CHAPITRE XX n
de la dette une somme de cinquante millions en biens domaniaux.
La générosité de l'Empereur pourvut même à des charges qui ne le regardaient pas. L'ancienne cour de Madrid avait à Rome un certain nombre de pensionnaires ecclésiastiques et laïques. Le nouveau gouvernement espagnol étant peu en état<lc subvenir à cette dépense, l'Empereur lit accorder des secours mensuels aux uns et aux autres.
Rome, devenue française, offrait le curieux contraste des mœurs modernes et des antiques souvenirs. A l'instar de la France, il y eut à Rome une exposition des objets d'art et des productions de l'industrie; les prix étaient distribués au (Apitoie. Le local choisi pour célébrer la fête de l'Empereur était celui qui conservait la dénomination de Mausolée d'Auguste. Les vieux noms semblaient reprendre leur ancien éclat sous rinfluence d'un homme qui reportait la vie en ces lieux où depuis longtemps elle était éteinte. Cette influence agissait sur le clergé lui - même. Reaucoup de prêtres se ralliaient au gouvernement impérial, et lui prêtaient serment. Presque tous auraient été disposés à se soumettre, s'ils n'cusscnl été retenus parles défouscs du saint -père. Ces défenses leur étaient souvent renouvelées, et on avait soin de les tenir bien avertis que le saint- père persévérerait toujours dans les mêmes sentiments et demeurerait inflexible.
Jamais pcut-<Mrc l'opiniâtreté d'un pape n'avait été poussée si loin, tiependaut le refus de donner l'institution canonique à des évêques nommés par le pouvoir séculier n'offrait pas une nouveauté sans exemple. En d'autres pays, comme en France, on avait eu à combattre ce genre de résistance dans la cour de Rome, et c'était un canon du concile de Trente qui en avait fourni le moyen. L'expédient consistait à engager les chapitres des cathédrales à choisir, pour leurs vicaires, les sujets nommés évêques par les princes. l)e cette manière, les évêques entraient en |>osscssion du gouvernement de leurs diocèses avant d'avoir reçu la coiiGrination puiitificalc. <1 Ce fut le cardinal Maury ‘ qui conseilla à K l’Empereur de rétablir ce canon du concile de n Trente sur les vicaires capitulaires. » Le conseil fut suivi, et eut un plein succès. Le saint-père qui, en plusieurs occasions, n’avait pas dédaigné d’invoquer le concile de Trente, le frappa, eu cette cir-
' Mémoire» do e.irdinnl Pncca, tome II, page 55 : «Le n cardinal Maury, ajoute railleur de* Mémoire», »e vanta • à plusieurs jMTsoniics, et à nioi-mémc à Fontainebleau, » d'avoir donne ce bon conseil. «
* Mémoires du cardinal Pacca.
^ « KsI-cc donc ainsi qii'aprés avoir plaidé si éloqiiem-
conslance, de sa réprobation, et, « dans son zèle a pour le salut des âmes*, » il composa plusieurs brefs pour réprimer un pareil attentat. L’un de cos brefs était adressé au cardinal Maury, nommé à l’archevêché de Paris par l'Empereur, pour lui «lêfendre d'accepter cette nomination, et de prendre l'administration * de ce diocèse. Les deux autres brefs étaient envoyés, Tuii à l'archidiacre, qui faisait les fonctions de vicaire capitulaire à Florence, l’autre à l'abbé d'Astroz, vicaire capitulaire à Paris, tous deux ayant pour objet de détourner ces ecclésiastiques de se démettre de leurs fonctions de vicaires capitulaires, afin que le cardinal Maury et l’évêque de Xaiicy, nommés <i ces archevêchés, ne pussent pas en prendre l'administration.
Les brefs du pape, la publicité qu'ils reçurent , le concours de diverses personnes, que l’on soupçonna d’avoir favorisé leur diffusion en France et en Italie, amenèrent d’assez nombreuses arrestations. Les cardinaux Gabrielli, di Pietro, Oppizoni et quelques prélats furent enfermés au château de Vinceiincs. Nous parlerons plus tard de l'étrange décret de l’Empereur, relatif aux prisons d'État.
Comme le pape ne s'adressait plus au clergé et aux fidèles que pour leur prêcher la désobéissance aux ordres de l'Empereur, Napoléon lui fit interdire toute communication avec scs sujets de France et d'ftalie. ün sépara le saint-père d'une partie des ecclésiastiques et des serviteurs qui avaient été jusquc-l.i laissés auprès de lui. Plusieurs de ces derniers furent envoyés au fort de F'encstrellc. Le prélat Doria fut relégué à Naples.
Précédemment c'était l'autorité française qui engageait Pic VII à sortir de l’étroite enceinte de sa demeure, cl à chercher quelques distractions dans des promenades au dehors ; c'était lui qui ne le voulait pas. Il préférait, en restant conriné dans son habitation, sans dépasser le petit jardin qui en dépendait, se donner, aux yeux du monde, l'apparence de la captivité la plus absolue. Par l'éloignement des personnes qui formaient encore pour lui, sinon une cour, du moins une société, un délassement dans sa solitude, sa captivité prit trop bien le caractère de rigueur qu'il avait voulu faire supposer dès auparavant. Ce n’était point, de la part de l’Empereur, l'effet d’un ressentiment d'ailleurs assez naturel contre des attaques sans cesse renouvelées, et de la nature la plus difficile à combattre.
n meut In cause de l'Eglise catholique dnn» les temps les « plus orageux, vous altandonnes cette meme Eglise, n aujourd'hui que vous êtes comblé de scs dignités et de n scs bienfaits? Vous ne rougissez pas de prendre parti n contre nous dans le procès que nous soutenons pour n défendre la dignité de l'Eglise ! « Bref du pape.
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C'élail une de ces précautions sévères que commande quelquefois la prudence. Fatigué des tracasseries flagrantes que lui suscitait sans cesse le saint-père , l’Empereur n’eut recours à une telle mesure que comme à une arme défensive contre un courage acharné et indomptable, qui lui faisait la plus dangereuse des guerres, celle qui passionne les esprits, soulève les âmes, et môle le dogme religieux aux affaires les plus matérielles do ce monde.
De toutes les querelles de l'Empereur avec des États étrangers, celle où la justice et la raison ont été le plus souvent de son c6té, c’est sa querelle avec le pape. Comme souverain temporel, le pape avait mérité son sort. Tout autre prince, tout prince laïque, placé dans une situation semblable, et qui, méconnaissant l'empire de la nécessite, n’eùt pas voulu entrer dans la confédération italienne, eut été renversé comme lui, et bien plus tôt que lui. Après sa chute, il n’a pas cessé, comme chef de l'Eglise, de confondre encore, dans son exaltation superstitieuse, les intérêts du ciel et ceux de la terre. 11 a beau dire, c’est pour Rome, c'est pour scs Étals, c'est particulièrement pour la supré-
matic de la tiare sur les couronnes, qu'il lance des anathèmes, qu’il porte la division dans le clergé, le trouble dans des consciences faibles, la haine dans les cœurs contre le pouvoir auquel tous doivent obéissance. L’abnégation passagère, le calme dans l'exil, la résignation dans les fers, toutes ces vertus sont dignes d'admiration, et le pape Pic Yll les réunit à un haut degré; mais leur principe, on ne peut en disconvenir, est dans un fanatisme aveugle qui cherche le schisme au lieu de le craindre; qui semble se plaire à en constater l’existence, et à provoquer la persécution dans une double espérance , dans l'espérance mondaine de flnir par triompher, à force de persévérance et d’adresse, de toute la puissance de la terre; dans l'espérance religieuse que la foi se retrempera par l'épreuve des combats, des souffrances et de l'adversité. Pie VII, comme l’Empereur, et quelquefois il l’a dit avec naïveté, veut une place dans l'histoire, et il l'obtiendra, mais moins belle qu’il l'a révée. Le temps ne sera point défavorable à Napoléon. Si le rôle d'un pontife opprimé ne manque jamais d’éclat, le bon droit peut n'en être pas moins pour son adversaire que l’on appelle oppresseur.
POLITIQUE EXTÉRIEURE
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