CHAPITRE I
dernier parti cuit fortement appifté par le ministre britannique, lord Straiigrord *, et par le commandant de l’escadre anglaise, Sidney Smith. Celui-ci déclarait qu’il ne souffrirait pas que la flotte portugaise tombât au pouvoir des Français. Le départ pour le Brésil fut promptement arrête. Le 27 novembre, la famille royale se rendit au lieu de rembarquement. ünesealepersonnc,<!nceUe circonstance, exprima un sentiment généreux, ce fut la vieille reine, séquestrée du monde comme flrappéc d'aliénation menUlc, et qui, pour la première ibis depuis seize ans, reparut aux yeux du peuple. » Eh quoi I >1 disait-elle, nous quitterions le royaume sans avoir >1 combattu !. .7 » Contrainte de céder à une résolution qu’elle n'approuvait pas, elle cherchait da moins à l’ennoblir par une contenance courageuse.' •I Pas si vite, disait-elle â son cocher, pas si vite.
Il on croirait que nous fuyons. » Les adieux du peuple et de la famille royale furent touchants'. Le prince régent répondait par des larmes plus éloquentes que scs paroles aux témoignages d’affection qui renlonraicnt de toutes par^. Huit vaiss trois frégates et un grand nombre de bàlimenti^ transport reçurent la cour et les personnes qui purcntla suivre. L'émigration ne fut pas au-dessous de quinze mille âmes. Comme depuis quelque temps elle était prevue., les familles qui s’y préparaient avaient, à l’c^^^le de la cour, réalisé les valeurs dont elles (j|^sposcr: On csli|ua que la
Uoltc emportait la.p)oiUé' da numéraire qui circulait dans le. royaume. Durant quarante heures, un vent cobtraire l^etiu^à l’ancre. Lc2U, au moment où efle traveria l’escadre anglaise qui la salua de vingt coups de canoir, une éclipse de soleil parut aux esprits Superstitieux la conlirmation de la sentence du Moniteur : a La maison de Bragancc a » cessé de régner, n L’avenir démentira et le Moniteur et l'éclipse. ^
Quoique le prince régent eût, avant son départ, organisé un gouvernement provisoire, des bandes de gens sans aveu inondèrent la ville et y jetèrent la terreur. L’arrivée des Français fut désirée par les hommes même qui, auparavant, auraient voulu leur opposer une énergique résistance. Les Français ne se lirent pas longtemps attendre.
Le jour où s’éloignait la famille royale, Junot, avec son avant-garde, venait de se portera Sncavem, village à deux lieues de Lisbonne. Convaincu de la nécessité de frapper les esprits par une prompte
■ Ce ministre écrivoil, le 29 novembre, à M. Canning que le prince régeiii avait cfFectiié le projet de *c retirer d'un royaume où il ne pouvait plus être que le vasaal de l.-i France.
• «Cent soixante-sept ans. jour pour jour, «près le ren-
apparition , il entra , des le lendemain 30 ^ , dans cette ville abandonnée. A la tête seulement de quelques bataillons formant quinze cents hommes, et encore tout harassés de fatigues, il prend possession de celte capitale aussi paisiblement que s’il fût entré dans une ville française; il court à Be- Icm, fait tirer le canon par des artilleurs portugais sur quelques bâtiments de la flotte royale , et les force ainsi de rentrer dans le port. La célérité du général français avait ét^un bienfait pour les habitants. Les brigands qui menaçaient l’ordre public disparurent. La populace , disposée au pillage, fut condamnée à l'inaction. L’anarchie n’eut pas meme on triomphe d’un
1^1 division espagnole du général Caraffa , qui était placée sous les ordres du général en chef, fut cantonnée avec les divisions françaises. Les deux autres divisions s'emparaient du royaume d’AIcntejo et des Algarves. Don Francisco Maria Solano, qui les commandait , établit son quartier général à Sétubal , port situé à cinq lieues au sud de Lisbonne. ^
Ainsi s’était exécuté, aussitôt que conclu, le traité relatif au Portugal dans celles des clauses qui concernaient l’occupation de ce royaume par des troupes françaises et espagnoles; mais dans ce même moment la cour d'Espagne assistait à des scènes domestiques dont l’influence devait d’abord suspendre et bientôt rendre nulles. les autres stipulations de ce traité.
Si l’ambition sans bornes du prince de la Paix, si l'accumulation successive sur sa tête de toutes les grandes dignités et de tous les pouvoirs de l’État devaient exciter quelque part un mécontentcmeiil légitime, c’était chez l'héritier présomptif de la courontic, dont les droits pouvaient se trouver compromis par une si redoutable concurrence. La haine de part et d’autre était avouée et franche. Lorsque le prince des Asturies avait laissé éclater I la sienne en refusant avec dédain un mariage où . j les convenances de rang étaient, il est vrai, res- I peclécs, mais qui eût établi un rapport d’alliance entre lui et le prince de la Paix, les conseillers du jeune prince avaient senti qu’après celte déclaration de guerre, il avait besoin d'une haute assistance contre un homme devenu assez puissant pour lui disputer le trône et cet appui, il ne imuvaii le trouver que dans l’cmirereur Napoléon. De là le projet inspiré au jeune prince de demander pour
n verscmcni de la doiiiinaiion espagnole. * Général Foy.
* Pendant anc maladie récente do roi, les amis do prince de la Paix avaient formé on plan de régence proritoire qui lui eût été ronfiéc, et la reine avait paro approuver cette organisation de régence.
1»0LITI(^ EXTÉRIEUUE.
épouse à l’Empereur une princesse oc sa famille. Une circonstance jwrliculière avait favorise le développement de cette idée. L’ambassadeur de France à Madrid était alors un comte de Reauharnais. ün sait que la famille des Ucauharnais, se- .. condéc par l'impéralricc Joséphine, lâchait aussi de s'illustrer en se greiïant , comme celle des Bonaparte , sur des liges royales. Cette pensée de l’ambassadeur perce dans toute sa correspondance.
Partout ce sont des louanges pour le prince des Asturies; partout des sorties contre le prince de la" Paix. L’exagération se montre dans les unes et dans les autres. Aussi l'Empereur y sgoutc-t-il peu de foi , et, sans tenir compte des éloges donnés à l'héritier de la couronne, il continue à tirer parti du prince de la Paix, possesseur actuel du pouvoir et dcquiseul la France pouvait attendre iinmédiatcinenl de solides avantages. Cevailos, Escoiquiz, cl vingt atüres.écrivains qui les ont copies, cherchent ^ à tûre orbire que Napoléon avait provoque la de- ^ ÿ mande du prince des Asturies. L'Empereur n'en était pas l.i. C'étaient les vieilles dynasties qui, d'cllcs-mëmes, cherchaient dans sou alliance un gage d'avenir qu’il ne leur accordait > pas toujours. L’ainiKissadcur de France à Madrid avait pu encourager un projet qui flattait ses vues personnelles; mais la pensée de l'ambassadeur cl celle de Napoléon étaient si peu d'accord sur ce point, que l'Empc- • reur fll épouser au duc d'Arcmberg la nièce de V Joséphine, mademoiselle Taschcr, celle-là même que les Bcauharnais auraient voulu placer sur le trùne d'Espagne; cl la nouvelle de ce mariage fut une contrariété pour le prince des Asturies, Loin d’en- - ’courager la marche de son ambassadeur, très-peu conforme à ^ vues. Napoléon lui en fit témoigner, en des termes fort sévères, son tuéconlcnleincnl. LeXoctobre,*! écrivait à son ministre des affaires étrin^ères : u FtiMi connaître à M. de Reauliarnais » que je vois avec .peine $a dépêche relative à la i> correspondance ave^le^gents du prince royal; » que cela m'a pam misérable * ; que ces intrigues n sont indignes de lïiôn ambassadeur, et ne sont » propres qu’a le jeter dans un ordre d'alTaircs qui n le compromettra. » Si plus lard-Napoléon songe à une fdlc de Lucien pour en faire l'épouse de Ferdinand, ce sera une de ces éventualités comme il en admettait beaucoup, en les subordonnant d'ailleurs aux grands intérêts de sa politique.
Dans le moment même où la conduite de l'am-
' Ainsi , coiinnie non» l'nvons vu tont récemment , la cour lie Lisbonne, parmi ses dernières propositions, ^ hisait demander pour le prince de Itcira l'une des filles . du grand-duc de Berg. »
* Ce langage de l'Empereur hit voir combien M. do
2 Bir.vo'i.
bassadeur était désapprouvée à Paris, le prince des Asturies adressait à l'Empereur une lettre, datée de l'Escurial, le 11 octobre, par laquelle, en invoquant sa protection contre les cgoïsle$ perfides qui assiégeaient scs bicn-aimés parents, il lui demandait l’honneur de s'allier à son auguste famille, et l'assurait qu'il aurait toujours en lui le fils le plus reconnaissant et le plus dénoué. La date seule de celle lettre atteste qu’elle ne dut gas .Jpecevoir de réponse. Elle parvint à Paris au moment .où allait être signé le traité du 27 octobre. La condescendance intéressée du prince de la Paix accordait en réalité à l'Empereur plus que no lai offrait Ferdinand en espérance. C’était rav.a%lagc* présent que la prudence devait saisir, sauf à garder en réserve la demande du jeune prince pour en faire usage selon des convenances ultérieures.
Une meme erreur perdit le prince des Asturies et le prince de la Paix. Chacun d’eux crut s'etre assuré de l'Empereur; cliacuo en devint pins entreprenant cl plus téméraire. Tous deux se trompaient; tous deux SC faisaient illusion sur leur importance politique. Ils croyaient être presque ^ des nécessités pour Napoléon; ils n'étaient, à ^ ,-.v
yeux, que des instruments, et leur rivalité même^'^^''
les mettait l'un cl l’autre à sa discrétion.
Dan.s la conflaiicc qui l'abuse, Ferdinand, sous la direction de conseillers inhabiles, osa méditer des desseins plus audacieux. De son cùlé, Godoy, plus prouiplà profiter de rimprudeiicc de son rival, n'iiésita pas à tenter un coup hardi contre la persotinc du jeune prince, sinoti avec l'espoir de le dépouiller de scs droits à la couronne, du moins avec celui de rinquiéler sur la validité future de scs droits, de manière à le dominer cl à le tenir par là dans une plus étroite dépendance. Le 50 octobre, le prince des Asturies fut arrél^commc prévenu de révolte cl de trahison.
» Mon nis aîné , l'héritier présomptif de mon » trône, » écrit Charles IV à l’empereur Napoléon, *» avait formé le complot terrible de me détrôner ; il !> s'était porté jusqu'à l’excès d’attenter à la vie de sa » mère... La lui qui l'appelait à la .succession doit » être révoquée. Un de scs frères sera plus digne de*
» le remplacer cl dans mon cœur cl sur le trône.. .n'*
Ce fut là le premier accent de la colère paternelle, peut-être la première pensée du favori ; mais l'application de la peine aurait eu scs périls. Sans être tel que le peignait Charles IV, le crime du jeune ^ * . *■ Torréno est loin de la vérité, lorsqu'il attache une haute importance aux relations des amis du prince Ferdinand avec M. de Benuharnais, relations qui ne sont aux yeux de Napoléon que de misérables intrigues, indignes de son ambassadeur.