CHAPITRE XV
CansrsdiversAs (l'inquléhidct pmir TEmpercur. ^ Oiirrre (i'Espn{*nc. — Expédition du maréchal Soult en Portufral.
— Bataille cl prUc de Portn. — Bataille de Mede llin. — Adresses présentées au tnaréchal Soult par les Purtu^'ais.
— Faux bruits de conspirations. — Marche des Anglais contre Porto. — - Retraite du maréchal Soult. — Projet de sir Arthur AVellesley de s’emparer de Madrid. — Ordres donne» de Raiisbonne par iNapoléon pour déjouer ce projet qu’il a deriné. — Bataille de Talavera de la Reyna. — Retraite de l'armée anglo-espagnole. — Disposition» ordonnées par l'Empcmir. — Bataille d’Atmonaeid. — Cxpéilitiun anglaise dans l'ile de Walcheren. — Capitulation de Flessingue. — Proclamaliou de Fouché it propos de l'expédition anglaise. — Komination de BtToadollc au eommamleineni de l’armea du Nord. — Prédiction de PEioperetir sur l'issue de l'expéilition anglaise. — D(*slruciinn de l'armée anglaise parles maladies. — Punition de l'égoiame derAngleterre. — Dangers dcl'altsence de l'Empereur. — Le roi Louis. Bernadntir et Fouché. Plaintes sur la condaile du corps auxiliaire russe. — Plaintes de Tempereur Alexandre sur la conduite des Polonais en Galicie. — Note de M. de Romaosof sur la Galieie. — EfFroi de l'empereur Alexandre sur tout cc qui tient i la Pologne. — Controx’ersc sur la Galicie entre Napoléon el Alexandre.
La signature d'une suspension d'armes, lorsque la conclusion de la paix doiten être le terme, produit ordinairement un intervalle de repos où ta négociation seule occupe les parties belligérantes. Tel ne fut point le caractère de rarrnisiice de Wolkcrsdorf. I/intervalIc du 1â juillet au 14 octobre, date de la paix de Vienne, fut pour l'Empereur, malgré toute sa force d'àmc, un temps d'anxiétés produites par des causes trop réelles, la silualion peu satisfiiisanlc des aiïaires militaires en Espagne, l'arrivée d'iinc expédition anglaise à rcmboticliure de l'Escaut, la nnauvaisc direction ou l'esprit équivoque de la direction donnée aux mesures prises poursauver Anvers, la vivacité croissante de la correspondance de l'empereur Alexandre, et la difficulté de concilier les vues de ce prince avec les intérêts importants de la France, enfin la connaissance de l'exaltation d'une partie de U population alleinande, constatée par le sang-froid d’un jeune fanatique à Srhœnbrunn.
Au récit des opérations de nosarméesen Espagne, nous avons, pour ne point rompre l'ordre des objets principaux que l’anriéc 1808 nous offrait â traiter, ajouté quelques faits accomplis en 1809, comme la déroute el rembarquement de l'armée anglaise en Espagne, la prise de la Corogne et du Fcrrol. cl la capitulation de Saragosse. Cependant, à celte même époque, il s'était, en d'autres provinces, passé des événements qui doivent aussi être rapidement indiqués.
Après les grands coups portés aux armées espagnoles par Napoléon, les débris de ces armées
s'étalent repliés vers le midi de la Péninsule, où quelques chefs tentèrent de les rallier. L'un de ces généraux, Caliixzo, â la tète d'un rassemblement a.ssez considérable , avait , dans les derniers jours de décembre 1808. essaye d'cmpéchcr le quatrième corps français, commandé par le maréchal Lefebvre, de passer le Tage. Ce maréchal avait forcé ic passage ilu pont d'Almcnaraz, dissipé les troupes espagnoles, el était resté pour quelque temps maître de rKstramadiirc. En cc moment la junte suprême, qui avait eu l’intention de se retirer à Badajoz , fut obligée d'aller s'établir à Séville. Pour cette junte, comme pour le menu peuple, tout général malheureux était coupable : Galuzzo fut destitué et mis en prison. Castanns, Cuesla el plusieurs autres déjà prisonniers demandaient en vain leur jugement. Cuesta, rentré le premier en grâce auprès de la junte, fut charge de recueillir les restes du corps de Galuzzo, auquel de nouvelles levées viendraient sc joindre.
Dans les premiers jours de janvier, le duc de rinfanladu, qui avait réuni à Cuença vingt mille hommes d'infanterie et deux à trois mille de cavalerie, envoya Vénégas, avec toute sa cavalerie et huit mille fantassins, pour nettoyer le pays des incursions des Français. De son côté, le maréchal Victor, inquiet des mouvements des Espagnols, ayant quitté Tolède, marchait à leur rencontre. Vénégas avait pris position à Uclès. I<e 13 janvier, la division Villattc, trouvant celte troupe en son chemin, se précipita surclle à la baïonnette et la mil
AFFAIRES EXTERIEURES
en déroule. Les fuyards tomhèrent dans la division llufn», qui en força plusieurs milliers à meUrc i>as les armes. Informé de cette défaite, le duc de l’In* fantado fit, par de grands détours, sa retraite sur la fruntlèrc de Murcie. Dans sa marche. seslniu|>cs se dispersèrent, son artillerie fut perdue, et ü ne lui resta que quelques bataillons épuisés de fatigue cl de misère. Son armée ii'cxislant plus, il s’occupa, en se joignant à Palacios, d’en recomposer ttine autre sous le nom d'nrmée <le CaroliNe. Ainsi SC dissolvaient et sc reformaient les armées espagtioles.
En Catalogne, le septième corps conservait tous ses avantages. Après avoir, dans le mois de janvier, défait à Igualada un corps de troupes commandé par Castro, Gouvion Sainl-Cyr battit A Valls, le âli février, Réding qui avait pris le coimnantlcmcnl principal de cette contrée et qui avait particulièrement quelques bons régiments suisses sous scs ordres. Réding alla mourir de scs blessures à Taragone.
Quelques cbangemcnls s'opérèrent dans le commandement des cor|>s français en Espagne. Après la prise de Saragosse, le maréchal Lannes, rappelé en France par l'Empereur pour la campagne d'Autriche. avait remis le cinquième corps au maréchal Mortier. Juuol fut remplace par Suchet dans le coinniandeincnl du troisième, Gouviuii Saint-Cyr aura bicnlèi Augereau pour successeur.
Au moment où l'Empereur avait quitté l'Espagne, la situation de son année semblait promettre, pour un temps prochain, la soumission entière de ce royaume. }>es corps français étaient répartis de telle manière qu’il semblait que chacun d’eux pouvait aisément comprimer tout mouvement ennemi dans le cercle de sc# positions. On voyait d'habiles chefs à la tète de troupes brillantes et nombreuses; seulement Napoléon n’y était plus. Pour conserver runitc de commandement, le roi Joseph avait été nommélieulenant de l’Empereur; mais l'Empereur pouvait-il avoir un lieutenant? Le titre de roi imprimait pou de respect à des maréchaux d'empire, et ne suppléait pas, dans Joseph, l'avanlagc que chacun d'eux avait sur lui sous le rapport des talents militaires. Il restait donc toujours en Espagne de belles années franç.aisos, mais non une armée obéissant à un seul chef, dirigée dans un seul esprit, et où toutes les volontés partielles fussent subordonnées à une intelligence unique par rdTct d'une foi commune dans la supériorité de cette intelligence. Les inslnictions de l'Empereur, incomplètement ou lentement exécutées, ne produiront point les fruits qu'il en avait attendus, et malgré une foule d'actions séparémcal glorieuses pour nos armes, le but essentiel sera manqué.
Avant de rentrer en France, l’Empereur, des le 1** janvier, calculant dans quel délai t’arméeanglaise de sir John Moore seraitforcée d’évacuer l'Espagne, avait fait ordonner au maréchal Soult d'entrer, aussitôt après, en Portugal, et de marcher p.vr Braga sur Porto, où il |>nurrait être rendu le i$ jan vicr, de manièrcâse trouver ver.# Je tC à Lisbonne. Peul-élre l’Empereur, en assignant ainsi ces dale.s précises A raccomplissement de l’invasion, ne s’en dissimuiail-ilpasà iui-mèiiiel<i trop sévère brièveté; mais demander beaucoup, témoigner qu'il désirait beaucoup, était pour lui un moyen de piquer l'amoiir-prupreel de stimuler le dévouement, lettre du prince de NeufchAtcl au maréchal Soult se terluinait par ces mots : u L'Emperenr a une cori- •I (lance illimitée dans vos laleiils pour la belle ex- » péditiofi dont il vous charge, n Le maréchal Ncy, qui commaiidail le sixième corps, devait occuper
la Galice et conserver les cuinmunic.ilions avec le deuxième; mais c’était surtout le maréchal Victor qui devait seconder les opération# en Portugal, et, de Mérida, porter des forces vers Lisbonne pour y favoriser l’entrée du maréchal Soult. Cette expédition terminée, Soult et Victor auraient tourné toutes leurs forces disponibles contre rAndalou.sic, poursoumcUreSéviileelGadix.lcs deux principaux sièges de l'insurrection. Tels étaient les plans de l'Empereur, et, lorsqu’il Ic-S formait, il ne devait pas en croire l’cxèculion impossible.
I<es mouvements du deuxième corps ne furent pas aussi prompts que l'Empereur l’avait imaginé. Lorsque ce corps fut remplacé à la (Grogne, au Fcrnil cl dans les autres principales positions de la Galice, par celui du maréchal Ney, Soult ayant réuni scs forces actives à Saint Jacques de Compostelle, sc dirigea par Tuy; mais, trouvant là des difficultés à passer leMinbo, il remonta jusqu'à Orenscc. Les deux premiers adversaires qu’il rencontra sur sa roule furent le général espagnol la Romana cl le général portugais Sylvoira. Romana fut altaquèà Honterrey et obligéà la retraite, laissant aux Français dix pièces de canon cl deux mille cinq cents prisonniers. Sylveira, battu A Viliasa^ alla prendre position en arrière de Cliavcs. que defendait une garnison do quatre à cinq mille hommes. Le 13 mars , les Français entraient dans celle ville. Ici commença, de la part du maréchal Soult, à l'égard des Portugais, un système de ntétiagemenis qui formera plus tani le texte d'une accusation contre lui. Pour éviter l'embarras de la garde des prisonniers, il renvoya les milices sons promesse de ne plus servir contre les Français, et ennMa sous ses drapeaux le peu de troupes réglées qui s’étaient trouvées dans cette place.
De Cliavcs, le deuxième corps poursuivit sa mar-
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CHAl'lTRF, XV.
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chc sur Kraga. Il parait que le general portugais Freyre , ayant peu de coiiliance dans les troupes nombreuses, mais très-indisciplinccs, réunies sous ses ordres, voulait se retirer au dehors do la ville, tic projet (le retraite fut regarde comme une trahison. Kii l’ortiigal comme en Espagne, les troupes assassinaient leurs generaux sur les moindres soupçons. Freyre et l'un des oflicicrs de son étal-major, Villahoas, furent massacrés de la manière la plus cruelle. Le général Ehen, qui lui succéda, soutint avec assez de vigueur la première attaque des Français; mais liienlùl le désordre sc mil dans scs troupes, qui furent dispersées avec une perte de plus de quatre mille hommes et de toute leur artillerie. Dans un des combats particuliers qui suivirent cette bataille, un autre général portugais, Vallonga, subit te même sort que Freyre ; il fut tué par ses propres soldats.
Ces diverses affaires n'étaient que le prélude d’un plus grand événement, la prise de Porto. L’évèque de cette ville était le grand excitateur des insurrections , et la terreur de tous les hommes qui ne se soumettaient pas en aveugles à tous scs caprices, on qui seulement méconnaissaient sa suprématie. Flatteur et maître de la populace , il la dirigeait contre ses adversaires, et les faisait périr dans des émeutes qu’il fomentait contre eux. Tel fut le sort du comte Oliveyra et de quatorze autres personnes les plus considérables et les plus estimées de cette province. Le 27 mars , Soull arriva devant Porto. La place éUiit défendue par plus de quarante mille hommes; mais les mesures de défense étaient mal prises, la ligne trop étendue, et les ouvrages peu susceptibles de résistance. Le maréchal ayant vainement engagé l’évèque à épargner aux habitants les horreurs et les suites d’un siège, prépara, le 28 au soir, une fausse attaque contre la gauche, ce qui appela, sur ce point efreclivement le plus faible, les principales masses de rennemi. Le 20, l’armée française, formée en trois colonnes, enfonça partout les Portugais, franchit les retranchements, sépara leurs corps les uns des autres, emporta les barricades, et, forcée de combattre dans les rues, y porta une affreuse destruction. Un spectacle effroyable ranima tout à coup la fureur des troupes, lasses de cruautés; ce fut l’aspect de plusieurs de nos guerriers, exposés sur une place publique et mutilés avec des raffinements de barlvarie dont l'idée seule fait frémir. Rien alors ne put retenir nos soldats. Tous les efforts des officiers et des généraux furent sans cITct. Durant plusieurs heures, cette malheureuse ville fut livrée à tous les genres d’atrocités et de violences que peuvent inventer la victoire dans son délire le plus brutal , et la vengeance dans ses plus fougueux écarts. Dix mille Portugais y périrent ; les
I Français n'avaient pas perdu plus de cinq cents hommes.
La première partiede l’ordre de l’Empereur était exécutée; le reste n’cùt pul’étre qu'avec leconcours du maréchal Victor, qui avait été chargé de diriger d’abord sur Abrantès le général Lapisse avec dix mille hommes, cl d’appuyer lui-mème avec toutes scs forces le deuxième corps. Sans ce concours, les opérations du maréchal Soult ne pouvaient avoir I et n’eurent en effet qu’un succès passageret stérile.
I Marcher seul sur Lisbonne eut été, de sa part, une témérité inexcusable. A la vérité, tout dans cette ' ville, depuis Icsrcversdcsir John Moore en Espagne, ii'avait été que confusion et anarchie. Le peu de troupes anglaises qui sc trouvaient en Portugal, s'y étaient réfugiées comme pour ychcrchcrdesmoycns d’embarquement. Au milieu de la terreur générale, sir Robert Wilstm avait conservé seul sa fermeté, et continuait à lever une légion lusitanienne qui rendit d’assez importants services. Cependant l’alarme n’avait pas été de longue durée. Le départ de Napoléon pour la France, le bruit de la guerre prochaincd'Autriche,avaientranimélcscspéranccs, presque éteintes. Les troupes anglaises, réorganisées parles soins du général Craduck, offraient une masse de sept à huit mille hommes. Un autre général anglais, Bercsford, avait, sous le titre de maréchal, avec l’autorisation de son gouvernement, pris le commandement en chef des ironpes portugaises. Ces troupes réunie.s eussent offert aux cnlrcprise.s du maréchal .Soult des difficulléü sérieuses. N’étant ' pas soutenu par le maréchal Victor, dont la coopération lui avait été promise, Soult dut s'abstenir de toute tentative hasardeuse, et, à peine maître de Porto, il put prévoir que le moment n’était pas I loin où il serait contraint de rabandoiincr.
Dans le moment où le deuxième corps s’emparait i de Porto, le premier et le quatrième venaient d’obtenir, dans la Manche et dans l’Estramadurc, des avantages toujours glorieux, mais sans utilité pour l’objet principal de la campagne. Dans la Manche.
' Carlo.'ijal, que la junte de Séville avait donné pour successeur au duc de l’Infanlado, se faisait battre I é Ciudad Réal, le 27 mars, par le quatrième corps,
, que commandait le général Sébastiani.DansrEstra- I inadure, le maréchal Victor avait, le 28, remporté sur l'armée <lc Cuesta, refoulée et écrasée dansMe- I dellin, une victoire beaucoup plus éclatante, mais ' qui n'avait aussi d’autres résultats que de laisser les Français plus tranquilles dans les positionsqu’ils ; occupaient. Vainement le roi Joseph avait, confor- ; mémeiit aux instructions de l’Empereur, renouvelé ! plusieurs fois au maréchal Victor l’ordre de faire j appuyer le deuxième eorps par la division du gc- ; néral I.api$se, et d'agir lui- même dans cette direc-
AFFAIRES EXTÉRIF.ÜRES.
tion. L’ordre était, sous divcrs.prétcites, éludé par < ce mnrcclial.
L’occupation de Porto ne produisait pas une possession paisible du pays pour l'armée. Chaque jour il fallait combattre sur des points divers. L’insurrection ne fut guère étouffée, et encore arec beaucoup de peine , que dans la portion de territoire entre le Duero et Je Minho. Là régnait un esprit différent de celui de Lisbonne et des autres p^ojÿVinccs. Fatiguées de leurs divisions intestines, conservant peu d’espoir du retour de l'ancienne dynastie, cL gagnées ^ui-ctre par les procédés du marckhal S.oult„qui cherchait à tempércr^les rigueurs de la domination française, certaines classes d'habitants, ou du moins des fractions de ces classes appelaient, parleurs vœux, un gouvernement fort, quel qu’il fût, qui les délivrât du despotisme des juntes insurrectionnelles. Ces vœux furent exprimes au maréchal par des adresses couvertes de plus de trente mille signatures, en tête desquelles figuraient celles de personnages considérables de la noblesse et du clergé. Ces signataires demandaient pour gouvcrnpr le royaume, ou un prince français, ou le maréchal Soult lui-niémc. De là le bruit répandu que Suull voulait se faire roi de Portugal, bruit qui parvint jusqu’à l’Empereur, et à la suite duquel l’Empereur écrivit au maréchal : <1 Je ne me souviens que d’Austerlitz. »
Les historiens anglais, qui souvent mettent un intérêt Irés-vif à des faits dont on s’est peu occupé en France, supposent qu’alors il existait contre l’Empereur une chaîne de conspirations dans divers corps de l'armée d'Espagne, conspirations au fond desquelles prédominaient des principes républicains. Les conspirateurs, disent-ils, avaient, pour SC donner un chef illustre, jeté d’abord les yeux sur le maréchal Ney, et s’étaient arrêtés ensuite sur Gouvion Saint-Cyr. Ces désignations s’expliquent parfaitement, sans que l'on en puisse induire qn’ii ait existé de conspiration réelle. Ney, loyal, mais léger et indiscret, pouvait très-bien, dans un moment d'humeur, laisser échapper quelques imprudentes paroles; mais que, dans le même instant, l’Empereur l’eùt appelé à monter à la brèche, il sc fût élancé sur la brèche pour la France et pour l’Empereur. Plus réservé dans son langage, Gou-
vion Saint-Cyr était frondeur, et toujours disposé à devenir ou à paraître mécontent. A en juger par quelques passages de ses Mémoires, on dirait que Napoléon ne l’eût envoyé en Catalogne que pour le mettre dans le cas d’essuyer des revers >. Ce maréchal raisonne, comme si, en Espagne, l’Empereur eût dû voir la Catalogne avant tout, mais en même temps il justifie la confiance de Napoléon, puisqu’avec les forces, selon lui, insuffisantes, dont il dispose, il a obtenu les résultats qu’on attendait de sou habileté. C’est ainsi que Kléber, au Caire, déclarait hautement qu’il était impossible de conserver l’Égypte, et le lendemain Kléber, à Héliopolis, prouvait que la conservation de l’Égypte était possible, surtout qu’elle était possible par lui. S’il a existé en effet des conspirateurs qui aient compté sur l’appui du maréchal Ney ou du maréchal Saint-Cyr, ni l’un ni^l'autre de ces guerriers ne méritait l’affront d’une si injurieuse préférence. Le seul fait qui semble certain, c’est que, dans le â« corps, il SC trouva quelques misérables qui entrèrent en rapport avec les Anglais, alléguant pour atténuer leur crime , les projets ambitieux qu’ils attribuaient au maréchal Soult, comme si la réalité même de pareils projets eût pu autoriser de coupables intelligences avec l'ennemi le plus acharné de leur pays. Le seul officier, véritablement convaincu de cette infamie fut un adjudant-major, dont les révélations apprirent nu maréchal Soult qu’il avait des cnncmisailleurs que dans l’armée anglaise. Cet officier s’échappa dans le désordre de la retraite, et passa en Angleterre.
Tandis que Soult, abandonné à ses seules forces, entrevoyait qu’il devrait songer bientût à évacuer le Portugal, mais avec l’espérance d’opérer librement sa retraite, la situation relative des deux partis était singulièrement changée à son désavantage. Un renfort dc^ troupes anglaises était arrivé à Lisbonne. A la tête des anciennes et des nouvelles troupes sc trouvait un nouveau général avec des pouvoirs nouveaux. A l'aulorilé étendue que ce général a reçue de son gouvernement, la régence de Lisbonne a joint le commandeiucnt absolu sur toutes les troüpes nationales. Ainsi, de ce momentv Anglais et Portugais n'ont qu’un seul chefi'Mxe chef est sir Arthur WcIlcslcy.Los forces
' Dans le début de scs Mémoires, S-aint-Cyr raconte qti’â son départ <le Paris il a ^ii Napoléon singuhéirmenl affecté cl presque abattu des échecs essuyés en Espagne, les premiers qu'eussent éproiivés scs armes. Napoléon, ainsi affecté d'iin i-cvers, voudrait-il donc en chercher d'autres par une inimitié sans motif pour l'un de scs inaréchaiix? Saint-Cyr a d'avance réfuté Saint-Cyr.
’ I.e romte de Torronu admet, a l'exemple de quelques
S BIGXO.V.
écrivains anglais, l'existence d'une prétendue société de : philadelphcs, qui aurait eu des ramifications dans plu- I sieurs corps de l'armée d'Espagne, (ictte soi-disant con- 1 spiration n’a pas plus de réalité pour l'Espagne que celle du même genre qu'une fable plus ou moins ingénieuse a placée au milieu de l'armée d'Autriche en |80*J. Ce sont là des inventions que des hommes sensés en France ne
peuvent p.as prendre au sérieux. .lÿ-
CHAPITRli XV.
[I80tt]
donl il dispose sont considérables. En peu de jours, par les mesures qu'il prend pour couvrir Abrantès cl les autres points intermediaires, il a mis Lisbonne en sûreté. Le .10 avril, il part de Lciria avec seize mille Anglais , neuf mille Portugais cl trois mille chevaux, et marche dircclcmcnl contre Porto, tandis que le maréchal Bercsford, avec une force au moins égale, s’avance sur sa droite pour couper la retraite au maréchal Soult, par la province de Traos-Monlcs. Le 1 1 mai, sir Arthur Wellcsley était devant Porto. Il exécutait le passage du Duero avec une témérité heureuse, et commençait à tourner les deux flancs de l’armée française, dont la surveillance parait avoir été en défaut. Toute hésitation devenait périlleuse. L’évacuation de Porto, résolue aussitôt, fut opérée avec tout l’ordre que comportait une détermination si rapide. L’arrièregarde SC battit dans les rues avec les troupes anglaises. La première pensée du maréchal Soult était de se retirer par Amarante, place située sur la Tamèga, que le général I.oison avait récemment occupée ; mais Loison n’ayant que faiblement défendu cette place contre le maréchal Bercsford, il fallut suivre une autre direction. Pour rendre sa retraite plus facile, Soult prit un parti extrême, mais nécessaire ; il fit détruire son artillerie cl scs gros équipages, cl marcha sur Guiinaraeiis où il fut rejoint, d’un côté, par Loison, cl de l’autre, *par le général Lorge, qui revenait de Braga. Cette concentration fut on événement heureux; l’armée reprit conflancc en cllc-méme. Le reste de la re- * traite fut diflicilc, mais les difficultés furent vaincues par l’habileté des chefs et l'intrépidité des troupes. Le 17 mai, elles étaient réunies à Montalegre, dernière ville du Portugal sur la frontière d’Espagne; elles arrivèrent le 18 à Orcnséc. Rentrer dans une province espagnole occupée par des Français, c’était presque rentrer en France. Plusieurs milliers de malades laissés dans les hôpitaux de Porto, de Tlmy et de Braga, tombèrent au pouvoir de l’ennemi, mais toute la force active était sauvée. Le deuxième corps comptait encore dix- I neuf mille cinq cents hommes, et la perte de l’artillerie n’élail qu’un accident sans gravité réelle. Ainsi échoua la seconde expédition de Plfr|a^l, seul projet important de l’Empereur pour cetfi^||||llnpagne dans la Péninsule, projet dont le succès eût été certain sans l’esprit de rivalité et d'indépendance qui empêchait les maréchaux de s’appuyer activement entre eux, comme ils l’eussent fait sous la main immédiate de Napoléon. Cet avantage d’unité qui n’existait plus pour les Français, les alliés l’avaient à leur tour par la réunion de tous les pouvoirs dan^tt mains de sir Arthur Wellcsley.
maréchal Soult, dont le corps avait besoin
d’être réarmé cl équipé, le conduisit à Zamora,où il devait, en outre, trouver les moyens de réparer*’ la perte de son artillerie. Peu de temps après , le maréchal Ney, fatigué d’une guerre de défilés et de montagnes contre la Romaiia et d’autres bandes insurgées, se vit forcé d’évacuer la Galice. Ce double succès des Portugais cl des Espagnols exalta leur audace au plus haut degré. Après avoir rejeté le maréchal Soult hors du Portugal, sir Arthur Wellcsley s’était hâté de se replier sur le 'Page. Ce général, qui dans la suite se distinguera par une excessive prudence, conçut alors la pensée d’une entreprise hardie, c’était de marcher sur Madrid. Commandant des troupes anglo-portugaises, il eût importé nu- succès de ses desseins qu’il eût aussi le commandement supérieur des troupes espagnoles. La prclcnlion était naturelle, juste, nécessaire même sous le rapport militaire. L’orgueil national des Espagnols s'y refusa, et on ne peut pas non plus l’cn blâmer. Le Portugal pouvait consentir ân’étre qu’une partie secondaire dans la guerre; l'Espagne devait en rester partie principale, afin de se réserver Je droitde traiter pour elle-même. Sir Arthur Wellcsley fut donc réduit à entrer en concert avec la junte suprême de Séville. Sun projet <lc marcher sur Madrid fut vivement applaudi par la junte, et toutes les ressources du pays lui furent promises. Les armées de Cuesta et de Vénégas reçurent ordre de s’associer à ses vues cl de le seconder de tous leurs moyens. L’armée de Cuesta était dc38,000 hommes ; celle de Vénégas de 38,000 hommes; sir Arthur amenait avec lui 28,000 Anglais. C’était ainsi près de cent mille hommes favorisés d'ailleurs par les dispositions des habitants, contre une force de cinquante mille Français environ que formaient les corps commandés par Victor cl Sébastiani. Le 20 juillet, sir Arthur Wellcsley opérait à Placcncia sa jonction avec l’armée de Cuesta. Coniinc un pouvait prévoir que Sébastiani allait arriver au secours de Victor, trop faible contre ces armées réunies, Vénégas, qui était dans la Manche, devait profiter de ce mouvement pour se porter sur Madrid, que Joseph serait contraint d’abandonner. Les calculs du général anglais se fondaient sur la supposition qu’il n’avait rien à craindre ni de la part du 2*' corps épuisé par sa retraite du Portugal, ni de la part du maréchal Ney livré à une lutte pénible contre les insurrections de la Galice. Cette supposition raisonnable était pourtant une erreur. Le plan de sir Arthur Wellcsley avait été pressenti, deviné par Napoléon.
Au brillant début de sa campagne contre l’Autriche, dans ces jours si pleins, où l’impurlance des objets présents semblait devoir absorber toutes scs pensées, au milieu des ordres qu’il avait à donner à üavoust, à Masséna, à Lannes, pour la poursuite des
AFFAIRES EXTÉRIEURES
Anlrichiens sur les doux rives du Danube, à Ratis- ^ bonne, l'Empereur avait trouvé des loisirs pour s'occuper des afTaircs d'Espgiic, et de loin il voyait plus juste que ceux qui étaient sur les lieux : « Wellcsicy, a écrivail-ii au maréchal Soult, avancera probablcn ment par te Tagc contre Madrid : dans ce cas, pasw sez les uionlagnes, tombez sur ses flancs et sur ses » derrières, et écrascz-le. » Four mettre Soult en état de répondre à ses intentions, l'Fnipereur, in> dé[icndanimcntdu 2* corps dirige par ce maréchal, plaçait aussi sous son stpréme commaudemeiit les b** cl G'‘ corps aux ordres de }iey et de Mortier. La lettre de Napoléomparvint au maréchal Soult à la fit! du mois de juin. Cclui-ci prit aussitôt toutes les mesuresque réclamait rexéculion de l'ordre de l’Empereur, mais non sans rencontrer des diflicultés et des retards, soit de la part du maréchal Ncy, soit de la part du roi Joseph. Lo 18 juillet, ayant réuni son armée autour de Salamanque, il avait envoyé auprès de Joseph le général Foy, pour lai proposer un système d'action commune contre l'cnnemî. Le roi, qui veiiaild'appretidre que les alliés étaient arrivés à Talavera de la Reyna, quittait Madrid le juillet, pour marcher contre eux avec le et le 4* corps. II lit commander au maréchal Soult desè porter rapidement sur Placencia. La prudence eOt dû interdire au roi toute entreprise hasardeuse avant l'arrivée des puissants renforts que 8oult allait amener. C'était l'avis du maréchal Jourdan .qui accutiipagnail Joseph; ce ne fut point celui du maréchal Victor, et la bataille fut décidée. La position de Talavera de lallcyna. occupée par l'armée anglaise, était admirablement défendue, ici par an ravin profond, là par les restesde fortiflcalions d'un vieux château , ailleurs par des champs d'oliviers. Du haut de celte position qui dominait le pays, sir Arthur Wellesley découvrait les moindres déplacements de troupes françaises, en sorte qu'il pouvait porter des forces sur les points où il voyait SC préparerun mouvement contre lui. Surladroitc, sur la gauche, au centre, des attaques successives furent tentées avec une grande viguei/fr ; mais, partout repoussées, elles restèrent sans eflet. Il fallut bien mettre un terme à une lutte sanglante qui n'amenait aucune solution. Sir Arthur Wellesley avoue une perle de 6,000 hommes tués ou blessés; il évalue la perte des Français à 10,000 boinincs; celle des Espagnols ne fut pas considérable, car ils avaient pris peu de part au combat. «i Quoique les » Espagnols n'aient presque pasdonne, dit le général » anglais dans un de scs rapports, des corps entiers n ont jeté bas leurs armes cl ont pris la fuite, i* La bataille de Talavera est une victoire pour les Anglais, en ce sens qu'ils n'avaicnl pu être dépostés de la forte position qu’ils avaient prise, mais une