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CHAPITRE XXI

mener ce gouvernement vers la France, à mesure mâme qu’il croira voir une apparence de refroidissement s’élever entre Alexandre et Napoléon.

Deux faits, qui eussent été des événements graves dans un autre siècle, marquèrent les mois de juillet et août de cette année. L’un est l'abdication de Louis, roi de Hollande; l’autre d'élévation de Bcrn.idottc, prince de Ponte Corvo, à l’expectative du trône de Suède. Ainsi un frère de Napoléon renonce volontairement à une royauté qu'il voudrait rendre plus indépendante de la France, et la Suède vient demander à la France un de scs hommes nouveaux pour porter la couronne de Gustave Wasa et de Charles XII.

La situation du roi Louis, telle que nous l’avons précédemment présentée , ne pouvait guère que se gâter encore par l'opiniâtreté du caractère de ce prince, cl devait nécessairement avoir pour issue ou son abdication par lui-méme ou son délrôncment par Napoléon. Louis nous ap|)rcnd que, pendant son séjour à Paris, où il était venu assister au mariage de l'Empereur, il avait toujours eu le désir de s'échapper, pour aller en Hollande agir dans un sens tout opposé aux vues de son frère. Ne pouvant réussir dans ce dessein, il faisait passer à scs ministres l'ordre de résister aux troupes françaises. Napoléon indigné lui dit : « Choisissez ; i> ou contremandez la défense d'Amsterdam , ou » voici le décret de réunion que je fais partir à l’in- I) stant meme. » Le roi parut se soumettre , mais ses intentions ne changèrent pas. L'Empereur ne pouvait pas être dupe de celte feinte condescendance. Par un décret du 20 janvier, il forma une armée du Brabant, dont le territoire comprenait tous les pays situés entre la Meuse , l'Escaut et l’Océan. Le général en chef de cette armée prit aussitôt possession de ces pays.

Des mesures diplomatiques accompagnaient les mesures militaires. Une longue note > du duc de Cadorc fit connaître au roi les résolutions de l’Empereur, résolutions extrêmes auxquelles le réduisait le gouvernement anglais. « L'Angleterre, disait le i> ministre impérial , en s’arrogeant, par scs ordres n de novembre 1807, la souveraineté universelle, » et en adoptant le principe d’une guerre perpéi> tuclle, a tout brisé et rendu légitimes tous les I* moyens de repousser ses prétentions, n

La conséquence de cet étal de choses était que l'Empereur avait décidé :

1“ De rappeler auprès de lui le prince de son sang qu’il avait élevé sur le trône de Hollande.

Le premier devoir d'un prince français, placé dans la ligne d’hérédité du trône impérial, est.

suivant la note du ministre, envers ce trône. Tous les autres devoirs doivent se taire quand ils sont en opposition avec celui-là.

2'’ De faire occuper tous les débouchés de la Hollande et tous ses ports par les troupes françaises.

! 5° D'employer tous les moyens pour faire ren-

: trer la Hollande dans le système du continent.

Gellc déclaration et les discussions qui la sui- ‘ virent amenèrent, le 16 mars, la signature d’un traité établi sur plusieurs des bases énoncées. Il ' fut convenu que, pour en assurer l’exécution, un corps de 18,000 hommes, savoir, 6,000 Français et 12,000 Hollandais, surveillerait toutes les embouchures des rivières, avec des employés des douanes françaises.

L'article le plus important ^ du traité était celui par lequel la Hollande cédait à la F'rancc le Brabant hollandais, la totalité de la Hollande, y compris l’ilc de Schowen et la partie de la Gucidre qui , est sur la rive gauche du Wabal. L’un des motifs ; sur lesquels se fondait cette cession était que les : chantiers d'Anvers se trouvaient découverts cl exposés par la limite actuelle des deux Etats. Cette I considération n’csl pas sans force, puisqu’elle rc- I pose sur un calcul raisonnable d'intérêt; mais elle est précédée d’une autre qui n’a pas la même valeur, savoir : » Ou’il est de principe constitutionnel » en France que le Thalweg du Rhin est la limite » de l’empire français. » On conçoit les conséquences d’un raisonnement qui pcrmcltrait à un I Etat de se créer à lui-méme des principes constitutionnels par lesquels il juslilicrait ensuite scs empiétements sur les Etals voisins.

Pour prix des sacrifices faits par la Hollande , l’Empereur révoquait le décret qui avait fermé les barrières des frontières entre ce royaume et la France ; c’était le seul avantage qu’il consentit à lui accorder. Précédemment il eût donné au roi , pour les mêmes cessions, une belle et large indemnité.

Le roi Louis regarda, dit-il, ce traité comme I une capitulation; il ne le ratifia que conditionncl- ! lement, cl en ajoutant à la promesse du l’cxécu- Icr les mots; «autant que possible. » Il manifeste ainsi assez ouvertement dans quel esprit il va retourner en Hollande. Bientôt sa conduite ne laisse plus aucun doute sur ses vrais sentiments. Jaloux de paraître plus Hollandais que les Hollandais euxmèmes, il se montre moins résigné qu’aucun d’eux à ce qui lui est demandé par son frère dans le grand 1 intérêt de la France contre l'Angleterre. Cepen- I danl , docile sur quelques points aux volontés de I l’Empereur, il avait supprimé les litres de maré-

’ Eu date du 21 jauvicr.

’ Article VI.

2yi

ciiaux dont une vanité puérile avait décoré les chefs de sa petite année; il avait aussi conlremandé , pour employer ses propres expressions, le rétablissement de l'ancienne noblesse en Hollande, Qu'un prince nouveau se fasse, dans un calcul plus ou moins bien entendu , une noblesse nouvelle et sous une nouvelle forme, comme Napoléon, un le comprend jusqu’à un certain point; mais qu'il rétablisse, dans toute sa pureté, une noblesse détruite avec le gouvernement auquel il a succédé, c'est un contre-sens que rien n'explique. Il faut que ce soit Napoléon qui se fasse riiuminc populaire en Hollande, et qui aille y défendre les droits de l'égalité, seule conquête qui lui reste de notre révolutiuti et de la sienne.

Napoléon ne cessa d'avertir le roi Louis de son erreur, de lui représenter l'imprudence d'un État faible qui croit pouvoir braver impunément une puissance formidable, sous la main de laquelle il est placé, u Je puis me passer ‘ de la Hollande, lui i> écrivait l'Empereur, la Hollande ne peut se pas- » ser de ma protection. Voulez-vous être dans la

» voie de la bonne politique? aimez la France

Il Sous un roi, les Hollandais ont perdu lesavan- » tages d'un gouvernement libre. Vous étiez pour » eux un port : savez-vous pourquoi? c'est que » vous étiez le pacte d’une union éternelle avec la I) France, le lien d'une communauté d'intérêts avec M moi ; et la Hollande, devenue par vous partie de i> mon empire, m'était aussi chère province, puis- » que Je lui avais donné un prince qui était pres- I) que mon flis. Si vous eussiez été ce que vous » deviez être, j'aurais considéré le trône de Hol- I) lande comme un piédestal sur lequel j'aurais » étendu Hambourg, Osnabrück cl une partie du » nord de l' Allemagne, puisque c'eût été un noyau Il de peuple qui eût dépaysé davantage l'esprit » allemand, ce qui est le premier but de ma poli- » tique. Bien loin de cela.... » L’Empereur continue à lui faire sentir que c’est lui seul qui est la cause des maux de la Hollande , et que l’éloigncmcnl insensé contre la France, dont il semble tirer vauité, a fait perdre à ce pays ce qu'il n'cùl perdu ni sous Schimmeipcnninck , ni sous un prince d’Orange. « Soyez d’abord Français et frère de » l’Empereur ; vous serez dans le chemin des vrais » intérêts de votre royaume. Mais pourquoi tout )• ceci? Le sort en est jeté; vous êtes incorrigible. » Déjà vous voulez chasser le peu de Français qui

» vous restent Qu’esl-cc que ces prières et ces

» jeûnes mystérieux que vous ordonnez? Ixmis, Il vous ne voulez pas régner longtemps. Vos ac- II tions décèlent mieux que vos lettres intimes les » sentiments de votre âme. Écoutez un homme qui » en sait plus que vous. Revenez de votre fausse Il route. Soyez bien Français de cœnr, ou votre Il peuple vous chassera, et vous serez l’objet de la » risée et de la pitié des Hollandais. C’est avec de Il la raison et la politique que l'on gouverne les Il États, non avec une lymphe âcre et viciée. »

{ Le roi Louis, après avoir lui -même rapporte I celte lettre, dont nous ne citons que les traits prin- I cipaux, s'écrie avec un air de triomphe : » F.nrin, I n on avoue franchement ce qu'il avait été si péni- ; » ble de soupçonner pendant cinq années. » Nous i nous demandons quel est l'aveu si remarquable ! dont ce prince semble frappé, et nous trouvons que I l'un des mots qui l'ont blessé le plus, c’est que I Napoléon aurait voulu voir dans la Hollande une I partie de son empire : comme si les États donnés I par lui â ses frères devaient et pouvaient même i être autre chose à ses yeux! On aperçoit dans l’op- ! position de Louis aux vues de Napoléon un incroyaj ble fonds d'orgueil qui se révolte contre l'idée de n’étre rien que par l’Empereur. Lorsque son frère lui dit : •< En vous mettant sur le trône de la Hol- II lande, j’avais cru y placer un citoyen français H aussi dévoué a la grandeur de la France et aussi H jaloux que moi de ce qui intéresse la mère-patrie,» le roi Louis n’entend point, ne veut point entendre ce langage. Dans sa manière de penser, il n’y a point de mère-patrie pour un homme devenu roi. Sa seule patrie à lui c'est la Hollande ; et, par ce genre de fanatisme aveugle , il aggrave des souffrances qu'il eût pu alléger s'il eût lié de bonne foi les intérêts de la Hollande aux intérêts français. Cette erreur ne lui est point particulière ; elle est aussi, comme déjà nous l'avons fait observer, celle de tous les rois de la famille de Napoléon. Tous créés par l'Empereur, ils voudraient avoir de la consistance par eux-mêmes, indépendaininenl de lui, et, selon l'occasion, contre lui.

Un incident peu grave en lui-inéme, une espèce d'insulte faite à la légation française dans la personne de gens attachés au service de l'ambassadeur, vint former un grief z qui prit un caractère sérieux, parce que le gouvernement hollandais ne se prêta point de bonne grâce à donner une

■ Lettre de l'Empereur au roi Louis, datée d'Osieude, le 30 mai.

’ L’Empereur, en faisant ordonner à l'amiral Verliuel, amhassadenr du roi, de quitter Paris, écrivait au duc de Cadorc : • Si l'on u’eût pas renvoyé raiieicn lM)urgmes-

» Ire d'Amsterdam , qui était un homme sage , cela ne » serait pas arrivé. Il semble qu'on ait pour principe en s Hollande de maltraiter tout ce qui tient à la France. « Lettre de Lille, le 35 mai.

CHAPITUE XXI.

saüsfaclion qai eût été simple et facile. La condoUe de ce gouvernement avait sa cause dans Tesprit défiant et sonpçonneux de Louis, qui alla s'imaginer qu'il y avait là une querelle suscitée i dessein, roniinc si i'cmpercur Napoléon avait eu besoin de I recourir avec lui à de si niaises et si ridicules ma* i nœuvres. Leroi sembla prendre plaisir à envenimer cette affaire. Napoléon lui écrivît * qu'il rappelait son ambassadeur, et lui exprima en termes fort vifs son mécnntcnlemcnl. 11 déelara, parcelle même lettre, qu’il ne voulait point que le roi envoyât de miniêlre en Autriche. Celle défense, jetée au milieu d'une contestation où l'Autriche n'avait rien h démêler, seoitilcrail fort étrange, si un autre passage de la lettre ne venait en dévelopiMur le sens. 4i Comme c’est le ministre de Russie dont le » maître vous a placé sur le trône, il est naturel Il que vous suiviez ses conseils. » la; motif de l’Cmpereur n'csl plus une énigme : une seule grande puissance, la Russie, a un envoyé en Hollande, et c'est auprès de cet agent que Louis , au lieu de s’appuyer sur l'ambassadeur de son frère, va porter les démonstrations de sa confiance et son intimité.

L’un des premiers actes du roi, a son retour de Paris en Hollande, avait été du destituer le bourgmestre d’Amsterdam, dont tout le crime, selon le propre aveu de ce prince, était d'avoir montre une complaisance extrême pour l’ambassadeur la Rochefoucauld, et exprimé l'opinion que, dans aucun cas, on ne devrait défendre Amsterdam. Lorsque Louis avoue bautcincnt que tel a été le motif de la destitution de ce bourgmestre, doit -on s'étonner que l'Kinpcreur lui demande de rétablir ce magistral, et ce fait seul ne cunstalc-l-il |)as la justice des reproches adressés au roi par Napoléon? Non content de vouloir renvoyer de Hollande tous les Français qui étaient au service de ce pays, il persécute même tout Hollandais qui montre du penchant pour la France. Une telle situation ne pouvait plus se soutenir, et c’est ce que le roi avoue lui - même , en disant : « Il n'était plus possible ^

M d’y tenir davantage. ■ Les troupes françaises continuant à s'étendre pour occuper tous les points importants de la Hollande, I,ouis songea sérieusement à une levée de boucliers contre l’Empereur. Il était sùr, disait-il, des troupes hollandaises et du peuple. Aussi s'indigna-t-il que scs inarcchaux Dumonccau cl de Winlcr, lui fissent de respectueuses représentations sur l'inutilité et le peu de durée de la défense d'Amsterdam. Il espéra du moins trouver dans son minisltTC un courage qui

' Lrurv de NApoIcno au roi, datée de Lille, le 33 mai.

• Page 378, tome 111.

répondit au sien; H convoqua scs'miDtstres, cl,

« à son grand étonnement, » tous furent d'un avis contraire à la défense. Abandonné à lui-méme, il se dispose à dascendre du trône en faveur de ses enfants, et il soumet cette question à ses ministres, en Icnr disant encore, pour qu’ils en délibèrent de nouveau : u Un seul parti vaut mieux c'est celui » de SC défendre jusqu’à l'extrémité. » Les ministres ne pensèrent pas ainsi; ils prcfércrent l'abdication. Le roi en signa l'acte le juillet; il rédigea un long message au corps législatif, ainsi qu'une proclamation aux Hollandais, et, dans la nuit du l«r au â de ce mois, il partit pour l’Autriche et se rendit à Tœplilz en Bohême. Dans sa route, le 3, il fut rejoint à Osnabrück par un conseiller de l'ambassade russe, auquel il remit une lettre pour reinj»crcur Alexandre.

Napoléon , dans sa colère, avait écrit à Louis :

■ C'est avec de la raison, et non avec une lymphe > âcre et viciée, que l'on gouverne les États. » U jugeait parfaitement la situation de ce prince. T^s souffrances physiques excrçaienl incnnlestablcmeiit une grande influence sur ses aflcclions morales, et faisaient naître l'irritalion là où il eût fallu du calme et de la prudence. On doit le plaindre plutôt que le condamner. Des itilcnlions pures et des sentiments droits, en le conduisant, par une exagération peu éclairée, à des fautes qui devaient le perdre, lui donnaient l’honorable satisfaction de sc croire la victime de son dévouement à un pays qui l'avait adopté, et auquel il etU voulu, lui, création de la France et son délégué royal, faire obtenir une plénitude d'indépendance que n'cùt pu lui procurer un ancien roi, souverain à litre héréditaire. Il est trop vrai, Louis, en montant sur le trône, avait pris sa nonrellc dignité d'aussi haut que s'il en avait üù l'acquisilion à lui seul, ou à une possession successive de plusieurs siècles. Jaloux de gouverner par sa volonté propre, comme cet esprit d'opposition aux vues de t'Eii)|>creur s'accordait avec les intérêts des spéculateurs hollandais, il s'élail cru fort de l’opinion de toute la Hollande, et avait bravé les conséquences que celte conduite devait avoir pour la Hollande et pour lui. Son amour-propre était flatté des éloges donnés par les étrangers à sa résistance envers son frère. Les journaux anglais surtout ne les lui épargnaient pas; ils célébraient en lui l'héroïsme du patriotisme royal , louanges perfides qui l'avaient entraîné dans la voie où il avait dù périr.

Dans les mémoires qu'il a publiés en 1830 , Louis Bonaparte élève souvent des accusations mal

* O sont w» terrm'».

* Page 383, tonie III.

l'OLlTIQUE EXTERIEURE.

fondées contre l'Empereur; mais il finit pourtant par lui rendre un hommage que nous citons, parce qu'il est juste, quoique présenté en forme de blAmc.

([ On peut, dit-il, lui faire des reproches (é Napnn léon ), mais non pas celui de n'avoir pas été bon » Français, au contraire, il l’était trop. Il ne voyait » que les intérêts de la France, l'honneur de la I» France , le bien-être de la France , et non-seule*

» ment il voulait que tout autre intérêt disparût » devant celui là ; mais il exigeait que les peuple»

» alliés pensassent (le même, et que leurs princes n partageassent son patriotisme exagéré, co qui n était à la fois injuste et impossible à obtenir, n Nous aussi, nous trouvons souvent, comme le roi Louis, que l'Empereur portera trop loin, dans un intérêt purement français, les exigences envers scs alliés; mais il nous est impossible de considérer comme des alliés, comme de simples alliés à l'égard de Napoléon, les princes que, par affection et par politique, il a établis sur les trônes de Hollande, de Naples , de Westphalie et d'Espagne. La prétention de ces princes à vouloir se placer envers la France dans les memes rapports que les familles auxquelles ils avaient succédé, était un travers d’esprit, enfant de l’orgueil, que la flatterie et la malveillance sc plaisaient également à entretenir pour le malheur commun du fondateur de la dynastie et de scs éphémères rejetons.

An moment où Louis Bonaparte arriva aux bains deTœplitz, l’impératrice d’Autriche sc trouvant dans cette résidence, il lui fit exprimer le désir de la voir. L’impératrice s'en excusa sur sa position d'incognito et son état de maladie. La demande de Louis éveilla l’attention du cabinet autrichien, qui montra quelque inquiétude que la présence de ce prince fugitif ne devint une occasion d'intrigue.

A la nouvelle de l'évasion de Louis et de l'asile où il s’était retiré, l'empereur Napoléon lui fit notifier par l'ambassadeur français à Vienne l’intention où il était que l’ex-roi, redevenu priiico- français, vint résider auprès du chef de sa famille. Louis n'était nullement disposé â obéir à cette invitation. Un agent, qui préludait alors a de hautes destinées que la fortune réservait à son ambition sous d’autres règnes, M. de Cazes, dont le modeste début avait été l'emploi de sccrclairc des commandements de Louis Ronaparle, fut envoyé auprès de | lui pour tâcher de vaincre sa résistance. D'après , les rapports de Al. de Gazes, Napoléon, à qui d’ail- ' leurs Louis donnait des assurances propres à le ! tranquilliser sur sa conduite ultérieure, fit témoigner à la cour de Vienne qu’il voyait avec plaisir que son frère eût choisi le lieu de sa retraite dans les Etats autrichiens.

L'abdication de Louis devait inévitablement cm- 2 Biufiov.

porter la réunion de la Hollande â l’empire français. Ouel que dût être , dans l'avenir, le parti à prendre relativement à ce pays , et quelque bienveillantes que fussent les dispositions de l’Empereur pour les enfanls de son frère, celui-ci seul pouvait s’imaginer que la générosité impériale irait sc donner en Hollande les embarras d’une minorité et d’une régence. Le 9 juillet, un décret prononça la réunion. Les motifs allégués pour justifier cette mesure, et qui furent exposés dans un rapport > du ministre des affaires étrangères, sc fondaient sur l’intcrct réciproque des deux États. Pour la Hollande, lasituation présente était la pire detoutes. «c Obligée de faire cause commune avec la France, >• elle supportait les charges de l'association, sans en n recueillir les bienfaits. » La dette de ce royaume, réduit à un si modique territoire, était plus élevée d’un quart que celle de tout l’empire réuni. En impôts, il payait le triple de ce que payait la France. De cet état de choses, le ministre français tirait la conséquence que la réunion était indispensable U pour le salut de la Hollande. » Quant à l'intérêt de la France, l’évidence, selon le ministre, n’était pas moins sensible. « Laisser en des mains étran- » gères les embouchures du Rhin , de la Aleusc et n de l’Escaut, ce serait rendre tributaires du pos- » sesseur de ces embouchures le commerce fran- X çais , les manufactures françaises. La réunion , n au contraire, complétait l'empire de Napoléon et » l'exécution de son système de guerre , de poli- » tique et de commerce. C’était un pas nécessaire » à la restauration de sa marine ; enfin , c'était le » coup le plus sensible que l'Empereur pùt porter it à l'Angleterre. »

Afin de donner à la Hollande une marque d’égards, comme un l’avait fait pour les États romains, Amsterdam fut déclarée la troisième ville de l’empire.

En perdant l’hérédité d’un royaume singulièrement rétréci par les fautes de son père, le fils aîné de Louis, que Napoléon avait nommé en 1809 grand-duc de Berg , conservait cet établissement comme prince souverain, et, ce qui valait mieux, la tendre affection de l'Empereur. On a vivement critiqué l'allocution adressée par Napoléon â ce jeune prince :

« Venez , mon fils , je serai votre père, vous n’y perdrez rien.

» La eonduile de votre père afflige mou cœur. Sa maladie seule peut me l’expliquer. Quand vous serez grand , vous payerez sa dette et la vôtre. N’oubliez jamais, dans quelque position que vous placent ma potitique et l’intérêt de mon empire,

’ Kn ilaïc (lu 0 Jnilli-I.

CUAPITRE XXI,

» que vos premiers devoirs sont envers moi, vos » seconds envers la France; tous vos autres de- » voirs, même envers les peuples que je pourrais » vous conHcr, ne viennent qu'après. »

Il y a, dans ce langage, un mol, un seul que nous ne concevons pas de la part de rEinpcrcur. Comment lui , qui mettait sa gloire à s'identifier sans cesse avec la France, a-t-il pu admettre des devoirs distincts entre la France et lui ? Le moi im-

périal est ici de trop et sans nulle utilité. Quant au principe que les devoirs des rois nouveaux envers leurs peuples, de ces rois crées par la politique et pour l'intérêt de l'empire, ne devaient venir qu'après ceux qu’ils avaient à remplir envers la France, la leçon était bien moins pour un enfant sans royaume que pour les autres princes trop disposés à penser comme Louis , et que son exemple ne corrigera pas.

[tsill]

rOLlTigiK EXTERIKUIIK.

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