CHAPITRE XVII
précis ayaiil amené, ducdlédu gouvernemeni américain, la (lémonstralion do snntimciits non moins favorables à un complet rapprochement, M, Erskinc se présenta comme autorisé • à déclarer « que
les ordres du conseil susdits seraient révoques , n à l'égard des Étals*Unis, le 10 juin suivant.» En conséquence d'une déclaration aussi formelle, M. Madisson , qui avait succédé ^ à JeiTcrson dans la présidence, publia, le aiémc jour 19 avril, une proclamation portant que le 10 juin ^ malgré tous les actes antérieurs du congrès, le commerce avec r.Anglelcrre pourrait reprendre son cours. Le nouveau Président se félicitait beaucoup de ce brillant . début de son administration, et il s'empressa de porter cet événement, qui flattait son orgueil, à la connaissance du congrès dans une session extraordinaire La confiance de M. Madisson était natu- ^rellc. Commeut imaginer eu effet que jamais un agent ofiieicl puisse prendre, de sa propre autorité, des engagements aussi graves, et déclarer d'une manière solennelle qu'il agit en vertu d'une autorisation dont il n'aurait pas été réellement investi ? Le mécompte ici est inexplicable. C'était le 22 n>ai que le président Madisson célébrait l'heureux dénoUment des querelles des États-Unis avec le gouvernement anglais, et à la même date, à deux jours de distance, M. Elrskinc était désavoué, dans le parlement d'Angleterre, par le cabinet au nom duquel il avait traité. Des explications ayant été demandées, le 21 mai, au ministère sur l'accord qui paraissait avoir été conclu avec les .Vméricains, M. Canning répondait que les termes auxquels avait accédé M. Erskiiic n'étaient pas garantis par scs instructions; que déjà Sa Majesté avait reçu le conseil de ne ratifier ni exécuter rarrangement concltt sans aulorisaU'on par M. Erskine , et même en opposition directe à ta teneur des instructions données à ce ministre. Dans ces assertions conlradicbiires, où trouver la vérité? M. Canning a beau vouloir diseul|>er le gouvernement aux dépens de son envoyé, il a beau accuser celui-ci d'avoir mal interprété les ordres qu'il a reçus, on aura toujours beaucoup de peine A imaginer qu'un agent diplomatique ait pu, de lui-mème, s'engager aussi loin , et se porter à une telle usurpation de pouvoir. Sans vouloir admettre dans le gouvernement anglais les intentions odieuses que lui ont supposées les Américains, nous regardons comme vraisemblable qu'il y a eu mobilité, variation dans les
vues du cabinet; qu'après avoir momentanément
' Le 4 mars.
' « I «m nuihorised Jo déclare ihat his m.ajcsi’ys onicrs « in eonnciU of january and november 1807, will h.ivc O b*Tii wiihdravvn as respects lhe uniied States on the
adopté un parti , on s'était ensuite décidé à an parti tout difTérent, et que. pour sortir d’un mauvais pas, on a sacrifié l'instrument de la pensée première dont on n’a pas voulu poursuivre l'accomplisscmcut.
Cx)mmc il était manifeste que le gouvernement américain avait agi avec loyauté dans celte transaction, le ministère britannique comprit qu’il y aurait trop de honte à paraître lui avoir tendu un piège. En conséquence il fut public, en date du jour même où la discussion sur cet objet avait eu lieu dans le parlement, un ordre du conseil, portant que Icsbâtimcntsaméricains qui partiraicntdes ports des États-Unis entre le 9 juin et Ic9aoùl1809, sur la fui de l'accord fait arec M. Erskine, pourraient, quoique cet accord fût nul, se rendre librement dans certains ports européens. Ce délai de deux mois fut abrégé ensuite, sur la réclamation de négociants anglais, qui prétendirent qu'un intervalle aussi long offrait au commerce américain la jtossibilité de faire des expéditions en assez grand nombre pour causer à leur propre commerce un notable préjudice.
Cependant, aux États-Unis, la population marchande s'abandonnait à une fausse joie; partout on préparait des fêles pour célébrer le rétablissement de l'intercourse avec r.Aiiglctcrrc. Le ministre de France s'éloignait de AVashington pour ne pas assister au triomphe des partisans de cette puissance. Tout à coup une communication équivoque de l'agent anglais vint inquiéter le gouvernement fédéral, quoique cet agent conlinuAt d'assurer que les termes de rarrangement qu'il avait conclu seraient fidèlement observés. Le président Madisson SC montra circonspect : les fêles furent différées; mais le commerce américain, toujours aventureux, n’ajourna point scs entreprises. Sur la foi des engagements de M. Erskine, il y eut bientôt en mer deux mille bâtiments, vingt-cinq mille matelots cl une valeur de cent millions de dollars. Ces expéditions téméraires ne feront que multiplier les diOlcullés avec l’Angleterre et la France. L’erreur ne pouvait pas être longue; le désenchantement fut douloureux pour le gouverncinent fédéral ; on apprit tout à la fois que .Al. Erskine était rappelé, et qu'un envoyé extraordinaire, M. Jackson, se rendait aux Etats-Unis pour y reprendre les négociations et lâcher de les conduire à un meilleur résultat. Provisoirement, ,M. Madisson annonça, par une proclamation datée du 10 août, que, l'Anglc-
II tonih d.iy of Jiinc nexi. • (Letlrc de M. Erskine à M. Siuilh,du 10 .avril 1800.)
* Extra-session.
AFFAIRES EXTÉRIEURES
terre ayant rejeté les engagements pris par son mi- « nistre, le commerce qui aurait pu recommencer M avec ce pays, si les ordres du conseil eussent n été retires, devait être assujetti île nouveau aux M divers actes par lesquels il avait déjà été susn pendu. »
Le choix de M. Jackson, connu peu avantageusement par le rôle * qu’il avait joué à Copenhague en 1807, ne parut pas aux Américains d’un bon augure |)0ur le succès de sa mission. Ce pressentiment n’était que trop fondé. Pour justifier la conduite du cahiiict de Londres, cet envoyé communiqua au secrétaire d'État américain, M. Smith, une lettre du janvier, adressée par M. Canniiig à M. Krskine, et protesta que cette lettre contenait les seules instructions qui eussent été données à cet agent. Une pareille assertion eût diflicilement trouvé creance auprès du 'gouvernement fédéral. En effet, M. Erskinc avait, comme nous l’avons vu, fait connaître de la manière la plus catégorique qu’il était chargé d’offrir une honor^jile réparation pour l’insulte faite aux Américains par l’attaque de la frégate la Chesapeake, et dans la lettre de JII. Canning, du S3 janvier, on ne lisait pas un seul mot qui sè rapportât à cette importante affaire. On devait donc en conclure que M. Erskinc avait eu d'autres ordres que ceux qui étaient énoncés dans cette lettre. S’il en eut été autrement, si l’on devait croire que M. Erskinc se fût crée à lui-méiuc des pouvoirs pour traiter, tant sur l’affaire de la Chetapeake que sur In question de l’iiitcrcoursc, il faudrait supposer, comme le faisaient observer avec justesse les journaux américains, que ce ininistrc eût été ou un traître on un fou , et notoirement il n’était ni l'un ni l’autre. Le plénipotentiaire Jackson ne SC contenta pas d'alliriiicr que La lettre du 23 janvier était la seule instruction dont M. Erskinc fût muni; il alla jusqu’à insinuer que le gouvernenicnt américain n’ignorait pas cette circonstance, en^sorle que, s’il avait été trompé, il avait voulu i'étre. Le secrétaire d’État Smith nia formellemeut le fait, et déclara qu'une telle assertion était d'une indécence ûtfolérable. Il semble que là eût dû s’arrêter l'outrageante insinuation de l'envoyé anglais. Celui-ci alla plus loin : il eut l’audace de la répéter une troisième fois, et par écrit, dans les ternies les plus offensants. La patience américaine était épuisée; l’indignation comprimée se donna un libre cours. M. Smitli notifia au plénipotentiaire Jackson qu’il n’aurait plus occasion d’insulter en face le gouvernement fédéral, que l’on ne recevrait plus
■ M. .Inckson avait été chargé d’un simulacre de négociation destiné à tromper le Üancmnrk, tandis qii'oil se préparait h bombarder Copeubague.
aucune communication de lui, et que l’on allait itistruire, sans délai, de son injurieuse conduite le eabitiet de Londres, qui enverrait, s’il le jugeait à propos, un autre ministre pour le remplacer, ou qui SC préparerait à tous les événements que pourrait produire une insolence si inouïe et que rien n’avait provoquée. U parait que le seul but de l’envoyé Jackson était d’ctitenüre les propositions du gouvernement fédéral sans en faire lui-méme aucune. Les Américaios , encore piqués d’avoir été récemment pris pour dupes, s’étaient, dcleurcûté, abstenus de toute initiative. De là, selon toute apparence, l’irritation de AI. Jackson, qui, ne sachant pas se contenir, avait aggravé la querelle qu’il eût dû travailler à éteindre.
Quelque disposé que l’on puisse être à voir sousun jour favorable la politique d’un cabinet, c’est cependant un spectacle étrange que celui d’un gouvernement réduit, pour se justifier lui-méme du reproche de mauvaise foi, à plaider, jiour ainsi dire, contre scs propres envoyés, et à les accuser ou de peu de fidélité, ou de peu d’iulciligcncc. Il est véritablemeut impossible de n’étre pas frappé de l’incroyable contraste que présentent, en des temps si rapprochés, les deux derniers agents anglais aux États-Unis, l'un offrant une réparation honorable pour une ancienne insulte, et mettant un zèle empressé à la réconciliation des deux pays, l’autre au contraire, loin de laisser entendre un seul mot de rapprochement, se livrant tout d’abord à une insinuation blessante, puis appuyant sur l’injure, cl ensuite l’aggravant jusqu’à rendre impossibles toutes communications ultérieures entre lui et le gouvernement américain. S’il n’y a pas eu là un changement brusque de système dans le cabinet, le hasard a bien mal servi le ministère anglais, en le portant à choisir, pour une mission censée la même, deux caractères si opposés, tous deux extrêmes en sens contraire.
Tandis que le cabinet britannique traitait avec tant de légèreté le gouvernement fédéral, les relations de la France avec ce gouvernement étaient, du moins quant aux formes et au langage, toutamicalcs et pacifiques. Si la levée de l’embargo mis dans les ports français sur les hâlimenls américains n’avait pas reçu une entière exécution, la cause en était dans l’adoption postérieure de la lot de non intercoursc, qui frappait la France comme l'Anglelcrre, et qui, éludée pour l’Angleterre, n’était onéreuse que pour la France. Au milieu des soins de la guerre d’Autriche, l’empereur Napoléon ne cessait de songer à renouer ses relations avec les Américains , cl il cherchait à leur faire embrasser scs principes sur les questions maritimes. Le 18 mai, peu de jours avant les sanglantes batailles de
CUAlMTlUi XVII,
(Jross-Asporn clrrKssliiig, il dictait àSchœiibruiiii > une note destinée à être remise à Paris au ministre des États-Unis, M. Armstrong. En voici quelques passages : « I-es mers appartiennent aux nations.
Il Tout li.itimcnt naviguant sous le pavillon d’une » nation quelconque doit être, au milieu des mers.
Il comme s’il était dans scs propres ports. Le pai> Villon arlmré au haut d’un vaisseau doit être rcs- II pecté comme s’il était au haut du clocher d’un Il village. En cas de guerre entre deux puissances Il maritimes, les neutres ne doivent suivre la légis- II lation ni de l’une ni de l'autre.... Insulter un Il vaisseau marchand , c’est faire une incursion » dans un village ou dans une colonie appartenant » à cette puissance.... Si un citoyen français était Il insulté datis un port ou dans une colonie améri- II caille, le gouvernement des États-Unis ne nierait Il pas qu’il en est responsable. De même le gouver- II nement des Etats-Unis doit être responsable de Il la violation d'une propriété française à bord d’un Il batiment ou colonie flottante américaine, ou, ce Il gouvernement ne pouvant garantir rindépen- II dance de son jiavillon , Sa Majesté ne peut plus Il considérer des bâtiments américains violés par Il des visites ou autres actes arbitraires, que comme Il n’appartenant plus aux États-Unis et dènationa- II Usés... Il L’Empereur terminait cette déclaration sévère par l’expression du désir qu'il avait d'adopter des mesures plus douces, sj le gouvernement (les États-Unis voulait lui même, en changeant de conduite, lui en oITrir la possibilité.
Au commencement du mois de juin, ayant eu connaissance du rappruchement imposteur, mais alors présumé réel , de l’Angleterre et des États- Unis, il s’empressa de dicter les bases d’une décision par laquelle il révoquait toutes les dispositions de ses décrets contraires à la liberté de navigation, dispositions ({ii’il n’avait prises qu’à regret et à l'imitation de l’Angleterre. Il envoyait ce projet à l’aris, et chargeait le conseiller d’État d'Ilautcrive de s'entendre à ce sujet avec M. Armstrong.
Dans la correspundancc avec le ministre français à Washington, l’Empereur recommandait à ce ministre de s’attacher a ramener l’esprit des Américains à la France son* employer de récriminations, et surtout par le sentiment de leur propre intérêt, «lui naturellement doit les unir à tous ceux que blesse la tyrannie maritime de l’Angleterre. Enlin, M. Armstrong ayant dù quitter la France, et désirant emporter avec lui des paroles qui pussent annoncer U II accord prochain, l'Empereur exposa dans une longue lettre les principes qui avaient réglé cl
■ M. «le Cliampagny u’était pas encore arrivé auprès «le l'Iàiipcrcur.
cuiitiiiucraienl de régler sa conduite sur la question des neutres. (,>uoique dans ces explications justilieatives du système français les mêmes idées se reproduisent souvent, l’expression en offre toujours quelque chose de remarquable, lorsqu’on y sent, comme ici, la main de l'Empereur.
U La France admets lc principe que le pavillon » couvre la marehandisc. Un navire marchand na- II viguanl avec les expéditions de son gouvemc- II ment est une colonie flotlanle ; violer ce bâtiment Il par des visites ou par d’autres actes d’une aulo- II rilé arbitraire, c’est violer le territoire d’une Il colonie , c’est altonter à l’indépendance d’un Il gouvernement. Les mers n’appartiennent à au- II cunc nation, elles sont le bien commun des peu- II pics et le domaine de tous.
Il Les bâtiments de commerce ennemis a/^par/e- II nant à des particuliers doivent être respectés.
Il Les individus qui ne combattent ® pas ne dc- II vraient pas être prisonniers de guerre. Dans Il toutes ses conquêtes, la France a respecté les Il propriétés particulières. Les magasins, les bou- » tiques sont restés à leurs propriétaires; ils ont pu Il disposer, à leur gré, de leurs marchandises, et,
» dans ce moment, des convois de voilures, char- II gées principalement de colon, traversent les ar- II niées françaises, l’Autriche cl l’Allemagne, pour a SC rendre là où le commerce les envoie. Si la Il France avait adopté les usages de ta guerre de » mer, toutes les marchandises de l’Europe eussent ■n été accumulées en France, et seraient devenues Il la source d’une immense richesse. Telles eussent » été sans doute les prétentions des Anglais, s’ils Il avaient eu sur terre la supériorité qu’ils ont ob- II tenue sur les mers. Comme aux temps de baril baric, on aurait vu les vaincus vendus comme Il esclaves, cl leurs terres partagées entre les vain- II queiirs. Ce gouvernement ne méconnaît pas l’in- II justice de son code ; mais que lui importe ce qui Il est juste'/ Il ne considère que ce qui est utile. ,
Il La prclcnlion de bloquer, par une proclama- II lion, des rivières et des côtes, est aussi révoln tante qu’elle est absurde...
Il L’Angltdcrrc a mis la France en état de blocus; Il rEm|)crcur, par son décret de Berlin, a déclaré Il en état de blocus les lies britanniques. La pre- II miérc mesure éloignait les bâtiments neutres de » la France; la seconde leur interdisait l’Ângle- II terre....
’ Dt-pèche dictée par Napoléon et envoyée à M. Arraj strong par M. de Chaïupagoy, sous la date d’Altenbourg, 1 le 22 août.
’ I.cs Anglais qui sc trouvaient eu France n’avaient été I déclarés prisonniers que par représailles.
AFFAJRES EXTÉRIEURES.
» ParscsorJrcsÜH conseil du 1 1 novcmhrc 1807, n l'Angletcrrea mis un octroi sur les bàtiinciils ncu- II 1res, et les a assujettis à passer dans ses ports » avant de se rendre à leur destination. Par son dé- » crel du 17 décembre de la même année, l'Einpe- » reur a déclaré dénationalisé» les bâtiments dont » le pavillon avait été violé, dégradé, foulé aux » pieds.
■ , Il L’Amérique a mis un embargo dans ses ports Il pour se dérober à ces outrages ; l'Empereur y a n applaudi.
» L’embargo a été levé; on y a substitué un sys- II tème d’exclusion.
» En principe, l’Empereur respecte la liberté du Il commerce maritime et l'indépendance du pan vilion. ()uc l’Angleterre rapporte sa déclaration Il du blocus de la France, l’Empereur rapportera Il son bloeusde l’Angleterre, (lue l'Angleterre rap- II porte ses ordres du conseil du 1 1 novembre 1807, Il le décret de Milan tombera de lui-méme... C’est » aux États-Unis à amener, par leur fermeté, cet . » heureux résultat, n Ainsi s’expliquait l’Empereur avec les Américains; mais, pour donner plus de force à ses représentations, il avait besoin d’être soutenu par le concours sincère de toutes les puissances continentales dans l’application rigoureuse des mesures adoptées contre eux. Ce n’est pas toujoure dans les États gouvernés par des princes de sa famille qu’il trouvera la plus franche coopération. Nous aurons l'occasion d’en faire la remarque, en nous occupant des relations de l’Empereur avec ces princes.
Le rétablissement de la paix > avec la Suède ne laisse plus, au nord de l’Europe, aucune puissance en dehors du système français contre l’Angleterre. La Russie et la l’russe sont entrées dans ce système, dès 1807, par la paix de Tilsitt. Le bombardement de (Copenhague a dii y rallier, à plus juste litre encore, le gouveriienicnl danois. Depuis le commencement de cette année 1800, et surtout de la guerre que vient de terminer le traité de Vienne, notre attention s’est portée presque exclusivement sur l’Autriche et la Russie. Nous devons maintenant jeter un coup d’œil sur la situation des autres États envers la France. Celui dont les relations avec l’Empereur sont sur le pied le moins favorable, est la Prusse.
Napoléon n’a pas ignoré les communications du cabinet de Rerlin avec celui de Vienne, pendant les journées dinicilcs de la campagne d’Autriche ;
' En f.nit. I.i paix a clé rétablie, entre la France cl la Suède, le jour de l’ab<lic.'«(ion de (îustavc-Adolphc, mai» le traité tpii en règle les condition» ne fut signé que le Ü janvier 1810.
; il sait Jusqu’où sont allées les velléités belliqueuses des hommes qui entouraient le roi à Kœnigsberg, j les hésitations du roi et les véritables causes de ces hésitations. Cette direction ennemie ne lui avait pas échappé, et il avait épanché sa colère dans des lettres 2 à son ministre à Berlin, M. de Saint- Marsan. U Ces imbéciles s’imaginent que mon ar- II niée n’est que de soixante- dix mille hommes, I » tandis qu’elle est de trois cent mille; avant la I » bataille d’Iéna, ils croyaient aussi qu’il n’y avait I* plus d’armée française. » Cependant, si le cabinet prussien avait des torts envers la France , ces torts n’élaient pas ostensibles, surtout après les efforts faits pour sauver les apparences. Le major Schill, qui avait levé l’étendard d’une insurrection partielle contre la France, non-seulement avait été désavoué par le roi, mais, de plus, condamné à mort par un conseil extraordinaire de guerre. A l’occasion de raudacicuse tentative de cet oOieier, le roi avait fait examiner la conduite des généraux Lcstocq et Tauenzien, pour s’assurer s’il existait de leur part, non une complicité dont on ne les soupçonnait pas, mais une répréhensible négligence. Plus tard, |>our punir le duc de Brunswick-Ocis d’avoir osé, dans ses proclamations, abuser du nom du roi, le séquestre avait été mis sur la principauté d’Oels, en Silésie, appartenant à ce prince. En général, les procédés extérieurs du cabinet prussien , quoique justement suspects à la France, ne fournissaient point de motifs à des reproches fondés en fait, à moins de changer en crime des vœux non accomplis et des projets non exécutés. Le roi pouvait donc, jusqu’à un certain point, se faire un mérite de la constance de ses sentiments, et il le lit dans une lettre ^ par laquelle il exprimait à l’Empereur ses félicitations sur In paix. Après avoir représenté la triste situation de scs peuples, qui le mettait dans l'impossibililô d’acquitter les contributions encore ducs à In France, il invoquait la magnanimité de l’Empereur envers scs malheureux Étals. Cette lettre, qui était un long mémoire, fut apportée à Paris par le colonel Krusemark, aide de camp de S, M. P. Avant d’y répondre, l’Empereur ordonna au département des affaires étrangères de lui présenter un tableau de l’attitude qu’avait eue la Prusse durant la dernière guerre, des circonstances relatives à l’affaire de Schill, ainsi qu’au voyage fait en Autriche par le prince d’Orange, enfin de tous les éléments qui pouvaient l’aider à régler sa manière d’agir envers cette puissance. Sa réponse au roi fut conçue en termes généraux; elle porlaitque, comme 31. de Krusemark n’avait point
* Lettre lie Srliu-nbriinn, le 20 août.
* Lettre en date du 28 octobre.
CHAI'ITBE XVII.
(le pouvoirs ni môme de commission spèciale, l’Empereur n’avail pu autoriser scs ministres à entrer en arrangement avec lui; mais, ajoutait > Napoléon,
<1 après lui aroir exprimé mes sujets de plainte,
« j’ai charge ce colonel de réitérer à Votre Majesté Il les assurances de mon amitié, de mon estime )i cl de ma résolution constante d'être utile à la >1 Prusse, et de persévérer dans le système d'aln liancc clahli par le dernier traité. » Ce langage prouve que tout en voulant montrer au roi des dispositions amicales, l’Empereur croyait toujours avoir à se plaindre de Ini.l.’un des points auxquels il tenait le plus, c’était (juc la Prusse, qui, par un article secret, avait pris l’engagement de ne pas entretenir sur pied plus de quarante -deux mille hoinmcs, s'abstint de porter son armée au delà de ce nombre; mais il doutait fort que toute la surveillance de son ministre piil arrêter la tendance contraire du cabinet prussien , et il le témoignait en toute occasion, quelquefois d'une manière trèsexpressive. Peu de temps après la mission de M. de Krusemark , le ministre ordinaire de Prusse à Paris, M. de llroekauscn, demandant toujours des délais pour l'arquittenicnt des sommes dont la Prusse était encore redevable, l’Empereur lui fil répondre - que, « quand on avait de l'argent pour » lever dix ou douze mille chevaux , on devait en » avoir pour payer scs dettes. » Ce ton est loin d annoncer que l'Empereur soit revenu de scs anciennes préventions, et jamais en effet elles ne s'effac(‘mnl entièrement de son esprit.
Le pays pour lequel l’Empereur montrait et éprouvait la bienveillance la plus sincère était le Danemark. Là, le ressentiment contre l'Angleterre n'était pas douteux. L’altacheiiicnt de la nation danoise aux principes de la neutralité maritime, rén'latanic iniquité des violcnct's anglaises contre elle, cl la loyauté de ses rapports avec la France, inspiraient à Napoléon une confiance ^ presque sans réserve, cl il ne négligeait aucune occasion de le lui lémnigiicr. A plusieurs reprises il lui fait remettre des centaines de milliers de poudre pour l’aider à recomposer son approvisionnement. Trois cents ; canons en fer existaient dans la Poméranie suédoise; il les livre au gouvernement danois. Des fers coulés se trouvaient en grande ({uanlité dans cette province, il en donne la moitié au même gouvernement. Si les entraves des douanes françaises nuisent à l’expédition des produits du Danemark, il
s’empresse de prescrire que, tout en ré|irimanl la contrebande, un veille à ce que la nation danoise n’en souffre aucun dommage dans ses exportations. Eu même temps il réclame arec franchise et énergie toute la sévérité du gouvernement danois contre la fraude exercée par les batiments américains. Altona et Tonningen étaient les deux ports où ces b.àlimenls arrivaient en ]dus grand nombre, cl il est évident que le commerce anglais était le principal intéressé dans celte navigation. Les représentations de la France sont aussitôt accueillies. Une résolution du roi prononce le séquestre des denrées cl marchandises dont rénonciation est donnée par le gouvernement français, et une commission spéciale est eharg(ie de vérifier la nature et l’origine des objets importés sous le pavillon soi-disant neutre, complice et agent du commerce anglais. Une circonstance particulière constate surtout le bon accord des cabinets de Paris cl de Copenhague. La France n’ayant pas un nombre suffisant de marins pour le nombre de bâtiments qu’elle peut armer, le Danemark lui envoie des officiers et des matelots pour former l’équipage de trois vaisseaux à Flessinguc. Ui destination donnée à ces vaisseaux concilie les intén'its récii)roques. Celte destination est de croiser dans la Baltique où ils protégeront particulièrement le commerce danois.
Il parait que , dans la m-gocialion du traité de paix signé le 17 septembre entre la Suède et la Russie, et portant cession de la Finlande, il avait été fait une ouverture tendant à indemniser la Suède de celle cession par l'acquisition de la Norwège. Rien ne prouve que cette proposition, qui d'ailleurs ne fut pas admise, ait même un moment obtenu quelque faveur en Russie, mais elle révolta Napoléon. Lorsque la nouvelle lui eu parvint, il fil aussitôt écrire ^ à son ambassadeur à Pétersbourg de rappeler qu’il prenait le plus grand intérêt au Danemark ; « Il n’est, disait-il, ni de la dignité de » l’empereur Alexandre ni de la mienne que le « Danemark perde rien dans l’engagement qu'il Il soutient avec nous. L’idée de lui faire perdre la s N'orwègc me parait un roman. » Malheureusement un jour ce roman sera de l'Iiistoire; mais cette odieuse spoliation n’aura lieu qu'après la chute de Napoléon.
La Hollande, gouvernée par un frère de l’Enipereur, était loin d'offrir à la France la même sincérité de concours contre l’Angleterre. Leroi lA>uis,
• l.eilre <hi 0 novembre.
’ laUlrc du 13 dêcerabrc, n M. de Cliampagny.
’ Surtout drpiiis le Irailé d'isIliaiK-c du 31 octobre 1807.
* I.o 9 mars 1809, pour la tecondc foi». D’autre» livraisons riircnt lieu plus tard.
* Novembre 1809.
® Lettre de Schicnbrunn, le 23 septembre. La paix émit signée depuis quelque» jours, m.'iis l'Empereur n'eu avak pas encore connaissance.
AFFAIIIES EXTÉRIEURES.
comme pour jasUfler d'iivance les futures déterminations de Sun frère, a eu soin «le nous faire connaître, par scs Mémoires, avec quelle mauvaise grâce il se prêtait à l'cxclusinii du commerce britannique. Il semble que Napoléon , pour être appuyé dans sa lutte contre l’Angleterre par des princes qui lui doivent leur existence de souverains, lutte dont dépendait le maintien deees souverainetés nouvelles, eût dû d’abord leur demander humblement l’assistance de leur bonne volonté. Cette prétention est formellement exprimée ^ par -, le roi Louis, et toute sa conduite ne répondra que trop aux mauvaises dispositions qu’il avait montrées dcslSOG. Il expose lui-inémc, avec une sorte d’orgueil , la résistance qu'il opposait aux actes de sévérité de Napoléon contre les propriétés anglaises , et il fait parado des reproches que lui avait attirés ce genre de tolérance. /; * •
' • ^ La principauté d’Ost-Frise , le pays de levers et les seigneuries de Varcl et Knipbansen ayant été * cédés à la France par la paix de Tilsitt , l’Empe- . rcor, en les réunissant à la Hollande , s’était fait céder en échange le port de Flcssingue - et son ter- , ritoirc. Cétafl. un moyen d’action de plus contre les Anglais, on poste avancé pour la défense d’Anvers. La Hollande au fond ne perdait pas à cet ‘'arrangement; mais le regret de voir réunira un . autre État une ville si importante était naturel. Le corps législatif hollandais ne dissimula pas le déplaisir qu’il en éprouvait. On supposa en i<'raiicc *'que cette manifestation eût pu être évitée, si le roi *''i]'eùt pas juge h propos de lui laisser un libre «ours. Des cette époque, ce prince aOcctait de tenir peu dc^coinptc dc.s désirs de l’Empereur. Les llollaqdais. qui se montraient attachés ^ à la Franco étaieul précisément ceux qui obtenaient le moins de faveof Ikupr^.^ê lai.. Napoléoti , dont la faute capitale est d’avoir Croii fait pour sa famille, avait pour Louis One prédilection particulière. (Quoique mécontent de ce prince , lorsqu'au commencement de 1808, <i la nouvelle de la première abdication (lu roi Charles IV d'Espagne, il lui vint dans l’esprit que peut-être il y aurait lieu à di.sposer de celte couronne, sa pensée première, pensée rapide, ^éventuelle, fut de la placer sur la tête de Louis. H lui Ut part de cette idée par une lettre du 37 mars, et lui demanda une réponse catégorique. <• Vous » sentez, lui disait-il, que ceci n’est qu'un pro- » jet. » Après lui avoir recommandé uu secret ab- *
' Mémoires du roi de Hollande, tome I«, p.ige 204.
* Traiic du 11 novembre 1807, entre Li France cl la Hollande. '
* I.’ainiral Vcrliuell lui étant suspect .i ce litre, il lui iniligea uii liuiiorabic exil eu le iiomtuant ambassadeur à
solu, il ajoutait: k II faut qu'une chose de celte » nature soit faite , pour qu’on avoue d’y avoir Il pensé... a Celte intention de la part de l'Empereur, dùt-ellc n’avoir aucune suite, aurait pu, à ce ({u’il semble , exciter dans l’âme de Louis un sentiment de reconnaissance. A l’en croire , son austère vertu s’effraya du danger qui menaçait la maison d’Espagne , et le seul scntimctit qu’il éprouva fut celui de l’indignation ; <• il répondit en conséquence , et refusa vertcmcnl •*. » Ce qui surtout l’avait profondément blessé, c’est que l’Empereur . lui disait : » Le climat de Hnllande ne vous con- II vient pas, d’ailleurs elle ne saurait sortir de scs n ruines.» Louis concluait de ces paroles que Napoléon « l’avait poussé sur le trône pour le perdre n et pour perdre aussi la Hollande. » Avec une opinion pareille des dispositions do son frère , on ne sera pas surpris du peu d’empressement qu’il mettait à seconder scs vues.
Napoléon , qui , toujours préoccupé du désir de se créer les plus puissantes armes contre l’Angleterre, eût voulu envahir alors tout le littoral de l’Europe, avait fait mettre en avant, d’une manière indirecte, l’idée d'un échange du Brabant et de la Zélande contre les villes anscatiques cl quelques autres possessions allemandes. Cette insinuation offensa singulièrement le roi, qui, dit-il lui-même, la repoussa par des plaintes amères. La réponse de Napoléon ^ n’allcstc nnllcmcnt le prétendu despotisme contre lequel Louis se récrie avec tant de vivacité : « Puisque cet échange ne vous platl pas,
■I il n’y faut plus penser. Il était inutile de me faire Il un étalage de princii>c$, puisque je n’ai jamais Il dit que vous ne deviez pas consulter la nation.
» Des Iloliandnis instruits avaient fait connaître n qu’il serait indiffèrent à la Hollande de perdre Il le Brabant, semé de places fortes qui coûtent n beaucoup, en l’éciiangcanl avec des provinces du
:> Nord, riches et à votre convenance. Encore une ♦ ,
» fois , puisque cet arrangement ne vous convient
Il pas, c’est une affaire liniç.» Elle fut flnic pour le
moment; mais ou y reviendra plus tard. C’est un
malheur que le roi Louis n’ait pas accédé alors à
celle proposition qui lui était faite; bientôt il sera
coulrainl de céder, à litre gratuit, ce qu’il n’cùl cédé
d’abord que moyennant une belle compensation.
Par l’élévation de Mural au trône de Naples, le grand-duché de Berg et de Clèvcs étant revenu à la disposition de la France, un decret du 3 mars 1809
Pétcrsboiirg. Napoléon le réclama pour cire amlwïsailctir de Hullaïulc â Paris.
< Paroles icxiuellcs des Mémoires, lomc II, page 203.
* I.ciire datée de Saint-Cloud, le 17 août, au roi de Uollaude.
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