‹ Histoire de FranceChapitre 67 sur 142 · CHAPITRE XX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XX

cGiit mille hommes. L’Empereur prescrivait une phrase que l'ambassadeur devait faire entrer textuellement dans sa conversation avec JU. de Romanzor : u Vous jugez qu’il n’y a rien dans la con- II duite passée que l'Empereur n'ait saisi : dans les n aiïaircs d’Autriche, vous avez clé sans couleur; » comment l’Empereur a-t-il agi? Il vous a donné » une province qui paye plus que les frais de la Il guerre, cl il déclare tout haut que vous avez » réuni la Moldavie ctla Valachie à votre empire. » La date de celle lettre est digne de remarque. Elle est du 9 décembre, c’est-à-dire, intermédiaire entre celle du 24 novembre où ont été jetés les premiers mots de mariage, et celle du 15 décembre, qui autorise l’ambassadeur à faire connaître, d’une manière plus précise, la préférence de l’Empereur pour un mariage avec une princesse de Russie.

L’empereur Napoléon avait en ce moment un juste grief contre rcnipcrcur Alexandre; une de scs lettres à ce prince, après avoir circulé par son indiscrétion, venait d’étre publiée dans les journaux anglais. Le duc de Cadorc reçut ordre de témoigner au ministère russe rétonnement qu'avait éprouvé l’Empereur d'un tel procédé, qui n’est pas meme en usage en temps de guerre. Il est sensible qu’ici Napoléon se plaint parce qu’il doit se plaindre, cl qu'il est toujours bon d'avoir à pardonner; mais la plainte est sans amertume.

A cette meme époque, il parlait à l'Autriche avec plus de rudesse. La coterie antifrançaise du Russe Rasumowski , où Ugurait l’émigré français Roger de Damas, ayant reprisa Vienne une certaine consistance, Napoléon Ut déclarer ^ au cabinet autrichien que, si l’on ne prenait pas des mesures pour empêcher les intrigues et prévenir l’iiiQuence de ce parti, « il pourrait arriver de i> grands malheurs. » Ainsi, à l’instant inéinc où Napoléon songeait à s’allier à l’une des deux familles impériales, il ne laissait pas de manifester du inécontentement à Pétersbourg et à Vienne; mais, dans le mois de décembre, les ménagements étaient pour la Russie.

Comme, à l’égard de cette dernière puissance, les reproches s’exprimaient en termes mesurés et adoucis, la justiGcation fut pareillement courtoise et gracieuse : elle présentait l’insurrection de la Galicic et l’inquiétude produite par cette efTcrvcscence de l’esprit polonais, comme les seules causes qui eussent jeté de rinccrtilude dans la coopé-

‘ Le 13 décembre.

’ Leurc «lu duc de Viccnce, en dnic du A janvier.

’ Le duc de Viccnce était un buuiiiie dont In loyauté n'adimu point de (oupçout. Lorsque plus tard Napoléon lui dira ; « Vous êtes llusse, » il répondra : >» J'ai etc

ration du prince Galitzin. L’empereur Alexandre disait que, s'il voulait récriminer, il rappellerait l’inaction de Rernadotte , faisant échouer la première campagne de Fiitlandc, tandis qu’aprèstout, dans les dertiières circotistanccs, l’attitude ferme de la Russie envers l’Autriche n’avait pas été inutile à la coiirlusion de la paix. Enfin, ajoutait-il,

«I je suis satisfait maison doit l’étrc aussi. Il ne n faut pas dire qu’on est mécontent de moi, quand >• on est content et trcs-contcnl. Le temps prouvera » à l’Empereur que je suis de ces gens que rien Il ne change. i> Quant à l’indiscrétion par suite de laquelle une lettre de Napoléon avait paru dans les journaux anglais, on la confesse ; c’est la première, ce sera la dernière; mais elle a eu un but louable, et ou l’explique : u Cette publicité a servi l’alliance n autant que mes intérêts, dit Alexandre : voilà Il mes motifs; l’Empereur les comprendra. » Ils étaient en effet faciles à comprendre. La lettre rendue publique était une de celles par lesquelles Napoléon donnait à l’empereur de Russie des preuves de déférence pour scs désirs. La publication s’adressait moins à l’Angleterre qu’à la Russie ellemême. C’étail en faisant connaître, par une voie détournée, à scs sujets, la nature de scs rapports avec Napoléon , qu’Alcxandrc s’excusait auprès d’eux de scs complaisances pour lui.

Nous voici arrivés au point délicat qui doit altérer la bonne harmonie entre les deux empereurs. L’amour-propre, l’orgueil joueront, de part et d’autre , un grand rôle dans le débat. L’inQuence de la passion y dominera beaucoup plus que la volonté réelle des deux princes. Longtemps la querelle roulera sur des mots, et le malentendu sur les mots amènera, par degrés, le malentendu sur les choses. Par la correspondance précédemment citée, on a vu que les cabinets de Paris et de Pétersbourg étaient d’accord sur les bases d’une convention à conclure pour tranquilliser la Russie à l’égard de la Pologne. Sur le principe, pas de difficulté; c’est sur la rédaction qu'on ne pourra s’entendre. Ici une distinction est nécessaire. L’ambassadeur de France à Pétersbourg, cl le chancelier comte de Romanzof, s’entendront à merveille, cl. trop bien même * au gré de Napoléon ; mais celui-ci n’approuvera pas dans sa plénitude l’œuvre de son ambassadeur.

Une dépêche du duc de Cadorc, en date du 7 novembre, avait autorise le duc de Viccnce à

» Russe, parce que l’empereur Alexandre a été Fran- B e.tis. » Je pense aussi que l’empereur Alexandre a été longtemps de bonne foi; mais le duc de Vicencc croyait encore ce prince diinsles mêmes scutimcnis, lorsque déjà il en avoit cbangé.

POLITIQUE EXTÉRIEURE

entrer en négociation sur des bases indiquées, et même à conclure une convention sur ces bases. En conséquence de celte autorisation, une convention fut signée le 4 janvier 1810 (23 décembre 1809). Pour être en état de suivre rimportanlc controverse qui va s'ouvrir, il est nécessaire de bien connaître le texte de la convention ; le voici :

U Article 1". Le royaume de Pologne ne seraja- X mais rétabli.

i> Article 2. Les hautes parties s’engagent à » veiller à ce que les dénominations de Pologne » et de Polonais ne s'appliquent jamais, à aucune » des parties qui ont précédemment constitué ce » royaume, et disparaissent pour toujours de tout » acte oOiciel et public.

» Article 3. Les ordres de chevalerie qui appar- » tiennent à l'ancienne Pologne seront abolis, sans » pouvoir être jamais rétablis.

» Article 4. Les Polonais sujets de la Russie ne » pourront être admis au service du roi de Saxe » (et réciproquement).

Il Article 5. Il est établi, comme principe fixe et I» inaltérable , que le duché de Varsovie ne pourra. Il à l’avenir, obtenir aucune extension territoriale n prise sur l'une des parties qui composaient l'an- II cicn royaume de Pologne.

» Article 6. Il ne sera plus reconnu de sujets » mixtes. » Il leur était accorde un délai de douze mois pour déclarer sous quelle souveraineté ils pourraient vivre.

» Article 7. La France obtiendra l'accession du » roi de Saxe.

Il Article 8.*La présente convention sera raliûée » dans l’espace de cinquante jours. »

L’ardeur avec laquelle la Russie avait pressé la signature de cette convention annonce assez quel prix elle attache à emporter, dans un moment favorable, cette large et décisive garantie. On ne peut, en effet, qu’admirer l'étendue cl l'énergie des engagements demandés à Napoléon , et l’ingéiiieusc sagacité qui n’a laissé aucune chance contraire en dehors de sa prévoyance. Aussi l’empereur Alexandre montra-t-il une extrême joie de la conclusion de cet acte, cl il l'exprimait de la manière la plus chaleureuse : « Ce n’est pas seulement, » répétait-il, vers votre nation que me portent mes » goûts, mes opinions et mes voeux, c'est vers le » grand homme... Comme tout le monde, j'admire Il sa gloire et son génie. Comme souverain cl son Il ami , je forme d'autres vœux , qui doivent lui Il prouver ma volonté, et mes vœux sont pour tout Il ce qui peut atteoir et perpétuer sa djmastie, » Le sens de ces derniers mots ne pouvait pas être douteux.

Le duc de Viccncc , persuadé qu’il n’avait pas

I dépassé la limite de ses instructions , croyait même avoir bien mérité de son gouvernement, en écar- ! tant diverses autres clauses que la Russie avait voulu insérer dans la convention, et qui auraient eu pour objet de consacrer la dépendance absolue du duché de Varsovie A l’égard de la Saxe, de manière à ne faire de ce duché qu’une province saxonne. En adressant cette convention à Paris, il semblait en attendre l’immédiate ratification. Ce fut vers le 20 janvier que cet envoi parvint à Napoléon, époque où, relativement à son mariage, il commençait à trouver longs les délais de la Russie et se préparait une réserve ailleurs. Celte remarque est de celles qui se présentent à tous les esprits; je n’ai donc pas dù la négliger. Cependant, je ne pense pas qu’il y ail eu ici liaison entre ces deux idées dans l’esprit de Napoléon ; je ne pense pas que sa conduite sur la question de politique générale ait été influencée par la question relative à l’alliance de famille. Quoi qu’il en soit, lorsqu'il prit connaissance de la convention signée par son ambassadeur, celte pièce ne le satisfit pas, non qu’il n’en approuvât la substance, mais sa forme le blessait sous plusieurs rapports. Scs premières observations furent que l’on aurait pu arriver au même but en ménageant un peu plus sa dignité. Certaines stipulations étaient conçues de manière à le rendre responsable d’événements qui ne dépendaient pas de lui ; enfln, ou ne s'était pas conformé au principe général de la diplomatie, qui veut qu’il n’y ait point d’engagement sans réciprocité. Il indiqua au ministre Aies affaires étrangères les articles qu’il jugeait susceptibles de modification, et lui demanda un rapport sur les changements qu’il conviendrait d'adopter. Les articles sur lesquels portaient les plus vives remarques de l’Empereur étaient le premier et le cinquième.

Selon lui, le caractère de l’article premier était trop tranchant, trop absolu; le fond en avait bien été autorisé, mais la rédaction en était inadmissible.

Quant au cinquième , c’était une disposition nouvelle, non prévue, et que n’avaient, en aucune manière, autorisée les instructions données à son ambassadeur.

Aux yeux de Napoléon , le grand inconvénient de la rédaction actuelle était de décourager à jamais les habitants du duché et de la Galicie; ce qui ne permettrait plus d’attendre d’eux des efforts ! dans une nouvelle guerre contre l’Autriche. Pour prouver, au reste, à l’empereur Alexandre que , s’il n’acceptait pas tous les termes de la convention, il en adoptait cependant l’esprit et le but, j Napoléon, en refusant de ratifier le traité actuel, I fut d’avis d’en rédiger un autre avec des modifica-

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