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CHAPITRE XVIII

nll.1 iinmédlatcmeiit Taire visite h ce prince, auquel il aimailâ donner des preuves de sa sincère vénération.

Pendant la duree des négociations d'Altembourg et de Vienne, des bruits inqiiiétants ayant été répandus à Dresde sur la destination future du daelic de Varsovie. l'Empereur avait fait écrire à son ministre en cette résideuce, M. Rourgoing, qu'une pareille crainte hit semblait an outrage; que le duebè de Varsovie ne sortirait point de la tuaison de Saxe; que concevoir à ce sujet un doute, •> c'élaît mal connaître son caractère et mal appré» ■ cicr l'estime qu’il faisait du roi. »

Aussitôt que, parmi les principales liases de la paix, et même avant sa signature, la cession de la Gaifcie occidentale avait été convenue, on s’était empressé d’en informer lu roi de Saxe. En écitange de cette acquisition assurée au duché de Varsovie, rKmpercur, selon son usage, avait fait une réserve de domaines pour être employés en récompenses, et demandé une augmentation de rarméedu duché, proportionnée à raiigmentatioii de son territoire. Ta resenre de biens à désigner en Gaiicie consistait en dix miilionsdc francs. L'armée du duché de Varsovie devait être portée à soixante mille hommes.

La réunion à Paris des rois et grands-ducs alliés de Napoléon, qui eut lieu à celle é|y>quc, n’était pas précisément rcfTel d’un mouvement spontané de ces princes; il est bien probable que tous eussent préféré recevoir, sans sortir de leurs résidences, la distribution de lenriloircs que chacun d'eux espérait obtenir dans le partage des possessions cédées par l’Autriche; mais il avait sulli, pour les décider i ce voyage, de leur laissercnlrevoir rintérci qu'ils pouvaient trouver à venir eux* mêmes faire valoir leurs prétentions respectives. Pour le rui de Saxe, la position n'ciail pas la même.

lot qu'il devait recevoir avait clé déterminé d’avance et consacré par le traité de paix. Cependant l'Empereur n'était pas fâché qu'il vint aussi augmenter le groupe royal , et peut-être avait-il à son égard un niofif particulier qui n'existait pas pour les autres souverains. L'insinuation en fut donc faite au roi, mais avec tous les menagemcnls convenables. Le ministre des affaires étrangères écrivit au ministre de France à Dresde que l'Kmpercur aurait eu beaucoup de choses à arranger avec ce prince, et qu'il regrettait du n'avoir pu passer par Dresile; mais que, si le roi manifestait le désir direct de venir a Paris, l'Empereur le verrait avec plaisir. « Dites bien au sieur Bour-

' Pendant la campagne d'Autriche, rirniption cPtin corpa ennemi en Saxe avait Forcé le roi à t’êloigncr de

capitale.

n going qu'il ne doit pas presser un voyage qui n pourrait déranger ce monarque, qui en a déjà » tant fait » eette année. » Ainsi s'cUiit exprime rEmpcrnir; mais, de quelque forme de langage que son agent put sc servir, c'élail toujours, en réalité, une invitation; et de son côté le roi. jaloux de se montrer reronnaissanl envers l’Empereur, n'avait pas dU s’y refuser.

Les rois de Bavière et de Wurtemberg, princes souverains de race ancienne comme le roi de Saxe, mais, comme lui, rois nouveaux et de création napoiéunicnne, arrivèrent successivement à Paris, ainsi que les rois de Huliande, de Weslphalie et de Naples, pour assister aux fêles de la paix.

L’ouverture de la session du cor[>s législatif était alors, non-seulement pour la France, mais pour l’Europe, une solennité toujours attendue avec une curiosité impatiente , ^et quelquefois avec inquiétude, à cause de l’importance des révélations que l'Empereur était dans l’usage de faire ou de laisser pressentir sur scs vues, soit actuelles, soit prochaines, à l’égard des États étrangers. Cette cérémonie eut lieu le 3 décembre.

Nous avons d'avance cité deux passages du discours de l'Knipcrcur, l’un concernant la Hollande, dont il peignait la situation comme très- pénible entre la France et l'Angleterre, l'autre relatif à * l'Espagne, où il avait soumis l'Aragun et la Castille, prêt à marcher sur Cadix et Lisbonne, s'il n'eût dû revenir sur ses pas pour planter scs aigles sur les remparts de Vienne. «Trois mois, continuait l'Em- » pereur, ont vu naître et terminer cette quatrième » guerre punique. »

Tous les faits essentiels de l'année étaient points en traits fermes et rapides. Après des romerclmeiilsaux départements du nord de la France pour leur belle conduite contre rinvasioii anglaise, l'Empereur disait : « Français, votre grandeur s’accroin tra de toute la haine de vos ennemis... Vous avez » la force et rénergle de nierculc des anciens. »

Voici dans quels termes il annonçait la réunion de la Toscane et des Étals romains à la France :

« J'ai réuni la Toscane à rempirc. Ces peuples » en sont dignes par la douceur de leur caractère,

» par ratlachemetil que nous ont toujours montre « leurs ancêtres *, et par les services qu'ils ont n rendus à la civilisation européenne.

» L'hUtuirc m'a indiqué la conduitcqucjedevais » tenir avec Rome. Les papes, devenus souverains » d'une partie de l'ilalic, sc sont constamment nion- N très les ennemis de toute puissance prépondé-

* On reiroiivc là Pcsprii de sdidarité avec l'anrienDc France, dont rKmprmir aime à renouveler l'cxprcMion toutes les fuis que Poccasioii s’ciT présoaie.

D» I 'I. : : y CJoOj^C

l'OLITKJUE EXTÉRIEURE.

K raille dans la Péninsule, et ils ont employé leur Il influence spirituelle pour lui nuire. Il m'a'dnnc etc démontré que riiiDueiico spirituelle exercée » dans mes Étals par un souverain étranger, était « contraire à riiidépcndancc de la France, à la diu gnité et à la sûreté de mon trOne. Cependant, » comme je reconnais la nécessité de l'influence a spirituelle du premier des pasteurs, je n'ai pu n concilier ces grands intérêts qu'en annulant la n donation des empereurs français mes prédéccsa seurs, et en réunissant les États romains à la Il France. >•

L’Empereur n’avait pas vaincu pour lui seul. Le fruit de ses victoires devait être commun à scs alliés.

U Par le traité de Vienne, tous les rois cl souve- » rains, mes alliés, qui m'ont donne tant de témoi- II gnages de la constance de leur amitié, ont acquis Il et acquerront un nouvel accroissement de terri- » toire. Il

La i>osscssion des provinces lllyricnncs pouvait paraître, mêmeà la France, une acquisition peu nécessaire. L'Empereur prenait soin d'en expliquer les motifs.

U Les provinces lllyricnncs portent sur la Save Il les frontières de mon grand empire. Contigu avec Il l'empire de Constantinople, je me trouverai en » situation naturelle de surveiller les intérêts de n mon commerce dans la Méditerranée , l’Adria- M tique cl le Levant. Je protégerai la Porte, si la ,11 Porte s'arrache à la funeste influence de l'Angle- II terre; je saurai la punir, si elle sç laisse dominer Il par des conseils astucieux cl perfides.

En parlant de la perte de la Finlande par la Suède, l'Empereur SC plaisait à manifcslcr son estime pour le nouveau roi Charles XIII. <■ Heureuse cette na- II lion, si le prince sage ^ qui la gouverne aujourn d'hui, eut pu monter sur le tréne quelques ann nées plus tût! Cet exemple prouve de nouveau Il aux rois que l'alliance de l’Angleterre est le prén sage le plus certain de leur ruine. »

Un paragraphe, en apparence peu important, renfermait une immense concession :

Il Mon ami et allié l'empereur de Russie a réuni Il à son vaste empire la Finlande, la Moldavie, la Il Valachic et un district de la Galicic. Je ne suis Il jaloux de rien de ce qui peut arriver de bien à Il cet empire; mes sentiments pour son illustre n souverain sont d’accord avec ma {Hilitiquc. »

La reconnaissance de la possession de la Moldavie et de la Valachic par l'empereur Alexandre n'avait jusqu’alors existé que dans la convention secrète d’Erfurt. Aujourd'hui, c’est à la face de l’Europe que la proclame Napoléon.

Une idée sc présente ici, c’est que le choix de ce

moment pour une telle manifestation, tient peutêtre à un calcul d'intérêt jicrsonncl. Ce soupçon méritera d’clre apprécié plus tard. Du reste, c’étaient de glorieux jours, dans la vie de l'Empereur, que ceux où les paroles qu'il prononçait en France portaient l'inquiétude ou la joie jusque dans les plus grandes capitales, et ce n'était pas non plus sans une profonde satisfaction que le peuple français entendait l'Empereur , malgré scs dispendieuses guerres, terminer scs allocutions par ces mots : U Je ne demande à mes peuples aucun noun veau sacrifice. «

Les discours de l’Empereur ét.-ûcnt, on le sait, toujours suivis d'une adresse du corps législatif, et dire que cette fois l'adresse fut encore présentée . par M. de Fontanes, c’est rappeler que l’éloge s’y produisait sous les formes les plus habilement ménagées. Nous la passerons sous silence; mais dans la réponse qu’y fit l’Empereur, il est quelques pensées qui nous paraissent dignes de remarque. » La » France, répondit-il, a besoin d’une monarchie Il motlérée, mais forte. L’époque actuelle doit être » distinguée non-seulement par la gloire des armes U françaises, mais aussi par la prospérité de son » commerce, par l’éclat des sciences, des arts et Il des lettres... Je désire vivre Ironie ans encore, n afin de pouvoir trente ans servir mes sujets, conn solider ce grand empire, et voir toutes les pros- II pérités que j'ai conçues embellir cette chère Il France. Il L’Empereur, ce langage l'atteste, ne» sc dissimule pas ce qui manque à son règne; il sent bien qu'il est loin de donner à la France ce qu'elle a droit d'attendre de lui; il cherche du moins à la convaincre que, ce qu'il ne fait pas aujourd'hui, il est dans son intention de le faire un jour, et il semble que l'on peut croire à sa sincérité; mais d'autres passions, d'autres circonstances l'entraîneront dans une voie difTércntc,et ses vœux pour le repos , pour la prospérité intérieure de la France, tels que pourrait les produire une longue paix, sont précisément ceux qui ne s'accompliront pas. ^ 4 ^

Nous sommes bien loin, en 1809, des premières années du gouvernement consulaire, où le mot de sujets, placé d'une manière indirecte dans un traité, • suscitait d'orageuses discussions dans le tribunal. Au reste, si l'Empereur emploie les mêmes termes que les autres rois, il y a, dans le sens qu'il leur donne, une nuance dilTércnlc, et, quand il parlo de scs sitjets, c’est pour exprimer le vœu de pouvoir longtemps les servir. Cette expression n’est point dans sa Imuche une vainc formule, une hypocrite démonstration. Cliez lui, la réalité répond à la parole. Malgré la présence de tant de princes clran- ^ gers et les fêtes données, soit pour eux, soit à l'oc-

aiAi'lTllE XVUl.

cjisimi de U pnix, nul changcmcut ne ftc fait rc- i marquer dans scs lahurieuses habiludcs. Toujours . nu'ine aclivîlé dans sa correspondance, inOinc ré- , union de conseils d'adminislralion , de finances et autres, pour les diverses branches du senicc public. Salisfait de lui-inènic et fort de la conscience du devoir rempli, il disait en riant à ou de ses ini- i nistres : « îles allies n'auront pas perdu leur temps I» à Paris, s'ils proUlenI des leçons qu'on y donne. i> Ils auront puapprendre qu'en ce siècle, le métier il de roi n'est plus un jeu d'enfant, et que, pour » avoir le droit de se servir des peuples, il faut « conimenecr par les servir soi-inèine. b C’csl celle manière d'entendre le gouvernement que la France aime dans l’Empereur, et c'est pour cette raison qu’on lui pardonne ce qu'on ne supporterait pas dans tout autre.

Comme les diverses questions de polilique extérieure trouvaient place dans le discours de Napoléon, tout ce qui concernait radministratioii de la France était éimnicré dans le rapport que présentait au corps legislatif le ministre de rinlèrîcur. Ce rapport annuel était pour l'Empereur l’objet d'une attention spéciale. Celui dont nous allons citer quelques passages fut trois fois mis sous scs yeux, cl trois fols mmliliépar lui. Le ministre avait d’abord établi lui parallèle entre ce que la France était dix années auparavant, et ce qu'elle était à la fin de 1809. Cette forme trop a|M>logétique ne « plut point à l'Empereur. «> Il vaut mieux, écri- N vit-il faire simplement l'expusc des travaux B d'utilité publique, de l'état de In législation,

B des événements inililaircs et politiques de l'aii- M liée, n

Le ministre, eommciiçant par annoncer que le tableau déjà tracé par scs prédécesseurs était encore ce qui formait l'bisUiirc de rannee actuelle, développait cette pensée dans les termes suivants : ; M Le retour de cette cnuinéralion de prospérités B acquiert chaque jour un caractère plus glorieux :

» les faits mémorables d'une année peuvent apffar- B tenir à la fortune, à ce qu'on nomme le hasard,

X à une volonté dont rien ne fait connaître encore » la force ou la constance, la faiblesse ou la versa- B (ilité ; mais ceux qui se renouvellent toujours les B memes sont nécessairement l'œuvre d'un génie » et d'un bras également puissants. »

Parmi tes travaux publies signalés par le ministre, les plus importants étaient ceux qui se rapportaient au canal de Sainl-t^lucntin, au canal du Nord et au canal Napoléon, aux ports de Dunkerque, du Havre, de Marseille, de Celle et d'Anvers; aux roules du Simplon, du mont Cenis et autres qui

traversent dans tous les sens les Alpes, les Apennins Cl les Pyrénées.

Les travaux de Paris formaient seuls un brillant lable.iu (rembellisscmenls et d'ameliorations de tout genre.

Une belle entreprise se poursuivait par tonl l’empire, et déjà nous avons fait connaître combien l'Empereur attachait do prix à sa réussite, c'était l'extincUon de 1a mendicité. (Quarante-deux dépôts étaient établis, et les fonds assurés pour leur entretien. Celte tentative restera infructueuse, cl peutêtre les moyens employés par l'Empereur n’élaifntils pas ceux qui pouvaient en garantir le succès; mais 1.1 pensée est grande, généreuse. Nous aimons à espérer qu'il existera un jour dos administrations qui, éclairées par l'expérience déjà faite, trouveront des procèdes plus surs pour arriver à son accomplissement.

Itelalivemenl à l'instruclion publique, le ministre se bornait à dire que runiversité impériale était entrée en fonctioiifi. Nous ferons ici une remarque que b justice nous cummaiidc. On a souvent reproché à l'Empereur de n'avoir choisi M. de FoiiLancs pour grand maître qu'alln d'imprimer un mouvement rétrograde aux idées du ;>ays. Beaucoup de faits prouvent que ce reproche n'est pas fonde. Souvent l'Empereur a blâmé certains procédés du grand maître, comme, par exemple, l’obligation que celui-ci voulait imposer aux agents de rujiiversiU' impériale d'obtenir de leurs curés les ccrliUcals de moralité qu'ils avaient à fournir. L'Empereur trouve qu'on a tort de faire ainsi revivre mal à propos d'anciens usages, cl qu'une telle exigenre est un contre-sens tlana un pqys où tou* te* culte» sont libre». Cest par ses propres agents que le grand maître doit se procurer les renseignements dont il a besoin, et non par des agents étrangers à son administration

Les encouragements n'untpas manqué en France aux sciences, aux lettres et aux arts depuis l'avériemenl de Napoléon ; niais il juge possible de leur (loiiiier encore une plus vive impulsion en créant un plus grand nombre de prix, et des prix d’une valeur qui puisse offrir un Juste attrait â l'émula- Uon, à l'ambition même des hommes qui les cultivent. Aucune branche de la science, de la litléra* ture ou des arts n’est oubliée dans ce noble appel fait au génie et à tous les talents.

L'agriculture, l'industrie, le commerce sont tour à tour l'objet de détails intéressants sur les cffurls faits par l'Empereur pour leur donner les développements que comporte la situation de la France à l'égard des pays etrangers. Parmi les hom-

DigitL’-; •: 1- , v

' LcUrc du 23 novembre.

’ Lettre du 95 novembre.

POUTIQUK EXTÉRIEURE.

mes qui avaient donn^î h i‘iudus(ric française l'essor le plus étendu, rEiiipercur nommait avec disliiiclion les chefs de inaisuns fameuses, dont quelques-unes ont plus ou inuiiis fléchi depuis sous le poids d'événements imprévus; MM. Ternaux, Richard le Noir, Oberkanspf et NcuQise. La fortune a pu déserter les entreprises si bien commencées par ces hommes estimables, mais l'honneur est resté attaché à leurs noms, et nous ainums à les consacrer ici comme récompense de l'union des talents industriels et de la probité. »

Les articles <lu rapport ministériel sur les cultes, la guerre et la politique, reproduisent, en résumé, les discussions de l'Eiiipcrcur avec le saint-siège, les événements de la guerre et la situation nouvelle qu'avait amenée la conclusion de la paix. Dans le dernier de ces arlicles, nous remarquons une déclaration à laquelle on doit regretter que l'Empereur n'ait pas toujours été fidèle, n II ciil sans » doute, dit le ministre, été facile à la France d'éi> tendre scs limites au delà du Rhin; mais ce fleuve M est la borne invariable des Etats immédiats de i» son empire. »

L'ardeur qu'avaient particulièrement montrée pour la défense du territoire, au moment de l'expédition anglaise à WalcLercn, les départements duNordvt du Fas-dc-CalaisdansrancicnneFrance, et le département de la Lys parmi les départements nouveaux, avait obtenu les justes éloges de l'Empereur; U avait même ordonne qu'il lui fût présenté des rapports pour éterniser, à Arras cl à Lille, le souvenir de sa satisfaction; mais, s'il aimait a récompctiser, il savait aussi punir à propos. Dans le dé|»artcnienl de la Marne, quelques contrées, cédant à des intrigues cniicinjcs, avaient prufité de ce moment pour tenter une insurrcclioiu Après le rclabbsscment de l'ordre, un conseiller d'Etat, envoyé sur les lieux, avait été chargé de faire une enquête pour découvrir les individus et les commuucs vraiment coupables. Les hommes qui se seraient mal conduits devaient être, pendant vingtcinq ans, privés des droits de citoyen. Pour les coniinuiics, on inscrivait sur leurs portes ces mots; « Cette coinniunc ii'cst pas française. » Ce mode de chilimcnt semble bien entendu, il est moral, mais il est arbitraire. L'arbitraire peut bien être permis dans les récompenses , jamais dans les peines. Il n’y a de peines que celles qui sont prononcées par la loi, et, s'il se présente des circonstances qui appellent un genre de puuition nouveau, ce doit être, non l'cfTet de la volonté d'un homme, même du chef de l'Etat, mais l'objet d'un acte législatif.

Le discours de l'Empereur avait fait connaître que, malgré le doublement de l'état militaire de la

France, aucune augmentation d'impét ne serait demandée au pays. Ce n'étail pas le moins curieux des problèmes résolus par l’Empereur, au milieu de deux grandes guerres qui exigeaient d'innombrables armées, que l'exactitude de tous tes payements à la charge du trésor français sans contributions nouvelles, sans anticipation cl sans eniprunts. Assurément, pour suQirc à tant de besoins, le trésor avait été ulilemcril assiste par les suppléments que fournissait la victoire , mais en ce genre le plus précieux auxiliaire était l'ordre admirable qui présidait à toutes les parties du service, qui appliquait à propos tous les fonds, et réduisait à leurs plus justes termes toutes les dé- {K'nscs.

Quoique aussitôt après son retour d'Espagne, les préparatifs de l’Eui perçut annonçassent assez qu'il s'altendailà une guerre nouvelle, le mot d'Autriche n'avait pas été prononcé par lui dans ses entretiens avec les ministres des finances et du trésor. Ses actes seuls iiidiquaicut ce que n'énonçaient pas ses paroles. Far suite de ses armements, la dépense s'etait accrue de trente millions par m<MS. Aux observations qu'ils lui adressaient sur ccl accroissement, il répondait u qu'on ordonnancerait n en moin» dans les huit dcrnicfs mois de l'année H ce qu'on aurait ordonnance en pim dans les n quatre premiers mois. » A 1a fin de mars , ü demanda un envoi de plusieurs millions à Strasbourg et, sur Augsbourg même, des lettres de change. Comme tl faisait des dépenses qui, au moindre échec, semblaient devoir être rompromiscs , il se justifiait en disant : « Je laisse les gens peureux I* calculer les chances des revers; moi, je ne m'oc- » cupe qu'à rendre les revers im|K>ssibles. » Économe an plus haut point des deniers publics dans les temps ordinaires, il faisait, au moment de la guerre, assigner aux régiments des fonds supérieurs à leurs besoins probables , afin que , dans aucun cas, rien ne pùt manquer au soldat. La garde impériale, qui seule valait une armée, fut portée à (rente * mille hommes.

Indépendamment des fonds appliqués à un iulérél direct de la France, l'Emiicrcur avait encore à faire d'autres afTectalions, qui étaient loin d'avoir un pareil caractère, comme les pensions à payer au roi Charles IV d'Espagne et aux autres membres de celte dynastie. En même temps, telle était à Madrid la situation du uouveau roi , que celui-ci ne pouvait pourvoir i l'culrctico de sa famille en France. Pour le tirer d’embarras, Napoléon réta-

' Ce corps de choix, iraiié avec Uol de magnificence, qui se regardait coiurac on corps d’officiers, ne coûtait p-is plus de %iugt-dcQX millions par an.

CDAPITRR XVIII.

l)lit en sa faveur la pension d'un million, dont Joseph jouissait auparavant, comme prince français. Ainsi la France payait l'ancienne royauté d'Espagne , la royauté nouvelle cl l’armée destinée à conquérir ce royaume. Four se faire illusion à luimême sur les maux d’une guerre ruineuse qu’il eut pu éviter, rEinpercur cherche à la faire considérer comme un résultat naturel et obligé de sa position. C’est un legs, disait-il, que J’ai dû ac- )> ceplcr avec la monarchie française, puisque » Ijouis XIV a fait verser tant de sang pour que la Il meme famille occupât les deux trùncs. » Ce raisonnement est celui d’un homme qui , sentant sa , faute, imagine des prétextes pour ralténucr. Napoléon n'esl pas plus justiUé par Louis XIV, que Louis XIV par Napoléon.

Dans les grandes expéditions où l’Empereur commandait en personne, il eût été nuisible à la prompte exécution de scs ordres que les payements pour dépenses militaires eussent du être ordonnancés par les ministres de la guerre et de l’adiniiiistralion de la guerre. Il créait en conséquence, pour cette circonstance parliciiTièrc , deux ordonnateurs nouveaux, qui n’agissaient d’ailleurs que sous sa direction , le prince de Ncufchâlel , major général , et l'intendant général de l’armée, M. Daru; mais c'était sous la réserve que les dépenses faites par eux seraient ensuite régularisées par les ministres compétents. «En matière d’argent, disait-il,

U les rois sont toujours mineurs. S’ils peuvent qucl- » quefois se dispenser des formes, ils ne peuvent )< pas transmettre cette prérogative Des minis- II très ne doivent , en aucun cas , obéir à un ordre n irrégulier, sans se rendre responsables de sa ré- » gularisation ultérieure. »

Le principal moyen employé par l’Empereur pour rétablir dans les finances l'équilibre rompu paricsdépenscs extraordinaires des premiers mois, fut de distinguer les dépenses en deux parts, à dater du l®' avril, celles qui s’étaient faites en France cl celles qui avaient eu lieu hors de France. Ces dernières furent mises à la charge d’une caisse extérieure qui devait se composer des recettes formées par le produit de la cinquième coalition Ainsi l'Autriche rendait au gouvernement français, sinon la totalité, du moins une bonne partie des sommes qu’elle lui avait coûté en le forçant de lui faire la guerre.

Nous avons déjà précédemment signalé la répugnance de l’Empcrour pour des idées financières

' Elle ne pciii p.i* exister pour cux-mèines; elle est une usurpation, là où le prince a une liste civile, et Napoléon en avait une.

* Le décret qui fuiul.v celte caisse a été déj.i cité.

qui depuis sont devenues, en théorie, une sorte de dogme, et, dans la pratique, un procédé général à l’usage de tous les gouverncmetits ; nous voulons parler du système d’amortissement établi en Angleterre depuis 1786. Soit prévention, soit sagesse, l’Empereur ne voyait dans ce système, ainsi qu’il était appliqué en Angleterre, qu’un remède à un grand mal; et ce grand mal, une dette disproportionnée aux revenus, n’existant pas en France, la véritable habileté consistait, selon lui, en prévenant le danger, cà rendre le remède inutile. Il répondait aux raisonnements qu’on lui faisait sur cette matière, que la prudence commandait d’éviter, antant qu'il serait possible, l'adoption d'un pareil système, et qu’il ne faudrait s’y résigner que dans le cas où la France serait, comme l'Aiiglcterre, réduite à des emprunts annuels. Celte nécessité ne devait venir que trop lût. Comme en Angleterre aussi, l’abus n’a pas tardé à naître de l’usage.

Si l'on ne peut pas blâmer rEnipcrcur de s’élrc abstenu de l'emploi d'une arme toujours dangereuse et qui surtout eût pu l'être dans scs mains, il est impossible de ne pas réprouver des doctrines fausses ou plutûl des habitudes funestes, devenues i chez lui systématiques, par lesquelles il nuisait, sans vouloir se le persuader, au véritable intérêt de l'État. Comme il avait été souvent témoin des gains exagérés que faisaient les entrepreneurs militaires sur leurs fournitures, il se croyait permis d'élever des chicanes sur les payements qui étaient ' à leur faire, quand il ne leur restait plus que trois ou quatre pour cent à recevoir pour complément . du prix de leur marché. Selon lui, on pouvait sans ! scrupule leur refuser ce dernier solde, attendu ; que déjà ils avaient obtenu un bénéfice supérieur ! au bénéiiee légitime du commerce. Cette pratique, qui eût à peine été excusable dans un général en chef agissant en dehors des principes rigoureux I de la loi, l’Empereur voulait la consacrer comme I une attribution naturelle du chef du gouvernement. Il prétendait que, placé à ce titre dans une sphère à part, il était appelé à jugeriion-sculenicnt la lettre, mais le moral du contrat, et que, si le fournisseur pouvait, à l’égard de tout autre, échapper par les formes aux peines de son infidélité, il ne pouvait pas avoir ce privilège devant lui, dont la mission supérieure était do redresser tous les torts faits à riiilérët public. Ün avait beau lui représenter que l'administration de la justice n’était que l’application des lois, que les contrats étaient sacrés devant la loi, que d’ailleurs, dans un échange de mauvaise foi, ce serait toujours l'Etat qui serait dupe, il trouvait, dans le personnel des entrepreneurs et dans la nature des entreprises, une foule de raisons, bonnes ou mauvaises, pour soutenir

POLITIQUE EXTÉRIEURE

son ojMnion. Cet arbitraire, fondé sur un prétendu droit de redressement, l'Empereur l'appliquera un jour plus mal encore, mais une seule fois, à une affaire jugée.

Une pareille usurpation de {wuroir est un abus grave,' et le serait plus encore si elle ne trouvait une sorte d'atténuation dans le sentiment qui la produit, l'extrême désir d'cmpécher la plus légère dilapidation des deniers de l'État. Ce qui peut rendre plus digne d'excuse ce genre particulier d’avarice, c’est que l’Empereur est avare pour l’État, non pour lui-méme, et que souvent il a disposé au profit de l'État de ce qu’il pouvait considérer comme étant son domaine personnel. En voici une preuve que je trouve dans une longue instruction donnée à l'intendant général ^ de sa maison, M. Daru ; j’élis ces mots : » Vous me présenterez un projet » pour réunir à mon domaine privé tout ce que » j’ai déjà racheté des anciennes dépendances de n la liste civile, et, pour ee qui me regarde, j'ap- » porte si peu d'esprit de propriété dans tout ceci, I) que je ne ferai ensuite aucune diffîculté de réunir Il à la couronne cette portion de mon domaine privé. » Le résultat de cela sera donc d'augmenter de sept Il à huit millions le domaine de la couronne... » L'Empereur, dira-l-on, avait peu de mérite à se montrer généreux; il se croyait solidement affermi et à l'abri des tempêtes. Je l’admets sans difficulté; mais, en ce cas même, son désintéressement n'est pas moins digne d'éloges. Prince nouveau, chef de dynastie, il est beau à lui de ne pas songer à son domaine privé, quand un voit cet égoïsme de famille dominer si puissamment des races royales consacrées par une longue suite de siècles , et qui n’ont nul motif de craindre des révolutions.

Rien ne prouve mieux combien l'Emperenravait raison de repousser toute imitation du système financier de l’Angleterre, que le résultat salisfai-. sant du système suivi en France. En 1809, les recettes furent de 8!1G,7G1S,000 francs , les dépenses de 857,571,000 francs. Quand on peut ainsi couvrir ses dépenses par ses recettes, ne serait-il pas insensé d’aller demander à des méthodes nouvelles des ressources dont on n’a pas besoin?

Voici ic détail des recettes de 1809 :

oniont iT sxTiKC nr.s rkcettk-s.

Contributions directes 502,771,000 fr.

Enregistrement, domaines et buis. 18G,8C5,000 Douanes, sels et droits extraordinaires 99,101,000

Droits réunis, contributions indirectes , tabacs 105,901 ,000

Loterie 13,027,000

Postes 7,8G8,000

Sels et tabacs au delà des Alpes. . 4,i!S3,000

Salines de l’Est 3,000,000

Monnaies 1,1.59,000

Poudres et salpêtres 500,000

Recettes diverses et accidentelles. 3,000

Recettes extérieures 30,000,000

Recettes extraordinaires 50,000,000

Fonds spéciaux 72,151,000

Total 85G,7G5,000 fr.

DÉSIGSATlOn DES DÊPESSES.

Dette publique, perpétuelle, viagère, et pensions 109,190,000 fr.

Liste civile, y compris les princes. 26,083,000 Ministère de la justice 22,816,000

— des relations extérieu-

res 8,500,000

— de l’intérieur 52,922,000

— des finances 23,328,000

— du trésor public. . . . 8,820,000

— de la guerre 216,875,000

— defadministrationdc la

guerre. . 181,411,000

— de la marine 110,475,000

— des cultes 14,920,000

— de la police générale. . 1 ,200,000

Frais de négociations.' 8,700,000

Fonds spéciaux 72,131 ,000

Total 857,371,000 fr.

Dans cette même année, le gouvernement anglais avait perçu par voie d'impét et d’emprunt: Impôt, 63,042,746 liv. st., 1,576,068,050 fr. Emprunt, 14,600,000 liv. st., 565,000,000

' Lellrc du 29 décembre 1809.

ToUl. . . 77,(L42,766 liv. St., 1 ,941 ,068,6'30 fr.

CnAPlTRE XIX.

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