‹ Histoire de FranceChapitre 77 sur 142 · CHAPITRE XXII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXII

losiouation de la SiiMe pour une alliance de fenille avec Mapoléon. Refus de rEmpereur. — Siiuaiion ftclteiiae de la Suède.— Plaintea de la France sur (ea rapporia de la Snè«le avec TAnijleierre. — Caractère du prince roral, duc d'Au(;iiatciiibuur|'. — Mort de ce prince. — Emeute i Stockholm. — AMauinai du comte de Feraen. — Recours de Charles XHl A Napuléon. — Pcucliani de Charles XI il aiir le choix d'un nouveau prince rojal. — Prétention du roi de I)BDrm.irk. — Adhesion de rEmpereur aux desira de ce prince. — Pusilion du chaîné d'affaires de France eu Suède. — Inrrriitiide aur le choix d'un prince royal. — Premier vote <hi comité électoral en faveur du prince <rA»gtiatemhourj;. — Klecliondu prizkcedc PonteCorro.— RtpunaedcrEmpcrcurauroiCharIcaXin.-’Influt-urr d'un aventurier «ur cette élection. — Communication k la Russie sur ce aujel. — Bons rapports entre la France et le Danemark.— Projet d'alliance entre le Danemark, la Suède et le duchéde Varsovie. — Plaintes de l’Empcreiir sur l’inobservation de la loi consliiuiionnelle en Wcstphalie. — Nominaiioo de Jean Muller, secrétaire d’Êiat du royauroedeWcstphalic.— Prétextes saisis par Napoléon pour sc réserver des droits sur le Hanovre. — Création do régimeuis dUpcodieux en Weslpbalir. — Royaume de Naples. — Expédition du roi de Naples en Sicile. — Mail* vais succès fie ceMc expédition. — Séjour de Pie VII à Savone. — Molibdo la réunion des ËUis romains i l'empire. — Griefit de la France envers le pape. — Association ibéocraliqiie dirigée contre Napoléon. — Démarches du clergé français auprès de Pie VII. — Offre de bons offices de rAutriebe auprès du p.'ipe. — .Mission d'un agent autrichien à Savone. — Anathèmes du pape contre les fauteurs de rusurpaiion de scs États. — Municipalité de Rome. — Suppression drs corporations religieuses k Rome. — Réserve de quatre roiivenis pour les femmes. — Eneoiiragements donnés, k Rome, aux arts et h rindusirie. — Invocation du concile de Trente par l’Église de France. — Mesures rigoureuses envers le saint-père.

L’abdication de Louis a délivré Napoléon d’un gouvernement qui entravait ses mesures contre l’Angleterre. Le n»al n’est que déplacé. Disparu sur un point, il se reproduit sur un autre. L’élévation de Bernadotle au trône de Suède n’a pas donné à l’Empereur un ami plus dévoue i sa cause ni plus ardent à seconder scs vues. Il est dans les dcsiU nées de U France de ne trouver, cher les hommes sortis de son sein pour aller régner ailleurs, qu'un éguisme mal entendu dont tous , Bernadotte seul excepté, ils seront les premières victimes; mais, avant de nous occuper du changement qui surviendra en Suède an milieu de 1810, nous avons à reprendre le cours des rapports de ce pays avec la France, depuis la signature de ta paix , conclue le 6 janvier, entre les deux États.

La politique qui avait prévalu ii Stockholm sous le nouveau gouvernement, avait été de chercher auprès de la France un appui contre la Russie; mais Napoléon, lié par des engagements antérieurs avec cette puissance, n’avait pu préserver le cabinet suédois de la perte de la Finlande. Cependant c’était sur la proleclion de la France que Charles XIII continuait à lâcher d'établir sa propre sécurité et la garantie de l'avenir pour son successeur.

' Février 1810.

Dans celle pensée , le prince royal , duc d’Augustembourg. avait fait au ministère français des insinuations > sur le désir qu'il avait de s’allier, par un mariage, avec la famille de l'Empereur. Napoléon ne vit pas, dans l’alliance proposée, un avantage qui balançât l’inconvénient de l’ombrage que ]K)urrait en prendre la Russie ; il déclina celle ouverture, et chargea son ambassadeurâ Pétersbourg d’annoncer, en la faisant connaître, qu'il u’y avait été donné aucune suite.

La conduite de l'Empereur, en ccltc circonstance, était fnnche et loyale. Il parait que la Suède, en faisant celle demande, y attachait des vues plus larges, et que, dans des communications précé- I dentés, elle avait laisse entrevoir des espérances I assez étendues. Elle aurait, d'une part, ambitionné I l'acquisition de la Norwégc, et, d'un autre côté, |>our prix de la faveur de Napoléon , elle sc fût liée avec lui, même , au besoin, contre la Russie. La réponse de l'Empereur fut prompte et telle que l’exigeait la bonne foi de scs rapports avec les cabinels de Pclorsbourg et de Copenhague. Relativement à celui-ci , l’Empereur fil déclarer à la Suède que, « le Danemark ^ étant son allié, la France, » tant que cette alliance subsisterait, ne pourrait

* Lfiirf dv Napoléon au duc de Cadore. du 2!» février.

CUAPITRE XXII.

(IKIO]

SI pas snulTrir qu'on touchAl à la Norvrégc. » En cc qui concerne la Russie, il ordonnait à son ministre des afTaircs étrangères ■ de rci>ousscr toute idée i n d'hostilité contre cette puissance, et de blâmer » tout armement que voudrait faire la Suède. » L’Empereur rcconmïandail au duc de Cadorc * de » désarmer au lieu d’armer ; de montrer de la con- » fiance au Panemark, de la confiance à la Russie, n cl de SC tenir sur la réserve avec le gouverne- » ment suédois. »

Ce dernier gouvernement aurait bien voulu revenir aux anciennes liaisons avec la France. Il semblait ne pas voir combien les temps étaient changés. Celte différejjcc n’échappait pas à rKinpercur. Celui-ci comprenait à iiicrvcilie que la Suède, au xvir siècle, eût été pour nous une alliée utile, lorsqu’elle occupait le premier rang parmi les puissances du Nord , et même plus tard , lorsque, maîtresse encore de la Finlande, elle menaçait la capitale du grand empire qui s’élevait auprès d'elle; mais, depuis l’inuncnsc accroissement de la Russie et rafTaiblisseinentde la Suède, si Napoléon jugeait toujours avantageux d'enlrelcnir, avec celle dernière puissance, une amitié solide et durable, il n’apcrccvaU, pour une alliance, aucune raison grave, aucun intérêt décisif. Tel fut le sens des instructions données à M. Alquier, destiné âse rendre comme ministre A Stockholm.

I.a situation intérieure de la Suède était Irèsfâcheusc. et l'obligation où elle se trouvait de rompre avec l'Angleterre ne pouvait que l'aggraver encore. On avait beau invoquer auprès de la Franco les mots d'inUu/ÿence cl de ména^emen/a, qui avaient été prononcés dans la négociation de la paix, il était dilDcilc que ces mots, en ce qui louchait les conimunicalions avec l’Angleterre, trouvassent une interprélation bien satisfaisante auprès de rKinpcreur. Aussi , comme la rupture, promise par la Suède, n’était pas aussi complète qu'il l'entendail; comme le cabinet suc<lois cherchait à se former une sorte de neutralité qui lui permit d’exporter scs productions tout à la fois chez les deux grandes nalions en guerre, et comme il n’avait encore ni rappelé de I.ondres son agent diplomatique ui renvoyé de Stockholm l’agent anglais, l'Empereur suspendit le départ de M. Alquter, et lU rcnicltre, par son chargé d'afTaircs, une note extrêmement pressante qui, en exprimant catégoriquement scs demandes, annonçait que la France préférerait une guerre ouverte à une paix qui n’cxislcrail que de nom. Les n'procbes adressés à la Suède ne lutriquaicnlpas de fondement. On savait que le port de Guthembourg avait remplacé, pour l'.Angicterre , celui de Ouxhaven. C'était là que se rendaient les bâtiments anglais sous pavillon américain; là que

se débarquaient souvent leurs marchandises, et qu’arrivaient une foule d’aventuriers et d’émissaires, dont les uns y prenaient des lettres de bourgeoisie, et d’autres allaient parcourir le continent . pour y souiller des haines contre ta France. De cc I nombre était l’intrigant Fauche-Rorel , dont te ministère français demanda nominaliveincnirexpul- I sion. Les plaintes françaises éclataient avec trop i d'énergie pour que la Suède pût se dispenser d’y avoir égard.

Le nouveau gouvernement, loin de reposer encore sur des fondements bien solides, devait crain- ! dre les chances d'un renouvellcincnt de n'‘grie. I.a seule circonstance qui eût donne quelque crédit au ; duc d'AugustemImurg, était i'espoir que, fort de I rafTecliuii des Norwégicns, il aurait pu les entrai- 1 lier à SC donner â la Suède. Ce prince aussi ne sc i dissimulait pas combien il lui eût été avantageux J d'apporter une espèce de dot au pays qui l’avait adopté. De là scs démarches pour un mariage napoléonien , et ses insinuations relativement à la Norwége. A part cc calcul d’agrandissement, la . noblesse suédoise avait peu de bienveillance pour le prince royal ; clic ne voyait en lui qu’un Danois, c’est-à-dire, un ennemi naturel que le hasard avait placé sur les marches du trùne, et qui ne rachetait nullement, par l'amabilité de ses manières, la tache de son origine. Animé de meilleurs sentiments, ce prince consacrait sa vie à l'étude, cl, quand il sortait de son cabinet, c’était pour visiter des etablissements publics et particuliers, des ateliers, des manufactures ; pour s'occuper des intérêts de la Suède, pour les connaître à fond; cnün il voulait se rendre véritablement Suédois, et par là SC créer des droits à ralTecUon du pays; mais une partiedela population lui tenait peu de compte de scs intentions les plus louables. I.a classe dont so composait la haute société ne sentait nul penchant pour un prince sérieux qui ne disait rien aux femmes, s’ouvrait peu avec les hommes, et qui, au lieu des grâces extérieures propres à charmer les couis, n’avait que des qualités solides dont, en général, elles font peu de cas. Charles XIII était peut-être le seul Suédois qui lui fût sincèrement attaché. D'après cette mauvaise disposition des esprits, et l'existence d'un certain nombre de mécontents, qui rêvaient le retour du lils du dernier roi, on pouvait prévoir que i'époqiie où la mort de Charles Xlll appellerait le prince royal au irùnc, ne serait pas exemple de difljcullcs cl d'agitations. Du événement iiiallcndu épargna celte épreuve et à ce prince et à la Suède.

Le 23 mai, le duc d'Augustembourg, assistant aux manœuvres d'un régiment de hussards à Qui- (linge en Scanie, tomba de cheval, et, malgré les

POLITIQUE EXTÉRIELTIE.

prüinpts secours qui lui furent donnés, mourut peu j de temps après. Sa mort était naturelle, ce fut l'ef-^ fet d’une attaque d'apoplexie; mais le peuple voulut y voir une autre cause : il l'attribua aux partisans de la famille déchue, à la tête de laquelle l'opinion plaçait la reine même, épouse de Charles XIII, que l’on supposait en correspondance avec la mère du jeune Gustave. La clameur publique s’éleva surtout contre le grand 'maréchal Axel Fersen et la comtesse Piper sa sœur. Déjà précédemment | on avait accusé celle-ci de tentatives d'empoisonnement contre le duc (FAugusteinbourg. Ce bruit se réveilla aussitôt, et le rapport, mal rédigé, des médecins, sur la cause de la mort du prince, vint fortifier les sou|)çons populaires. La reine, de son côté, semblait prendre plaisir à les justifier par sa liaison ouverte avec la comtesse Piper, chez laquelle on la vit SC rendre au moment meme où l’on venait de recevoir la nouvelle de la mort du prince royal. La fermentation , qui s’accroissait d'heure en heure à Stockholm, produisit un horrible attentat le jour t où le corps du prince fut porté dans cette capitale. Le grand maréchal , comte Axel Fersen, précédait le cercueil dans une voilure de cérémonie. Vers le centre de la ville, il fut assailli ; d'une grêle de pierres lancées de toutes parts, et ; resta quelque temps exposé ainsi aux outrages de la populace, sans que la garde du roi, appelée à son aide par le comte Fabian, son frère, fit aucun effort pour le secourir. Fatigué de ces attaques, : dont il ne prévoyait que trop le dénoùment, le | grand maréchal s’élança de sa voiture, et entra dans une maison dont la porte était ouverte. A sa suite SC précipita le général Silvcrsparre pour le protéger et le défendre; mais bientôt des mutins ont pénétré dans cette maison par une autre voie ; ils dépouillent 1e grand maréchal de son manteau, de ses ordres, de son bâton do commandement, et les jettent par les fenêtres. La foule ameutée demandant à grands cris sa victime, le comte de Silversparre la harangua pour l'apaiser, et lui offrit de conduire lui -même le comte Fersen en prison si on voulait lui ouvrir un passage. On le lui promit; en effet, malgré les insultes et les brutalités qui accompagnèrent sa marche, il arriva jusqu'à la prison; mais là, au moment où sa proie va lui échapper, la populace la ressaisit cl l’arrache des mains . de son unique défenseur. Un emmène le comte, on ' le maltraite, on le terrasse, on le déchire, cl c'est ! en dansant sur son corps qu'on met un terme à sa | longue agonie. Il est aflligcant de jœiiser que l'es- I prit de parti ait pu, dans une telle circonstance, enchaîner l'action de la force publique. Au reste, '

cet atroce assassinat, pour lequel il ne peut y avoir d'excuse, atteste la différence des sentiments des classes inferieures et de ceux de la noblesse à l'égard du prince royal; il révèle même des haines qui ne s'attachaient pas uniquement à une famille, car il fut afiiehe des proclamations qui excitaient le peuple au ntatsacre îles nobles. Le roi était absent et malade; cependant il revint aussitôt à Stockholm, destitua le gouverneur de la ville, lit arrêter un certain nombre d'individus, et réprima le désordre par la punition éclatante de quelques-uns de ses principaux auteurs. La comtesse Piper s’était dérobée par la fuite à la fureur qui avait frap{)é son frère, et qui ne l’cùt pas épargnée, car l’animosité était portée au plus haut point contre elle.

La mort du duc d’Augustembourg venait d’ouvrir une seconde fuis la succession au trône. Comment la place vacante va-t-elle être remplie? Comment un soldat français va-t-il être appelé à fonder une dynastie nouvelle? Tous les écrivains qui jusqu'à présent ont parlé de celte époque, disent trèsbien que Napoléon n’eut point de part à la nomination du nouveau prince royal, que même il appuyait un autre concurrent; mais ils donnent à croire que l'élection du prince de Ponte Corvo fut le produit d'un bel clan de la nation suédoise eu sa faveur. C’est là une de ces suppositions qui sont bonnes pour le panégyrique. L'histoire réclame un exposé simple des faits dans toute leur exactitude.

Après la perte de son Gis adoptif, le roi Charles XIll, dont la santé était peu assurée, sentait l’importance de se donner promptement un autre successeur. Il convoqua en conséquence les états généraux ]>ourlc milieu de juillet, afin de leur soumettre celte importante question. Dans une si délicate conjoncture, il s’empressa aussi de recourir à l’amitié de l’Empereur.» La Suède-, lui écrivait-il, » sauvée comme par miracle, se voit tout a coup n replacée dans une situation où le présent n’offre » d'autre garantie que la durée incertaine de mes n jours, cl où l'avenir ne présente au patriote et au » bon citoyen aucun objet déterminé pour ses affec- » lions et scs vœux. A qui puis-je mieux confier ma )< douleur qu'à Votre Majesté Impériale? C'est de n vous, monsieur mon frère, que je réclame un n appui cl des conseils... » Le roi informe ensuite rEinpcreur de la convocation qu'il a faite des états généraux, et il désire connaître son avis pour le temps où ils s'assembleront. Persuadé que l'union intime de la Suède avec le Danemark s’accorde avec les vues de rEinpcreur, il lui expose que ce but pourrait être atteint de lu manière la plus con-

' 20 juin.

i • I.eiiro (le r.li.irles XIII à Napoléon, du 2 juin.

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