CHAPITRE XXH
rumic à la position géographique et à l'esprit national des (leux peuples par l'élection du prince de liulstcin Augustembourg, beau- frère du roi de Danemark et frère du prince que la Suède vient du perdre. I.c prince désigné ayant trois fils, dont l'alné est dans sa douzième année, la Suède verrait dans ces enfants un gage de sa tranquillité pour l'avenir.
Napoléon donna un entier assentiment aux convenances du roi; il lui témoigna qu'il prenait une part sincère à scs chagrins, et, sur le point essentiel de sa lettre, il répondit: « Le projet de res- » serrer les liens de la Suède avec le Danemark » me parait avoir des avantages spéciaux pour la I» Suède, n
Le prince d’Augustembourg eût accepté avec empressement la proposition du roi Charles XIII; mais une haute concurrence, la candidature du roi meme de Danemark , dut l'y faire renoncer. En exprimant à Charles XIII sa reconnaissance pour l'adoption que ce prince voulait continuer dans la même branche de sa famille, il l'instruisit du motif qui lui en interdisait l'acceptation. « J'apprends >, X sire, que le grand et salutaire plan de la réunion » des trois couronnes des trois royaumes du Nord » s'oppose à mon choix pour successeur à la cou- » ronne de Suède, et que ce plan est appuyé et fait vorisc par l'empereur des Français, x Le roi de Danemark , Frédéric VI , aspirait efTectivcinent à la réunion des trois couronnes, et l'Empereur ne montrait point d'opposition à ce projet. Sa Alajesté Danoise s'en ouvrit en conséquence directement avec le roi de Suède. S’adressant à Charles XIII comme à un prince issu de la même souche que lui, Frédéric VI lui représentait qu’il ne voyait de salut pour leurs deux nations que dans la plus étroite réunion entre elles. « Votre Majesté ® con- II naît trop bien, lui disait-il, l'histoire du Nord •I pour ne pas être persuadée que la désunion cn- II tre des peuples qui ont tant d'aflinité, même re- » ligion, même langue originairement, des mœurs Il cl des habitudes qui sont les mêmes, a été la
» cause de leurs malheurs, de leur faiblesse »
Ici le roi de Danemark exprimait à Charles XIII ses vœux pour la prolongation de la durée de son règne, .ajoutant que ce prince, u en lui assurant les Il suffrages de la nation suédoise, établirait la hase >1 du bonheur des peuples du Nord. »
La préférence personnelle du roi de Suède était pour le prince d'Augustembourg. Il répondit à Frédéric VI qu'il ne manquerait pas de communiquer aux étals généraux son importante proposition, le
■ I.ellif itii prince de Holslein Aiigudenilxiurg k Ch«r- !f» .Xlll, en d.ilc du 17 jiiittel.
choix d'un successeur au Irène appartenant uni- I quement aux représentants du peuple suédois. Sur ces entrefaites, un article du journal des Débats avait laissé entrevoir que l'élection du roi de Danemark ne déplairait pas à la France. L'article disait ! vrai, en ce sens que tout ce qui pourrait resserrer l'union des peuples du Nord entre eux était assuré d’avance de l’adhésion du gouvernement français. Or, cette union pouvait être fortiliéc de deux ma- I nières, par le choix de Frédéric VI ou par celui du duc d'Augustembourg. Tous deux eussent été agréables à Paris ; mais l'Empereur ne voulait pas qu'on pùl lui supposer l'inlenlion d’imposer l'un ! plutdt que l'autre. Tel est l'étal des esprits dans le I domaine élevé des cabinets; tels sont les désirs et les penchants dans le cœur des deux rois et d'un puissant empereur. Il importe ici de constater cette situation, afin de mettre mieux en évidence un fait ! dont l'histoire offre de nombreux exemples; c’est I que, dans les questions qui intéressent le plus les I destinées des États, c’est souvent une intrigue subalterne, un agent obscur, une rumeur fausse qui détermine le cours des événements bien plus que i la volonté des souverains réputés les maîtres du monde.
L’Empereur n’a point actuellement de ministre au poste de Stockholm. Il en a destiné un pour cette résidence , mais il s’abstient de l'y envoyer avant le temps de l'élection, afin qu’on ne puisse pas l'accuser d'avoir voulu y faire prévaloir rinflucncc I française. A la vérité, il se trouve en Suède un secrétaire de la légation de France, faisant les fonctions de chargé d'affaires, AI. Désaugiers; mais le ministère français ne lui adresse aucune instruction, aucun ordre, et on le considère comme n’existant pas. On avait tort. Il est dans la nature de tout agent, quelle que soit l'infériorité de son grade, de vouloir se donner et à lui -même et à son emploi une certaine importance. En pareil cas, des sentiments même très- louables, l'amour du pays, le désir d'etre utile et de se distinguer par un service propre à fixer l'attention, ne permettent guère une ' immobilité absolue. Il était donc bien dilTicilc que le chargé d'affaires de France à Stockholm restât témoin passif, spectateur muet de ce qui se passait sous scs yeux, cl que, s'il ne parlait pas, il ne fût pas du moins forcé d'entendre ce qu'on viendrait lui dire. Dés lors il serait censé parler par son si- , Icnce même. AI. Désaugiers ne fut pas assez heu- : reux pour échapper au danger de cette position.
. Il rendit compte à son gouvernement de toutes les communications qui lui étaient faites; mais il en est
* Lettre (lu roi de Uanein.trk an roi de Suède, du 18 ' Juillet.
l»OLITIQUE EXTÉRIEURE.
qu'on le bliœa d’avoir accueUlie$f parce qu’elles venaient de personnes avec lesquelles « dans des temps ordinaires^ il ne lui appartenait pas d'avoir des rapports.
H. Désaugiers remplissait un devoir lorsqu’il informait son gouvernement de tout ce qui lui parvenait par des voies régulières. Ainsi, le 2ijuin, il écrivait : « Le colonel Suremain * est venu me » dire, de la part du roi, que je pourrais m’adresser » directement à Sa Majesté toutes les fois que je le » jugerais convenable. Charles Mil recevra avec n reconnaissance le roi, quel qu’il soit, que l'Ein-
• pereur lui présentera Que l'Empereur, m'a
• dit le colonel, nous donne un de ses rois, et la M Suède SC croira sauvée; qu'il écrive au roi : f^oin
• coHMttiutiOH ne raut rien, et ce seul mol suHira » au roi pour la inodiHer, sans craindre d'oppusi- ■ lion de la part de la Diète. » Ces expressions du colonel Sarenuin, autorisées par le roi, attestent qu’il dépendait de l’Empereur de décider seul l'élection ; mais ce genre d'empiétement n’efilrail pas dans scs idées, et il lui eût répugné de porter atteinte au libre arbitre du roi et de la nation suédoise.
Une autre circonstance, à la vérité d'un intérêt bien secondaire, prouva encore son respect pour l’itidépcndancc domestique des Etals amis. Omimc un s'était proposé d'abord de convoquer la Diète i Stockholm, et que les ministres étrangers ne peuvent pas, d'après la loi fondamentale, se trouver dans le lieu où sc fait l'élcclion d'un roi, le corps diplomatique ayant mis en question s'il devait s'é* loigner de cette capitale, sa résidence habituelle, l'Kmpcreur leva sur-le-cbamp tout obstacle du côte de la France. Le duc de Cadorc flt connaître à M. Désaugiersque riiilcnliun de l'Empereur était H qu'il se conformât > aux lois du pays. » Ce ministre revint encore, quelques jours après, sur cette question d'une manière plus tranchée : « Nun-scu- » lemenl^, écrivait-il à M. Désaugiers, Sa Majesté » veut que vous vous conformiez aux lois du pays, » mais elle vous ordonne de vous prononcer en fa- M veur de la mesure prise par le gouvernement de M la Suède, en déclarant que, comme elle n’a rien N de contraire aux intérêts et a la dignité des puis- >• sauces, on ne doit faire aucune diflicullé d’y
' Le coionci Siirvnain, FrançaisiTorigine, mais depuis longtemps aide de camp du roi Charles Xlll, a été préci-demmeot chargé d’une mission conlideniielle auprès de rEuipereur,
* Lettre du ^juillet.
* Lettre du 11 du meme mois.
4 Lettre au duc de Cadore, du 0 juillet.
* Leliredu duc de Cadore .’i M. Désaugiers, du SOjuiilel.
iOD
M souscrire. » gouvéroeroent suédois , aflii de mettre à l’aise toutes les susceptibilités, indiqua Orébro pour lieu de réunion de la Diète.
A l'occasion de l’article du journal des Débats dont nous avons fait mention, article favorabicaux prétentions du roi de Danemark , le chargé d’affaires français mandait à Paris que cet article avait produit en Suède la sensation la plus pénible. Selon lui, ce prince était celui de tous que les sujets suédois auraient principalement exclu ^ du concours. L’idée de placer sur sa tête la triple couronne révoltait presque tous les esprits, et la réunion en elle-même des États du Nord ne les eiïarouchait pas moins, le souvenir des anciens temps, où les trois royaumes n'avaient formé qu'une seule monarchie, rappelant à la Suède tous les genres de soulTranccs et de calamités. « Un député notable, disait M. Dé- H saugiers, est venu m'entretenir des dangers de » celte réunion. » Ces relations de H. Désaugiers avec un membre de la Diète, dont il semblait partager l'opinion relalivciiient a la candidature de Frédéric VI, déplurent beaucoup à l'Empereur, qui ordonna au duc de Cadore de le rappeler
Ce chargé d'affaires, ignorant tout à fait ce qui SC méditait dans les régions supérieures, impatient avec quelque raison de la nullité où on le laissait, et dont on aurait du au moins lui faire connallro les motifs, ne cessait d'écrire qu'un seul mot do l'Empereur déciderait le choix d'un roi, et même le choix de Frédéric VI. «t 11 serait possible ^ à » S. M. I., mais à Sa Majesté seule, de réunir les » trois couronnes sur la létc du roi de Danemark. » Dix jours après, il répétait encore que si on lui eût seulement transmis ces seuls mots : « 11 entre dans » les vues de rEinpereur que la couronne soit don-
• iiéci tel prince, >• l'intention ^ de l'Empereur eût été remplie dés la première séance.
Au inotiieiit où l'on avait connu à Stockbolni la candidature de Frédéric VI, le colonel Surciuain avait dit à .M. Désaugiers : • l.e moindre générai
• français serait mieux reçu ici que le roi de Da-
• nemark. » L'idée de choisir un roi parmi les gcliéraux français avait eu d'abord peu de consistance. Mais bientôt elle se fortitia par un certain concours d'iulcrèls privés et de passions militaires. Ce sont les bons rapports *que Bcriiadollc avait
* Lettre de M. Dcisngirrs, du 17 juillet.
7 l.cilre du même, du 37 juillet.
* Dans la guerre de Pniue eu 180A, sprt-i la priae de Lubeck, uu corps suédois de qiiiiiie ceais hommes luiuba entre les maios du priuce de Ponte Corvo, qui, en les tnitaot avec beaucoup ü'rgarüt, oc faisait que se ronfnrmeraux vues de l'Empereur, mais qui. duiu s.t rondiiiie persnnncllc envers les géuérauv et 1rs |irii.fipaux
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CHAPITUK XXII.