CHAPITRE XX
[lêlO]
Londres un agent qui, en pressentant comme im* minent le danger de celte réunion, s’en fit une arme pour amener le cabinet anglais à des dispositions paciAqucs, comme seul moyen de sauver la lloilanrie. L’agent choisi |)onr cette communication, M. LalMmclièrc. chef de la maison Hopc, eut jilusieurs conférences * avec le marquis de AVellesley, alors ministre des aiïaires étrangères; mais il ne rapporta qu’une réponse négative. Peut-être l’Angleterre n’ajoula-t-cllc que pou de foi ù la menace de réunion, ou peut-être aussi ne mil elle pas, au maintien de la Hollande dans son étal présent, assez d’importance pour renoncer aux^hances avantageuses qu'elle croyait apercevoir dans la continuation de la guerre. Nous dirons bientôt en quoi consistent les autres démarches faites dans des vues de paix auprès du ministero. britannique.
Le contre-projet de convention, rédigé par l’empereur Alexandre, et dont nous avons annoncé l’envoi à Paris, avait été communique , le 6 avril, au ministère français, par l'ambassadeur prince Kuralin. Ce projet laissait subsister tout entière la diflkullé qui divisait les deux empereurs. Le point principal, ou plutôt le seul point qui .soulève ta résistance de Xapolcun, est celui auquel l'empereur Alexandre s'attache avec une opiniâtreté incompréhensible. Il tient à une expression déterminée, cl, à aucun prix, il ne veut en accepter d’autre. Il est vrai que celte expression peut avoir un sens extraordinairement signiUcalif; mais, pour ^apoléon, l'expression avec ce sens est inadmissible. Voici le nouvel article proposé par l’empereur de Russie t
Article 1". m L’empereur Napoléon, pour ôter n aux ennemis de la paix tout prétexte de la trou- 1» hier, s’engage, ainsi que l’empereur de Russie, I* à ce que le royaume de Pologne fie eers jamaie » rétabli. »
C'est, comme on voit, toujours un oracle, toujours un arrêt du destin que ta Russie entend prononcer; c’est toujours un engagement d'action qu’elle exige, et d'un genre d’action que Napoléon, selon nous, a souverainement raison de repousser comme indigne de lui et de la France. Soit qu'il jugeât convenable de laisser s’attiédir un peu la vivacité de sa controverse avec Pcmpercur Alexandre, soit que, comme lo dit le duc de Cadorc à
l’ambassadeur de Russie, Napoléon se fût, depuis son mariage, moins activement occupé des aflaires extérieures, la communication du contre-projet ne fut point suivie d'une réponse immédiate. Seulement, le “ii avril, Napoléon chargea son ministre des affaires étrangères de remettre au prince Kurakin une note qui expliquât bien clairement scs intentions. Il ne demandait pas mieux que de tranquilliser la Russie; mais il savait mauvais gré â son ambassadeur, le duc de Viccncc, de n’avoir pas pesé les mots ; «car les mots constituent l’hon- » neur entre les nations comme entre les particu- » liers ; l’exigence de la Russie lui paraissait dérai- » sorinabic, et il ne savait à quoi l’aUribuer. » L’Empereur faisait en même temps témoigner à son an)bassadcur qu'il avait mal saisi scs instructions et mal connu la limite de ses pouvoirs, u 11 n aurait dû seulement, écrivait-il, rassurer la Russie » pour te qui était de moi et des événements de » mon fait, h Le 27 avril , l’Empereur s’étant mis en route avec la nouvelle impératrice pourpnrcourir les dcpartomeiils du nord et de la Belgique, ne cessa point, même dans son voyage, de porter son attention , et une vive altenlion , sur lo projet de convention avec la Russie; il dicta, le 50 avril, quatorze pages d'observations sur les causes qui l'empêchaient de donner son adhésion à la rédaction exigée par celte puissance.
Comme l’empereur Alexandre scmbl.nit toujours supposer i Na|>o]con l’intention de rétablir la Puiogno, celui-ci répondait que, s’il avait eu cette volonté à Tilsitt il n'eùt pas fait la paix de THsill; que s'il avait eu celle volonté a Vienne, au lieu de se faire céder par rAulriclic des provinces qui tenaient au cœur de celle monarchie, il aurait accepté la Gaiieie tout entière qu'elle lui offrait, et l’aurait tout entière incorporée au duché de Varsovie. Loin de mettre a profit ces occasions , H avait, par égard pour les désirs (Je l’ompcrcur Alexandre, consenti que la plus grande portion de la Gaiieie ne changeât point de maître, cl les intér<>ts de la Russie avaient été ménagés par lui comme elle eût pu lo faire elle -même. Maintenant, ajoutait-il , on veut que je signe une convention où rien n’est établi d’égal à égal , et qui d'ailleurs est conçue dans les termes les plus étranges. On veut que je dise : « Le royaume de Pologne ne sera jamais
assez vive les iocouvénienlsqiie U réunion de la Hollande à la France auraii pour l'Angleirrre. Il voulait qu’on fil bien compn'odrc au minisière brîiaiinique qu’il pourrait éviler cci inconvénients, eu faisaui une demarrhe quelconque et en dcmandatil en niéme temps que tout fût suspendu il l'égard de cette réunion. Farces paroles d'un billet de l’Empereur i son uiinuirc des affaires
étrangères, on voit qu'au milieu du mois de janvier la réunion u'étaii point une affaire résolue, et que l’Empereur souhaitait au contraire qu'un ct>mmcnremcnt de négociation ovec l’.lnglelcrro l’cmpèchil d’en venir à celte extréfflilé.
' Dans la première quiiizainc de février 1810.
* Observations dictées par Napoléon le 30 avril.
POLITIQUE EXTEIUEÜRE.
» réubli : h mais, en ce cas, il faudrait donc dire Les plaintes de l'empereur Alexandre élaieiil pareillement : Le royaume de Piémont ne sera ja- fort sensibles à Napoléon. Il s’irritait des suppo-
niais rétabli. Pour moi , je n'ai jamais exigé de pa- sillons rclalivesà la Pologne, qui alors n'avaicnl
rcils arrangCTncnts. C'est là un style dogmatique aucun fondement. «Si l'Empereur avait eu depa-
contraircà l'usage comme à la prudence humaine, m reîllcs vues, écrivait * le duc de Cadore, il les Ou bien un veut seulement que la France s’engage » aurait remplies par des moyens plus dignes de à ne rien faire pour rétablir la Polugne; celte de- » lui; il n’aurait pas prononcé ces paroles si décimande est juste, et le projet que j’ai ratifié y satis- » sives qui , de la tribune du corps législatif, ont fait de la manière la plus furmellc; ou bien on veut » retenti dans toute l’Europe. » Le ministre rclcque la France fasse la guerre à la puissance qui vaitia frivolité des reproches de la Russie. Desar-
chercherait à rétablir la Pologne, cl c'est là le sens ticles de gazettes, et de gazettes étrangères, une
qu'emporte la rédaction russe. C'est à quoi je ne brochure * d’un Polonais, brochure dont la publi-
saurais consentir ^ Si on admettait une telle base, cation et le titre ne sont pas même connus en
pour traiter d'égal à égal , il faudrait une compen- France, comment peuLon faire remonter des cho-
sation, et on n'en propose aucune. En transmet- ses si insignifiantes jusqu'à l'Empereur! tant CCS observations au duc de Viccnce, le minis- Presque dans le même temps où le duc de Caire des affaires clraiigèrcs les terminait en disant: dore s'expliquaitainsi avec l'ambassadeur de France
A Tilsilt. à Presbourg, à Vienne, l’empereur Napo- à Pétersbourg, le prince Kurakin lui faisait coti-
léon a usé de ses avantages, mais jamais il n’a im- naître*, à Paris, une lettre du comte de Rumanzof,
posé de condition humiliante à personne. qui le chargeait de faire des démarches pressantes
Les observations de l’Empereur et les lettres de pour obtenir de la France des explications sur les
son ministre restaient sans aucun eflet sur l’esprit bruits dont la Pologne était le sujet, bruits, portail
de l’empereur Alexandre. Ce prince se refusait à celte lettre, qui u sembleraient être confirmés par
toute conviction. «On lui avait, disait-il, promis » le silence garde sur la convention. i* Ce langage
» de le rassurer, et il attendait l'effet de cette pro- de H. de Rumanzüf blessa profondément l'Empe-
» messe. Veut-on rétablir la Pologne? qu'on le rcur, et amena, de sa part , une explosion de sen-
1» dise; que du moins je sache ce que Pou veut. » limenls nobles, mais impétueusement exprimés,
H. de Romanzof ajoutait quelques commentaires ; qui forma le fond d'une énergique réponse de son à ces paroles de l’cmporcur Alexandre. Au fond, 1 ministre à la communication russe. «Que préselon ce ministre, il s'agissait de la Lithuanie. Soit i » tend * la Russie, a dit l’Empereur, par un pareil que la France voulût faire renaître ce pays inces- | » Iangage?Veul-elIelagucrre?Pourquoiccsplainsammcnl , soit qu’elle ne voulût que préparer les i n tes , ces soupçons injurieux? Si j'avais voulu réesprits pour le faire renaître un jour, de toutes ; » tablir la Pologne, je l'aurais dit, et je n'aurais manières on ne saurait le souffrir, et il citait des [ » point retiré mes troupes d'Allemagne. Veut-elle gazettes allemandes qui parlaient de la résurrec- » me préparer à sa défection? Je serai en guerre lion de la P<^gnc. Une brochure publiée par un « avec elle le jour où elle fera la paix avec l’Anglc- Polonais , KolonUy servait surtout de texte à de » terre. N'est-ce pas la Russie qui a recueilli tous fâcheuses interprétations. Surcesentrefaîles, l’em- » les fruits de l'alliance?... I<a Finlande, dont Capcrcur Alexandre recevait de Napoléon une lettre » lherinc II n'osait pas même ambitionner quelque qui lui causait, de son propre aveu , une véritable • démembrement, o'est-elle pas devenue tout enjoie, et qui renfermait tous les principes de la con- i» tière une province rosse? Sans l'alliance, la Molvention qu'il désirait. Eh bien ! par cela même , * davîe et la Valachie resleraîcnl-elles à la Russie?
lui dit le duc de Viccnce, un autre acte est in- » Et à quoi ralliance.m'a-t-clle servi? Lui dois-je utile. « Non, répliquait Alexandre, je demande une n mes succès dans la guerre d’Autricbe? J'étais à » chose qui m’a été promise, et elle est devenue » Vienne avant que l'armée russe fût rassemblée. » nécessaire. » a Je ne me suis pas plaint, mais certes orl ne doit
' Dans une noie de Napoléon au duc de Cadore sur le été, avec ZajODCzeck, jelé dans les caebots de l’Autriracine objet, il est dit «Si les Lilbuanirns, ou quelque cbe.
• autre eircoiislance, venaient k rétablir la Pot<^ne,je * I.c 96 Juin.
■ serais donc obligé de fiiire la guerre pour m'y op- 4 Dans un billet du 94 juin au duc deCsdore, Napoléon
• pourri... ■ disait : «Je ne connais ni KuIonUiy ni sa brochure; on
* Le chanoine Kolontay' était un de ces patriotes ar- ■ me parle là de choses qui tombent des nues.»
dents qui avaient joué un rôle actif dans rinsurfection • Le 1**» juillet.
de 1704. Après la défaite de koaciusko, Kolontay avait * Lettre du duc de Cadore, du utème jour 1^*^ juillet.