‹ Histoire de FranceChapitre 56 sur 142 · CHAPITRE XVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVI

Saxe et au cabinet de Pétersbourg. Il avait soin de faire observer que, dans ce sacriflee de trois millions et quelques centaines de mille Aines, il ne se réservait k lui-méme que ce qui était nécessaire pour lier la Dalinatie à ses autres États italiens. C'était un besoin pour lui d'cmpéchcr qu'il se ftl rien k Constantinople contre l’inlérél de scs peuples, et dans l’état de faiblesse de sa marine, faiblesse qui résultait de ses quatre guerres contre rAutriehe, il n'avait pas d'autre moyen d'influer sur l'équilibre dans la Méditerranée. Cette lettre se terminait par une offre d'alliance. «Une fois la paix :> rétablie entre nous, poursuivait Napoléon, il ne tiendra qu’à Votre Majesté de resserrer les liens <• entre nus deux Étals. Ca: résultat aurait déjà pu » être obtenu après la paix de Lunéville, ce qui » aurait épargne à mes sujets bien des malheurs, '■ et à vous, monsieur mon frère, bien des mauvais » moments; mais les manèges de ces politiques, » qui feignent sans cesse des craintes pour l’avc- » nir, afin de ménager la tyrannie et le monopole ’• présent du gouvernement anglais, ont toujours » triomphé à la cour de Votre Majesté. Veuille le » bon génie du continent que ce soit pour la dernière fois! n

Malgré l’importante réduction des demandes françaises, l’empereur d’Autriche ne manqua pas de SC récrier sur des cessions qui, selon lui, laisseraient sa monarchie sans frontières et ses Etats sans débouchés. A l’égard de l’alliance, il montrait un empressement qui pouvait très-bien être sincère. Cependant, disait M. de Metlernich, l’idée de céder la couronne ne répugnait point à ce prince, pourvu que la monarchie autrichienne restât indépendante. Mais en quoi cette indépendance devaitelle consister? Ne faudra -l- il pas que l’Autriche ' entre dans la confédération du Rhin? I,a réponse de Napoléon sur ce point, contenue dans une lettre à M. de Champagny, fut franche et prompte. « Si <■ l’empereur abdique en faveur du grand-duc de » Wurtzbourg, je laisserai le pays tel qu’il est, » avec son indépendance actuelle, cl je ferai avec » lui une alliance qui nous mettra à même de finir » les aflaircs du continent. Comme j’ai conflancc Il dans le caractère et le bon esprit du grand-duc. Il je regarderai le repos du monde comme assuré » par cet événement. Vous direz que j’ai foi dans » la moralité de l’empereur, mais qu’il est toujours Il de l’opinion du dernier qui lui parle, et que les » hommes qui continueront à exercer de rinflucnce n sur lui seront Baldacci et Stadion... fl est certain " que celle manière de s'arranger me conviendrait Il asses. Si elle ne peut pas avoir lieu, il est toujours Il bon d’en parler, comme preuve du peu d’intérêt » que nous avons à affaiblir la monarchie, n

Nous ii’afllrmcrions pas quo Napoléon, s'il eût été pris au mot par l’empereur* François, fût bien résolu à restituer la totalité des possessions autrichiennes; mais ce qui nous paiait démontré, c’est ' que cette restitution eût été pour lui un excellent calcul. Chacun des grands san ilices exigés de cotte puissance à la fin d’une gucrn-, a toujours renfermé le germe d’une guerre nouvelle, r.ondamnée à des peines considérables en 17!)7, elle av.iil rè* commencé la guerre en 171)0, pmir recouvrer les pertes de Campo Formio; elle l’avait reeonimeiicée en 180J5, pour recouvrer celle de Lunéville.; eu^IHOÜ, pour recouvrer celles de Pri;sbourg;.el)ela recommencera en 1815, pour recouvrer pelles de Vicniie.

1 Avec un autre prince que l'enipereur François;* I avec un prince qui, après la guerre de 1800. eût ; reçu, de la main du vainqueur, la nionarcliitTniiiri- I chienno, telle qu’elle était avant cette guerre; Napoléon n’eût pas eu probablcinenl dedéfedion à craindre. La guerre de Russie, en 18Ji, s’ü eût fallu la faire, .se fût faite autremont, et eût produit : d’autres résultats. C’est un malheur pour Napo- I léon, pour la France, pour riiumanité jumt-étre^

' qu’il n’ait pas insisté sur une abdicaliou ponr i laquelle l’empereur François ne montr.'dt pas nu I éloignement bien difficile à vaincre.

ILa correspondance directe entre les deux souverains, les voyages fréquents du prince de Lichtenstein et de M. de Bubna à Vienne, leurs fréquentes communications avec M . le duc de Bassano, et même avec l’Empereur, avaient été aux négo- ' dations d'Altcnbourg une grande partie de leur importance. Dirigés par le comte de Stadion, qui avait les yeux fixés sur l’expédition anglaise dans ; l’Ilc de Walcheren, les plénipotentiaires autrichiens ; disputaient le terrain pied à pied, et, sur chacune I des prétentions françaises, ils avaient besoin d'or- I dres nouveaux. Au milieu de ce débat sans progrès,

I M. de Metlernich ayant cru devoir sc rendre à üolis I auprès de l’empereur François, pour obtenir une I plus grande latitude de pouvoirs, .M. de Cbam- I pagny fut, de son côté, rappelé par Napoléon. Le siège de la négociation sc trouva ainsi Iransporlé d’Altcnbourg à Vienne, et le nouveau plénipolen- I tiaire autrichien fut le prince Jean de Lichtenstein, intermédiaire de la correspondance des deux empereurs, auquel .M. de Bubna fut adjoint comme conseil.

I,e 50 septembre, l’empereur Napoléon, après le i spectacle qui avait eu lieu au théâtre de Schœn- ! brunn, fit appeler ces deux plénipolcntiaires, les informa de quelques réductions nouvelles auxquelles il venait de se décider, et il fut convenu i que iM. de Bubna partirait sur-le-champ pour Dotis,

< d'où il reviendrait sous quarante- huit heures. A

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dater de ce moment, le prince do Lichtenstein eut chaque jour, soit avec M. le duc de Bassano, soit avec M. de Chanipafçny, des conférences qui ne furent plus stériles. Les prétentions des deux parties SC rapprochèrent graduellement. Napuléun déclara, le 6 octohre, son uHhnatuvi, en faisant encore une concession importante j il consentait que les mines de Wiliska , dont il avait jusqu’alors réclamé la possession entière pour le roi de Saxe, duc de Varsovie, appartinssent en commun à ce'princc et à l’cntpcrcur d’Autriche. Ce dernier acte de condescendance était présenté comme un témoignage d'égard |>articulicr pour le plénipotentiaire autrichien ; mais en même temps Napoléon exigeait une détcrminàlion immédiate. » Je vais aujourd'hui, » écrivait-il * à son ministre', jusqu’aux frontières » de Styrie, pour voir le pays et le débouché des it montagnes. A mon retour, je veux avoir un ré- I* sullat. youtant faire via campagne avant l'hiver, U je ne puis pas attendre plus longtemps. »

Toutes Ics^dilBcullés sérieuses furent clTcctivcment bientôt aplanies, et, le 10 octobre, les discussions relatives à des cessions de territoire étaient arrivées à leur terme. Il ne restait plus de dissentiment que sur la quotité de la contribution de guerre. Napoléon demandait cent millions de francs; rAutriche n’en offrait que cinquante. Ce n’est pas une question d'argent qui, dans aucun cas, eut empêché la signature de la paix; mais elle pouvait la retarder quelques jours de plus. Un incident inattendu vint faire abréger les lenteurs et accélérer la conclusion. •

Les revues de l'Empereur attiraient tous les jours à Scfaœnbrunn un grand nombre de spectateurs. Le 13 octobre, tandis qu’il passait devant le front des, troupes, un Jeune homme cherchait à s’approcher de lui comme pour lui présenter une pétition, malgré les efforts des aides de camp pour tenir le public à quelques pas de distance, ce jeune homme s’obstinant à sortir de la foule, le général Rapp, frappé de sa persistance, le saisit pour l’éloigner; mais, en même temps, il sentit sous son vêtement une arme qui lui révéla un assassin. 11 le fit arrêter sur-le-champ. L’empereur Napoléon étant rentré dans scs appartements, interrogea le jeune fanatique dont les aveux furent aussi précis que sin-

Lctire du G ociobre it M. de Chanipngny, en lui envoyant une nouvelle note qu’il le chargeait de remettre au prince de Lirlitenatein.

* ’ Dans la préface du second volume de mon ouvrage iur les protvripiiotiii, fai publié le texte de la lettre curieuse que .Siapz écrivit h ses parents ou moment de son départ d'Erfiirt pour aller en Autriche nrcoraplir sou coupable dessein. Cette lettre fut iutcrccptrc par le bureau français de déeachûtement à Erfiirt. Après l'évacuation

cères. Après diverses questions auxquelles il répondit avec Iteaucoup de sang-froid, l’Empereur lui dit : U Pourquoi vouliex-vous m’assassiner? — » Parce qu’il n’y aura jamais de paix pour l'Allcn tiiagnc tant que vous serez au motxle. — Crovez- )• vous que le ciel approuve l’assassinat? — Je suis i> dans le doute, ttiais j’espère qu'il m’absoudrait X en faveur du grand service que j’aurais rendu à « mon pays. — Si je vous pardonnais, que feriezn vous? — Je vous assassinerais encore. » Le contraste du calme de ce jeune homme, de la douceur de sa physionomie et de sa voix , avec la froide atrocité de scs paroles, attestait, de sa part, l’action d’une conscience égarée, mais une action de conscience. Déjà plusieurs fois oti avait offert au gouvernement autrichien de le débarrasser <le l'empereur des Français, et le prince de Lichtenstein en avait informé AI. do Champagny. On avait fait pou d’attention à ces confidences, car en ce genre le meurtrier dangereux n’est pas celui qui cherche à trafiquer du crime; le meurtrier vraiment a craindre est celui qui obéit à un fanatisme quelconque, soit à un fanatisme religieux, soit à un fanatisme politique. Stapz était le Jacques Clément, le Ravaillac de la liberté de l’Allemagne. (Quoique Napoléon ne fût pas plus accessible à la peur d’un coup de poignard qu'à celle d’un boulet sur le champ de bataille, il y avait dans la barbare ingénuité de cet étrange assassin une grande révélation ^ sur l’esprit hostile et l'exaltation d'une partie de la population allemande. L’Empereur en fut vivement frappé ; il devait l’être. La paix ne tenait qu’à une dissidence de chiffre sur la contribution de guerre. Pour trancher le différend de cent millions, il réduisit sa demande à soixantequinze. Le jour même, M. de Chami>agny ayant appelé les plénipotentiaires autrichiens à une nou- , .valle conférence, cl insistant .d'abord sur sa prétention première, ceux-ci allèrent jusqu'à l’offre de quatre-vingt-cinq millions qui fut acceptée. Dés le lO octobre, le ministre français leur avait communiquérelativement aux autres articles, une ébauché dé rédaction sur laquelle on était à peu près d’accord. Dans cette séance on y mit la dernière main, et, le 11, la paix fut signée. Napoléon la ratiffa aussitôt. Le 17, il partit pour .Munich, sc

de la Prusse en 1808, l'administration française avait transporte dans cette ville le bureau établi à Berlin pendant l'occupation militaire. Toute l'Allcinagne eût dû soupçonner l'existence d’un bureau de rc genre à Berlin d'abord, et à Erfiirt plus lard. Il semble que personne UC s'en doutât, tant il circulait par rette voie de naivetrs étranges et d'indiscrétions qui, choque jour, saisies au passage, étaient portées par extrait à la connaissance de l’Empereur.

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