CHAPITRE XXI
que la Russie désarouail alors, comme ne lui appartenant plus par aucun lien ni par aucun titre, et que Napoléon faisait renvoyer de Vienne.
I/intimilc des rapports établis entre deux pays par de longues alliances se maintient longtemps encore entre les agents, après que les alliances des cabinets ont cessé. Ainsi , comme certains agents russes, les envoyés autrichiens entretenaient-ils presque partout de plus étroites relations avec les agents de l'Angleterre qu'avec ceux de la France. Napoléon se plaignait surtout â cet égard de l'internorice autrichien à Constantinople.
Le mariage , avait dit Napoléon en réponse aux suppositions de M. de Romanzuf, a produit ce qu'il devait produire, un échange de procédés. Ces procédés, c’était un envoi réciproque de grandes décorations c'était l’offre d'un hôtel faite i l'ambas- | sadeur de France en Autriche, et à rainhassadcur d'Autriche en France; c'était, grâce à rinlluciice française, la levée des séquestres mis dans les États de la confédération , sur les biens dos princes de Mctternich et de Schv^arzcriberg; c’était, dans un sens plus large, une amnistie accordée aux Français qui avaient porté les armes contre la France, amnistie vivemenldésirée parl'cmpcrcurFrançois, altcndu que c’était sous le drapeau autrichien que la plupart de ces Français avaient combattu.
Ces démonstrations respectivement amicales n’empéchaicnl pas que quelquefois la plainte ne trouvât lieu. Il avait paru, dans un journal imprimé à Altona, de prétendues lettres adressées par le comte de Grutine ^ au prince de Ligne, dans le mois de septembre 1800. I^ publication de ces | lettres, vraies ou supposées, déplut beaucoup à Napoléon. Il jugea qu’elle lenaità un esprit d'inlrl- | gue qui tendait à semer Ja mésintelligence entre les cahinels de Paris et de Vienne, ce que celui-ci n’eût pas dû tolérer. L'ambassadeur Otto fut charge de s’en expliquer dans ce sens. Toutefois l'Kmpcrcur ne voulait pas qu'on en fit une affaire «é* rieute *.
Dans ce même temps le prince russe Bagration , que nous avons cité comme figurant dans le parti ennemi de la France à Vienne, s’y livrait à des manœuvres également peu confurmes à la
' Rdallvement â cr( envoi. Napoléon élail allé auilcvanl de qiirlqim diiliriiliés. Pour Thyputhése d'un ^ échange d’otnlret, le d«ic de Cadore avait Fait connaître à i rambaamdcur Ollo que rEmpcrcur ne croirait pa» pou- | voir accepter celui de la Toison d'or, parce qu'il csld’ori- I {'inc française; il accepterait tout autre iudistinctemeni. ^
L'archHliic Charles, en rêponil.-int h renvoi particulier qu'il Avait reçu, écrivait le t4 avril : • L’esticne d’un « grand liunitneeslU plus belle nioisson du champ d'bua- » ncur, et j’ai toujours, Sire, désiré U vôtre. •
bonne harmoiiio des cabinets de Paris et de Pétorsbourg. Il corrompait un interprète français pour livrer à la Russie les documents relatifs aux eominunications de la France avec la Perse. Cet interprète était un jeune de lanÿue’^, nommé Jhary, chargé d'accompagner et de reconduire à sa cour l'ambassadeur Askerkan, qui avait résidé plusieurs années auprès «le Napoléon. L'agent inlidclc s’échappa de Vienne, y laissant l'ambassadeur sans ' appui et sans guide; mais la trahison fut dccon- I certée. Jhary ayant été arrêté à Bucharest et coq- I signé dans la maison du consul de F'rancc, on Gt la visite de ses papiers, et la première pièce que l'on y trouva fut une lettre du prinre Ragralion pour le général comte Kamenskoi, à qui Jhary devait remettre «la correspondance très-intéressante » de Napoléon avec le shah de Perse.» On saisit en ofTel sur lui toutes les copies et traductions qui composaient celle correspondance.
Nous ferons observer, à cette occasion , que la Russie est peut-être le pays où ce genre de corruption, tenté spontanément ou par ordre, répugne le moins aux personnes d'un rang élevé. Il semble que l'espionnage et l'embauchage politique soient, a leurs yeux, une fonction honorable, parce qu’ils SC rap|H)rtent à des intcrêls d'Élal. On a depuis remarqué plus d’une fois qu’au service de cette puissance les hommes n’avaient pas le monopole de ce genre d'industrie, et que tes femmes y rcrapltssaienl aussi leur rOle, qui souvent n'était pas le plus mal joué.
Ce rapprochement des intrigues de la noblesse russe et autrichienne, également dirigées contre Napoléon, constate un fait malbeurcusemcnl trop vrai, c’est que, malgré son alliance politique avec la Russie, malgré son alliance de famille avec l’Autriche, il n'avait pour lui, dans la capitale de ces deux empires, que les empereurs et seulement une partie de leur ministère. Ce fut là une de scs plus nuisibles erreurs. £n s'attachant les empereurs et les rois par leur intérêt ou par la crainte , il croyait s'assurer le concours de toutes les forces des Étals de ces princes. L'événement prouvera trop combien il s'abusait. D'abord, dans aucun pays ni à aucune époque, il n'a conquis l'aristocra-
* Lr gênerai romir de Orunne êtai( fort en faveur aupn'a de rarchidiie ('.harir*.
* Leilrc tluduc de Cadore à SI. Olin, dn t7 jirillel.
* Joillei.
* Celle dêcignatiou s'applique â des jeunes gens Français, et meme qtielqiiefoU êirangeri, que noin^ gnitvernemrnt rnlreiienl i ConsUnlinople et aitlenrs, pour y apprendre les langue» orientales, et être eosuUe emplnycs comme imerprètes dans les rêsidencrs où leur in-
I terveatioQ est necessaire.
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POLITIQUE EXTÉRIKUU'.
(ic à la causefranraise; il sédui<;ail par Tasccndant de sa fupëriorilc, par des biciifails, ou seulenicitl par dos ëgards, quelques individualités choisies. Nulle part il n'avait gagne la caste tout entière. Opendant, à la rigueur, il eût pu braver rini> milic de ces aristocraties, s'il eût fait quelques sacrifîces pour sc concilier les masses populaires, qui, dans la France impériale, voyaient encore, sinon la liberté promise par la république, du moins un esprit d'égalité dont les cITets rejaillissaient quelquefois jusque sur elleÿ; mais, en fatiguant les populations par le poids trop prolonge de l’occupation militaire, ou bien en les épuisant par les contributions qu'il demandait aux princes ses alliés pour prix des acquisitions de territoire dont il les gratinait, U irritait le menu peuple comme les grands, les pauvres comme les riches, en sorte qu'il n’aura pour lui que les amitiés royales, dont il fînira par reconnaître la stérilité et l’impuissance.
Le pays qui, jusqu'à 1807, figurait au premier rang après la Russie et l'Autriche, la Prusse, était en 1810, celle de toutes les puissances qui comptait le moins en Europe. Ses ressentiments contre la France, et surtout l'exaspération violente des restes épars de son ancienne armée, lui avaient rendu, pendant la guerre de 1800, une sorte d’importance politique, en ce sens que l'Autriche et l'Angleterre avaient fait de grands ciïorts pour engager dans leur alliance un peuple et un cabinet également humiliés de leur commun abaissement. La rapidité des événements et répuisemeiit du pays n'avaicnl pas permis au roi de réputidrc à cet appel , et , plus prudent que la plupart de scs conseillers , rclemi surtout par la considération de la liaison de la Russie avec la France, non-seulement il s'éUit refusé à toutes leurs insinuations, mais il lui avait fallu punir avec éclat des hommes dont tout le crime était d'avoir témérairement entrepris ce qu'il eût voulu pouvoir lui-meme exécuter. Il SC voyait pareillement réduit à prononcer la dissolution d’une société, le Tugtnd liund, dont il avait, par un édit antérieur, mais sous un nom déguisé, autorisé l'existence et encouragé rcxteiisioii.
Après trois années d'al>sencc, le roi était rentré à Rerlin le 25 décembre 1809, au milieu des acclamations de la joie publique. Les premiers actes de
ce prince, au grand étonnement de ses sujets , furent des ordonnances pour augmenter le faste ^ de sa cour, et pour créer de nouvelles classes dans l'ordre de l’Aigle rouge. Ct^le aberration d'un nioment fil bient«H place à des mesures d’un intérêt mieux entendu. Ces diverses mesures, plus ou moins bien choisies, avaient toutes pour objet le bien général , car elles tendaient à relever le crédit public. Un grand principe fut proclamé, c'était l'aliénation des domaines de la couronne, et l'application de leur produit i l'amorlissement de la dette du trésor.
La Prusse ayant, par ses cessions de territoire, perdu quelques-uns de scs établissements scientji Gques*, le roi avait, en 1800, ordonné la fondation d'une université à Berlin même. Tout pauvre qu'était alors le gouvernement prussien, il pourvut, avec une certaine magniûcence, à celte création; il y appela des savants de toutes les parties de l'Allemagno, et dota généreusement les professeurs. Ce nouveau sanctuaire, ouvert aux sciences et aux lettres, fut inauguré dans le cours de 1810.
Depuis que le baron de Stein, par les imprudents écarts de son animosité contre la France, avait été, à la fin de 1808, contraint de quitter la direction des alîairos intérieures de la Prusse, les successeurs de ce ministre, véritablement digne de regrets comme administrateur, s’claicnt débattus sans succès contre les difficultés de la situation où se trouvait ce gouvernement. Les regards du peuple et de la cour sc reportèrent alors sur le baron d'Hardcnbcrg congédie après la paix de Tilsitt, comme peu agréable à la France, en raison de la part qu'il avait eue à la guerre de 1806. Le roi, dans la crainte que le retour de ce ministre ne blessât l'empereur Napoléon, qu'avait si justement olTcnsc la conduite de M. de Stein, crut devoir lui donner auparavant connaissance de ses intentions, et s'assurer que ce choix ne lui déplairait pas. L'Empereur n'avait point de préventions invincibles. Peut-être se reprocbait-il l'espèce de calomnie I politique qu'il s'était permise dans ses bulletins contre un homme que, pour mon compte, je regarde comme bien au-dessus des soupçons * élevés j contre lui. Napoléon lit écrire à M. de Saint-Mar- I san, son envoyé à Berlin, qu'il ne s’opposait ^ point
' 20 décembre 1800.
* La ville de Halle avait été cédée au royaume de Westphalic.
’ En 18êg, durant me* fonction* d'adminittraieur général de la Pruite. le baron d'Hardcnbcrg avait écrit à Napoléon pour evpliqiier cl juttiher sa conduite. Celte lettre m'ayant été rciuisc par un de se* amis. M. Jordan, je l'adressai au gcuéral Du roc, avec qui M. d'Hardcnbcrg
avait eu de fréquents rapports dans les trois mois qui avaient précédé la guerre.
^ Le baron d'Hardcnbcrg étant UaDovrieu d'origine, les bulletins de Napoléon l'avaient présenté coniiiie plus dévoué à l’Angleterre qu’à U Prusse même, dont il étsit miuislrc.
* Lettre de Napoléon au duc de Cadore, datée du palais de Lackeo, le tO mai.