CHAPITRE XXI
i la rentrée de M. d’Ilardciibcrg au mhihtère, si toutefois les circonstances du pays étaient telles que le retour de ccl homme d’État ne dût point être nuisible aux intérêts de la France. Apres ces premiers mots, l'Empereur ajoutait que son ministre devait porter clair au baron d’Ilardenberg, et il entrait dans de longs développements sur le langage que M. de Saint- Marsan devait tenir, u I.a
* guerre d'Autriche, disait l’Empereur, était une B belle occasion pour la Prusse de se réconcilier n avec nous. Au lieu de la saisir, qu’a-l-ellc fait? a elle a armé, formé des camps, montre de niau-
* vaises dispositions; elle a eu les yeux sur la Rusn sie, elle a tout fait pour fomenter des troubles en i> Allemagne, et une partie de ses troupes a inêine n porté les armes contre nous... De là mon |K'U » d'estime pour la conduite vacillante de ce gou-
II vcniement Quand la Prusse voudra rétablir
» son crédit, être une puissance, obtenir de laconn sidération et jouir de quelque bien-être, on s’en » apercevra à sa contenance, à sa loyauté... Pour I» cela, il ne faut pas qu’elle nage entre deux eaux,
» mais qu'elle marche d’un pas ferinc et droit. » Les reproches claicnl vrais; le baron d’IIardeiiberg, bomme de sens, comprit à merveille que te salut de cette maiiarchic dépendait alors de sa rcconciliation i avec l'Empereur. Le titre de cbancciier d’État, sous lequel il entra ^ en fonction, n’offrait rien de défini; mais, par ce vague même, il embrassait dans ses attributions toutes les aflaires de l’intérieur et du dehors, ('/était une innovation grave dans un pays où jusqu'alors toutes les alTaires avaient été singulièrement divisées ^ et repar* tics dans un grand nombre de mains.
Les embarras où des guerres malheureuses jettent les gouvernements absolus, deviennent souvent un principe d’amélioration dans les destinées des peuples. Déjà en 1808, pour disposer favurahlemeiit les esprits d’une population à laquelle un allait lieaucoup demander, 31 . de Stciii avait, comme nous l’avons vu, atténue les distinctions humitianles qui séparaient les diverses classes d’habitants. Des édits royaux pcrmetlaicnt aux bourgeois cl
' En Proftsp comme en France, des amie maladroiia ont calomnié des f,caa de bien, en leur rAteani un mcrïte de torts qu'lis n'avairnt pas eus. An inomrni desa nomination, M. d'Hardcnberg dut renouveler le ministère, et prendre pour coopéraicurs de» hommes dis|tos4*s à luarclicT tiins le système français. Au iiomhre des dénnssiunnaircs était te ministre de ta guerre, général Scharnliorsi, l’un des cheb des sociétés secrètes et passionné contre Napuléoa. L'auteur prussien d'une histoire contrmpornine, écrivant avec l’esprit qui a prévalu de|)uis, croit faire l'éloge de M. d’HardenWrg, en disant que Scfaariihorst continuait à iravaîtier avec lui, mais secrète- i
aux paysans d’acquérir des propriétés foncières, et aux nobles d'entreprendre, sans déroger, des spéculalions commerciales ou industrielles. D'autres édits supprimaient diverses servitudes cl organisaient des admitiislralions municipales oùTclcclion jouait un certain rAle. Le baron d’HardcnIterg. qui trouvait encore l'État soumis à d'autres coutumes non moins abusives, entra dans les voies ouvertes par M. de Stein. Les biens des cloîtres, chapitres ctprérùlés. furcnlsaisis |>our être appliqués au secours de t'Ëtat, à rcxccplioit toutefois de ceux qui étaient consacrés soit à l'instruction publique, soit à rentrelicn des hospices ou à d’autres établissements d'humanité. En anriuiiçant que, pour libérer le pays de sa dette, on serait obligé de recourir à de nouvelles charges, le chancelier déclarait qu’un chercherait à en adoucir le yK>ids par une égale ré|>artili()n sur toutes les propriétés, même sur celles qui , jusqu'alors, avaient été exemples d'impùt. Ortaines (axes, enlièremeut partielles, devinrent générales et allcignircnt tous les biens comme toutes 1rs personnes. Les maîtrises et privilèges de corporation furent remplacés par un droit cuinmuii de libre exercice, moyennant le payement d'une taxation spéciale, dont la quotité SC proportionnait à l'étendue de l'industrie exercée. Un protnellail au peuple une représenlalioii n convenable pour porter aux pietis du IrAiie ses » remontrances et ses vœux. »(^'est ainsi que, dans le cours des temps, le mal même devient la source du bien, cl l'on pourrait presque établir, en règle générale, que ce sont les besoins des gouvernements qui les ont forcés, presque toujours, à concéder aux peuples les libertés dont ils jouissent au- : juurd'hui.
L.*i lettre de l'empereur Napoléon, relative au rappel du baron d'Ilardeiiberg.a fait suflisamment cuimatlrc ses dis|tositiuns à l'égard de la Frussc. II voit en elle un etmemi impuissant, mais toujours un ennemi. De là son |>cu de bienveillance pour ce gouvernement. Toutes ses commuitications avec le cabinet de Ilcriin ne roulent guère que sur deux objets, le p.*tyemcnl de la (turliun de conlribulion
ment. Nous sommes plus justes A l’êgard du chancelier.
• Le 10 juin 1810.
* Au coinniciiceineni du K-gne du roi actuel, il y avait pour le dêpartçuieiit seul des atTaircs étrangères, trois uiinistrrs, ou vieux eointe de Finkeostein, un comte d'Alvenslebeii. el le comte d'Qaugu ia. En 18U0. lorsque j'arrivai A Berlin, CCS denx derniers existaient encore
par le litre, mais inégaux de fait , le comte d'Haugwix étant parvenu A s'approprier cvelusivemcnt ta direction potiiique, non sans éprouver de frequentes conirariéles de la part de son collègue.
1>0UT1QUE EXTÉRIEURE
de guerre dont ce cabinet est encore redevable, et l'application en Prusse de toutes les mesures adoptées en France contre le commerce anglais.
Déjà depuis longtemps l'Empereur insistait pour la conclusion d'un arrangement qui réglât le payement de la dette prussienne envers lui d'une manière précise et délinitire. Kn 1810, il ne cesse d'exprimer la même intention, « afin, dit-il, de
■ n'élrcpas obligé de garder < une si grande quan- » tité de troupes à Blagdebourg et sur la rrunlière M de la Prusse. »Pcu de temps après, il y revient encore avec plus d'humeur. Il prétend que la Prusse, au lieu de songer à sa libération, ne s'est occupée, tandiê qu'il était engagé arec V Autriche, qu'à lever des chevaux, à établir des camps.... ■ Si niainte- » nant clic ne peut pas ou ne veut pas nous payer, n elle n'a qu’à nous céder * une province, n
Une discussion s’ouvril entre le ministère français et l'envoyé prussien , l>aron de Krusemark, pour parvenir à l'arrangement voulu par Napoléon. Le comte de Golz, ministre des aATaircs étrangères do roi, reconnaissait que la dette était encore de quatre-vingt-six millions cinq cent mille francs. Sur celte somme on se proposait de faire un emprunt de trente- huit millions en Hollande. L’Empereur autorisa son minislrcà traiter, moyennant l'obligation pour la Prusse d'un payement de cinq millions par mois, et il eut soin d'ajouter : « Je » ne me déferai d'aucune forteresse que lorsque, » sur quatre- vingt -six millions, j'en aurai cin- » qoante dans les mains. » De longues uégociaüons auront encore lieu avant qu'on puisse se mettre d’accord.
Sans prétendre justifier les rigueurs de Napoléon envers la cour de Prusse, on est forcé de reconnaître que, chaque jour, des circonstances particulières révélaient le mauraii rouloir de celte cour contre la France et tout ce qui le rapportait
■ la France. On se rappelle la position délicate où s'était trouvé, au commencement de la guerre, le prince d'Hatzfetd, et le danger qu'il avait couru, danger auquel l’arracha la princesse son épouse, en obtenant sa grâce de Napoléon. Depuis ce moment jusqu'à la pix de Tilsitt, le prince étant resté à Berlin y avait vécu dans des relations amicales avec les autorités françaises, profitant de celte situation pour obtenir, autant qu'il était possible, des adoucissements en faveur de ses coinpirioles. Eh bien, trois ans après, quand le roi vient de rentrer dans sa capitale, au lien de savoir gré à cet homme honorable de ses cITorls pour le bien du
pays, on lui impute à crime celte conduite qui ciil dû lui valoir des éloges, cl on va jusqu'à lui faire son procès. Epargné par Napoléon, il court risque d’étre frappé par le roi, et c’est N.ipoléon maintenant qui est réduit à le défendre. Le bruit de ce procès étrange parvint à l'Empereur lorsqu'il était à Berg op Zoom, dans un voyage qu'il faisait avec rimpérairin; Marie -I.ouisc, peu de temps après son mariage. Aussitôt il déclara qu'il prenait le prince d'HaUfcId sous sa protection, et ordonna qu'une note fut remise à l'envoyé [irussien, pour lui faire sentir vivement le scandale d’une telle procédure. Il voulut aussi que son ministre à Berlin y fil entendre l'expression de son niécontcnlemenl. « Écrivez ^ à M.dc Saint-Marsan que les en- » iicmis du prince d'ilatzfcld sont les miens, que » ceux qui l’attaquent m'attaquent, et que je rc- » connais là l'innuencc de la cabale qui a causé » tous les maux de ce pays. » Le procès n'atia p.is plus loin; mais n'était-ce pas de la part de cette cour on acte insensé et un esprit aveugle de b.issc vengeance que de vouloir punir, dans le prince d'Halzfuld, sa reconnaissance pour Na|>oléoii, elle pardon rnénic de l'Empereur? Cet incident, quoiqu'il n'eût pas de suite, ne servit qu'à montrer la Prusse sous un jour constamment défavorable, aux yeux de Napoléon, ce qui ne devait pas le disposer à l’indulgence.
Après la dette prussienne, l'objet qui produisait les communications les plus frequentes du cabinet des Tuileries avec celui de Berlin portait sur l'application à faire en Prusse des mesures répressives adoptées en France contre le commerce anglais. Nous reviendrons plus tard sur ce sujet, lorsque nous nous occuperons particulièrement des efTorls faits par rEmpcrcur pour rompre toute espèce de rapport entre rAnglelcrrc et les pays que leurs alliances ou la nécessité ont, do gré ou de force, rangés dans son système.
Quoique, dans la guerre de 1800, la Russie n'etil été pour la France qu'un allié très-peu actif, elle avait toujours du moins été un allié pour elle. Dés lors la Prusse qui, pour se soustraire à l'oppression française, n'eût pu fonder d'espoir sur le cabinet de Pétersbourg que dans le cas où ce caliinel se serait joint à ceux de Londres et de Vienne, n'avait plus, apres la paix, que peu d'avantages à espérer de l'amitié de la Russie, surtout dans la nouvelle position de la France avec l'Autriche. Aussi la direction donnée au gouvernement prussien par le baron d’Uardenberg tendra-l-cllc à ra-
* Lettre de Napoléon su duc de Csdore, datée de Bergop-Zooro le 0 mai 1811).
' Lettre de Napoléon su duc d« Qadore, du 9 janvier
• Lettre <lu 13 février.