‹ Histoire de FranceChapitre 70 sur 142 · CHAPITRE XX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XX

N pas SV plaindre de moi. Je ne veux pas rétablir » la Pologne ; Je ne reux pas aller finir mes desüi> «MS dans les sables de ses tlèserls ; je me dois à H la France ctàses inlérêls, et je ne prendrai pas H les armes , A moins qu'on ne rn’y force, pour des M intérêts étrangers à mes pcii[des; mais ;o i>« I» reux peint me déshonorer en déclarant que le n royaume de Pologne ne sera Jamais rétabli; me » rendre ridicule en ;>ar/aNl le langage de la Diti- » fiiVé; flétrir ma »iémotVe en mettant te sceau à M cet acte d'une poliUqw machiatèlique, car c'est » plus qu'avouer le partage de la Pologne que de i» déclarer qu'elle ne sera Jamais rétablie. Non , jo n ne puis prendre rengagement de m'armer con- •n tre (les gens qui ne m'ont rien fait, qui m'ont n au contraire bien servi , qui m’ont léiiiuignc une n bonne volonté constante et un grand dévouement. H Non , je ne me déclarerai pas leur ennemi , cl Je 1» ne dirai pas aux Français : Il faut que votre sang * coule pour mettre la Pologne sous le joug de la M Russie. Si je signais que le royaume de Pologne » ne sera jamais rétabli, c'est que je voudrais le » rétablir, ctrinfamie d'une Icllcdéclaration serait » cITacce par le fait qui U démentirait.

» J'ai montré de rcmprcssenicnt à satisfaire Pem* n pereur de Russie en lui envoyant une convention M toute ratifiée... On insiste sur une autre rcdac- M lion par des motifs que je ne puis m'expliquer. » Il semble que ce soit une lutte d'amour-propre. H Au fond, le sens des diverses rédactions est le » même; les Russes en conviennent. Quand on M voudrait m'humilier, on ne |>ourrail pas le faire » davantage qu'en me pressant ainsi sur les termes » d'un acte auquel je oc me prèle que par défé- » rcnce cl sans nécessité....»

Ce langage de CF.inporeur nous parait aussi beau d'expression que généreux dans ta pensée. Il respire une indignation éloquente et chaleureuse qui plaît, qui touche même, parce qu'elle est vraie et qu'elle part d'un coeur français. Que la France s'abstienne de rien faire fH)iir rétablir la Pologne, ce peut être une loi de sa politique; inaisqu'cilc s'engage à empêcher que la Pologne soit rétablie, il n'est pas de considération qui puisse la conduire à un tel engagement, ou ce serait une politique honteuse, avilissanle>pour son gouvernement, quel qu'il fût, et surtout pour Napoléon.

Aprésavoir ainsi exhalé sa vive répugnance pour rengagement exigé par la Russie dans la forme voulue par cette puissance, l'emiierenr Napoléon revenait à des moyens conciliatoircs; il désirait que les termes contraires à l'usage diplomatique, qui se

' Le 13 Juillet.

* Traité du 14 janvier 1810.

trouvaient dans le projet russe, fussent remplaces ]>ar des expressions qui rendissent cet acte conforme à la dignité de la France, en .satisfaisant à tous les intérêts de la Russie. Une note dans ce hul fut remise au prince Kurakiii ; mais cet ambassadeur répondit * que scs instructions ne lui don- ! liaient d'autre pouvoirque de signer la convention I telle qu'il l'avait reçue. I.a fermeté des réponses ! de Napoléon avait fini |>ar convaiiuTc l'empereur Alexandre qu'il insisterait en vain sur l'adoption de l'expression sacranicnlalc i laquelle il ne voulait lias renoncer. Il cessa en conséquence d'en [larlcr; et, au commenccincnt du mois de septembre, le duc de Vicencc écrivait que, comme on n'avait pu obtenir une convention telle qu'un la voulait, il paraissaitqu'on abandonnait celte idée. EQecUvcnicnl il n'en fut plus question depuis.

Feut-étre sommes-nous entrés, sur cécité a/Tairc, dans des détails un peu étendus; mais ils nous ont paru nécessaires i>our faire apprécier la situation respective de Napoléon cl d'.LIcxandrc. D'ailleurs, presque toujours les deux empereurs ont été en scène, et le drame ne saurait manquer d'intérél quand le Ibcâtrc est occupe par de si grands personnages.

En definitive, l'amour-proprc de l'eniporeur de Russie nous parait avoir joué le principal râle en celte circonstance. Peut-être l'ambassadeur français était-il entré un peu avant dans les vues de cc prince; il croyait n’avoir pas dépassé l'autorisalion qu'il avait reçue, et iiaturclleinent il cherchait A défendre ou du moins à juslifîcr son ouvrage. Nous tic l'accusons pas, mais nous ne saurions blAmer l'empereur Napoléon. La distinction que l'Empereur tenait à établir était, selon nous, impérieusement dictée par le devoir et par l'honneur.

Ilaiiilciiant il convient de reprendre les événements intermédiaires dont nous avons donné une courte indication, et qui ont rempli les sept à huit mois durant lesquels le débat sur les termes d'une convention a été l’alTairc capitale et dominante des cabinets de Pélersbourg et de Paris. De grands chaiigciiionls s'étaient opérés et avaient passé comme inaperçus dans cet intervalle.

Telle avait été l'incorporation du Hanovre au royaume de \Vc.slphalic. La rédaction première du traité de cession * portait que rEnipcrcur cédait à son frère la sourerainetè du Itanorre. L'Empereur se montra plus scrupuleux dans le choix des mois que son ministère; il voulut que celle rédaction fût modifléc. « Je ne puis pas, disait-il, céder une » souveraineté * que je ne n'ai pas; je cède mes

* Lettre du 8 juvier au duc de Cadore.

POLITIQUE EXTÉIUEL'UE.

i> droits sur celle province, c'esl tout co que je puis Il faire. »

Ainsi pareillement un nouvel État avait, comme nous l’avons dit, été formé pour le prince primat, sous le titre ‘ de grand-duché de Francfort. Cet État se composait du duché d'Aschaffciibourg, des villes de Francfort et de Wciziar, d'une grande partie des principautés de Hanau cl de Fuld. Un message^ de Napoléon au sénat, en lui faisant connaître la création de ce duché. Pavait instruit en même temps que, comme les actes de la confédératiou et les traités existants autorisaient PEmpcrcur à disposer, pour l’avenir, de cet nouvel Étal, il jugeait utile de le déclarer héréditaire, cl qu’il désignait pour successeur du prince primat, le prince Eugène-Napoléon , vice-roi d'Italie. Pour le cas où le prince Eugène serait appelé à la couronne d’Italie, le grand-duché serait réversible à la France.

L'Empereur alléguait, comme motif d'une désignation immédiate à la succession du prince primat, U qu’il ne voulait laisser aucun doute sur » l’intention où il était que scs Étals directs ne » dépassassent pas le Rhin.

I.a famille du prince primai, baron de Dalbcrg, no fut pas oubliée dans cette transaction. La principauté de Ralisbonnc cédée à la France par ce prince, ayant été rétrocédée aussitôt à la Bavière, un article secret mit à la charge de cette dernière paissance l’assignation d’un revenu de 400,000 fr., qui fut partagé ainsi qu’il suit : 200,000 fr. au duc de Dalbcrg, 100,000 fr. au prince de La Lcycn , et 100,000 fr. au comte Taschcr, neveu de l’impératrice Joséphine, qui avait épousé une princesse de La Lcycn.

La disposition faite en faveur du prince Eugène était une nouvelle preuve de l’atrcclion que lui portail l’Empereur. Pour l'hypothèse où, venanlà avoir plusieurs fils, il ne pourrait donner la couronne d’Italie à Eugène, Napoléon avait voulu du moins lui assurer ailleurs une existence de prince souverain. Par ces arrangements nouveaux, un grand

' 16 février.

• En date du 1" mors.

* En 1806, au moment de celle nomination, on l’avait • regardée comme un empiétement audacieux auquel on

supposait que rcmpcreiir Napoléon menait l>eaucoup d’importance. La vérité est qu'il n’y avait pas môme songé. Cet événement était, comme tant d’autres, le résultat d’une circonstance tout & bit fortuite. Le comte d’Hédouvillc, antérieurement scxrctairc d’ambassade auprès du cardinal Fcscli, lorsque celui-ci occupait le poste d’ambassadeur à Rome, était ensuite devenu ministre de France auprès du prince archichancelier. Soit par attachement pour le cardinal, soit dans le désir de plaire à l'Empereur, en procurant une souveraineté à un allié de

personnage sc trouvait dépossédé d’une belle expectative, le cardinal Fesch. En 1806, la succession du prince primat lui avait été promise, et ccIui-ci l’avait nommé son coadjuteur 3. Le message de Napoléon au sénat portait que ce cardinal -archevêque avait témoigné de la répugnance à être distrait de radminisirniion de scs diocèses.

Une réunion déjà consommée par le fait *, celle des États romains, fut confirmée par un sénatusconsullc du 17 février 1810. En adoptant celle grande mesure, l’Empereur désirait beaucoup la justifier, autant qu'il était possible, aux yeux des autres gouvernements. Il avait en conséquence recommandé au ministre des affaires étrangères de lui faire un rapport où il serait bien établi qu’on avait été réduit à cette pénible extrémité par l’invincible obstination du pape. Depuis plusieurs années, le saint-père refusait de fermer ses ports aux Anglais , et surtout d’entrer dans la ligue pour la défense de l’Italie. C'était lui qui, le premier, avait rappelé son ambassadeur et rompu les communications : de là l’état de la guerre et la conquête , conséquence de la guerre.

L’Empereur voulait qu’ensuile en démontrât l’incompatibilité de la souveraineté des papes avec la dignité de l’empire et la sécurité des Etats italiens , les papes sc créant une existence à part et prétendant s’affranchir des obligations auxquelles sc soumettent les autres souverains , mode particulier de principauté, qui ne pouvait sc concilier ni avec les intérêts de la France, ni avec ceux de rilalic. Plusieurs fois le projet de rapport fut mis sous les yeux de l’Empereur, cl chaque fois il le renvoya pour être retouché; il blâmait lantùt le plan , tantôt la faiblesse et le décousu de l'argumentation ; moins hardi que son ministre, il y relevait des choses hasardée» : » Par exemple, disait- » il *, prétendre que l’entrée des troupes françaises » dans Ancône n’était pas un acte d’hostilité, c’est » se donner tort et annoncer des prétentions qui Il effrayeraient toute l’Europe. » Ainsi du moins ,

la famille Bonaparte, il inspira au prince primat celle pensée qui venait de lui seul, et qu’il n’.vvait pas même auparavant communiquée au gouvcrnenienl français. Le prince primat, supposant que M. d’Hédouville agissait sous l’inspiration de rEmpcrciir, était entré facilement dans ses vues. Lorsque cetagentRiconnaiircau ministère français le point où cette affaire était parvenue, il y eut un moment d’hésitation. EnHn l’offre ht acceptée. C’est, il faut l’avouer, un singulier règne que celui où un petit ministre auprès d’une cour étrangère peut, de sa seule fanl.'iisie, faire un prince souverain.

4 En vertu d’un décret daté de Sclwnbrunn, le 17 mai

* Billet du 17 janvier.

CHU'ITRE XX.

en se permeUant des entreprises irrégulières» rEmpcrcur ne se les dissimulait pas à lui-même, et il n*ciitcndail pas les Taire approuver par les autres en déguisant leur véritable nature. Aussi, s’apercevant que l’on joignait au rapport une note de son ambassadeur, il voulut qu'on y joignit egalement la réponse faite à celte note par le pape ou son légat : U Ne présenter > que les pièces d’une partie, n c’est 6ler au public la faculté de juger, et faire » naître le doute à la place de la conviction. •»

Ce ne fut qu'après divers remaiiicmenls cl de nombreuses corrections qu’il adopta enfin le rapport qui servit de base à la délibération ^ du sénat.

I.es précédentes discussions de l'Kmpercur avec son frère le roi Louis ont fait assez clairement pressentir que leur situation, chaque Jour moins amicale, devait amener sous peu de mois, à l'égard de la Hollande, des changements plus ou moins décisifs. La réunion de ce pays à la France n’a été, en quelque sorte, ajournée que pour reconnaître si la menace de cctlc réunion ne serait pas un épouvantail capable d'amener l’Angiclcrrc à une négociation de paix. L'agent envoyé par le ministère hollandais à Londres, M. Labouchcre, était entré, le G ou 7 février, en rapport avec le marquis de Wellcsiey. L’Empereur, impalienl de connaître la réponse du gouvcnienieiit britannique, était, des le 13 du mémo mois, résolu de réunir à la France une nouvelle portion du territoire de la Hollande, et il dictait à son ministre les conditions auxquelles il laisserait subsister ccl Étal sur la rive droite du Rhin.

1* La Hollande devait céder à la France son territoire sur la rive gauche de ce fleuve.

8” Elle cesserait toute communication avec l’Angleterre, et ne permettrait la navigation que moyennant les licences françaises.

Pour garantie de ces engagements, la Hollande (lonncrail à la France la garde de ses rivières et de scs eûtes.

liC 17 février, l’Empereur insistait sur l’exécution de cet ordre. •( La réponse de rAiiglctcrrc à la » Hollande, disait-il, devrait être arrivée. Cepen- » danl je n'cntemls parler de rien. Remeltez-moi le » projet de traité avec la Hollande; si on refuse de » le signer, je déclarerai la réunion. « La discussion se prolongea encore quelques semaines, mais il survint des incidents qui forccrcut le roi d’y souscrire.

* Billet du 9 février.

* Le sénjiui-rnnsulte fui volé par 89 voix contre 14. Celle oppotiliun de 14 voix «I une des plus fortes qui ail eu lieu (Uns le sénat,

* Le 97 jauvicr.

Louis était encore à Paris. Plusieurs fois il avait montré l’intention de partir, cl l’Empereur s'était up(H>sé à sou départ; mais, de Paris mcine, sa correspondance avec ses ministres n'était nullement propre à détruire les déüances de l'Empereur. Un corps de troupes françaises ayant eu ordre d’entrer à Broda cl à Borg-op-2oom , les autorités hollandaises se montrèrent disposées à les mal accueillir. « Il parait, écrivit^ l'Empereur à son ministre des » affaires étrangères, que les troupes hollandaises n veulent prendre une position hostile. Faites cou- « naître au roi que J'ai crééuiic afinéede Bralunt, » et mis les troupes hollandaises sous les ordres du n duc de Reggio; que, s'il veut éviter reffusion du n sang, il doit sur-le-champ envoyer contre-ordre » à ses troupes; que le roi sera responsable du sang I» répandu et des malheurs que par suite éprou- M vora la Hollande, n II était trop vrai que I.ouis, méconnaissant la position forcée des deux États, donnait à scs ministres des instructions qui les excitaient à une imprudente résistance. La preuve en fut acquise au gouvernement français par des lettres intercoplces. L'Empereur dit après les avoir lues: (I Si le roi^ veut se conduire ainsi, à quoi N sert un traité qui ne durera pas vingt-quatre M heures ?i la première impertinence de ce genre, » je m'emparerai de la Hollande, puisqu'il vaut w mieux en Unir tout de suite, m Le moment d'en finir n’etait pas venu : le IG mars, un traité fut encore conclu entre les deux frères. Ce sera le dernier. En ordonnant, quelques jours auparavant, au duc de Cadorc de le signer, l'Empereur lui prescrivit de faire insérer dans le protocole que le roi Louis éloignerait de sa personne les ministres qui avaient voulu provoquer la colère de la France; qu'il s'abstiendrail dans ses actes publics cl privés de tout ce qui tendrait à ranimer les haines et à fàtoriter Ua poêêiona de ta /bc/rVm anglaise. Le roi fil toutes les promesses qui lui furent demandées. Nous croyons bien que, dans le moment même, il avait la volonté de les tenir; mais son caractère en rendait raccotnplisscmcnt impossible. Pour suivre jusqu’à un certain point l'ordre des dates, nous remettons à parler plus tard de la circonstance qui amena finalement la réunion de la Hollande.

Celui de tous les princes de la confédération du Rhin, qui recueillit le plus de fruits de la paix avec l’Autriche fut le roi de Bavière^. Le roi Maximilien

^ Le 8 laart.

* T ratié du 98 février. Dans un billet du 95 février au duc de Cadore, l'Empereur disait : «Le roi veut partir, » voyez tou mioUire et Bnitaez. • Dans un autre, du 9d, U mettait le duc de Cadore à Taise sur les conditions :

POLITIQUE EXTÉRIEURE

acquit la principanlé de Ralisbonne, cédée par le prince primat; la principauté de Bayrculh, démembrement de la Prusse, restée au pouvoir de la France depuis la paix de Tilsitt ; le duché de Salzbourg, la principauté de Rerchtoisgnden, ITnnviertel et une partie de l'Hausruckviertel, ces quatre dernières possessions provenant des cessions faites par rAutriche. L'acquisition de rinnvicrtcl et de rilausrucbviertel avait l’avantage de rendre la Bavière maltresse du cours de l’inn et d’une grande étendue du cours du Danube. En échange, le roi de Bavière cédait à Napoléon, en sa qualité de roi d'Italie, une population de trois cent mille âmes, à prendre dans le Tyrol, selon sa convenance, pour être unie soit au royaume d'Italie, soit aux provinces Illyriennes.

Dans plusieurs guerres,* et surtout dans la dernière, l'Empereur avait reconnu combien les esprits des Tyroliens demandaient de ménagements, et combien il importait de les gagner. Un homme d'un grand mérite, M. de Honlgélas, en apportant d'utiles améliorations dans les États bavarois, avait peut-être quelquefois précipité le mouvement, et montré trop peu d'indulgence pour les préjugés populaires. L’Empereur pensa que cette marche trop hâtive était surtout dangereuse à l’égard de la population tyrolienne, et il lit donner à la cour de Munich des conseils dont on ne saurait méconnaître la sagesse. « Écrivez > au ministre de Bavière que

la constitution qu'on veut donner au Tyrol ne » peut conveuir; que ce pays a été brisé dans scs » habitudes et dans scs institutions; qu'il se serait » révolté contre la maison d’Autriche, si elle eût » agi comme la Bavière; que c'est en y laissant des » états et des institutions sanclifiés par le temps » que la maison d’Autriche s'est attaché les habin tants; que, si je me mêle detaffairesde ta Bavière Il dans ce p^^ys, c'est que cela importe à ta sûreté Il de toute la confédération; qu'il est indispensable » que la Bavière lui donne une constitution qui se » rapproche des habitudes et des coutumes de ces » montagnards , et un gouvernement central qui » parle à leur imagination, les attache, et leur rc- » trace la forme de gouvernement que leur avait » donné l'Autriche, en mettant à leur tète un » prince de son sang La lettre se termi-

nait ainsi : r. Cette affaire est importante : je dc- » sire retirer mes troupes du Tyrol. n Ces avis de Napoléon avaient sans doute, avant tout, son intérêt pour principe, mais son intérêt ici était d'accord avec les droits des peuples , et rappelait

le respect dû à ces droits par les gouvernements.

Malgré la correspondance, de temps en temps un peu animée, de Napoléon et de l'empereur Alexandre, sur la question que nous avons longuement exposée, les autres communications entre eux étaient essentiellement bienveillantes. Le prince Alexis Kurakin , frère de l'ambassadeur en France, avait été envoyé en mission extraordinaire pour complimenter Napoléon sur son mariage. En Russie , l'empereur et la famille impériale assistèrent aux fêtes données par le duc de Vicei)cc. Ce genre de démonstrations était, il est vrai, en quelque sorte obligé ; mais sur beaucoup d'autres points on cherchait à SC plaire de part et d'autre.

Nous avons précédemment indiqué en peu de mots quelques faits sur lesquels il importe de revenir pour en compléter l’exposition. De ce nombre est l’ouverture faite par la France à l’Angleterre pour un rapprochement , par l'entremise du ministère hollandais; là, comme nous l'avons dit, s'était bornée l’action de l'Empereur. Comme, à l'égard de cette ouverture et de quelques autres démarches du même temps, le gouvernement anglais n’avait aucun motif pour se croire tenu à la discrétion, la nouvelle s’en était aussitôt répandue dans les principales capitales de l’Europe. C'était un bruit accrédite à Pélersbourg, qu’il y avait eu trois sortes de communications faites à Londres par la France : l’une par le ministère de Hollande, l’autre par des individus isolés, la troisième par l’Autriche. Ces nouvelles, mêlées de vrai et de faux , étaient parvenues en Russie par la Suède , qui les tenait de son chargé d’affaires à Londres, M. Rrinckman. Cet agent avait mandé à sa cour, d’après une conversation avec le marquis de Wcl- Icsley, que, selon ce ministre, la situation de l’Eur^e et les bénéfices dont la guerre était la source pour la nation anglaise ne permettaient pas au gouvernement britannique de justifier la conclusion de la paix, à moins que cette conclusion ii’offrlldcs avantages immenses. Suivant l’expression du même ministre, l'étoile de Napoléon pâlissait, et avait passé à l’Angleterre depuis les affaires d’Espagne; la puissance de la Grande-Bretagne s’augmentait chaque jour, celle de la France décroissait au contraire; et, quand même la France fèrmcrait toute l’Europe au commerce anglais, ne lui avait-elle pas ouvert, dans l’Amcrique espagnole, un vaste débouché que le temps ne ferait qu'accroître? A en croire l'agent suédois Brinckman , Napoléon aurait écrit personnellement au marquis

• Je donne à la Bavière tout ce que j’ai reçu, excepté la » terre dont j'ai déj.’i disposé en faveur du général de » Wrède. « Ce Bavarois est un de ces généraux étrangers

9 Bicxox.

dont l'Empereur avait fait la réputation et qui ne se sont pas distingués par leur reconnaissance.

’ Lettre au duc de Cadorc, du 9 janvier.

CHAPITIIE XX.

(le Wcllesley. ATcxccplion de ce dernier fait, complètement faux, les autres nouvelles venues d’Angleterre ne manquaient pas toutes d’exactitude. Il était vrai que le cabinet autrichien avait offert ses bons offices à la France, mais sans que cette offre eût aucune suite ; il était vrai aussi qu'il y avait eu une tentative faite, auprès du cabinet de Londres, par des individus autres que M. Labuucbcre, agent avoué du ministère hollandais; mais celle-ci par- . tait de moins haut, et se rccommandnil moins par ; le caractère des personnages. Elle avait eu lieu à l'insu de Napoléon.

Dans sa manie de se créer une importance particulière, et, peut-être au fond, dans le but excusable d’obtenir plus de crédit aupr<>s de l’Empereur, par des services réels de propre mouvement, Fou- : ché avait pris sur lui d’envoyer un agent secret j auprès du marquis de Welleslcy. Ses auxiliaires étaient un Irlandais nommé Fagan et le célèbre , fournisseur Ouvrard. Cependant l’Empereur vient | à savoir qu’à cOté de la démarche faite par le ministère de llüllaiide, il en existe une seconde qui a une autre origine. Ses soupçons aussitôt se portent sur Fouché; dénégation de celui-ci et doute de quelques jours. Tout à coup un apprend qu’un Irlandais domicilié en France vient d’arriver d’Angleterre. On l’arrête, on l’interroge. Il avoue que c’est de Fouché qu'il a tenu sa mission , et proteste qu’il a cru servir l’Empereur. Du reste , il remit une note sans signature , renfermant , dit-il , les propositions de lord Welleslcy.

Le ministère français ne montra pas, sur celte affaire , une complète franchise avec la Russie. Il ne présenta pas, comme venant de l’Empereur, la démarche faite par le ministère hollandais, dont M. Labouchère avait été l'instrument, et laissa croire que c’était l’œuvre personnelle du roi^e Hollande. Pour le reste, il le rejeta sur le duc ' d'Otranle,ct c’était la vérité, car l’Empereur n’au- I rait pas été assez inaladroil pour contrarier, par la mise en jeu d’agents subalternes sans considération, une ouverture commencée par des hommes honorables et dignes d’y concourir.

Les propos attribués à lord Welleslcy sur la prétendue décroissance de la puissance française cl la soi-disant prospérité de l’Angleterre piquèrent vivement Napoléon; il les repoussait avec colère, opposant aux embarras du gouvernement anglais, dont le papier perdait vingt pour cent, le bon état des linanccs françaises; au dépérissement d’un grand nombre de fabriques en Angleterre, l'activité des travaux de tout genre qui couvraient cl animaient la surface de la France. C'élail à Péters- : bourg surtout que Napoléon avait à cœur de détruire les fâcheuses impressions produites par le !

langage de ses ennemis. En Iransmcltanl au duc de Viccncc ces observations de l’Empereur, on rinformn que le duc d’Otranlc était appelé à d’autres fonctions et que le sieur Ouvrard était à Vincennes,

Ce dernier, dans des mémoires qu’il a publiés depuis, cherche à faire croire qu’il avait agi par ordre de Napoléon , cl que son emprisonnement momentané n’avait été qu'une comédie. Un billet de l’Emperenr, daté de Saint-Cloud le 2 juin, ne permet pas d'ajouter fui à celte assertion. L’Empereur écrit au ministre des affaires étrangères, en lui adressant des pièces relatives aux ouvertures indirectes faites au ministère anglais : u Je désire » que vous envoyiez le conseiller d’Elald’IIaulcrivc n auprès du sieur Ouvrard pour l’interroger sur Il ces dernières pièces, sans lui laisser soupçonner » qu’on a ces pièces ; lui detnander copie de tout ce n qu’il a envoyé; savoir par qui il a élé autorisé, » et ce qui s’csl passé. » Il résulte de l’interrogatoire > et de l'enquête qu’entre autres propositions faites au marquis de Welleslcy, il s’en trouvait une ayant pour objet de s’entendre sur les Etats-Unis. Il ne s’agissait de rien moins que de l’expédition d’une armée française sur des vaisseaux anglais pour s'emparer de ce pays, qui serait partage entre les deux puissances, et réduit à l'état de colonie, le sud pour la France, le nord pour rAngIcterre. J’avoue qu’ayant entendu énoncer ce fait bizarre, et l'ayant vu métne affirmé dans quelques ouvrages, j’avais refusé d’y croire; mais le doute m’a élé rendu impossible par une note ^ de Napoléon, qui le constate. En recherchant comment cette idée infâme serait venue au duc d'Ulranlc, l’Einitercur supposa qu’elle aurait pu lui être suggérée par un aventurier, le colonel Burr, mauvais citoyen et audacieux conspirateur, qui , après avoir échappé à une condamnation capitale aux États-Unis, s’était réfugié en France. Dans sa colère, il dit à Fouché qu’il mériterait de porter sa lélc sur l’échafaud , et telle était effectivement la peine établie par la loi. Une pareille rigueur n’élail pas dans le caractère de Napoléon. Fouché le servait depuis longtemps, et, malgré quelques écarts, l’avait souvent bien servi. L’Empereur ne voulut pas même donner d’éclat à sa disgrâce ; il le nomma gouverneur général des États romains. Peu de jours après, l’Empereur ayant fait demander à Fouché sa correspondance, celui-ci répondit qu’il l’avait brûlée.

' Ouvrard fui garde quelque temps en prison comme rêtcn(ionii,iirc de deniers publics, cl eu effet il était encore sulidnirement debiteur de plus de douze milliuiüi envers br trésor.

* En d.itc de S.iiul-Cloud, le 8 juillet.

POI.lTIQLiK EXTÉRIEURE.

A la suite de ce refus, rraignanl le rcsscntiiiieiit de Napoléon, il quitta la France en fugitif, et sc rendit en Toscane. On l'y laissa tranquille; seulement sa nomination au gouvernement general de Rome fut révoquée. Bientôt, fatigué de sa situation indécise, humilié peut-être de sc voir mis en oubli et de n'avoir pas même l'honneur d'une persécution, il revint à résipiscence; la correspondance brûlée sc retrouva, et il la fit remettre à l'Empereur, qui lui permit de sc rendre à Aix, chef-lieu de la séiialorcric dont il était titulaire. Fouché reparaîtra un jour sur la scène politique ; sous Napoléon même, des fonctions importantes en apparence lui seront encore confiées ; mais, pour un certain temps, son rôle est à peu près fini. Le titre le plus innocent que l’on puisse donner à un essai de négociation commencé avec l'ennemi , a l'insu du chef d'un État, est certainement celui de trame, d'intrigue; et le mot d'intrigue n'a rien qui n'aille merveilleusement ‘ à cette téméraire tentative.

Quoi qu’ait pu dire lord AVcllesIcy sur la pro.spérité de l'Angleterre comparativement à la France, ce langage n'était que de la forfanterie calculée. La situation intérieure des trois royaumes était beaucoup plus malheureuse que celle de la France. Les rigueurs du blocus continental avaient causé un notable dommage aux manufactures anglaises, et surtout aux fabriques de coton , Jusqu'alors si actives et si multipliées. De là des banqueroutes nombreuses, de violentes catastrophes, un grand bouleversement dans les fortunes, et beaucoup de malaise dans les esprits. En France, à la vérité, les ports de mer et les côtes étaient en souffrance; mais les départements de l'intérieur se livraient à une création abondanje de produits de tous genres, qui trouvaient de vastes débouchés dans tous les pays où avaient pénétré nos armes. Aussi plusieurs Etats étrangers, la Russie, le Danemark, la Prusse faisaient leurs emprunts en France.

L'emprunt russe eut d'abord quelque succès; mais bientôt ce succès sc ralentit. Le cabinet do Pétersbourg aurait désiré que le gouvernement français garantit cet emprunt, mais garantir un emprunt, c'est emprunter, et on objectait, de la part de la France, que la forme du gouvernement ne permettait pas d'emprunter sans un assentiment préalable du corps législatif. En retour de la garantie demandée, la Russie offrait de livrer une certaine quantité de bois pour la marine ; l'Empereur aurait préféré traiter direc-

* On $e convient qne, dèt 1807, deux ans av.ant que Napoléon fût décidé au divorce, Fouché en avait fait répandre le bruit. L'Empereur dit en r-appelant cc fait : < Ce n'est pas assez pour lui de s' être méléde mes affaires

tement de ces bois. Celte affaire sera reprise plus tard.

L'Angleterre , qui montrait si peu de disposition à sc prêter aux ouvertures de la Fraticc, ne négligeait, de son côté, aucun moyen de faire des itisinuations du même genre auprès de la Russie. Les propositions que le ininistre britannique à Coustaiitinopic, M. Adair, avait fait parvenir directement à l'empereur Alexandre par les commandants russes en Moldavie, étaient tout à fait modestes et réservées. On demandait peu d'abord, dans l'espoir que, le premier pas fait, on aurait bientôt obtenu davantage. Il ne s’agissait pas, pour la Russie, de changer de situation à l’égard de la France , mais seulement de convenir avec rAiigletcrre de se faire, des deux côtés, le moins de mal possible. Tandis que, d’une part, on s'adressait à l'cinpcrcur même, de pareilles offres de conciliation arrivaient, par d'autres voies, au comte de Romanzof. L’empereur Alexandre ne manquait pas de saisir CCS occasions pour faire valoir auprès de la France sa droiture et sa loyauté. Un prince moins sincère serait tenté , peut-être , d’accepter le service presque gratuit , objet des communications anglaises ; pour lui, disait-il, fidèle à son allié, fidèle à la cause du continent, il ne veut rieti qui puisse l’cn détacher et nuire à cette cause. Quoique le cabinet de Lotidres n'cùt ni des intentions pacifiques, ni même la volonté d'entrer dans aucune sorte d'engagement avec le gouvernement français, il crut devoir envoyer un commissaire pour traiter d'un échange de prisonniers. C'était une espèce de satisfaction donnée à l'opinion qui invoquait la fin de la guerre, les missions pour échange de prisonniers étant assez souvent les intermédiaires ^ de la paix. Le commissaire britannique, M. Makensie, sc rendit à Morlaix au commencement du mois d’avril. Au milieu des discussions qui s’ouvrirent sur les conditions de l'échange, le gouvernement français, sc plaisant à penser que là ne se bornaient pas les pouvoirs de cet agent, n’hésita pas à faire jeter en avant des paroles de pacification, qui, d'abord accueillies avec une apparence d’empressement, finirent par rester sans résultat. La question de l’échange même ne put faire aucun progrès. Il serait oiseux de rapporter ici les projets et contre-projets présentés de part et d'autre. Tous sc résument en deux mots : la France voulait un échange général, dans lequel tous les prisonniers, espagnols, italiens, hanovriens, portugais et autres, seraient

• de famille sans mon auiorisalion, il faut encore qu’il » gouverne et fasse la paix s-ans moi. ■

’ M. Otto n*av.-iit pas d'autre titre, lorsqu'il signa les préliminaires de Londres en 1801 .

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