partageait, contre la France, les haines cl les vœux de toutes les aristocraties allemandes , sans en excepter celle des pays alliés de Napoléon ; mais pour le moment, le cabinet, comme nous l'avons déjà dit plus d'une fois, c'était l'empereur Alexandre et 31. de Rumansof. Dans le cabinet , l'idée de se déclarer contre Napoléon n’a pas existé un seul instant. La sincérité dans l'alliance a été complète.

Jusqu’au jour où la guerre a éclaté, on a été ferme en actions cl en paroles ; mais, la guerre même a fait aussiUH éclore de nouvelles circonstances. On n'avait pas voulu les prévoir; il a bien fallu cependant com|Miser avec elles.

L’empereur Alexandre est d'avis que l'Autriche a mérité et doit recevoir une leçon • : il n'est pas d’avis que la leçon aille jusqu'à détruire cette monarchie. Ce prince se propose bien de remplir les devoirs de l'nllianee ; mais là où il doit agir, il voit du danger pour l'inlérét russe, pour un intérêt délicat destiné à être un long sujet de contruvcrsc entre lui et Na|M>léoii. Ici les rap|>orts diplomatiques de la Russie avec la France doivent expliquer sa conduite militaire.

Le désir de rempercur Napoléon eût été qu’un corps russe se portât vers Dresde. La proposition en fut renouvelée, le 16 avril, par le duc de Vicencc. Ce plan ne convenait point à l'empereur Alexandre.

•I C’eût été, dit-il, affaiblir l'armée de Galicic. u A partir de ce moment , la Galicic est le point sur lequel va se porter rattention du cabinet russe. Toute la politique russe est là. L'empereur Alexandre en convient de la manière la plus formelle. Dans le cas où l'Autriche devrait éprouver un démembrement, « la Russie, en aucun cas, ne pour- » rail souffrir que la Galicic, en tout ou en partie, » pansât tou* une autre domination que la sienne, n Selon ce prince, enjoindre une partie au duché de l’arsovic , ce serait s'acheminer au rétablissement de la Pologne, ce qu'à aucun prix la Russie ne saurait admettre. 11 serait plus convenable d’agrandir la Saxe aux dépens de la Bohême. La déclaration était nette. Le duc de Vicencc y répondit avec une égale franchise. Il rejeta bien loin l'idée de voir passer la Galicic sous la duininalion russe. Une pareille acquisition menacerait l'indépendance de l'Europe, qui devrait bien plus craindre le rétablissement delà Pologne dans les mains de la Russie que dans les mains de la Saxe.

Tandis que ces conversations ont lieu à Pétersbourg, les proclamations de l'archiduc Charles y parviennent. Elles sont regardées cominc une véritable déclaration de guerre. Fài conséquence le duc de Vicencc insiste pour que les troupes russes accélèrent leurs mouvements. Il doute <le la bonne volonté des généraux qui les connnandent. L’empereur répond qu'il saura bien se faire obéir. A cet égard il se trom|>c. t,)uoiquc , par suite des dispositions de sa cour, il ne se propose pas de se livrer à de grands efforts en faveur de la France, ses généraux feront moins encore qu’il ne voudrait faire. De là des retards, du temps perdu, des entraves

' 10 avril.

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AFFAIRES EXTÉRIEURES

mise^ par l'inüiiïiTeiicc ou l'ctpril d'oppoiiltoii.

dur de Viceiicc avoue dans plusieurs de ses lettres, qu'il serait tenté de croire i la mauraise Toi du cabinet même, s'il ne vuvailconibieii il Tallait de force à remporeur et au niinisire p<»ur résister à l'opinion de tout ce qui les entournr. Deux garanties le rassurent. Il'une part, le ministre ne peut se sauver qu'en afTennissant le système qu'il a contribué à établir; d'autre p.irl, pour remi>ereur meme, tout changement paraîtrait une faiblesse, ■ et de là K à une calaslropiic il n'y aurait qu'un pas. ■ Tous deux sont donc sinrères, mais en même temps il est vrai qu’il répugne généralement d'envoyer une armée dans le duché de Varsovie. On craint tout rapport avec ce pays. Ce sera une chose inouïe de voir des troupes russes marcher avec ce qu’on appelle à regret des Polonais. Ee prince Galittin n'est pas un bon choix, et cependant c'esl encore l'un des moins mauvais que l'un ait pu faire. Dans une telle })osilion, l'empereur Alexandre, (Miur excuser jusqu'à un certain {>oint le peu d'activité qu'il va mettre dans son concours, croit devoir .vussi faire entendre quelques plaintes sur la tiédeur que la France a mise à le seconder en des circonstances antérieures. Si, l'an dernier. dH Ü, on sc fût joint à lui en Danemark, les aflaircs de Suède seraient terminées. Si on ii 'avait pas traîné en longueur celles de Turquie, il aurait une armée de plus à offrir à l'empereur Napoléon. Ces récriminations, quoique exprimées d'un ton amical, venaient dans une singulière circonstance. Jointes aux lenteurs du prince Galitxin, elles inspireront quelques doutes â l'Empereur sur la sincérité d'Alexandre, ou peutélre il affecta ces «Inutes sans les concevoir en effet.

« Ijc cœur de l'Empereur est blessé, disait H. de n Champagny au duc de Vicence, dans une dé- N pèche du 3 juin : il n'écrit pas à cause de cela à M reiiipcreur Alexandre. Il ne peut pas témoigner » une confiance qu'H n'éprouve plus ; il ne dit rien,

» ilhe se. plaint pas... 40.000 hommes dans le dun clié de Varsovie auraient rendu un véritable ser- N vice... Rogaivies comme annulées vos anciennes K instructions... Paraissez satisfait, mais ne prenez n aucun engagement... Par cela même que l'Ein- ■ porteur no croit plus à l'alliance de la Russie, il n loi importe davantage que cette erreur, dont il • est desabusé^, S4iit partagée {>ar toute l'Europe, n Le niinisire ordonnait au duc de Vicence de brûler cett^’ lettre après l’avoir lue. I/Emporeur pcnsoit-il ce qu'il faisait écrire à son ambassadeur? Nous ne le croyons pas. Il nous semble plulûl que c'était un coup.d’aiguilion qu'il voulait donner à la susceptibilité de l'empereur Alexandre. Sans contredit Napoléon aurait eu droit d'être mécontent la longue^ inaclioiidu prince Galitzin.silacause réelle de cette

' inaction ne lut eùl pas clé connue. Six semaines après l'ouverture de la campagne, ce général ne croyait pas son armée encore assez réunie pour se porter cil avant. Il laissait les Autrichiens roattres ! du duché de Varsovie, jusqu'à ce que les Polonais seuls parvinssent à les en chasser. Heureusement ceux ci se suflircnt à eux-inémes. Il fut cependant ' une circonstance où le secours des Russes leur eût été irés-uliie. I.0 prince Poniatowski avait fait occuper Sendomir par le général Sokolnicki, mais bicniùl celte place fui vivement pressée par les Autrichiens. Soktdnicki leur opposa une courageuse résistance, cl même leur causa une perle de plus de deux mille hommes, dont cinq cents prisonniers; avantage rare {Muir un assiégé qui se dcfcnii ; mais,

I au bout de quelques jours, les munitions lui man-' quant, il fut obligé d'évacuer b ville. Il en sortait sous 1rs yeux des Russes, qui étaient à |ieu de distance de là. sur le San. au nombre de 24.000 hommes. Vaineiiieiit le prinre Poniatowski. occupé ailleurs, s'adressa au prince Gililzin, et lui reprocha son immobilité. Celui-ci répondit qu'il était assuré que les Autrichiens allaient repasser sur la rive gauche de la Vistule ; que, d'apriaeâ iHatructions, il devait sc contenter de ce résultat, et se tenir sur la rive droite du fleuve.

Cet aveu du prince Galitzin constate la nature du principe qui règle la marche de son armée. (Juc rem|>creur Na|>oléon atteigne l'Autriche par- I tout où il le jugera convenable, on ne s'y oppose pas; on n'y met qu’une exception; il peut la frapfier partout, mais non en Galirie ; or, par suite du cours de la guerre , c'est en Galicie que l'empereur des Français appelle la coopération de l'armée russe, en Galicie où les proclamations du prince Poniatowski ont excité une fermentation générale. Comment demander aux Russes d’attiser un feu qu'ils désirent éteindre, un feu qu'ils craignent de voir ' s’étendre aux provinces polonaises réunies i leur empire? I.cs Russes, lorsqu'ils entreront en Galicie,

I donneront lieu aux plaintes des Polonais ; ils réprimeront le mouvement révolutionnaire, iis rélaUironl les autorités autrichiennes, rien de plus naturel. Pour les hommes qui ne vont pas au fond des choses, cette conduite pourra paraître hostile envers la France; elle ne doit pas être telle aux yeux de * Napoléon; il a été prévenu, il sait que la Russie défend un intérêt qu’à Erfurt et ailleurs il a plus I d’une fois promis de ménager; elle est dans son j droit, il n'y s de sa part ni trahison ni perOdie. Scru- { lement la circonstance est fâcheuse en ce qu'elle I l'cinpèchc de recueillir de l’alliance russe aufanl d'avantage qu'il avait dù en alleiMlre. Le rappel du chargé d'affaires de Rulsie à Vionne, le reiivor de l'ambassadcUf autrichien prince de Scliwarzcni-

CHAPITIIK XllI.

berg, de Pétersboarg, la proclamation publiée par le prince Galitzin, tout annonce l'intime union de Napoléon et d'Alexandre. La Galicie seule s'élève comme une barrière fatale entre les deux empereurs.

Cependant, peu de jours après avoir fait écrire à son ambassadeur en Russie les étranges paroles que nous avons rapportées plus haut, Napoléon, calmé par des lettres plus récentes, se montrait de nouveau conGant envers l’empereur Alexandre, et cette confiance, malheureusement il la témoignait aux dépens de la Suède. Ce n'était pas sans regret qu’il avait vu arriver le moment où un traité allait consacrer la possession de la Finlande pour la Russie. Le sacrifice, il est vrai, avait été décidé à *£rfurt; mais, après les événements survenus en Suède, Napoléon voudrait pouvoir ou l'ompècher tout à fait, ce qui n'est plus guère possible, ou du moins en retarder l’accomplissement. Dans son séjour à Munich, le 10 mai, il avait |>csé de nouveau les inconvénients d’une cession si considérable. La Finlande contient un million d’habitants ; elle fournissait SIS, 000 hommes; elle pourrait en fournir W,000. Les impéts qu'elle paye forment le tiers des revenus de la Suède. Par cette acquisition , la Russie va dominer dans la Baltique; et cependant la France doit prévoir un temps où la Russie pourra

s’unir à l’Angleterre Si du moins on pouvait

conserver à la Suède Abo et les lies d’Aland!... Telles étaient les réOexions qui, à Munich, avaient occupé une des heures que Napoléon dérobait aux affaires de la guerre. Déjà, de Donawert, il avait écrit au roi que la paix ne pourrait pas se négocier tous tes^eux à Paris, comme le roi l’aurait désiré ; mais cependant il avait autorisé le plénipotentiaire suédois à se rendre en France.

A Vienne, après les journées d’Essling, la position de l’Empereur lui commande beaucoup de ménagements avec la Russie. Quoique le corps auxiliaire russe rende peu de service , quoiqu'il soit même quelquefois un embarras plutét qu’un renfort, une déclaration de guerre de la Russie à l’Autriche est un fait d’un grand poids dans le cours général des événements. C'est un avantage précieux pour Napoléon que la Russie soit réputée avec lui et non contre lui. L'abandon de la Suède est le prix qu’en reçoit le cabinet de Pétersbourg. Napoléon fait écrire à M. de Romansof > qu’il a toujours été dans son intention que ce fût l’empereur Alexandre qui fit la paix de la Suède, qui la fit seul, qui fût seul,

' 10 juin.

’ Une dénégation alMohie eût été mensongère, t.c prince de Neiifch&tel avait, an eomnienccment du ranis de mai, écrit au prince Poniatowski : « Excitez l’insurrection de

sur ce point, le véritable arbitre de la paix et de la guerre. L'unique condition qu’il exprime est l'obligation pour la Suède d’entrer dansfalliaticc conire r.Anglcterrc.

En meme temps, à l'égard de la Galicie, l'Einpcrcur cherchait à dissiper ou à éloigner du moins les inquiétudes du cabinet russe. Il se disculpait j légèremetit - d’avoir provoqué l'insurrectian de I cette province, qtioiqu’il y fût autorisé par l'exemple : des Autrichiens qui avaient voulu partout soulever I les populations, dans le duché de Varsovie comme i en Allemagne. S’il y avait eu des ordres du jour, des I proclamations qui parussent avoir ce même but,

I c’est qu'il avait bien fallu répondre à rAutriche dans I sa propre langue. Au reste , des proclamations ne I sont pas des traités. Provisoirement Napoléon ne I voit qu'un moyen de tranquilliser la Russie. Il fera ! prendre possession de la Galicie au nom de la France; elle sera la conquête de la France et non celle du duché, expédient dont on sera peu satisfait J à Pétersbourg.

L’état des rapports entre les deux empereurs étant bien connu , la marche de rarinéc russe, scs lenteurs habituelles et son activité d'un moment se trouvent expliquées. Ainsi, lorsque plus tard, après avoir en trois jours enlevé la forteresse de Zaniosc et fait sa garnison prisonnière, le prince Poniatowski marchera sur Cracovic , les Russes, trèsalertes en cette circonstance, s’y précipiterontavant lui , bien assurés que les Autrichiens seront plus empressés à leur en faire la remise qu’aux Polonais. En effet, les Russes arrivèrent les premiers, et placèrent devant la ville une brigade pour en fermer l’entrée au corps du prince Poniatowski. Cet appareil d'opposition l’inquiète peu. Il fait sommer le général russe Sievers de lui ouvrir le passage , et sur son refus, il lui annonce qu’il va ordonner la charge. Les Polonais s’avancent, les Russes ouvrent leurs rangs, et la ville est occupée en commun. Pendant plusieurs jours. Russes et Polonais se menacent des yeux et semblent prêts à en venir aux mains. Les aigles françaises, plantées sur les murs de Cracovic, imposent silence aux passions, et ramènent une harmonie au moins apparente entre les deux armées. Par la retraite des Autrichiens elles n’eurent plus qu’à s’entendre sur leurs cantonnements respectifs , ce qui ne se fit pas encore sans quelques difficultés. Nous ne disconviendrons pas que les craintes de la Russie à l'égard des insurrections polonaises ne fussent fondées sur de justes

* la Galicie, cela fournira de» l>a(aillnns miles. Augmenie/.

• votre armée par tou» le» moyen» possibles.... Non* '■* faisons cause eomniiine avec les Russes. • •

AFFAIRES EXTÉRIEURES

• rj.-s

motifs. De toutes les parties de l'ancienne Pologne, il accourait de généreux patriotes qui compromettaient leur fortune et celle de leur famille en se rangeant sous les drapeaux du duché, leur espé-

rance d'avenir. A In ün de la guerre, l'armée polonaise comptera plus de quarante mille hommes sous les armes.

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