CHAPITRE XIV
doâ
>■ lions nécessaires pour que le régime constitu- » linntiel soit organisé et puisse être mis en vigueur >» au 1*'^ janvier 1810. »
Tamlisqiic rEin|>ereur adoplail ces mesures en Autriche, l’agilalion était extrême dans le conseil du saint-père. Plus de vingt jours après sa date, le «lécret irétait pas encore connu du gouvernement pontifical; mais déjà auparavant, sur le .soupçon d'un dénoùmcnt prochain, on délibérait dans le conseil intime si l'on ne devait pas le prévenir par un coup d'éclat, s'il ne fallait pas illustrer les derniers momeots de la puissance lemporcite du saintpère par des actes d'une grande énergie. A l'époque de la signature des décrets de Schœnbrunn, h il ne H s‘agis.sait t à Rome, de la part du saint-père, de N rien moins que de se montrer en habits pontii> beaux le crucilix à la main, de fulminer une ex- >■ coiitniuiiicatiun contre l'empereur des Français, X et de le déclarer le {lerséculeur de l’Église et des » suuverainscalholiqucs. >• La prudence l'emporta. t)n résolut d'attendre i'cvéïiemcnt : l’aUenle ne fui pas longue. Ce fut le âO juin que le pape et Rome connurent les décrets de l'Empereur. Ils leur furent annoncés par les salves d’artillerie du château Saint-.\ngc et par le déploiement du drapeau tricolore à la place du dra]>eau puntiücal.
matum esl, se dirent presque ensemble le pape cl le cardinal Pacca. Ce dernier est consterné, le pape reste impassible. Un exemplaire du décret impérial est ap{K>rtc. Le cardinal en fait lecture; quelque altération paraît un moment dans les traits du saint-pérc; mais presque aussitôt il a repris son calme et sa sérénité. Ucs protestations ilalicmies étaient prêtes; le pape les signa. (,)uant aux bulles d'excommunication, elles étaient, comme nous l'avons dit, signées et scellées d’avance. Le cardinal demanda s'il fallait aussi les faire alRchcr. Il y eut un instant d'hésitation. » ^uc ferait Votre » Éminence?!» demanda le saint-père, u La de- » mande de Votre Sainteté, répondit celui-ci, me M cause quelque trouble. Qu'elle lève les yeux au • ciel, qu’elle me donne ses ordres, et qu'elle s«>il H sdre que ce qui sortira de sa bouche .sera la vo- » lonlé'du ciel, n Le saint-père leva les yeux au ciel; après une courte pause, il dit : > Advienne H que pourra ! n et les bulles furent allUbées. Admirable elTcl des croyances religieuses ou de l'application politique de ces croyances I en présence
' Lrllres de M. Huefelia, évêque de Cbersonêse, «t de M. Ortoli, dépositaire des papiers de la légation de France à Rome, en date du mai.
* Le cardioal Pacca donne cea délaits dans une note. C'est ce qu'il y a de plus intéressant dans ses mcmoircs.
• A propos de cette prétenlioa du pape, l’Empereur
l'un de l'autre, le pape et le cardinal Pacca apl>cilcnl sérieusement rinlcrvenlion d’un miracle. Pie VII ne s'arrête point .i méditer, à réflécljir, à calculer cc que, dans l'intérêt i^éme de la religion, il doit c.spérer ou craindre de la mesure qu'il est question de prendre. Les conseils humains ne sont plus de saison; ce n'est plus sa raison qu’il consulte; il <k'mande au ciel une inspiration, il la lui demande en levant les yeux, et il croit répondre à la volonté divine en donnant l'ordre de lancer contre l'Empereur l’excommuniealion des longtemps préparée cl jusque-là retenue dans ses archives. Pour les personnes qui ii 'auraient pas une foi forte dans ce genre d'inspiration, il semblerait que c’est au jeu de croix ou pile que le souverain pontife joue ses propres destittéos et les destinées d'un grand empire lices h celles de Na(H>léoti.
C’est un privilège de la cour de Rome d'étre aujourd'hui cc qu'elle était hier. Les siècles s’écoulent; tout, dans le monde entier, prend une forme nouvelle; rien ne change pour le saînt-siégc; scs prétentions, son langage sont toujours tes mémos. L’cxcomniuuicalion de 1809 ressemble à toutes les excommunications antérieures : c'est toujours Nabot h qui doit (léfendrcsa vigne au prix de son sang; c’est toujours l'obligation de suivre le précepte de l'Évangile : •> Celui qui n'écoulc pas l'Église doit n être pour vous comme un païen et un publin cain; n c'e.st toujours la prétenliun à une suprématie absolue sur loulcs les puissances de cc monde. •: Qu'ils comprennent enfin (les auteurs de n nos maux) qu'ils sont soumis à notre empire et >■ à notre Irùne; car, nous aussi, nous excerçons >■ une souveraineté beaucoup plus noble, à moins a que l’on ne prétende que la chair ® est égale n à l'esprit et tes choses de la terre à colles du H ciel.... A CCS causes, par l'autorité de Dieu » (out-puissanl, par celle des saints aptHres Pierre » et Paul, et par la nùirc, nous déclarons que tous M ceux qui. après l'invasion de nome et du domaine » ecclésiastique et la violation sacrilège du palri- » moine de saint Pierre, prince des ap<'»lrcs, com- » mise par les troupes françai.ses, ont, dans ladite :• ville et dans les Étals de l'Église. aUciUé aux immunilés ecclesiastiques et aux droits temporels n du saint-siège, tous leurs fauteurs, conseillers et X adhérents, tous ceux enfin qui ont pris part di- X rcctcment ou indirectement à ces violences, ont
•IimIi un jourcLini son conftcild'État : ■ Voyez riosolcDce « (Ici prêln;!, qui, düiii le partage de rAutorîlé avec ce
• qu'ils Appellent le pouvoir temporel, se réservent l’ac-
• lion sur rinielligcnce, ta partie noble de rhoaimc. et » pi'élcndcDl me réduire à n'avoir d'action que sur les » corps. Ils gardent l'ânic et me jritetii le cadavre. «
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AFFAIRES EXTÉRIEURES
^ encouru rcxcommuiiicatioi) tiiajeurcel les autres » censures et peines indigêes par les sacrés canons » cl les Cüiislilutiuns apostoliques, par les dêrreis » des conciles généraux, et spéciateinciil par le N concile de Trente, et au iK’Soin nous les excomw inunions et anathematisons de nouveau H... »
Un sonlciire est rendue; malgré* la survciilanrc dos Français, elle reçoit dans Rome la mênic publicité que si le pape en était toujours le seul et uni<|ue inailre. l.'efTct de cette bulle dut être très* vif sur une population comme celle de Ruine. Il fallait la Imniic contenance <|ue llrent les Français, pour tenir en respect une multitude si docile à la voix des prêtres, et que d'ailleurs une foule d*agen(s sccretschercliaicnt à soulever. Tous les fonctioimaires publics étaient maintenus dans leurs emplois par la consulte extraordinaire; mais iHMUCoup d'entre eux n'osèrent les conserver, dans la crainte d’étre atteints par les censures de l'Église, l ue fermentalion générale agitait l'Italie. l.e prestige de la campagne des cinq jours avait été détruit par les journées d'Essiing. ün prédisait hautement la perte de * Napoléon, et ce n'était pas à quarante jours, comme pour N inive. qu'on en remettait raccomplissemeiit. Ec bras de Uicu était levé et allait rrap|>cr sans retard le destructeur de la religion.
Tandis que les prêtres soufllaicnt ainsi la guerre et la révolte, une flotte anglo-sicilienne paruC A la hauteur de Rome, cl y louvova pendant trois jours. Cette flotte était (a meme qui, a^.inl à son bord douze à quinze mille hommes de deho/qiiemenl, s«»us les ordres du général Stuart, avait d'abord fait contre Naples même, vers le 1:2 juin, une tentative sans succès. Quelques jours après, elle s'était emparée des Iles d'Ischia et do Procida, et y avait mis garnison. Ensuite elle continua de croiser sur les cèles des Étals romains et du royaume de Naples, jusqu'au li juillet, où, dans l'inipuissaiice de faire nulle |iart un débarquement licurcux, clic évacua les deux tics, et s'éloigna, ayant ainsi manque le but de l'expédition. Son apparition lur le littoral des États romains n’en avait pas moins dû causer une vive inquiétude. Les lrou{>cs françaiK‘s s'étaient naturellement portées sur les eûtes. Leur départ encouragea le brigandage dans Rome cl dans IFs environs. A Rome même, il ne restait pas plus de cinq cents hommes d'infanterie cl cent gendarmes à cheval, l ne si faillie garnison aurait dif- Qcilcment sufli à la rèpre>sion d'nn inouveinml populaire. La sûreté des Français était gravement
' Celle explirstina ai ojilurrllr ccl cuitÜrinrc par le Mcfnori.il Jr Sainle-Hclèiie : «Quaml uu mil que l« forluiie • nralNiiidunnaii h Exsliug, on Fut prêlausxilôl h Konu’ > pour tuulcvrr la popiilaiioa dcccllt* grande rapiiatr.
compromise. Un moincnt la consulte délibéra de St' retirer à SpolcUe. Le général Miollis en décida autrement. Il avait épuisé tous les moyens de sévérité que comportait sa situation ; il n'y en avait plus qu'un seul qui pût être efTirarc et déelsif, c*clail iréioigner de Rome le saint-|H^ro. La résolution on fut pri»e le I juillet : le 6 elle était exécutée.
L'enlèvement du saint-père l'st un fait d'une (clic nature qu'on a peine à croire qu'il ail eu lieu sans un ordre direct de Na|iolcon. Pour en disculper l'Empereur, quelques écrivains ont supposé que cet ordre était parti du roi de Naples. Nous sommes persuadés qu'il n'y a eu d'ordre spérial donné ni par l'un ni par l'autre. La prise de p<i>ses^n des Etals romains était une mesure détiealc. Aussi l’Empereur avait-il appelé l'un des miiiislres du roi de Naples, Salicetli, à faire (vartie de la consulte extraordin.-iirc. Le roi lui même avait été sur te point de se rendre à Rome , son voyage aiiiinncé , et tout, à la cour. pré|Kiré pour le départ. De là 5.'ins doute l’opinion assez accréditée que l'ordre tic rcnièvement venait de lui. (xlte opinion nous parait sans foiulemenl. Le gouverneur, chef de l.i consulte extraordinaire, le générai Miolüs, avait, et devait avoir, dans ses instructions, une grande latitude |Hiur toutes les hypothèses possibles. Le inuinenl d'uss’r de cette latitude était ecrtaineincnl arrivé; il en lit usage. Nous trouvons la preuve do l’cxactilude du fait dans le compte même rendu de l’événenicnt par ce général. ^ oici la première phrase de sa lettre à l'Empereur, en date du 7 juillet : »I.e pape a prononeé < lui-même son éloignen ment de Rome!...» Lu récit justillcatif. publié en I813, |>ai le général Radi't, sur les eirronst.inccs qui précédèrent et suivirent r.irri'station du |ki|h> Fie Vil. nous cunlinne encore que là est la vérité. S'il eût existé un ordre spécial de l'Empereur, le général gouverneur n'en eût point fait Qii mystère au général Radel. Vu pareil ordre eût levé tous les doutes, et n'eût |)erniis, ni à run ni à l'autre, celle licsitation qui se fait sentir même dans les j rapports dos deux généraux entre eux. En une j seule journée, le 3 juillet, tous les préparatif» ont , clé faits, toutes les dispositions prises. Au moment d'agir, le général Radet deinaiide un commaniJemeut écrit. Miollis lui en remet un, mais condi- (iunncl. (le commandcnienl lui preu'rit d’arrêter le cardinal Facca; et, en cas d'opposition de la part du pape, d'arrêter aussi Sa Sainleié, et de les ronduire à Florence. A la lecture de cet ordre , le
• l.'ofliricr qui y roimnamlail ne cnil pouvoir échapper $ AU «Uugrr ipi'cn mrioiut le pa|Nr en roule pour la
• France ; rel évriicinenl s'était opéré sans ordre, et ^ même il mt- rontrsriail forl....s Tome V, page 3.57.
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CUAPITRK XIV.
général Hailcl voulut faire de& observation» : il n'é> lait plus temps.
Les détails relatifs à rarrcstalioii du Sâint-pérc sont à peu près les iiiêiiics dans les rceil!» italiens et dans les récits rrancaîs. Le générai Hadct, après IVsealade du (^>uirinaL étant parvenu prèsdu saintpère, et n’y trouvant pas le cardinal Paoca, Ht cunnaître à Sa Sainteté la pénible mission dont il était rliargé; il lui dit qu'il fallait qu'elle renonçât à ta souveraineté de Home et de l’Éiat, et qu’en cas de refus, il avait ordre de la conduire auprès du général Miollis qui lui indiquerait le lieu de sa destination. «I Nous ne pouvons renoncer à ce qui ne » nous appartient pas, répondit le saint-père; le U domaine temporel a|q>articnt à l'Église romaine, » et nous n'en sommes que les adininislralcurs. X L’Kinpereur pourra nous mettre en pièces, il •I n'obliendra jamais de nous ce qu'il demamiu.» Miollis, dans sa lettre à r£iit{>creur, raconte pareillement qu'à l'égard de son autorité lemporeile, le |Kipe avait déclaré qu'il la soutiendrait en lui jusqu'à la dernière goutte de son sang. Le cardinal Pacca s'abstient de rapporter (ce que nous voyons <l3MS la lettre de Mioliis) qu'au premier bruit des eiïorls des Français pour pénétrer dans le ^luiri- (lal, la ciuehc qui devait donner le signal à toutes celles de la ville, avait été vivement agitée, mais que la prumplitudc des Français à sc dégager de tous les obstacles, avait fait cesser ce tocsin sérlîtieux, dont les sons d'ailleurs scronfoiiiJaienl avec ceux de l'angelus. Il était à peu près quatre heures du matin. Le pape s'appuya sur le bras du général Radel. traversa la grande cour du Quirinal, donna sa béiiédiclion aux troupes, qui lui rendirent les honneurs dus au chef de l’Église, et arrivé à la porte de Monte Cavallo, il s’arrêta et bénit Rome. Uiic voilure l'atlendait; il y monta; le cardinal Pacca, qui l'avait rejoint, y prit place avec lui, et ils furent conduits en Toscane.
Une 5<L'ur de N.i|K>léoii, la princesse Élisa, administrait alors cc pays avec le titre de grandeduchesse. ^’ayallt aucun ordre de son frère, elle vit, dans le pape, un hùle cmkirrassant pour la Toscane inénie, et toujours à craindre pour l'Empereur au centre de i'Ilalie. I41 princesse jugea plus convenable que le saint-|>èrc fut transporté en France. I.e pape jiartil donc |>our Grenoble, mats il ne resta dans cette ville que onze jours, et dut SC remcUrc en roule pour Savonc, où il résidera pendant plusieurs années. Ces variations sur le lieu que Pie VU devait habiter, causes malheureuses de fatigues cl de contrariétés pour cc vénérable vieillard, attestent elles- mêmes que son éloignement de Rome no résultait point d’un plan prémédité, tuais que c’élail un accident de guerre produit par
I la position difficile des Français dans cette capitale. S’il cil eût été autrement, la prudence de Napoléon aurait déterminé d'avance le |>ays et le lieu où devait séjourner le sainl-pèTe. La fortune, un moment contraire à Napoléon, avait de nouveau favorisé scs armes. Dans des temps ordinaires, l'arrestation du pape, sa Iranslition loin du chef-lieu de la chrétienté, aurait scandalisé, ému tous les peuples catholiques et agité les gouvernements. Aujourd'hui l'cl événement sc trouve rapetissé par la grandeurciritnpurlanccdece qui se passe ailleurs. Le jour même où le pape était emmené de Rome, le G juillet. Napoléon battait les Autrichiens â \Vagram. Le bruit d'un grand scandale s'évanouissait Sous lu canon de la victoire.
Depuis sU semaines, rEiiipereur , tranquille en apparence dans le château de ischœnbruim, dirigeait, avec son activité accoutumée, les travaux du divers genres qu'avaient rendus nécessaires le terrible accident de la rupture des poiiLs, et l'obligation où il sc trouvait d'aller chcrclier rennemt au delà du Danulie. Dans la première quinzaine qui suivit les journées d'Kssling, quoique Hle de Lobau, sur une superüeie de deux lieues, fût tout entière un immense atelier, l'Empereur s'abstint d'y paraître, alin de faire croire à l'archiduc Charles que lus inouvcmenls qui avaient lieu dans ccUe Ilen'élaîent qu'une déiiiunstraUgii , et qu'il songeait à s'ouvrir une voie plus facile ailleurs. La distribuli<m de ses corps d'année, éclieloiincs de Liiilz a l'resbourg, autorisait un large doute sur le lieu de passage <;u'H pourrait choisir. Trois points assez rapprochés offraient surtout des chances à l'audace d'une tentative brusque et imprévue, Nussdorf, Spitz cl Fischamend. D'unautruc6lé,un laissait aussi circuler le bruit que, dans le cas où l'Empereur passerait le Danube devant Vicime, il premlrait absolument la même direction qu'au âl mai, sa gloire étant intéressée à triompher d'obstacles devant lesquels il avait été une fois contraint de reculer. Cc bruit fut celui qui trouva croyance chez l'archiduc Charles, cl c'est dans celte pensée que furent conduits ses pré|iaralirs d'attaque cl de défense. En partageaiitainsi raltcotion du généralissime, l'Enipercur rendait plus difficile 1a jonction de ce prince et du rai'i'hiduc Jean. L'armée d'Italie, chargée de |Kiursuivre cil Slyriccedernicr archiduc, avait parfaitemeut répondu aux intentions de l'Eriipercur. Alin de renforcer celle armée , affaiblie par l’abseiicn de Uacdonald , resté un muinent en arriére pour compléter la soumission de la Slyric, l'Empereur avait envoyé au prince Eugène un corps détaché sous les ordres du général Lauristun. L’archiduc Jean, qui, de sa bellearmée d'Italie, n’avail ramené que vingt à vingt-cinq mille hommes, sc trouvait
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AFFAIRES EXTÉHIKUltES.