‹ Histoire de FranceChapitre 61 sur 142 · CHAPITRE XVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVII

annonça que l<a cession en clail faite au prince Napolcon-Louis, lils ntué du roi de Hollande. Quoi- (juc le roi s'alHigcdl encore de n’avoir pas été informé d'avance d'une disposition qui intéressait essentiellenicnt son fils , il se montra satisfait de cette donation.

Cependant les communications entre l'Angleterre et la Hollande avaient toujours plus d'activité que ne l'eùt voulu l'Empereur. Le roi lui-niùnie en convenait en disant : « Voulez-vous cmpùclicr S) la peau (le transpirer?» La difficulté était grainfi*; mais il n’est pas démontré que le gouvernement hollandais opposât à la tendance des habitants une sérieuse répression. Le mécontentement de l'Empereur se révélant quelquefois par des articles de journaux , et le roi Louis lui ayant écrit au sujet d’un article de ce genre, Napoléon lui répondit: U Vous vous plaignez > d'un article du journal N...; » c'est la France qui a droit de se plaindre du mau- 11 vais esprit qui régne chez vous. Si vous voulez » que je vous cite les maisons hollandaises qui sont » les trompettes - de l’Angleterre, ce sera fort aisé. !> Vos règlements de douanes sont si mal exécutés, » que toute la correspondance de l’Angleterre se » fait par la Hollande. Cela est si vrai que M. de » Stahremhcrg , envoyé d'Autriche, a passé parce

» pays pour se rendre à Londres La Hollande

» est une province anglaise. » En même temps que l'Empereur s’exprimait ainsi directement avec le roi , il chargeait son ambassadeur en Hollande , M. de la Rochefoucauld, de demander la révocation formelle d'un décret royal tendant à détruire ou du moins à atténuer l'effet des décrets impériaux : <s Dites 3 au roi que la Hollande doit pari> tager le sort de la France, sa bonne ou sa mnu- » ^aisc fortune ; si elle sépare sa cause de celle du i> continent, je me séparerai d'elle.» L’ambassadeur devait en outre déclarer que l'Empereur ne pouvait pas garantir le maintien de la paix, si la Hollande ne se replaçait pas sur le même pied que la France et ne rentrait pas dans son système. Le roi s’obstinant â vouloir, par divers moyens, se former pour lui seul une sorte de neutralité impossible, l’Empereur rejeta scs propositions d'arrangement, et insista pour que tout bâtiment américain, pris en contravention à scs decrets , fut déclare de bonne prise. » Si * l'on ne prend pas des mesures n cificaccs pour réprimer la contrebande, non-scu-

' Lettre datée de ftehsnbrunii, le 17 Juillet.

’ C'était de la Hollande que parUiieut toutes les mauvaises nouvelles débitées en Europe contre rEiiipcreur.

’ .Schœnbrunn, le 17 juillet.

< Notes du 1 1 octobre, pour M. de Cliampagn y.

» Icmcnt Jo ferai occuper les passes par mes trou- !• pes, mais j'enverrai des colonnes mobiles saisir » les marchandises anglaises jusque dans Anistern dam. Co n'est pas là une plaisanterie. La Hol- >1 lande trahit la cause commune ; il serait préféra- » blc de la voir l’allicc de l’ Angleterre, que favo- » risant sourdement son commerce et la guerre » qu'elle fait contre nous. Le résultat des menées » des ministres hollandais sera de perdre leur exis- » tcncc.... Le roi de Hollande n'a marché avec » franchise qu'un moment. » L'Empereur jugeait avec sévérité le roi Louis. Celui-ci nous apprend que l’Empereur le jugeait biett.

Apres le retour de Napoléon en France, la plupart des souverains allemands ^ et italiens , qui avaient déjà reçu ou allaient recevoir le fruit de leur fidelité à l’alliance française, se rendant à Paris, l'ambassadeur Verhucll, dans un voyage qu'il lit en Hollande, donna au roi le conseil de s'y rendre comme eux. Le roi s’y refusait; mais, sur ces entrefaites, une lettre de rEm|>crcur lui en apporta l’invitation. Ce prince convient qu’il hésita beaucoup : Il 11 fallait , avoue-t-il lui-meme, jouer en » désespéré et s'allier avec l'Angleterre. » D’apres les sentiments qu'il laisse entrevoir, un peut juger que cette résolution extrême ne lui eût |>as déplu, si elle eût été goûtée par les membres de son conseil; mais tous ses ministres se réunirent dans l'opinion que le parti le plus prudent était de conjurer l'orage. Le roi accepta en conséquence l’iiivitation de l'Empereur.

Les événements que nous aurons à raconter bientôt, le divorce et le nouveau mariage de Napoléon, ne l'cmpéchaient pas de donner aux questions de blocus une attention soutenue. A peine le roi Louis était-il arrivé à l'aris, qu'il y eut entre les deux frères une vive contestation ® sur les affaires de la Hollande. La descente des Anglais dans l’ile de Walcheren avait porté l'Empereur à faire entrer en Rrabant des troupes considérables, et ces mouvements causaient une juste inquiétude au roi. L'Empereur ne le laissa pas longtemps dans l’incertitude. L’ouverture de la session du corps législatif, qui eut lieu deux jours après lui fournit l'occasion d'exposer ses vues nouvelles à l'égard d'un État dont il avait.voulu faire l’avant-garde de la France contre l’Angleterre, et qui, selon lui, était devenu l’avant-garde de l’Angleterre contre

* Le* roi* de Bavière, deS.-ixc, de Wiirlcmberg, de NVcsiplialie, de Naples, le viec-roi d'Itatie et plusieurs grands-ducs.

' Le 1« décembre 1809.

7 Le 3 dceeiubre.

[1800] AFFAIRES EXTÉRlEfRES. ail

' ia France. Déjà précédemment, c’est le roi Louis

'qui le rapporte Napoléon, dans la mauTaisc hu- I meur que lui causaient les relations notoires de

I l'Angleterre et de la Hollande , aurait dit de lui

I H qu’il n’était plus son frère, qu’il était plutôt le

j !> frère et l’allié du roi Georges. » Voici comment

' s’exprimait l’Empereur au sujet de la Hollande,

I dans son discours au corps législatif : u La Hol-

I » lande, placée entre l'Angleterre et la France, en

i » est également froissée ; elle est le débouché des

» principales artères de mon empire. Dcschangc- * » ments deviendront nécessaires ; la sôretc de mes

) Il frontières et l'intérét bien entendu des deux pays

n l’exigent impérieusement. » L'arrêt d'un changement prochain était déjà porté dans ces seules paroles ; il le fut encore avec plus de développement dans un discours du ministre de l’intérieur. « La Hollande n'est réellement * qu’une portion de Il la France. Ce pays peut se définir en disant qu’il . n est l'alluvion du Rhin, de la Moselle et de l'Es-

n caut, c'est-à-dire des grandes artères de l'empire; !' n la nullité de scs douanes, les dispositions de scs

» agents et l'esprit de ses hahitants, qui tend sans À cesse à un cammcrcc frauduleux avec l'Aiiglc- II terre, tout a fait un devoir de lui interdire le » commerce du Rhin et du Wescr. Froissée ainsi ■» entre la France et l’Angleterre, la Hollande est [ . n privée et des avantages contraires à notre système

. Il général, et de ceux dont elle pourrait jouir en n s’y associant ; il est temps que tout cela rentre Il dans l’ordre naturel. » Cet ordre naturel, tel que l’entendait l’Empereur, devait être l’établissement *^du Thal-Weg du Rhin pour limite entre la Hol- I lande et la France. A la suite d’explications entre

les deux frères, Louis souscrivit à cette limite; il I promit de se eouTormer, à l’avenir, aux conve-,

nanecs politiques de l’empire français; mais, pour I lever toute possibilité de malentendu. Napoléon lui

I ' signifia scs inléntioo? par écrit *, et de la manière I ^ la plus précise'. Après avoir dit que la Hollande, faible, sans alliance, sans armée, pouvait et devait élrc conquise le jour où elle se mettrait en opposition directe avec la France, l’Empereur rappelait , qu’en plaçant sur le trône de Hollande un prince

de sa famille, il avait cru concilier les intérêts des : deux États, et les réunir dans une haine commune

I contre l’Âiiglctcrrc ; mais, ajoutait-il, ses espé-

* Tome III des Mémoires, page 173. “ - 4»

’ Discours du miiiisirc de l’intérieuran corps législatif.

* I.ettrede dix p.agrii datée de Trianon, le 21 déoenibre. •' I.CS roi» de Naple», de ilnllandc cl de '\V>»t|iIi.‘iIic

.av.iienl voidii que le» Fr.mç.’iis ii leur service leur prèlaMcnl serment. l.'Kiupcrcur permnll.'iit que de» Krnnrai.v .vervi.vscnt .<c» frère.», mais, s’il» prétnienl serment,

rances avaient été trompées, u Votre Majesté, en n montant sur le trône, a oublié qu’elle était Fran- II çaise, et a même tendu tout les ressorts de sa rai- Il son, tourmenté la délicatesse do sa conscience Il pour se persuader qu’elle était Hollandaise. Les Il Hollandais qui inclinaient pour la France ont été Il négligés et persécutés ; ceux qui ont servi l’An- » gicterre ont etc mis en avant. Les Français, de- II puis l’ollicicr jusqu’au soldat, ont été chassés Il déconsidérés, et j’ai eu la douleur de voir en Il Hollande, sous un prince de mon sang, le nom Il français exposé à ia honte. » Ici l’Empereur se livre à un mouvement d’indignation sur l’indécence d’une telle conduite de la part du chef d’un État qui ne doit qu’à la générosité française son existence nationale et son indépendance; ilse plaint du mauvais esprit qui règne tlans les discours adressés parle roi à sa nation, et déclare que toute allusion injurieuse pour la France est injurieuse pour lui. n Vous devez comprendre que je ne me n sépare pas de mes prédécesseurs, et que, depuis » Clovis jusqu’au éoinité de salut public, je inc Il tiens solidaire ^ de tout, et que le mal qu’on dit, » de gaieté de cœur, contre les gouvernements qui » m’ont précédé, je le liens comme dit dans l’inu tention de m’oITcnscr. Je sais qu’il est venu de n mode parmi certaines gens de faire mon éloge et Il de décrier la France ; mais ceux qui n’aiment n pas ia France ne m’aiment pas. Ceux qui disent n du mal de mes peuples, je les tiens pour mes » plus grands ennemis, n L’Empereur fait sentir au roi que cette seule raison de mécontentement l’côt autorisé à lui déclarer la guerre. Cependant il ne lui a montré sa colère que d’une manière indirecte, en fermant aux Hollandais le Rhin, le Weser, l’Escaut et la Meuse. Ce coupa retenti en Hollande; aussitôt on a imploré la générosité française; le roi en a appelé aux sentiments de frère en s'engageant à changer de conduite ; mais on n’a pas tenu parole, et on est revenu au premier système.’ « Il » est vrai , poursuit Napoléon, qu’alors j’étais à Il Vienne, et que j’avais une p'esante guerre sur Il les bras. Tous les bâtiments américains qui se Il présentaient en Hollande , tandis qu’ils étaient Il repoussés de France, Votre Majesté les a reçus. Il J’ai été obligé une seconde fuis de fermer mes » douanes an commerce hollandais Je ne vous

ils crss.iicnt d’éire Franç.ii». Il y en cul trè»-pcu qui consentissent à rrttc rennnriation.

* Prise à la lettre, une pareille «olid.vrité serait ,ibsurde ; in.-iis interprétée d.nis un esprit plus large, cette pensée nlfrc un sens qui plaît h l’esprit nnlinnal, et c’est là un côté de notre caractère que niiiis aimons à retrouver sans cesse dans l’cmpcrcur Napoléon.

CIIAPÎTIIE XVII.

M cacherai pas que mon inlenlioti est de réunir la » Hollande à la France, cuiuiiic cumpléinciit de it inuti tcrriluire, comme le coup Iq plus funeste » que je puisse porter à rAngletcrrc, et comme n me délivrant des perpétuelles insultes que les M chefs (le votre cabinet ne cessent de me faire. En ]• cQet, romboucliurc du Rhin et celle de la Meuse » doivent m'appartenir. Le principe, en France, H que le Thal-U eg du Rhin (tsl nuire limite, est un » principe rondaincnlal. » Sur les déclarations de ce genre, qui déjà lui avaient clé fartt's, le rui avait protesté qu'il romprait tout commcrco avec l'Angleterre, et qu'il üoimcrait satisfaction à l'Etnpernir sur tous ses griefs. Quelques-uns de ces griefs sont dignes de remarque. Les nouveaux rois delà dynastie napoléonienne avaient des penchants beaucoup plus aristocratiques que le fondateur même de ecUc dynastie. L’un des reproches que Napoléon faisait au roi Louis, était d’avoir, au mépris de la constitution, donné des privilèges à sa noblesse. L'Empereur se plaignait aussi que ce prince etU créé des maréchaux, grade qui, en Hollande, K n'csl qu’une caricature, et incompatible » avec une puissance de second ordre, n Ce qui, dans les demandes de PEnipercur, était pour le roi d'une execution dilllcilc, c'était de faire cesser toute communication entre la Hollande et l'Angleterre, de saisir les entre)>éls de marchandises euloniales et tout ce qui était arrivé sur des bâtiments américains qui n'auraient |>as dù être reçus dans ses ports. Aussi, malgré les assurances données par le roi, l'Empereur ajoutait 'il : «> Mon opinion est Il que Votre Majesté prend désengagements qu'elle » ne peut pas tenir, et que la réunion de la Hol- I* lande à la France n’est que différée. J'avoue que H je n'ai pas plus d'intérêt de réunir à la France le » pays hollandais de la rive droite du Rhin, que je •• n'en ai à y réunir le grand-duché de Ik'rg et les » villes anséaliques. Je puis donc laisser à la Hol- » lande la rive droite du Rhin, et je lèverai tes M prohibitions ordonnées à mes douanes, dés que • les traités existants seront exécutés.

n Voici mes intentions :

n Interdiction de tout commerce cl de toute X communication avec l'Angleterre ;

» Une Qollc de quatorze vaisseaux de ligne, » de sept frégates, de sept bricks ou corvettes » armés et équipés;

n 3'' Une armée de terre de vingt-cinq mille » hommes;

» Suppression des maréchaux;

H S** Hcstruction de tous les privilèges de la non blesse, contraires à la consliluliou que j'ai duni> née et que j'ai garantie, i»

Après cette signification de scs volontés, l'Empereur laissait au roi la voie de la négociation ouverte sur les bases indiquées, mats en y joignant la menace que sur le seul fait d'un paquebot, d'un bâtiment prohibé qui serait introduit en Hollande, il rétablirait la défense de ses douanes; qu'à la première insulte faite à son pavillon, il ferait pendre au grand inàl l'offîcicr hollamlais qui se permettrait d'insulter son aigle, cl il Unissait celte lettre extraordinaire dans les Icrmes suivants : ■ Votre » Majesté trouvera en moi un frère, si je trouve en elle un Fraiirais;maissi elle oublie Icssciitiinenls M qui t'altaclierità la commune patrie, elle ne trou- » Tcra pas mauvais que j'oublie ceux que la nature » a placés entre nous. En résumé, la réunion de H la Hollande à la France est ce qu'il y a de plus » utile à la France, à la Hollande et au continent,

■ car c'est ce qu'il y a de plus nuisible à l'Angle- » terre. Cette réunion peut s'opérer de gré ou de » force. J'ai assez de griefs contre la Hollande pour » lui déclarer la guerre. Toutefois je ne ferai pas H de difliculté de me prêter à un arrangement qui n me cédera la limite du Rhin, et par lequel la » Hollande s'engagera à remplir les conditions sti- » pulées d'dessus. » La résolution de i'Kmpercur est évidemment ■rrétéf. An fond, ce qui lui conviendrait le mieux dans son conflit avec l'Angleterre, serait la réunion entière cl actuelle de la Hollande à la Franco, Dans tous les cas, le Thal-Weg du Rhin étant, à scs yeux, la limite vraie de la France, il se contenterait de la rive gauche, sous la condition que te gouvernement hollandais, relégué sur la rive droite, j appliquerait, avec fidélité, toutes les mesures en vigueur tant dans la France méineque dans les villes anséatiques et sur les côtes d'Allemagne occupées par les troupes françaises. L'Empereur croit peu à cctlo Odélilé, mais enfin il ^ en accepte l'épreuve. 11 fera encore un autre essai : il voudra s'assurer si la menace de la réunion de ta Hollande à la France, réunion si contraire aux intérêts de l’Angleterre, ne déterminera pas celle puissance à prétcrrorcilie aux ouvertures de négociation qu'Ü cherche, par tous les moyens, à entamer avec elle. Cette tentative n’aura point de succès; les engagements pris par le roi Louis ne s'exécuteront pas, cl le drame de la royauté hollandaise se déuoucracn 1810.

[180UJ

I‘0L!TIQÜE EXTÉRIFXRE.

CriAPITRE XVIIl.

POLITIQUE EXTÉRIEURE

Kr.tnce n Espnfjne. — M.-inyais esprit «le la cour du roi Joseph. — Justes inqiiictiides du roi d’Esp.i(;nc. — Insuhorilinniiou des nisrÿrhaux français envers ce prince. — D.-iiailIc d’Occana, |{a(;néc par le marcclial Souli. — Discours de l'Empereur au corps li'(>islalif. — Démêlés du roi de ^aples avec In France. — Prise de File de Cnpréc. — Rcpro< he fait par l’Empereur au roi de ^aples de v iolcr la constitution de ce royaume. — Rappel du roi de Naples h rcxcciition du système continental. — Prétention de Joachim à une indépendance absolue. — Voyap.c du roi de Naples à Paris. — France et Wesiphniie. — Rappel du roi Jérème au rcs(Mrcl de la constitution^— Sévérité de Napoléon contre les lioiumes sans probité. — Situation respective de la France et de l’.\n(;lclerrc. — Conquêtes de F.Angletcrrc. — Pertes de la France. — Rapprochement plus étroit de rAnglcIcrre et de la Turquie. — Réunion à Paris de souverains étrangers. - Égards particuliers de Napoléon pour le roi de Saxe.— Discours de l'Einpereuraii corps législatif. — Concession grave faite i la Russie. — Ré|>onsederF.mprrcur au corps législatif. — Remarque sur le mol de sujet. — Exposé de la situation de l’Empire. — Travaux publics. — Extinction de la mendicité. — Instruction publique. — Sciences, Icitre.s cl arts. — .Agriculture, industrie, commerce. — Finances. — Pensions payées i plusieurs rois. — Répugnance de rEmpcrcur pour le système des emprunts. — Mesures exlr.ijiidiciaircs. — Désinléresscuicni personnol de Napoléon. — Budget français de 1809 comparé à celui de l’.AogIctcrrc.

Les relations de l'Empereur avec 1rs rois d'Espagiir, lie Naples eide Westphalie, tic furent pas non plus exemptos de nuages, là aussi une exigence peu mesurée, d'uiic part, amenant, de l’autre, une résistance exagérée et mal ctilenduc, également j runeste à toutes 1rs parties. Le jour où, rappelé en j France par les préparatifs menaçanUde rAntrichc, rempereur Napoléon était revenu • à Paris, le roi Joseph avait aussi fait sa rentrée dans sa capitale. Les sentiiiicnlsdc la population n’étaient pas chan- | géSj mais les intérêLs avaient cessé il’ctrc les mêmes, et, pour le Tiiomcnt, la présence du roi semblait être un gage de sùrcté.'Nousavousdéjàsignalé le mauvais esprit qui s'élait mniiireslé à la cour «le Joseph, et nous devons le rappeler ici. A peine cette royauté d’un jour avait obtenu quelques acclamalions dans les rues ou dans un tliéàlrc, que des courlisans in.setisés mettaient en doute si elle ne devrait pas, dans un temps très- prochain, abandonner l'alliance de la France pour celle de l’Anglclerrc. On se récriait coiilrc les saisies opérées par les Inmpcs françaises, et dont il était pris possession pour le compte de l’Empereur. Ou sc plaignait que le produit n’en fût pas versé dans les caisses du roi, comme si c’eût élé à la France seule à faire

’ Le 25 j.anvicr 1809.

les frais de l’établissement d’un Irùne qui , mal assis encore sur un sol Ircmbiaiil , conspirait déjà contre elle. Assurément le roi Joseph ne sc permet pas lui-méme de si étranges témérités , mais quelquefois ses indiscrétions les encouragent. Au reste, le ton de la cour et du ministère varie selon les vicissitudes de leur situation. L'ingratitude s’accroît de ce qui devrait augmenter la reconnaissance. On a été modeste dans les mauvais jours, parce qu'il n'y avait d'espoir de salut que dans l'Empereur; on s’enhardit d’autant plus contre lui que scs armes sont plus heureuses. Quant à la population de Madrid, scs dispositions à la révolte ou à rubéissancc dépendent du suri des armes françaises, et ta tranquiililc en certaines provinces a paru alTcrmic, lorsqu’aux succès, obtenus en Espagne même, est venue se joindre la nouvelle des victoires remportées par Napoléon en Allemagne. Ce moincnl favorable a élé saisi par le roi pour prononcer la suppression des couvents, celle de la graiidesse, et celle de quelques impAlsqui pesaient sur les campagnes, par exemple, la taxe connue sous le nom de redevance du vœu de saint Jacques. En ce qui concerne celle taxe, snjcl de plaintes perpétuelles pour les cultivateurs, le bienfait est réel; mais peuvent-iis en tenir compte à un prince qu’ils ne reconnaissent pas, ou ne reconnaissent que i»ar

aiAIMTRK XVIII.

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force? Quant aux moines, le temps do leur suppression n’était pas venu. Les efforts faits contre eux ne servent qu’à fortifier leur puissance et à les transformer en héros. Vingt-cinq années d’épreuves sont encore nécessaires pour que l'Espagne, livrée <i d’autres passions, et tomhantduns un autre excès, brise scs anciennes idoles, et fasse, de scs héros, des martyrs.

Si la cour de Joseph était inexcusable de réver d’autres alliances que l’alliance française, l’inquiétude de ce prince n’était pas sans niotif. Dès la fin de 1808, l’Empereur, tout en évitantde s’expliquer sur scs vues définitives, avait donné à entendre que plus tard il pourrait être question « de qucl- II qncs cessions qui seraient utiles à la France, Il sans être onéreuses à l’Espagne. » La susceptibilité du roi Joseph est facile à comprendre. Au moment où Ferdinand VII se rendait à Bayonne, plusieurs de scs conseillers s’étaient résignés d'avance à une perte de territoire, si, parla, on pouvait assurer la conservation de sa couronne. Cette résignation se conçoit. Une nation peut permettre, à une dynastie consacrée par le temps, des sacrifices qui la révolteraient de la part d’une dynastie nouvelle. C'est pour un prince nouveau, étranger, imposé à un pays, une triste destinée de ne pouvoir au moins lui apporter, en dot. le maintien de l’intégralité de sa monarchie. Cette pensée était le tourment de Joseph , et de là contre l’Empereur des propos imprudents que recueillaient ses courtisans et scs ministres, ce qui donnait à son ministère et à sa cour une couleur d’hostilité contre la France.

La position du roi , comme généralissime des armées françaises en Espagne, n’avait pas été non plus à l’abri de tout désagrément , la plupart des maréchaux n’ayant pas montré pour scs ordres transmis parle maréchal Jourdan, son major général, toute la déférence que le roi avait droit d’attendre comme lieutenant de l’Empereur. Le défaut d’ensemblcdans l’action avait empêché d’obtenir tous les avantages sur lesquels l'Empereur avait dù compter, et de profiter de ceux qu’on avait obtenus. <1 II parait >, disait Napoléon à l’occasion :• de la bataille de Talavcra, que les Anglais ont » beaucoup souffert; mais on est bien malhabile » en Espagne dans la direction des armées. « C’était celle pensée qui l’avait conduit à ordonner qu’on suspendit toute mesure offensive dans la Péninsule.

Cependant , au commencement du mois de novembre , le maréchal duc de Dalmatie , nouveau major général , s’étant rendu auprès du roi à Ua-

drid , tous deux en partirent bienlùt pour aller combattre à Occana une armée d’insurgés au nombre de cinquante-cinq mille hommes. La bataille fut courte cl la victoire éclatante. Le deuxième cl le cinquième corps s’y distinguèrent également. Les insurgés échappèrent en partie par la fuite; mais le nombre des prisonniers fut très-considérable. On prit cinquante pièces de canon cl près de quarante mille fusils. Ce fut la dernière grande I bataille livrée en 1809 dans ce royaume. Par cette : nouvelle défaite de l’insurrection , comme par la retraite des Anglais en Portugal, les provinces cen- ' traies de la monarchie étaient ramenées à l’olréissance, et s’il y eut une circonstance où l’on put croire que le trône de Joseph dut se consolider, ce fut le moment où Napoléon , vainqueur de l'Autriche, semblait pouvoir disposer de forces immenses pour consommer la soumission des provinces plus obstinées dans la révolte. Malgré ces j heureuses apparences, Joseph n’élail rien moins I que tranquille sur l’avenir. I.a royauté elle-même,

I dans ce tempsdegrandes vicissitudes, ne semblait ! guère inamovible, et un bruit s’était accrédité que i l’Empereur voulait créer pour Joseph un royaume en Italie. Les esprits s’exerçaient sur celle supposition. En général, autour du roi on ne regardait pas cette chance de translation comme un malheur. Elle aurait même pour lui un côté avantageux , par cela seul qu’elle lui épargnerait le désagrément d'avoir à céder une partie quelconque du 1 territoire espagnol; et d’ailleurs un rôle, qui exi-' geait une surveillance et une sévérité soutenues,

I était si peu dans son caractère, qu'il devrait se féliciter d’être placé à la tête d’un peuple plus facile à conduire. Si l’on pensait ainsi auprès de Josejdi, ce n’était pas ainsi qu’il pensait lui-même. La perspective d'un meilleur avenir en Espagne souriait à son imagination, et raffermissement du trône qu’il possédait déjà lui semblait préférable à l’essai d’un trône de création nouvelle. L’incertitude du moment fut dissipée pour Joseph par le discours de l'Empereur à l’ouverture delà session du corps legislatif. Ce même discours, qui avait jeté l’effroi I en Hollande, |)orta des consolations en Espagne.

I U J’ai soumis l’Aragon et la Castille, disait l’Empc- I » rcur, et chassé de Madrid le gouvernement fal- !> lacieux formé par l’Angleterre. Je marchais sur » Cadix et Lisbonne, lorsque j’ai dû revenir sur i> mes pas et planter mes aigles sur les remparts de i« Vienne....» Plus loin il ajoutait : «Lorsque je , » me montrerai au delà des Pyrénées, le léopard » épouvanléchcrchera l’Océan pour éviter la honte,

» la défaite ou la mort. Le triomphe de mes armes j n sera le triomphe du génie du bien sur le génie I » du mal ; de l’ordre, de la morale, sur la guerre

' Lettre du 17 août.

1*ÜL1TI(,>UE EXTÉRIEURE

n civile, l'anarcbic et les liassions inairaisanlcs.

» Mon amitié cl ma protection rendronl , je l'cs- » père , la tranquillité et le bonheur aux peuples i> des Espagnes.» Ce langage de l'Empereur, qui ne laissait entrevoir de sa port aucune intention de changement pour ce royaume, fît tomber aussitél tous les bruiLs contraires , et Joseph en éprouva une vive satisfaction, d’autant plus que dans ce même temps on reçut des réponses favorables de . quelques généraux et chefs d'insurrection , qui , moyennant certains arrangements, se montraient disposés à se rapprocher du nouveau roi. Dans le cours de cette année, il y avait eu constamment sinon une négociation ouverte, du moins un échange de paroles de conciliation entre plusieurs de ces chefs et quelques généraux > français.

« Un fonds d’inquiétude restait toujours au cabinet espagnol , c’était celle qui se rapportait a la demande de cession à laquelle on s’attendait de la part de l’Empereur, et l’on prévoyait trop bien que la cession demandée serait celle de la rive gauche de l'Ebre. L’imagination de quelques ministres était fortement exaltée contre l’admission d’une telle demande. Toute transaction leur paraissait impossible, parce que rien , suivant eux, ne pouvait remplacer unc^pcrtc semblable ; l’acquisition de tout le Portugal ^ n’en serait pas une suffisante indemnité.

Comme les rois d’Espagne et de Hollande, le roi de Naples, Joachim , avait aussi des démêlés assez vifs avec l’empereur Napoléon; mais le sujet était moins grave cl les conséquences moins dangereuses; il ne s’agissait pas pour lui de provinces à échanger ou à perdre. Quoique l’Empereur, en t’appelant à remplacer Joseph sur le Irène des Dcux-Siciles , l’eût suffisamment averti que , toujours lié à la France par le titre de grand amiral ^ inhérent à sa couronne, il ne devait se considérer, même dans scs fonctions royales, que comme un grand officier de l’empire , ce nouveau roi ne fut pas moins que les rois scs beaux-frères tourmenté du besoin d’alTcclcr l'indépendance à l'égard de celui auquel ils devaient tous leur nouvelle et inespérée grandeur. De mauvais exemples avaient été donnés; il les imita trop bien. Non contents de se faire eux-mêmes llollandais. Espagnols ou Westphalicns, les frères de Napoléon voulaient de plus que les Français qui étaient à leur service leur prêtassent serment en leur nouvelle qualité. L’Empereur, blessé d’une pareille prétention , avait , par - . *

' M. de Torreno cite, comme des modèles de p.alriotisme et de dignité, les réponses de Joveilanos au général ,^.Sébnsliani.

’lj’uii des ministres disait : «Nous enlever la rive gaU'' ' 2 uioxo.v. • ' , *

un décret du 12 mars 1808, déclaré que tout Français, qui avait prêté serment à l’un de scs frères depuis qu’il était roi , cessait d’être Français. Ceux qui étaient à leur service, sans avoir prêté serment, continuaient à être considérés comme Français, mais ils devaient recevoir une permission signée de l’Empereur. Ce décret n’étant pas lidèlemcnt exécuté à Naples, son inob.scrvation attira de rudes injonctions au roi Joachim.

Un autre sujet de débat était la dotation de fîefs créés dans le royaume de Naples par le statut du 50 mars 1800, qui conférait à Joseph la couronne de ce royaume. Ce prince avait dû fournir pour celte dotation un million de revenu foncier. N’ayant ni désigné les terres qui devaient produire le million imposé par l’Empereur, ni payé annuellement ' cette somme, il avait légué à son successeur une dette assez considérable envers la France. A la vérité l’Empereur, en donnant à celui-ci le trône laissé vacant par Joseph, réduisit j pour l’avenir, la somme d’un million à cinq ecnl mille francs; mais il exigeait le payement de l’arriéré, ce qui donnait lieu à une corrcspondanec très-animée,, sinon entre les deux beaux-frères , du moins entre les ministres des deux pays.

On juge bien que l’exécution des mesures dirigées contre le commerce anglais avait dû être fortement recommandée à un royaume d’un littoral très-étendu et voisin d’un grand entrepôt de marchandises anglaises , l’ilc de Malte. Voici ce que l’Empereur éerivait, de Varsovie, à son frère Joseph , dès le 28 janvier 1807 : « Vos destins , mes n succès ont mis entre nous de vastes pays. Vous » tüuebez au midi de la Méditerranée, je touche à » la Raltiquc... Veillez sur vos côtes; écartez-en les » Anglais et leur commerce. » C’était surtout un auxiliaire maritime que Napoléon avait entendu se donner dans ec royaume. Aussi pressait-il coiistannnenl Joseph , comme plus tard il pressera Joachim, do faire construire des vaisseaux et drs'* frégates, cl provisoirement d’envoyer à Toulon des matelots napolitains. Joachim ne mettra pas plus d’activité que Joseph à remplir ces vues de l’Empereur.

Joachim Murat était arrivé à Naples au commeu' cernent du mois de septembre. Rrillant général de cavalerie, distingué par sa taille élevée, sa belle figure et sa contenance militaire, frappant les yeux par l’éclat d’un costume théâtral qui partout ailleurs eût eu quelque chose de bizarre et d’exagéré,

n chc de l’F.bre, c’csl non* couper un bras. Nous doiiiicr » le Portugal, c’«?si ailarhcr h l’autre bras un poids qu'il » ne pourra supporter.»

* L’article 5 du décret daté de Bayonne, le IS juillet.

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