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CHAPITRE XIV

POLITIQUE ET GlERRE.

Suppression de l’ordre Teiilooique. — Séquestre des biens de ]a noblesse médiatisée. — Réunion de trois prorinccs des Etats romains au royaume d'Italie. — Projet d’évasion du pape. — Défense faite par k pape de prêter serment à Napoléon. — Dan(*er des demi-mesures. — Goût du pape pour l'emphase et la violence du style. — Plaintes du pape sur raltoiition du tribunal de rinqiitsiiion. — Rêelamatinas sur ks principes prorlaroés en France. — Bulles offensantes pour l'Enipereur. — Triomphe de l’autorité poolifirale sur l'aulorilé française. — InflexiUililé du saint-père. — Espoir du pape trompé par b>s revers de l'Auirirhe. — Décret pour riocorporaiion des Etals romains i l'Empire, daté de Srhcrnbninn.— Bulle irexrommunicalion contre l’Empereur. — Fixité de la politique du saintHiiéfye. -> Emlèretnent du pape. — Guerre trAulriche. Bataille de Raab, çaBnée par le prince EiiQène. •>- Préparatifs d'une grande bataille. BiLailtr de Wagram. — Nomination de Macdonald à la » dignité de maréchal de France, sur le champ de bataille. — Ordre du jour du prince de Ponie*Corvo.

liA rupture des ponts du Danul>c a suspendu pour un lemps les combats devant V'icnoe. Les chefs des deux armées $c sont retirés sous leur tente ; ils aiguisent le fer pour le croiser plus tard. Dans ce moment le canon est muet; le silence va régner six semaines sur ces terrains qui ont été cl qui redeviendront bientôt des champs de bataille. Nous allons profiler de cct intervalle pour re> prendre des faits et des questions que les événements de la guerre nous ont fait négliger jusqu'ici. Napoléon a dans la main un double glaive. Tandis que scs artnées battent les Autrichiens, ses iiécreU prononcent des abolitions de corps politiques et des déchéances de princes.

Chemin faisant, le Ü avril, il avait, de son camp de Rati.sbonnc, déclaré l'ordre Teutonique supprimé dans tous les Étals de la confédération du Rhin, et donné au roi de Wurtemberg la principauté de Mcrgcnthcim, chefdieu de l’ordre. Cette possession, enclavée dans les Étals de ce souverain, était depuis plusieurs années Tobjcl de son ambition. L'Empereur, par là, satisfaisait un allié zélé pour sa cause, et frappait la maison d’Aiilriclic dans un de ses princes, grand maître de l'ordre Teutonique , l'archiduc Antoine. T..es biens de l’ordre étaient réunis au 'domaine des souverains dans les États desquels ils se trouvaient enclavés, à la condition, pour ces souverains, de faire des pensions aux jnembres de l’ordre, en exceptant toutefois ceux de ces membres qui, dans la guerre

actuelle, avaient porté les armes contre la France ci les Étals de la confédération.

Lorsque après les journées d'Essiing, des comités d'insurrection, encouragés par la présence d'un corps d'année autrichien que commandait le général Radivojevich, sc formèrent à Nuremberg et sur quelques autres points de la Franconic, la priiicipaulc de Slcrgenlhciin ne dut pas échapper à la contagion ; mais, grâce à la vigueur du roi de Wurtemberg, le triomphe des partisans de rAutrichc n'y fut pas d'une longue durée. I,e canon enfonça les |K)rli^ de la ville qui refusait de se rendre, et de sévères cliâlimcnls firent une prompte justice de la rébellion.

Un décret, également daté de Hatisbonne cl du 24 avril, avait aussi frappe d'autres ennemis de la France; c’étaient les princes et comtes de l'Empire, qui, ayant par l’acte xlc Ia confédération du Rhin, cessé d'élre princes et comtes immédiats, ne s'élaieiit pas conformés aux dispositions des articles 7 et 51 de cet acte. I.c décret ordonnait que le séquestre fût apposé spécialement sur les biens de ceux qui, au mépris de ces articles, avaient continué à occuper des emplois, soit civils, soit militaires, au service de l'Aulricbe. Leurs biens devaient être confisqués, une moitié au profil des rois ou grands-ducs dans les possessions desquels ils étaient situés; l'autre moitié au profit du trésor français pour récompenser les ofiieiers et soldais qui rendraient le plus de scrv ices dans la campagne.

ArFAlRES EXTÉRUXRES.

lî)7

Le préambule du décret impérial portait que c'était ])rincipalomcnt à ces comtes et princes que le continent (levait le renouvellement dos hostilités. En effet, ils n'avaient pas même à se plaindre de n'avoir pas été suffisamment prévenus du danger auquel ils s'exposaient. Plusieurs fois, et notamment . par deux lettres de février 1809, l'Empereur avait engagé les souverains confédérés à rappeler dans leurs États ces princes et comtes qui en étaient les plus riches propriétaires, et qui habituellement résidaient à Vienne', où ils excitaient l'Autriche contre la Franco. Cette noblesse médiatisée, ne pouvant oublier que naguère elle dépendait uniquement du chef de l’empire germanique, avait prété peu d'attention à la voix de princes dont il lui répugnait d'étre réputée sujette, surtout à l'approche d'une guerre où tout promettait à l'Autriche un infaillible triomphe. La mesure prise par l'empereur Napoléon était rigoureuse, mais mérit(;e. Elle fut proclamée de nouveau par un décret daté de Schœnbrunn le 14 mai, qui consacrait la confiscation ordonnée par celui du 24 avril. Ce second décret, dicté par la colère de la guerre, restera sans application après la conclusion > de la paix.

De toutes les déterminations adoptées en 1809 par l’Empereur contre les princes étrangers, la plus grave sans contredit fut l'incorfioration ^ de la totalité des Étals de l'Église à l'empire français. Le caractère du pape Pie VII rendait cet événement facile à prévoir. L’enlèvement d’une partie de son territoire en 1808 n’avait changé en rien ses sentiments; la perle du reste ne devait pas l'ébranler^ davantage en 1809.

Avant que le décret du 2 avril 1808, qui réunissait au royaume d'Italie les provinces d’Urbin, Ancéne, Maccrata et Cameriiio, reçût son exécution, le chargé d'affaires de France à Rome, M. Lefebvre, avait demandé au saint-père ses résolutions défiiiitives. Une note de M. de Chainpagny, en date du 3, laissait encore la porte ouverte à un accommodement. «La proposition dont l’Empereur H ne se départira pas, disait ce ministre, est que i> toute l'Italie, Rome, Naples, .Milan, fasse une n ligue offensive et défensive, afin d'éloigner de I) l'Italie le désordre et la guerre. Si le saint-père •1 adhère à cette proposition, loul eut terminé. S'il » s'y refuse, il annonce par celte délermiiiation ;> qu'il ne veut aucune paix avec l'Empereur et

' Parmi les personnages atteints par le dtierct impérial se trouvaient les comtes <lc Sladion, Metternich, Zinzendorf, ainsi que les princes de Lichtenstein, de Furslemberg et autres.

’ Le décret de l’Empereur, daté de Sehœnhrunn, le 17

2 DIGSOX.

» qu’il lui déclare la guerre. Le premier résultat « de la guerre c’est la conquête, et le premier résul- I» tat de la conquête c’est le changement de gouverr nement; car si l’Empereur est forcé d’entrer en î» guerre avec Rotnc , ne l’est-il pas d’en changer i> le gouvernement, d’en établir un autre qui fasse# s< cause commune avec les rois d'Italie et de Naples !> contre les ennemis communs? Ces changements » ne feront perdre au pape aucun de ses droits 1» spirituels; il continuera d’étre évêque de Rotne,

» comme l’ont été ses prédécesseurs dans les huit i> premiers siècles et sous Charlemagne. Néanmoins H ce sera un motif de douleur pour Sa Majesté de i> voir l’imprudence, l'aveuglement détruire l'œu- » vre du génie, de la politique et des lumières...»

A celte nouvelle démarche du gouvernement français, le cardinal Gahrielli répondit, le 19 du même mois, que le saint-père ne connaissait d’autre règle que son devoir et sa conscience; que, comme son devoir et sa conscience l’avaient empêché , h une époque antérieure, d’accéder à la confédération qui lui était proposée, ils ne lui permettaient pas davantage aujourd’hui d’accepter la proposition d’une ligue offensive et défensive qui, à la vérité, paraissait différente de la première , mais qui n’exceptait, par sa nature, aucun prince avec lequel les circonstances ne pussent mettre Sa Sainteté eu état de guerre, (gluant à la menace faite au saint -père par l’Empereur de lui enlever .son temporel, «S. S.,

» répondait le cardinal Gahrielli , se consolera par ^ » les paroles de son divin maître : Heureux ceux qui » souffrent pour la juste cause...» Il ajoutait : «Le » renversement du gouvernement ne sera pas une » suite de la conquête, mais un acte d’usurpation.

» Par un tel acte , on détruira , non l’ouvrage du » génie et des lumières, mais l’ouvrage de Dieu de » qui provient toute domination, et surtout celle » qui a été accordée au chef de l'Église pour le plus » grand bien de la religion.» Celle réponse du ministère pontifical ne laissant plus aucune voie à un arrangement, le ciiargé d’affaires de France demanda ses passe-ports et quitta Rome. Alors c0(amença l’çxécution du décret du 2 avril. A la première nouvelle qu’on en reçut à Rome, on se récria > sur la date de ce décret, qui semblait rendre dérisoire la note du 3 adressée par fc ministre de l'Empereur. Le reproche était injuste. Si le pape eût cédé à la dernière instance du 3 avril, le décret du 2 n'eût point été exécuté. Cette plainte d’ail-

mai 1809, scr.s confirmé par on sénalus-consolic du 17 février 1810.

’ Note remise no chevalier Albert! , chargé <raffaires du royaume d’Italie.

ClIAl'ITllK XIV.

leurs csl surtout étrange de In part d’une cour qui depuis est eon venue (|iie, dès 1800, ]>lusicurs huiles d'cxcnmiminicatioii cuntre l'Etnpereur avaient été rédigées ' d’avance, signées ensuite par le saint-père, et scellées du sceau pontilical, huiles conçues dans «des ternies divers sur quelques points, pour être mises en usage selon la diversité des circonstances.

L’une des considérations énoncées dans le décret du 9 avril était le refus constant du saint-siège de faire la guerre aux Anglais, et de s’allier aux royaumes d’Italie et de Naples. La cour de Home opposait à ce grief que le pape ne pouvait pas déclarer In guerri'à un gouvernement dont il n'avait reçu aucune offense; que d'ailleurs il avait offert de garantir, par ses forces, tout le littoral d'une agression hostile. Le |)npc, sans doute, croyait que ce genre de garantie devait avoir quelque valeur; mais lui seul pouvait le croire. Il prétendait que toutes les puissances respecteraient sa neutralité; mais d’ahord serait-il resté neutre? Le cardinal l’acca raconte que son prédécesseur, le cardinal Gahrielli, avait fait des arrangements avec le gouvernement sicilien pour enlever le saint-père. Dans de hut, une frégate anglaise vint croiser, pendant quelques jours, à peu de distance de Civita Vccchia pour recevoir Sa Sainteté. Comme il n’arrivait pas, un émissaire, c’était un franciscain, en hahit laïque, se rendit à Rome pour presser son voyage, l’ie VII dit alors au cardinal Pacca que ce projet n’avait jamais eu son entier assentiment; et. après en avoir pesé de nouveau les inconvénients et les avantages, il fut décidé que le saint-père ne |»artirait pas. La déliance de l'Empereur sur la conduite que pourrait tenir le gouvernement romain ahandonné à liii-mèmc était-elle injuste et mal fondée?

Celui des motifs exprimés par le décret impérial qui blessait le plus vivement le saint-père était l’assertion que la donation faite par Charlemagne du pays composant les Étals du pape avait eu lieu au profil de la chrétienté et non en faveur des ennemis de notre sainte religion. Il est intéressant de voir quels frais d'éloquence fait le ministère romain pour démontrer que ce n’est point Charlemagne qui a fait don de ces provinces au sainl-siége. « Il » est notoire, dit le cardinal Gahrielli, que les » papes, à une époque plus reculée, en ont nhtenu » la possession par la soumission volontaire des » peuples abandonnés par les empereurs d'Orient ; <> qu’enfin, lorsque l'exarcat de Ravenne et la l’en- » tapole avaient été occupés par les Lombards, U Pépin, le père pieux et magnanime de Charle- » magne, les leur arracha, et les remit au pape n Etienne.» Ce débat de Napoléon etdusaint-siégc

’ .Mémoires du cardinal Pacca.

sur un point de fait historique, objet do tant de controverses, débat où l’on s’opposait réciproquement /a notoriéli, était également déplacé de part et d’autre. Pépin et Charlemagne n'avaient rien h démêler dans un pareil procès, et, lorsque le pape Pie VU, pour s'abstenir de faire cause commune avec le reste de l'Italie, n’alléguait d’autre raison que sa erainle sans cesse répétée d’èlre entraîné à la guerre •: contre une puissance catholique, » l’empereur Napoléon pouvait se dispenser d'invoquer la donation de Charlemagne pour avoir droit de punir un prince qui, par son obslinalion à ne ! pas vouloir cire son allié, restait ainsi un véritable I auxiliaire pour scs ennemis.

{ A la suite de celle publication, le jiape adressa I un bref dans le même esprit à l’empereur Najioléon.

I En même temps il fit envoyer dans les provinces ' qui lui étaient enlevées des instructions portant défense de prêter serment au gouvernement usurpateur, attendu que ce serment serait u illégitime, :> blaspliémaloire et sacrilège. » Ces instructions défendaient en général aux habitants d’accepter des fonctions du gouvernement nouveau, cl aux évêques et prêtres de chanter des Te üeum pour la fondation de ce gouvernement.

Les évêques, d’apres l'ordre du saint-père, refusèrent d’abord le serment qu’on leur demandait, mais ils n’eurent pas tons sa sublime abnégation. D’ailleurs un pape, même opprimé, est toujours dans une importante position. Le monde a les yeux sur lui, et le combat seul rehausse sa grandeur. Il n'en est pas tout à fait aipsi d’un évêque, sans le temporel de son évêché. Vainement ceux-ci cinijurent S. S. de révoquer scs défenses. L’inficxiblc vieillard y persiste; il entend que tout le clergé sache souffrir pour la religion. •> Ce qui était illicite

» hier, ne peut pas être licite aujourd’hui »

Plusieurs ne se crurent pas obligés de se soumettre à la volonté du saint-père.

Si jamais le danger d'une demi-mesure se fit sentir avec éclat par «les inconvénients de chaque jour et de chaque heure, c’est, con»me nous l’avons déj.i remarqué, celle qu’avait adoptée Napoléon, en laissant le pape à Rome sous l'oppression d'une force française, sans l'avoir formellement dé))uuillé : de ses États. Chaque jour des notes adressées aux I ministres étrangers, au nom du saint-père, les • entretiennent des contestations survenues entre le I général français et le gouvernement pontifical. De ; l’aveu même du cardinal Pacca, ces agents encourageaient les dispositions hostiles du pape contre la Erance, en lui prodiguant les éloges u pour sa fermeté et son énergie. » Le général français a beau éloigner un cardinal; un autre le remplace, i et l’esprit ne change pas. A sou entrée en fonction.

AFFAIRES EXTËLUEL'RES.

ic cardinal Pacca, rt c'est lui-rnénie qui le raconte, annonça le désir de rétablir le bon accord entre les deux autorités. T.e général Miollis s'en montra très* satisfait, et y porta toute sa bonne volonté, mais le nouveau secrétaire d'Étal ne fuit pas persister longtemps dans ce système de douceur cl de nuHiération. « Seigneur ('.ardinal. lui dit un jour le saint*

» père, on croit que nous sommes endormis ; il H faut faire voir que nous sommes éveilles, et n adresser au général français de vigoureuses rén ciainaliuns. » Pacca convient qu'il ri’approuvait pas le style exagéré et violent des proclamations de son prédécesseur. Elles lui paraissaient sortir des convenances ministérielles, surtoutd'un ministère ecclésiastique ; mais sa raison et son Ixm goût furent obligés de fléchir. » Je dois ajouter, dit-il,

>• que tels étaient les désirs du saint-pérc. Ces n expressions même, les plus emphatiques et les

• plus rudes, que je n'aurais pas voulu employer, fl étaient précisi^mcnt celles qui élaietil le plus apfl plaiidies rt le plus goUtées par les habitants et H les étrangers, n Par ces explications du cardinal Pacca sur le langage qu'A regret Ü a été obligé de tenir, on peut juger les influences qui agissaient | sur le saint-père. Lorsque le cardinal, qui sc pré- I sente lui-ménic comme l'un des conseillers les plus modérés de Pie Vil. transforme en inexcusables attentats la prétendue extension donnée par l'Empereur au concordat, la publication du code Na|>oléon, la suppression des ordres réguliers dans tous les pays dépendants de la France. elenlinl'alKditiun en Espagne du tribunal de l'inquisitiori. de ce tribunal a/ iW/^nenieit<co/omN>é, etaiutileàt'l^ÿtise, il est manifeste que tout rapprochement est impossible entre des opinions si anli|>;ilhiqucs les unes aux autres.

Dans une séance du corps législatif français, le â novembre 1K08, le ministre de l'inlérieur, en rendant coinptc de la situation de rempirc, avait annoncé la création de six mille succursales nouvelles. ce qui en élevait le nombre à trente mille, comme aussi la création de huit cents nouvelles bourses et seize cents demi-bourses réparties entre les divers séminaires * de France. «* Ainsi, conli- M nuail le ministre, sc complète rétablissement rc- •• ligieux dans l'^pirc. I.c concordat a rétabli une

* Napoléon avait à conilwUre, «lana le conseil iTÉtat, des boœnira fort (âges, qui n’avaieni paa apprutivc Ira eréationa de xéminairea, • Noua avoua, leur diaaîi-il. «Ira fl milliers de préirea dangereux par leur fanatisme et fl leur ignorance. Il Faut letir préparer dea auceeaaeura

• plus éclairés, rn tes élevant <laos des éroles spéciales

• qui icrool sous la main de l’autorité.» f>ite surveillance de raulonlé déplaisait extrêmement à la cour de Rome et Fnrinaii un de ses griefs contre rEiupereur.

fl paix inaltérable entre le IrAnc Cl l'autel. La .source fl des débats, qui furent si dangereux tant que l'on fl supposa deux puissances, est désormais tarie ; fl l’autorité du souverain n’est plus menacée par fl des maximes étrangères. Le conconlat. cet acte » de paix si célèbre, a fixé |)our toujours le respect n et la fidélité envers le culte le plus généralement » établi, et consacré la tolérancedes autrescultes. fl Il semble que rouverlurc de six niillc églises nonvoiles du culte catholique en France, et ta dotation qui fournit, chaque année, i à, iOO jeunes gens de plus les moyens d'instruction ecclésiastique, devraient être accueillies par les bénédictiims du saint-siège. Loin qu'il en soit ainsi, les paroles relatives à la munilicencc de l'Empereur envers l'Église .sont des hérésies qui lui enlèvent tout le mérite du hienfail. C'est de l'indignation qui éclate à Rome , et non de la reconnaissance. Le pape se hâte de faire adresser aux agents étrangers une longue note où sont combattues avec véhémence les assertions du gouvernement français. Il se plaint qu’oii lui attribue les principes et les effets qui dérivent des lois organiques publiées avec le concordat, maisauxquclles il n'a pas eu la moindre part. Sa Sainteté, au contraire, lorsqu'elle en cul la douloureuse connaissance, s'empressa de faire entendre ses justes réclamations, dont clic ne s'esi jamais désistée. Le passage relatif à U cessation des débats qu'avait suscités la tuppoiilion de deux puiseances avant rexisteiirc du concordat, renferme un dogmecnndamnablequc re|Hiiisse le saintpère. Ces deux puissanres, « on ne les a pas supn posées; elles existaient * réellement, roitmieelle.s » existent encore. Ni le concordat ni les lois nrga- » niques ne pouvaient faire disparaître la distinc- » lion marquée par Dieu même entre les deux piiis-

n sanccs, spirituelle et temporelle U est faux

Il aussi que le concordat ail reconnu et consolidé fl l'indépendance de l'État eide l'Église de France, fl Si cette indépendance existait, U y aurait un

» schisme Il est également faux et calomnieux

w que le concordat ail consacré la iolèranea^dti » autres cutlee.,.. Si, dans les articles organiques, N on mettait en avant une telle tolérance» ces arti- M clés ont toujours été réprouvés par le saînt-pére. » l.a déclaration poiUiticale ne se bornait pas i ré-

* I.C 50 novembre.

*C'éiaiip.irrimpouîbîliléderonnlierrexistenecsimul tatiée (le ces deux piiîssanres. que l'Rrapemir voulait 1rs réduire Ih une seule. «Je ehercbr en vain, diiait-il dans

• une séance du conseil d'fltal. où placer U limite entre

• ratitnrilé eivile et l’autoriié religieuse. J'st iieaii regar-

• der.je uevoisque des nuages... Le gouvernement civil - condamne à mort un erimind ; Ir prêtre lui donne l'ab

• solution et loi promet Ir |>arndis. •

CIlAmUK XIV.

[ISW]

iOU

fuler le discuurs du minislre de Pinlérieur de

France; elle relevait aussi des «liscours adressés â l’Fmpereur pardesdcpules des nouvelles-provinces iUlienrieset les réponses de rEriipcrcur. DatisPunc de CCS ré|H>nses. l’Empereur avait dit que la théologie pouvait donner aux ecclésiastiques des règles sûres pour le gouvernement spirituel, mais non pour le gouvernement des armées et de radmiiiis- Iratioti; qu'ils devaient en conséquence sc rcn> fermer dans le gouvernement des affaires <lii ciel. Celte espèce de sentence, du nombre de celles qui, vraies en général , peuvent avoir des exceptions accidentelles, piqua vivement l’amour- propre de la Cour de Rome. Peu s'en faut qu'elle ne veuille établir la thèse contraire. Pour prouver l'aptitude des prêtres à la direction des affaires de ce monde, elle appelle à son secours les témoignages de l'histoire; elle cite XImenês en Espagne, et les Suger, Richelieu, Mazarin, Fieury en France. 11 restait peul-{Hrc à examiner si ces personnages ont été de grands hommes d’Étal parce qu'ils avaient étudié la théologie, ou parce qu'ils l'avaient o’ubliée.

A CCS dissertations souvent vchémeiites sur des |Miiiils de doctrine, le saint -siège, dans ses rapp<trts obligés avec la France, joignait des procédés qui n'étaient rien moins que conciliants et paciiiques. Ainsi des bulles expédiées par le saint-père pour l'institution d*un évêque nommé i Munlauban retifermaient des expressions offensantes pour l’Empereur. Repoussées par le conseil d'État, clics furent renvoyées à Rome pour être rédigées dans les fornics d’usage. Le saint-père répondit qu'il ne voulait rien cbanger. et qu'il ircn(cnd.iil plus appeler st»n cher lils un prince qui était devenu le spoliateur du patrimoine de Saint-Pierre. L’homme avait raison , mais le pape ! C'était là précisément encore le rcnouvdlemciit de ce combat des deux puissances dont l'Empereursc prétendait affranchi par le concordat. Ainsi le chef de l'Église continue à se porter vengeur des outrages que prétend avoir reçus le souverain de Rome! Le supnoiic pontife, que doit principalement occuper rinlérél des consciences, refuse de donner un pasteur aux chrétiens du diocèse de Mon(aub<in, parce que le souverain de Rome répugne â ronlrarlcr telle ou telle alliance! Nous avons déjà présente ailleurs ces réOexions; le retour des mêmes faits nous oblige, malgré nous , à y revenir.

Dans les luttes ln»p fréquentes qui s'élcTaient entre l'autorilc militaire françaiscct l'autorité poritîGcale, il en est une où la première reçut l'échec le plus complet, et uii tout l'Iioiincur fut pour la seconde. Le carnaval s<*ra-t il ou ne scra l-il pas fêté en 180!)? Le géttéral français désire que les fêtes nient Heu, et il rn ordonne les préptarnlifs.

Le saint-père les défend, et la voix du saintpère est écoulée. Cest au commandement désarmé que le peuple obéit. Il y a là une leçon jKmr tons les pouvoirs temporels. L’obéissance n’est assurée nulle part qu’à celui qui règne sur les esprits. L'aulorité française avait fait une grande maladresse en établissant, sur une pareille question , une querelle où tous les avantages étaient pour le saint-siége. Depuis le pape jusqu’au dernier des moines, le sacerdoee romain est dans un état permanent de conspiration contre la France. Dans toutes les tribunes secrètes et mêmes publiques, le clergé prêchant la soumission exclusive au vicaire de Jésus-Chrisl, quelle imprudence de commander à une population su|)erstitieusc les plaisirs et la joie, quand le pape, au nom du ciel, lui ordonne de ne pas outrager par des fêtes son souverain prisonnier! Toujours c'est comme prisonnier qu'il affecte do sc considérer; c'est lui qui, piur rendre odieuse l’autorité française, s'est cniidamnéà celte séquestration volontaire , et il s'attaelic à faire croire qu'elle est forcée. Le temps où clic le sera en effet viendra trop lût.

IKVs ce même mois de février 1809. le département des affaires étrangères en France établissait, dans des rap|K>rls à rKm|KTeur, la nécessité de mettre un terme à la souveraineté teinporellc du saint-siége. L’impossibilité de maintenir plus longtemps l'étal présent des choses était démontrée. Cet état de choses , par sa durée, tournait au désavantage de I? France; car, d.ins une lutte prolongée entre le fort et le faible, chaque jour qui s'écoule .'ijoule à l'illustratioii de la faiblesse courageuse et à 1.1 déconsidération de la puissance qui opprime. iMus le temps marche, plus le pape s’affermit dans sa résistance , et inspire de l'interèl même à ceux qui l'avaient d’ahord condamné. Le caractère de Pic VU sc soutient admirablement dans cette ilif- Ikilu épreuve, avec sa double nature d’orgueil humain et d'enthousiasme religieux. I.e contraste de ce qu'il |H'U( et de ce qu’il prétend a quelque chose qui frappe et qui étonne. Privé du libre dcvcloppcmenl du pouvoir temporel , il ne reconnaît à son pouvoir spirituel aucune sorte de limite. Ce prince qui, dans sa capitale. est sous la main d'un géiiér.il français, veut que son action s'étende sur toutes les parties de l'ordre social en France. Il trouve offensant pour le sainl-siégc et contraire à ses droits, qu'en France l’autorité des évêques soit soumise à un ministre laïque; que rmiivcrsité. nouveUemorit instituée, se soit arroge toute direction sur Vinslruction tic la jeunesse, et qu'elle prescrive le chois des éludes dans tes sciences sacrées Lorsque le

' i.’rnscigncnirnl des princip<'S de l‘F|;tisc gallicane.

Digilweii by

AFFAIRES EXTÉRIEURES

MÎnt-i)àr«coi)damnedc tels actes comme descrimes,

1.1 Franco et la raison se chargant d'en absoudre rEin|>ereur; mais l'excès de la prètonlioii, tout insensée qu'elle est. f une sorte de grandeur dans un Imiiiiiic sans armes. Il y a, en l'ie Vli, du prêtre ambilionx; il y a en lui du |Ktntife inspiré; Linlùl c'est la rolontbe timide et plaintive : il gémit entre le veêtibule et iautvl. Convaincu que la barque de saint Ficrre, quoique agitée par la tempête, ne peut pas périr, il se repose tranquillement dans le sein de Dieu, dontii esUe premier ministre. Tanlùlc'esl l'aigle du coinmamleinenl et de la foudre. H s'adresse au Tout -Puissant, et le prie ü'apparaitre dans toute sa majesté et toute sa force, au-dessus de son sanriuâire désert, et il ordonne aux rois de s'abaisser devant celui qui est le souverain des si»uverains. Sun langage est empreint des deux nuances dont son caractère se compose. Dans sa bouche, la menace est tour à tour sublime cl vulgaire. Aujourd'hui il dédare d'un ton solennel qu’après avoir vécu cil agneau , il saura mourir en lion ; demain il dit en style trivial : u Les Français veulent qu'on *• leur parle latin; ch bien, nous leur parlerons n latin. » Voilà le |>onlifc cl voilà l'homme.

Les csfHTaiices que 1e saint-siège avait fondées sur le prochain succès de l'armée autrirhionne cummaiidêc par l'archiduc Jean, s'èlaicnl pronqv leiiicnt évanouies; les soulèvements, préparés en Italie par les émissaires de i’Antriehc, de l'Aiigielerre cl de la cour de Rome, n'avaiont pu sedé* vcloppcr comme on s'y était allemiu, et prendre le caractère au moins apparent d'un mouvement général; mais, quoique partiel, l'esprit d'insurrection, fomenté surtout par tes prêtres, s'étendait du Tyroi jusqu'à Fcrrarc, à Ihilogne cleuTuKane. C*éUk un moment de crise pour Napoléon ; quoique vainqueur à Eckmühl, il avait encore devant lui des chaocea douteuses en Allemagne; la prudence lui prescrivait de prendre ses sûretés en Haiic. Il loi était démontré que , comme prince temporel, le pape était un ennemi irréconciliable, puisque, en refusant de s’allier avec lui, Sa Sainteté SC réservait la faculté de se déclarer contre lui le jour où tes armées françaises éprouveraient des revers. L'autorité française à Rome nu pouvait plus se soutenir sous sa forme actuelle; il fallait ou rendre au saint-t»èrc toute la plénitude de son indépendance, ou le détrôner. L'Empereur n'avait pas à hésiter; il prit le dernier p.irli. Puistiu'il devait en venir là, c'était uin^ grande faute de ne

' 17 ruai.

* Biriuôi t'iie sera <lêclai*ée la secomte ville de l'Empire.

* Un autre décret do lucmt- jour compe^ In roniuiik* !

s'y être pas décidé plus tôt. Le 17 mat, un décret, daté de Schœnhrumi, fil cesser toutes les iiiciTtiludes. Un acte si important dans son objet, si reiiiarquablv par les considérations sur lesquelles l'Eiii|KTcur s'appuie, mérite une citation entière et iitléraic. I/C voici:

U ‘ Onsidèrarit que lorsque Charlemagne, em- » pereur des Français, et notre auguste prédéces- » seur, Gl donation de plusieurs comtés aux evê- I» ques de Rome, il ne les leur donna qu’à titre de » Gefs et {tour le bien de scs Élab, cl que, par celte n dunalion, Rome ne cessa |M)ÎiU de faire partie de » son empire ;

» <,>ue <icpuis, ce mélange d’une autorité spirin tuHle avec une autorité temporelle a été, cdmuic n il l’est encore, une source de discussions, et n n porté trop souvent les pontifes à cnqdoycr l'ina fluence de l'une pour soutenir les prétentions de » l'autre; qu'ainsi les intérêts spirituels et les af- » faircs du dcl, qui sont immuables, se sont trou- » vés mêlés aux alTairi^ terrestres qui, par leur B nature, diaiigcnl selon les circufistances et la » politique des temps;

B Que tout ce que nous avons proposé pour con- B cilier la sùrelc de nus armées, la tranquillité et n le bien-être de nos peuples, la dignité et l’iiitén grité do notre empire, avec les prétentions loin- » porclles des papes, n'a pu se réaliser, nous avons î> décrété et décrétons ce qui suit :

B Article Les États du pape sont réunis à B l'empire français.

B Article â. La ville de Rome, si célèbre par les B souvenirs dont elle est remplie, et premier siège B de la chréliente, est déclarée ville * im^têrinlo et n libre.

B Article 3. Les restes des monuments élevés » par les Romains seront entretenus aux frais de B notre trésor.

B Article -f. I.a dette publique est constituée » dette impériale.

B Article 5. Les terres et domaines du |kipc sen ronl augmentés jusqu'àconcurrencc d'un revenu n net et annuel de deux millions.

B Article 6. Les terres cl domaines du pape, B ainsi que ses palais, seront exempts de toutes B impositions, 'juridictions et visites, cl ils jouiront » d'immunités particulières,

B Article 7. Le 1'' juin de la prcsenlc année, une I» consulte ^ oxlrannlinairc prendra, en notre nom, B possession des États du pape, cl fera les disposi-

t|p la raantére Biiivaoïc : le ('éuêral Miullii, gofivcrneur l'ûiéral; SaltceUi, ininisirc du roi de ÎSaptes; Degeraiido, Janet, del Pozio, maîtres des requêtes; di* Batbe, audttriir au conseil «flvut, secréiaire.

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