‹ Histoire de FranceChapitre 79 sur 142 · KH · texte numérisé non relu

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eus avec quelques Suédois, et particulièrement sa liaison avec un comte de Morner, qui firent naître dans la ramille de celui-ci la pensée d'appeler sur ce maréchal étranger les suffrages de scs compatriotes. Un neveu du comte de Morner fut envoyé à Paris pour s’entendre à cet égard avec le prince de Ponte Corvo, et sonder les dispositions du gou- t verncmciit français. Cette mission ne servit qu’à constater un fait qui ne pouvait guère être douteux, la disposition empresséedu prince à répondre, s’il y avait lieu, par une acceptation, au vœu qui serait exprimé en sa faveur.

A la fin du mois de juillet et dans les premiers jours du mois d'août, il régnait à Stockholm une extrême incertitude. Tous les choix étaient pos- .siblesj nul n'avait des chances décisives. Pour faire ])cnclier la balance , il ne fallait qu’un signe de l’Empereur. Ce signe, s’il l’eût fait en faveur du roi de Danemark, eût été le salut de la France quelques années plus lard. Chaque candidat avait un certain nombre de partisans. Le roi de Danemark lui-même , qui avait paru repoussé d’abord, en avait quelques-uns dans les ordres du clergé, de la noblesse et de la bourgeoisie ; mais il répugnait à l’ordre des paysans. Des hommes de poids , de j notables personnages approuvaient la réunion des j trois couronnes sur une seule tête; mais, pour ne point heurter les préjugés, ils auraient mieux aimé élire le prince Christian , héritier présomptif du ' trône de Danemark, que le roi lui-inéme. I.e prince de Ponte Corvo avait pour lui l'esprit militaire, qui le soutenait ouvertement et avec une assez grande activité. L'ne bonne partie de la noblesse penchait, comme Charles Xlli, pour le prince d’Augustembourg. I.’ordre des paysans se serait volunticrs rallié au fils de (iustave.

Le parti qui portait le prince de Ponte Corvo aurait voulu pouvoir s’appuyer sur la légation française, cl il ne demandait qu’un simple indice d'approbation au chargé d’affaires de France. Celui-ci évitait de se prononcer attendu qu'il ii’avait reçu aucune instruction de son gouvcrneincnt.

La Suède était ainsi bien véritablement abandonnée <i cllc-méme, et laissée à toute la plénitude de sa liberté d’élection. Elle lit usage de cette li- ; berté. Conformément aux règles prescrites par la loi, la Diète générale forma un comité électoral de douze membres. Le roi présenta au comité trois compétiteurs, le roi de Danemark, le prince de I

officiers, déploya un grand luxe de procédés et de courtoisie.

' Li'Urc de M. Désaugiers, en date du 7 août.

’ I.rlire de M. UiSj.'iugicrs, du 14 août.

‘ «Mon malheureux .ami, le roi de Suède, est vengé

Ponte Corvo et le duc d’Augustembourg. Ce dernier obtint onze voix - ; la douzième fut donnée au prince de Ponte Corvo. Il n’y avait nul doute que celte presque unanimité du comité secret n'emportât aussi un vote unanime de la Diète. Voilà donc bien quelle est, au 14 août, la volonté franche, réelle de la nation suédoise. Le choix qui a été fait, est celui que préfère Charles XIII , celui qui, en conservant à la Suède son existence à part et sa nationalité indépendante, forme toutefois un lien de plus entre les peuples du Nord. Le roi Frédéric VI, n’étant pas nommé lui-même, doit se réjouir de l'élection du duc d’Auguslcmbourg , et l’on sait d'avance que ce choix a l’assentiment de l’empereur Napoléon. La Diète, Charles XIII, Frédéric VI, Napoléon sont d'accord. Eh bien! cet accord sera nul, il sera impuissant, il disparaîtra devant le mensonge d’une volonté que , sur la foi d’un intrigant, on supposera être celle de l’Empereur.

Un Français qui avait été établi comme négociant à (iothembourg, où il avait fait banqueroute, s’est rendu en Suède sous prétexte d’aller y .arranger scs affaires. Cet individu sans aucun litre, sans mandai du gouvernement, sans considération personnelle, arrive à Urébro. Il s’attribue ou se laisse attribuer un rôle politique qu’il n’a pas, et c’est lui qui fait un roi. Le ministère suédois se laisse surprendre ; il croit obéir à la pensée secrète de Napoléon , cl il est dupe d’une imposture. En un instant, un complet bouleversement s’u|>ère dans les dispositions de la Diète; les propositions du comité électoral sont annulées, et le roi présente le prince de Ponte Corvo avec un langage et dans une forme qui rendent son élection infaillible. Il annonce à la Diète qu’il a écoulé avec intérêt la voix de son peuple qui se prononce en faveur de ce prince, cl, pour litres aux suffrages de In Suède, il fait valoir scs exploits militaires si éclatants, scs qualités distinguées comme homme d'Étal, sa modération et sa probité, et particulièrement aussi sa conduite généreuse envers les militaires suédois durant les malheurs de la guerre. Tous les doutes ont ce.ssé; toutes les hésitations sont évanouies. Le 17 août, sur les douze voix du comité électoral, dix sont données au prince de Ponte Corvo , et sa nomination est confirmée ^ quelques jours après par la Diète en assemblée générale. Ce prince, évidemment, n’a pas été élu par la volonté de l’eni-

» de la criminelle ingriililiide de «es sujets par l’élection D de Hcrnadolle, et, en se propnsaul lui-inêmc un pareil » successeur, lediicdeSiiderinanie a mis le dernier sco.iii <> à son infamie, s Lettre de Louis XVIII , datée d'ilnrtwell le 11 scptembi'c 1810.

POLITIQUE EXTÉRIEURE

pereur Napoléun , nuis lar U seule présomption , et sur la présoiiiptiou fausse, que telle était la volonté de TEmpereur. Il ne doit donc pas en effet de recomiaissance é sa |>ersoiine, car c'est riiiteiition seule qui constitue le bienfait ; il n'en doit qu'à sa puissance et à cette grandeur de l’empire français qui fait, de ses premiers soldats, des candidats naturels pour les royautés en déshérence

A Pari.<, bien qu’on n'eût pas jugé l'élection du prince de Ponte Corvo impossible, la surprise fut ' grande lorsqu'on apprit par quel moyen elle s'était | opérée. Le ministre des a/Taires étrangères se hâta d’écrire à N. Désaugiers, en lui envoyant une note peu flatteuse sur le compte du négociant qui avait joué dans l'élection un si incroyable personnage,

« qu’il ne pouvait croire que cet individu eût eu » rimpudcnce de se dire investi d’une mission n quelconque, ou chargé de faire la moindre iosin nuation de la part du gouveniement. Le gouver- » nenienl, qui a voulu laisser la nation suédoise à *• toute la liberté de son choix, et qui n'a réelle- » ment pris aucun parti dans une délibération qu'il » a regardée comme devant être déterminée par » des intérêts nationaux, dont il n'est pas le juge,

» n'aurait, dans aucun cas, descendu à prendre un « pareil individu pour organe de ses intentions. » Quelque misérable qu'ait été le principe du revirement soudain qui a conduit le prince de Ponte Corvo au trône, le fait, une fuis accompli, ne doit plus s'envisager que par ses côtés honorables. Le roi Charles XIII s'empressa d'annoncer à l'Empereur l'élection qui venait d'avoir lieu, en la lui présentant comme ayant pour but de rapprocher les inléréis de la Suède de ceux de la France. « Cet n hommage rendu à la gloire militaire, aux qua- » lUés estimables, aux talents distingués de ce *» prince, deviendra un nouveau monument du rè-

• gne de Votre Majesté. L'amitié que Votre Majesté » lm|)ériale lui porte, les liens de parenté qui i’at- » tachent au roi d’Espagne, et la déclaration que

' On roDeoit »ant peine qu'une élection qui met une roiinmne sur le front (Tun soldat révolte des prinres détrônés réduits h Piinpuissante revendication du droit héré«litâire. Il est tout simple que (iusiave IV, en apprenant IVIeciion de Bcrnadotie, écrive k m mère, le 17 septembre t6t0 (de Pulaugen) : • La nation a biit choix d’un

• successeur au trône qui déshonore le nom suédois ; • qu'ilécriTe,leméine jour, k sou ourle le roi Charles XIII :

• Je ne vous importunerai plut, imm oncle, de lucs af-

• hiirrs particulières, ne voulaut plus avoir de relation

• avec un malheureux pays qui est inainleuant l’objet •• de mon mépris et de ma pîliè. • Comparalivenenl k Louis WHI, (îusiave IV est un démagogue. Louis XVIII s'indigne que Gustave reconnaisse 1a souveraineté du peuple. -Crnirirx-votis. mon ami. que uou-seiilemenl le

» Votre Majesté a daigné fairo, par »ou ministro » des relations extérieures, qu'elle reconnaîtrait » tout choix auquel je m'arrêterais de concert avec a les états généraux , me sont des garants assurés » que Votre Majesté apprendra avec plaisir l’élec- » tiun du prince de Fonte Oirvu. n Le roi fait cooiiattre ensuite à l'Empereur que, d’après les lais organiques du royaume, le prince de Fonte Corvo est tenu d'adopter la religion luthérienne avant de passer la frontière, et qu'en arrivant en Suède, I il devra en signer une assurance itarcillc à celle qui avait été dressée par les états pour le deruicr prince royal. Le roi Charles Xlll lit porter sa lettre à l'empereur Napoléon par le comte de Rosen, son capitaine des gardes. L’Empereur lui répondit avec franchise. « J’étais peu ^ préftari à estts nou-

■ re//s, puisque Votre Majesté m’avait montré l'in-

■ tenlion de proposer à la Diète le rhoix d'un frère » du prince royal. J'ai ce|>endant apprécié les sen-

■ liiiients qui ont porté la nation suédoise à donner » cette preuve d'estime à mon |K'npic et à mon » armée. J'autorise le prince de Fonte Corvo à ac- » copier le trône où i'ap|>ellc le vœu réuni de Votre

• Majesté et des Suédois. ■

L’empereur Napoléon était si loin de vouloir s'arroger l'hntincur ou prendre la responsabilité de l'élection du prince de Fonte (k>rvo, qu'il saisissait tous les moyens de faire savoir qu'il n'y avait eu aucune pari. Liiie lettre écrite par son ministre des relations extérieures au successeur de M. Désaugiers semble surtout di>stinéc à bien établir la vérité de sa situation à ccl égard. En prévoyant que rélévalion d'un Français au trône de Suède pourrait faire attribuer cet événement à l'influence de rEinpcreur, le ministre désavouait toute intervention de celle nature. « A la vérité, disait-il, s'il » s'agit * de celle influence qu'exerce le nom d’un t> grand humilie investi d'une grande puissance, et » la gloire dont un héros couvre ses compagnons » d'armes, il est (lossiblc que la Diète ail obéi à

• roi de Sttède défend les seniimenis et la conduite de son

• oncle, mais qu'il le regarde oomiNa rv* Intime?* Ce que Louis XVIII dit de Gustave IV est exset. Ce dernier prince, qui s hahilc le granü-diirbè de bsde lorsque j’y étais ministre de l'Empereur, parlait |mbliquemeni et avec égard Un roi son otuU. Défenseur opiniâtre de la cause des DourUuns. il faisait bon marehe de la sienne cl de crilr de ses eufanU. On esl tenté dr rroii-e qu'il admettait comme vrai re qui a été répandu sur sa naissance, c'est-k • dire qu'il n'èlsit pas rrellement fils de Gustave III.

* Lettre de l'Emperetir au roi de Suède, en date du 6 septembre.

^ Lettre du duc de Cach»re à M. Csillsrd, chargé d'sF- ! fairrt en Suède, ru date du 1 1 septembre.

CnAPITRË XXII.

* celte ioflucocc... L'Emporcur n’a pas touIu se » mêler d'an choix qui intéressait faiblement sa n politique. Nul motif ne lui faisait désirer celui du >* prince de Ponte Corvo. i* Celte espèce de déclaration que l'Empereur faisait à ses propres agents, il l’adressait aussi aux gouvernements élrangcrs, et il tenait le même langage au prince de Ponte Corvo lui-méme. Quoique celui-ci eût souvent donné de justes sujets de plainte. rEmpereur parut ne pas s'en souvenir; il lui lit un accueil amical, et y joignit l’offre, qui fut acceptée, d'une avance * de fonds dont le iiourcau prince royal devait naturelleinenl avoir besoin.

I/Einpereur porta plus loin la franchise de ses communications avec l’empereur Alexandre. Il fît mettre sous les yeux de ce monarque la lettre que lui avait écrite le roi Charles XIII, et sa ré|>onsc à celle lettre. Le duc de Vicence eut ordre de déclarer à Pélersbourg que l’empereur Napoléon eût désiré voir élire soit le prince d'Augustembourg, soit le roi de Danemark; qu’il n’était absolument pour rien dans réicclion du prince de Ponlc-Corvo, mais qu'il n'avait pas cru devoir empêcher ce maréchal d'accepter le poste honorable et difllcilc que lui offrait la nation suédoise. L'ambassadeur devait ajouter que le prince de Ponte Corvo n'était plus jeune, qu'il avait éprouvé toutes les fatigues de la guerre qui font aimer le repus; que son vœu serait de vivre tranquille et de comprimer l'anarchie qui désolait la Suède, cnlin que l’Empereur ne pensait pas qu'il y eût dans ce choix rien de contraire aux intérêts de la Russie. L'empereur Napoléon eut pu s'abstenir d'employer tant de ménagements pour faire agréer au cabinet russe Télé- «ation du prince de Ponte Corvo au Irène de Suède. L'empereur Alexandre ne sera pas longtemps sans être parfaitement rassuré sur les conséquences de celle élection. Ce n'est pas à la Russie qu'elle sera fatale.

Les événements amenés en Suède par la mort du prince royal avaient, jiisqu'i un certain point, suspetidu ou du moins amorti entre Paris et Stockholm les discussions relatives à la continuation des rapports commerciaux que la Suède, au mépris de scs engagements, entretenait avec rAnglclerre. Ces discussions, assez animées dès le principe, prirent, dans les derniers mois de 1810, une vivacité qui alla jusqu'à i'irritaliun et à l'aigreur. Nous y reviendruns plus tard.

Los détails dans lesquels nous sommes entres à l’égard de la Suède ont sunisainmcnl indiqué la situation de la France envers le Danemark. Lors-

’ L'Etnp«reiir fil avancer su prince de Ponte Corvo un miltioa par la cause de Berviee, Peu de tenip»

qu'au commencement de celte année le prince j royal de Suède, duc d'Augustembourg, avait fait ' des ouvertures au ministère français pour un mariage avec ane princesse de la famille de Napoléon, on avait su à Copenhague que la Suède, cii cherchant à se lier plus clruitemcol avec la France, nourrissait l'espoir d'acquérir la Norwégc. L'Empereur, en étant ccUc illusion au cabinet de Stock- ; holtn pour aussi longtemps que durerait l'alliance du Danemark avec lui, avait pris soin de tranquilliser ce dernier gouvernement, dans lequel il mettait d'ailleurs une juste confîaiicc. Le Danemark, qui se faisait une loi d’appliquer sévèrement les mesures hostiles au commerce anglais, s'étant plaint que la France montrait sur ce point plus de tolérance cl de facilité pour la Suède, l'Empereur avait fait répondre que, u ce qu’il ne ferait pas N pour le Danemark, il ne le ferait pour aucunautre K Éut. Aussi ne cessait-il d'insister auprès de la Suède pour la pleine et rigide exécution des tiiéincs mesures.

Les insinuations faites par le cabinet de Stockholm pour un étroit rapprochement avec la France ! allaient jusqu'à prévoir le cas d'une action commune contre la Russie, l'out en rc(Kiussanl celle hypothèse, le ministère français n'aurait pas été fâché de savoir quelles seraient aussi, cri une telle circonstance, les liispusilions du gouverncnicul danois, u La Suède, écrivait ^,le duc de Cadore au » ministre de France à Copenhague, parait craiii- I » dre la Russie. Le Danemark a-t-il de semblables ^ » craintes? En envisageant sa |>osition cl celle de , » l'Europe, a-t-i) pensé que, pour être à l'abri de , » tout événement, il avait iresoin de l'appui d’une i M grande puissance? Un intérêt commun peut dé- I n leriniiier la Suède, le Danemark et le duché de I » f'arsorie à s'unir par un lien secret, cuLiérej » ment cveriluel, qui pourrait être garanti par la ; • France, x Après ces mots jetés comme au b<isard, le ministre se hâtait d'.ijouter : « Ectlc vue X n'est pas un p^tjet. t> L’envoyé français ne devait ^ qu'ouvrir la voie aux communications, en sorte que ce fâl le gouvernemcnl danois qui semblât l'avoir prévenu. Du reste, on lui disait qu'il n’y avait là rien de pressant, et qu'il pouvait, avec ! vérité, appuyer beaucoup sur tes liens qui unis- ' salent les deux empereurs de France et de Russie; mais sans dissimuler » que cette atliance avait pour X base principale les senlimeuts pcrsuunctsdui’cm- X percur Alexandre, x

L'idée émise |>ar le ministère français pour la furmaliuii d'une alliance secrète entre la Suède, le

après, il prit celle somme à la charge de sa liste civile.

* Lcilrc du duc de Cadore à M. IHdclol, 3 mit.

[mo]

l’ÜUTIOUE EXTEBIKURE.

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