CHAPITRE XVII
FRH.'«1;E et ÉTAT9-ÜSIS. — A;ti;t.eTEBRE ET ÉTATS-rni.S. — FBAKCB ET PRISSE. — FRARCE ET DAKERARK.
— FRARCB BT ROLLARDE.
DcbniA «'litre la Franco cl les Éials-Fnis, an sujet «lu sysièmo cnniincntal. — Preicniions «les Ëlals-üiiis sur les Floriilcs, — Les'ci' «le l'eiiil>ar(»o on France sur les biitimenls niiiérieains. — Conlrcbamle failc par les AimTÎcains au protit «le l'Antîlelerre. — Variations «le rAnylelerre envers les Flals-Unis. — M«'e«)nipte «les Ami’rieains. — Désaveu «lu niinislro «F Angleterre aux Ëtats-Uiiis par s«in goiivenienicnt. — Fausse joie «les Klals-Unis. — Rappel «lu ministre «l'Anglcterr«'. — Envoi «l'un n«)UTenu mioistpe. — Insolenee «lit nouveau ministre «l'Aiigleierre , M. .laekson. — Rupture «le tout rapport entre Ica Élala-Uais et eet agent. — Contratlielions dans la eontlnitc <l«i goiiverncnient anglais. — Langage «le Nap«>léon sur la uuiilralilc iiiarilimc. — Empressement de l'Empereur •’l révo«pier scs décrets. — Nouvelles explicaliuus de l'Empereur. — l)is«:iissi«ius entre la France et In Prusse. — Bii'iivoillaiicc (le Napolt-nn pour le Danemark. — Diseussioua eiiire la Frauecet In Hollande. — Opposition du roi Louis au ayslème conliiii'ntal. — I«lée de Napob'-on de iraiisjOanlcr le roi Louis en Espagne. — Propositions «l’iiu écbange «le terril«>irc faite au roi «le Ilollaiule. — Cession du grand-diiebé «le Berg au fils niné de Louis. — Ri'pnielies adr«'ss«'s au roi Louis par l'Empereur. — Paroles sévères «le Napoléon sur le roi Louis. — Invitation j> ee prinre de se rendre h Paris. — Jugement de Napoléon sur la position de la Uollandc. — Longue lettre de Napoléon nu roi. — Conditions imposées au roi par l'Empereur.
Dans le compte que nous avons prêcédenuncnl rendu des ordres du cunscil lirilanniqiic en date du 11 novemlire 1807, et du décret impérial dalé (le Milan le 17 décemlire de la même année, nous avons fait connnllre les discussions que l'exécution tle ces mesures avait élevées entre la France et les Étals-Unis. Ces débats avaient conlinné en 1808 et 1800. Le continent presque (uitl entier étant rcrmé à rAnglclcrrc , il ne restait à ectlc puissance, pour y faire parvenir scs marchandises, (jtie la voie de la rrnude , et le pavillon américain en était le plus actif instrument. De là des caplnrcs fréquentes de bâtiments américains par les Français; de là des réclamnliuns perpétuelles du mini.sire nmcrie.ain à Paris. En réponse aux plaintes do ce ministre, le gouvernement impérial ne cessait de répéier titie, tous les Élats étant solidaires «le leur souveraineté et de leur indépendance, celui qui en soutTrail In violation par un gouvemeinent était mtal fondé à prétendre qu’elles dussent être respectées par les autres.
Eu 1807, le ministre américain avait fait, relativement aux Florides, des insinuations qui riireiil assez mal .-uxueillies par rEiiipereur. Ce ministre les renouvela d'une manière plus explicite en 1808:
il demandait si, dans le cas ofi les Florides seraient attaquées par rAnglcIerrc, rKmpcrciir trouverait mauvais que le gouvernement fédéral envoyât des troupes pour les dérendre, et sizdans riiypotbése d'nne allinnee, il ne eonsenlirait pas à intervenir auprès de l’Espagne pour faire obtenir la cession des Florides aux Etats-Unis. Celle fois la proposition ne fut point rejetée. Sans prendre d'engageiiients précis, le ministère français autorisait les Américains â compter, selon la marclic qu'ils suivraient cux-iiiénies, sur des conecssi«»ns proportionnelles. Cette cspérniicc satisfaisait le présitlcnl JdTerson, et il persistait à exprimer la pensée que l’Emperenr agirait sagement, dans rinlérèt commun des deux pays, en déclarant qu’il rapporlcrail ses décrets, si rcinbargo américain était révo- (|iié â l*i'gard de la France. Ce conseil sera suivi plus tard.Di’jà les procédés de l’Empereur aniioiieaienl des inicniions marquées de rapprochoment. Hans les premiers mois de 1808, il avait levé pnrlielleinent l'embargo sur un ccriain nombre de bâliments américains; le 1*''^ mars, il en prononça la ietéc générale; mais, dans re même iiinmeiit, ce même jour 1"^ mars, un acte du congrès ordonnait des mesures qui durent modilier rexécution
AFFAIRES EXTÉRIEURES
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du décret français. Cet acte du congrès déclarait les ports et havres des États-Unis fermés à tout vaisseau armé appartenant à l’Angleterre ou à la France. Il ne pouvait être importé d'aucun port, atigiaisou français, ou tout autre, aucune marchandise ou «Icnrée, produit du sol ou de l'industrie, soit de la France, soit de rAnglctcrrc. Cette lui supplémentaire, qui renforçait l'cnihargo, ayant excité un vif mécontentement dans les États du nord, le congrès, pour calmer rirritation, crut devoir 'non-seulement rannulcr sur-le-champ, mais aussi révoquer l’embargo même. En conséquence , à dater dii la mars, l’crnhargo fut levé pour tous les pays, hors rAnglctcrrc et la France. La loi de non intercourse , adoptée alors, permit aux hétiments américains d’aller dans tous les ports, excepté dans ceux de la France, de l’Angleterre et de leurs colonies. L'article xi de cette loi autorisait le Président, ‘'en cas que l’Angleterre ou la France rapportât scs édits, à déclarer le fait dans une proclamation, de manière que le commerce entre cette nation et les États-Unis put être aussitôt renouvelé. Ce fut la menace de scission faite par les cinq États du nord,
S formant la Nouvelle-Angleterre, qui força le congrès à ce changement subit de système. La menace était sérieuse; elle sera dans l’avenir un sujet perpétuel d’inquiétude pour le gouvernement fédéral. Au reste, si la nouvelle loi eût dû être iidèleincnt ' exécutée, ce n’est pas 1a France qui eût eu à en souffrir le plus de duininagc; on ne pourra |ia$ et peut-être on ne voudra pas rexecuter. Malgré les défenses du congrès et les cautions à fournir aux termes de la loi, des expéditions se faisaient aux États-Unis, notamment pour l’Angleterre, mais avec direction ostensible sur Lisbonne, Madrid et Gülbembourg. I.es bâtiments^ expédiés pour ces destinations fictives se. faisaient prendre en mer et conduire dans les ports de la Grande-Bretagne.. Comme le commerce américain se fait en partie par des capitau'x anglais, quelques-uns de ces bâtiments prouvaient qu’ils étaient propriété anglaise, et ils étaient relâchés avec un procès-verbal de capture qui les dégageait en Amérique de la peine encourue; d’autres payaient en Angleterre les taxes fixées par les ordres du conseil, et allaient ensuite se jeter dans les ports du continent où ils pouvaient trouver accès. Un autre moyen de fraude était pour les hâliinents américains, nu sortir d’un des ports des États-Unis, de se rendre dans l’ilc de Madère, où ils déposaient leurs marchandises; les Anglais, de leur côté, y apportaient les leurs : il se faisait là un échange immense de produits et de denrées des deux mondes. Le même procédé se suivait à Saint-Barthélemy et dans tous les {torts neutres ou soi-disant neutres. Uc ces points intermédiaires,
le pavillon américain allait inonder de prodactions anglaises les diverses contrées de l’Amériqiic , et il ^ en remplissait pareillement tous les ports d’Europe où il lui était jtossihlc de {tenétrer. Ainsi la loi de noninlercourac, rendue nominalement contre l’An- ' gicterre et la France, n’avait réellement d’efficacité que contre la France seule; l’Angleterre rem- {lorlait , par la levée de l’embargo américain , la plus fructueuse des victoires. Aussi, ce cabinet pà-^ • rut-il un moment vouloir, mettre un, terme à scs contestations avec les États-Unis. Les journaux anglais annoncèrent que , le 20 avril, les ordres ’ relatifs â la navigation et au commerce des États- Unis avaient été annulés; qu'un nouvel ordre du „ conseil déterminait sous quelles conditions les Américains pouvaient commercer avec les puissances ‘ • européennes, et que le commerce leur était per- , mis spécialement , au nord , avec le Danemark , la ^ Russie et la Suède ; au midi, avec les États du sud de l’Italie et les [)orts d'Espagne non occupés (>ar les troupes françaises. En réalité, cette publication des gazettes anglaises ne changea en rien l'état de choses existant, et les ordres du conseil du 1 1 novembre continuèrent à recevoir leur exécution,-cc qui semble coustaU-r, de la |>art du gouvernement anglais, une velléité d’un jour, sur laquelle il était revenu le lendemain. Un grand fait confirme jus- .
qu’à l'évidcncc cette versatilité du cabinet hritan-. nique. Presque dans le même temps, le ministre .. de ce cabinet câ Washington, M. Erskiiie, faisait avec le gouvernement fédéral un arrangement qui \ ^rétablissait les bons rapports antérieurs entre les deux nations. Ce ministre, {»ar une lettre du 17 avril, avait annoncé l’ordre reçu par lui d’offrir, de la part de Sa Majesté Britannique, une ré|)aration honorable pour l’agression commise |>ar un officier de sa marine dans l’attaque de la frégate ^des États-Unis la Chesapeake. A ce désaveu de Sa ^gjesté, qui, 'comme marque de son déplaisir, avait privé ccl officier des honneurs du"' commandement, M. Erskino ajoutait que son gouvernement était prêt à remettre les hommes enlevés de forco sur la frégate américaine et à leur donner une indemnité convenable.' Le ministère américain ayant accueilli avec empressement cette' ouverture do l’agent britannique, celui-ci exprima l’intention de Sa Majesté le roi d'envoyer aux États-Unis,,un ministre extraordinaire pour conclure un traité sur tous les points qui avaient été un sujet de discussion entre les deux États, comme aussi la résolution de Sa Majesté de rapporter, à l’égard des États-Unis, les ordres du conseil de janvier cl novembre 1807, aussitôt qu’une proclamation du Président notifierait le renouvellement des relations commerciales avec l’Angleterre. Un langage aussi