‹ Histoire de FranceChapitre 82 sur 142 · CHAPITRE XXII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXII

inslitulioii devrait être donnée par le métropolitain aux évêques scs suffragants, et au métropolitain lui-méme par le plus ancien de la province, jusqu’à ce que le pape ou scs successeurs exécutassent le concordat.

L’Empereur, après avoir reçu ces réponses des évêques, s’abstint de toute résolution immédiate, cl laissa le clergé agir auprès du saint-père pour tâcher d’obtenir de lui la conûrmation des nominations faites aux églises épiscopales. Le 215 mars, dix-neuf évêques de l’empire adressèrent à Sa Sainlelc une lettre commune, par laquelle ils la conjuraient de ne pas persister plus longtemps dans ses refus, et lui déFlaraienl que l'Eglise gallicane, abandonnée par le saint-père, se trouverait, quoique à regret, dans la nécessité de pourvoir ellemême à sa propre conservation.

Les événements de 1809 avaient amené à Paris, soit de bon gré, soit par ordre, un grand nombre de cardinaux et de prélats italiens. Douze ^ de ces cardinaux italiens, pour se créer une sorte d’importance par un certain esprit d’opposition, après avoir assisté à la cérémonie civile du -mariage de l’Empereur, crurent devoir se faire remarquer par leur absence au moment de la cérémonie religieuse. Celle conduite eût pu être respectable, si elle eût été véritablement inspirée par un scrupule religieux bien ou mal ciiteiidu ; mais elle n’était, cl ils le prouvèrent eux -mêmes, qu’un mauvais procédé irréQéclii. Ces prétendus rigoristes expliquèrent leur manque d’égards par de futiles raisons. Après avoir commis la faute d’une offense gratuite, ils fircnl celle de ne lu réparer que par de ridicules excuses.

Au moment où le clergé italien se montrait ainsi pointilleux sans raison et malveillant sans courage, l'Empereur, toujours généreux envers l’Église, malgré les dispositions ennemies de quelques-uns de scs principaux membres, venait d’accorder à la cathédrale de Milan deux millions en biens domaniaux pour le eomplel achèvement de ce bel ediflcc. Toute voie de conciliation avec le saint-père, offerte à l’Empereur, était acceptée par lui avec empressement. La cour de Vienne, dans son désir de lui être agréable, lui ayant proposé scs bons oflices auprès de Sa Sainteté, un agent qui déjà avait résidé plusieurs années à Rome, M. de Lcbzellern,

• Ces cardioatix étaient ; Matici, Pign.itclli, di Pietro, nranendoro, Saliizzo, (jnlefK, Oppizoni, Littn, Scotti, Gabriclli, Gonialvi, Kiilfo.

’ Happort fait it M. de Mettcrnich par M. de I.cbzcltern, à «ou retour de S-tvone .y Paris, le <>1 mai 1810.

’ Le général Cé*ar fiertliier, frère du prinee de NeiifchAtel, avait été envoyé h Savonc eoiuinc grand maître

fut envoyé à Savonc par M. de Mettcrnich comme pour y arranger les affaires de l'Église d’Autriche, sur lesquelles cette cour n’était pas non plus d’accord avec le pape. Cette démarche ne produisit, de la part de Pic VH, que quelques paroles de bienveillance pour l’Empereur, sans amener aucun résultat. Au sujet du mariage de Napoléon avec Marie-Louise, le pape, moins susceptible que les douze cardinaux dont il a clé question, disait à M.de Lebzcltcrn : « Veuille le ciel ^ que cet événcmetil im- » prévu consolide la paix continentale! Je désire » plus que personne que l’empereur Napoléon soit n heureux; je le désire de tout mon cœur; c’est un i> prince qui réunit tant d’éminentes qualités: plût Il au ciel qu’il reconnût scs véritables intérêts! Il M est en scs mains, en se rapprochant de l’Église, Il de faire tant de bien à la religion , et d’attirer » sur lui et sur toute sa race les bénédictions des n peuples! n Après ces élans d’une vieille affection, qui. revenaient de temps en temps, le saint -père passait à la plainte cl aux reproches. Ce qui le blessait le plus était de n’avoir pas auprès de lui ses conseillers les plus intimes. Il accusait surtout l’injustice qui retenait le cardinal Pacca prisonnier à Fénestrclle. u Vous savez, disait-il à M. de Lebzcl- I) tern, que j’écrivais moi-méme mes protestations; » il fallait bien que quelqu’un y prêtât son nom, n Du reste , il supportait sa situation avec une extrême patience : » Je suis vieux, disait- il, je n’ai » plus rien à perdre. Je ne veux pas de pensions, » pas d’honneurs. Les aumOncs * des fidèles me » suffiront; mais je désire ardemment que mes n communications soient libres avec les évêques » et les fidèles. » Lorsque M. de l^ebzcltcrn voulait, dans scs conversations avec Pic VII , le conduire à séparer la question spirituelle de la question terrestre, le saint-père éludait cette distinction; il se refusait à toute discussion suivie où le raisonnement eût dû dominer, se bornant à répondre en termes généraux que là u où les opinions sont fonn dées sur la voix de la conscience, il n’y a pas de n force physique qui puisse lutter contre une force » morale de cette nature. » Les dispositions qu’il montrait à se rapprocher de l’Empereur étaient toujours accompagnées de conditions restrictives , et offraient sans cesse, comme barrière insurmontable , des principes de conscience » avec lesquels

<lii palais du pape. Un préfet drs palais iuipériniix au dclA des Alpes, le comte Salinaloris. était chargé de former la maison du souverain pontife et de pourvoir h ses dépenses. Cent mille francs par mois étaient destinés n cet usage. Le saint -père avait auprès de lui l’archcvéqiic <l'É<lcsse, son aiimOnicr, son médecin, un prélat Uoria et quelques autres scrvitctirs.

POLITIQUE EXTÉRIEUftE

» U ne pouvait transiger. » Les aflaircs de l’Église ; d'Âutrichc restèrent egalement sans solution. Le pape se défendit de donner l'institution canonique aux évêques autrichiens , aifectant de ne pas j vouloir faire plus pour l’Autriche que pour la France. . j

Le temps, qui marche vite pour les peuples, avait, dès 18 10, rendu la population de Rome moins sensible à l’enlèvement et à la captivité du saintpère. Ix;s anciennes habitudes reprenaient leur I cours. On avait pu en 1809, pour obéir à la voix du pape encore présent sur les lieux, renoncer une fois aux plaisirs du carnaval. Un second sacrifice | de ce genre cdt été un trop grand effort. A cet anniversaire do folies, Rome, en 1810, présenta le joyeux aspect qu’elle avait offert dans les temps antérieurs, cl ne songeait guère, au milieu de ses amusements, qu’elle avait changé de maîtres.

Malgré son isolement et l’absence de scs confidents habituels, le pape ou quelques-uns de ses serviteurs placés soit près de lui, soit loin de lui, continuaient à faire parvenir dans les Étals romains scs insinuations et scs anathèmes contre tons ceux qui se rendraient les complices de l’usurpation française. Il se trouvait bien encore on certain nombre de prêtres obstinés à refuser l’absolution aux personnes qui avaient prêté serment de fidélité à l’Empereur, U le pape, disaient-ils, leur ayant retiré,

» pour ce cas, tons les pouvoirs canoniques ; » il j s’en trouvait d’autres qui ne voulaient pas bénir des mariages, à moins que, conformément aux rcs- i crits du saint-père, on n’eût préalablement promis qu’il n’y aurait point d’acte civil i , et lorsque le saint-père accordait des dispenses, cette clause y était toujours insérée; mais cette peur des menaces i pontificales, qui avait encore quelque puissance dans les rangs inférieurs, n’atteignait plus les classes élevées. Elle n’empêchait point les hommes les plus distinguésde cette capitale d’accepter des fonctions administratives sous le gouvernement français. Rome eut sa municipalité comme toutes les communes de France. Son maire, le duc de Rrasebi, était un neveu du pape Pic VII. Il avait les princes de Ruoncompagni et (iabriclli pour adjoints. Le mariage de l’Empereur fut célébré à Rome par les fêtes les plus brillantes et par une illnmination générale.

Pour affaiblir, dans scs moyens d’action, la puissance du souverain pontificat , l’Empereur eut soin de licencier la plus redoutable armée de cette puis- i sauce, les couvents de moines de toutes les règles ! et de toutes les couleurs. La consulte qui admi- i nistrait provisoirement les Étals romains donna,

' • DamiDodo non .iccwlat acio$ civilis. •

2 Eit;vov.

en vertu d’un décret du 17 avril , ordre à tous les prêtres et religieux, qui n’étaieiit pas nés dans les départements de Rome et du Trasimène, d’en sortir sous un délai de quinze jours, et de retourner dans le lieu de leur naissance. La mesure causa quelque rumeur, car elle avait une large portée. Dans le seul couvent d’Aracoli, situé sur le sol oii fut jadis le temple de Jupiter Capitolin, de trois cents religieux , dix à peine étaient nés dans les États du saint-père. Le couvent des dominicains n’en comptait que deux qui eussent cette origine, et l’on en pouvait dire autant de beaucoup d’autres eloltres.

Le décret du 17 mai n’était que le prélude de mesures plus étendues qui furent ordonnées par un décret du 28 du même mois. Ce dernier supprima les eorporations religieuses, prescrivit la liquidation des pensions que devaient' recevoir les individus des deux sexes rendus à la vie séeulière, régla le mode à suivre pour la prise de possession des biens de toute espèce appartenant aux corporations supprimées, et pour le payement des dettes dont pouvaient être chargées ces corporations. Les luis de l’empire sur cette matière devaient leur être applicables le 18 juillet suivant.

Quoique la suppression fût prononcée en masse pour les couvents de femmes comme pour les couvents d’hommes, l’article 2 du décret portait uno exception pour quatre des plus beaux couvents de femmes, de quatre ordres différents, qui devaient être maintenus et réorganisés comme pouvant être utiles au service public.

L’activité de l’Empereur, à laquelle n’échappait aucune des parties de son empire, ne tarda pas à donner aux États romains une face nouvelle. Aux changements actuels, qui furent accueillis avec assez de faveur, il joignit des espérances pour l’avenir. Un décret du 5 août annonça que la consulte cesserait ses fonctions an 1”' janvier 1811, et qu’alors il serait nommé un grand dignitaire do l’empire gouverneur général des deux départements de Rome et du Trasimène. C’était une démonstration d’égards pour cette contrée que do mettre à sa tête un personnage élevé qui , tenant une espèce de cour, lui conserverait les formes d’une existence à part et un simulacre de gouvernement séparé. Celte marche était celle que l’Empereur avait suivie à l’égard de Gênes et de la Hollande, en les réunissant à l’empire.

L’un de ses premiers soins à Rome, comme en Hollande, fut de faire liquider la dette existante A la charge du gouvernement. Il nomma un conseil pour cette liquidation, préposa un agent spécial à l’administration des finances, sous le nom d’intendant du trésor public, ctalTecta au remboursement

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