CHAPITRE XXIII
Giwrrc Prorlnroniion «lu roi Jfwrph. — Séjour «l«* ce priorc à Séville. — Orf^anuoiion do qnairp pr<>-
viort** otpai;nolr« en |}onTPrnrn>onu ncncrau* par Napoléon.— - Projet de réimioD de pliicieiirs provincet d’F.ipapiOr k la Fraiirc. — Avertiaaetnenu dnnoéa au roi Joaepb parPFniporenr. — E*prit d’iDHi'pcndaacr du caltiiiet espaj'nol. — Mîmiou de M. iTAianM k ParU. — Décret de JoH-pli qui divUe l'EapnBiic on trentr-huit préR ciiirr».
Eittriiaion nouvelle dr» tue» niitiiit ieitaea de KEmpiTtfiir *ur l’Ejpafjne. — Velléité de rEiupemir de rétablir Fer*
dinaixl VII. — Envoi du marqiii» d’Alojcnara k Paria. — Rap|K»rt du duo deCadore & rEtiiperour. — Notes dieuV» par rEniporeiir sur l*EApaf»no. — Rêimion d’une assemblée d«*s rorlés k Cadix. — Ouverture des séances des cortés.
Déclaration des eoriés portant qn*m elles réside la soitveraineié. — Proclamation de la liberté de la presse par
les cortès. — Moniimeni décrété parles eoiiès en rhniineiirdu roi d’.AnBletefre. — Esprit (b-mocraiique des rorles. — Le duc d’Orléans à Ca<li*. — Insiaoees d<*s Anglais pour IVIoignemenl de ec prince, — Applaudissements donnrâ aux actes drs eortès par les goiiverncnicnt s absolus.— Influence des actes descortés sur l’EspaBne et méoje sur la France. — Vues éveuttielles de Napolc«>D k l'égard de l'Espaguo.— Disposition de Josi'pfa k une proefaninr alMlication. — Situation prospètx* des Français en Espagne k la Km de 1810. — .Uasséoa et WeUingioo. — Position des deux armées.
Quoique nous ne balancions pas à premlrc parti > pour rKmpereur conlre le pape, soit datis les cori* tesLitions nées <le questions ecclésiastiques , suit : iiièinc dans la lutte qui ctilrahia la ruine <iu saint- | père fontme prince temporel, nous sotnincs loin de : donner une égale apprtdtalion aux exigences 1er* ! rtloriales de Napoléon envers d’autres Éuts, exi* gcnccs auxquelles nialbeureuscnienl un fournit prcstjuc partout des prétextes plus ou moins légitimes. Telle n clé, par cxcnipie, en ce dernier sens, la conduite malavisée du roi de Hollande, membre réfractaire de la ligue continentale contre l’Angleterre, qu'aprés l’avoir vu conduit, par une résistance déplacée, à la cession d’une partie de son royaume, personne n’a pu être surpris le jour où il a du renoncer à la coiironiie. Il n’en sera |>as tout > à fait ainsi du roi d'K.spagne, et les demandesde rKmpereur ne seront pas fondées sur d’aussi justes mutits; mais cependant ce prince ne sera |>as non ' plus tout à fait exempt de reproche. Joseph a près- : senti les vues de son frère; sa triste prévoyance ne \ sera que trop l6t juslitice. |
La bataille d’Occana * avait brillammcnUerniiné la campagne de I8<K). Presque dans le métne temps où le duc de Daliiialic, avec trente mille Français, détruisait ainsi les armées espagnoles de PKslra- | madurc et de la Manche, formant ensemble plus ;
* 16 novembi'p 180U.
* 26 novcmbiT.
de cinquante mille bommes, le général Kellerm.in avait battu ^ et dispersé, à Alba de Tonnés auprès do Salamanque, les armées de Oalice et des Asturies, que commandait le duc deP Parque. Ces succès devaient inspirer d'autant plus de coniiancc que l’armée anglaise, cantonnée aux environs de Badajoz, semblait indilTércntc k la dén)Ute de ses allies. L’année 1810 s’ouvrait militairement sous les aii.spices les plus heureux. Au milieu du mois de janvier, le maréchal Souit franchissait laSicrra- Moréna et envahis.sail l'Andalousie. Un mouvement rapide eût pu le porter dans Cadix même, qui alors se trouvait presque sans défense. C’était le plan de ce maréchal ; le roi en autorisa trop lard l’exécution. Il parait que Joseph voulait coimaUre auparavant l’issue de rcx|)édition du général Sébasliani dans le royaume de Grenade, expédilioii qui fut heureuse, ce général ayant occu{>é M.vlaga en forçant à la retraite les troupes qui voulaient lui en fermer le passage. Lorsque le maréchal Victor, qui reçut colin l'ordre de marcher sur Cadix, arrivait à Chiclana, le duc d’Albuquorqiic entrait* dans cette place avec un corps de huila neuf mille hommes; un jour plus tét, elle pouvait ton>ber en notre pouvoir. Celle faute du roi a peut-être décidé du sort de sa monarchie. I/occasioii maiiquce ne SC représentera plus. Le roi Joseph , influencé i>.ir
* Le 4 février.
POLITIQUE EXTÉRIEURE
quelques-uns do scs ministres , pcrsislait à suivre (les négociations avec des chefs insurgés , ou plutôt à faire des tentatives qui restaient sans résultat. Il fallut bien à la (in se convaincre qu'il n'y avait rien à espérer de ces dcmarclics, au moins pour le moment; mais on eut beaucoup de peine à s'y résigner. Le roi, toujours persuade que des paroles pouvaient avoir quelque puissance, multipliait les proclamations. Il avait affaire à des masses fanatisées, qu'entraînaient et maîtrisaient leurs chefs, et il parlait comme s'il eût dû être entendu par des patriotes éclairés, par des hommes politiques , jaloux de la grandeur de l'Espagne, et capables de sacrifier leurs autres passions au maintien de cette grandeur. On ne peut expliquer que de cette manière l'étrange proclamation publiée par ce prince aussitôt après son entrée à Cordouc : u Espagnols, » le moment est arrive où vous pouvez entendre la
B vérité que je vous dois Il est de l'intérêt de la
B France de conserver à l'Espagne son indépcii- B dance et son intégrité, si l'Espagne redevient son B amie et son alliée. Si elle est ennemie, l'intérêt B de la France est de l'affaiblir, de la démembrer, B de la détruire. Dieu , qui lit dans le coeur des B hommes, sait quel intérêt m’anime en parlant
n ainsi » Ce langage part sans contredit d'un
cœur généreux et loyal ; mais il est également inipolitiquc à l'égard des Espagnols et à l'égard de Napoléon. Relativement aux Espagnols, il montre combien Joseph apprécie mal le caractère de l'insurrection et les principaux mobiles qui la rendent si redoutable. D'un autre côté, en disant aux insurgés que , du moment qu'ils persévèrent dans leur révolte, l'interet de la France est d’aflTaiblir l'Espagne, de la démembrer et de la détruire, outre qu'il ne fait qu'exalter leurs ressentiments, il fournit , sans le vouloir, des arguments aux prétentions (le l'Empereur. Des api)arenccs partielles de soumission trompaient ce prince et l'engageaient dans (les voies imprudentes. On mit, dans la sommation (le Séville, des ménagements qui laissèrent aux membres de la junte centrale le temps d'en sortir pour aller se rassembler dans l’Ile de L^on.
Arrivé h Séville, le roi y trouva, sinon l'affection populaire, du moins ces respects des corps ecclésiastiques et civils, qui toujours éblouissent les princes et leur font prendre les hommages rendus à la force jHiur des gages de dévouement h leur personne. L’archevêque et le chapitre de la cathédrale lui remirent les aigles et les étendards perdus à
■ Le 8 février.
• « Si celle proposition n’est pas agréée, il ne me rcs- <> lcra qu’è faire adniinisirer pour mou compte les proi> vinces d’Espagne. Voir les ressources de ce pays per-
Baylen. On lui forma une garde d'honneur. T.a garde civique, qu'il passa en revue, le salua de bruyantesacclamations. Le roi parcourut cette province et visita jusqu’aux rives de la baie de Cadix, au milieu des démonstrations de l'allégresse publique. Ces démonstrations n'étaient pas toutes fausses et mensongères ; une l>onnc partie de la population , fatiguée de la guerre , était prèle à accepter tout gouvernement qui lui donnerait la paix et le repos. L'illusion tourna la tête du roi et de presque tous ses ministres. Ce fut un enivrement général. Joseph se crut cette fois roi d'Espagne pour toujours, et il pensa même avoir une Espagne é lui contre la France. Jamais le temps de la confiance et de l’orgueil ne pouvait être plus mal choisi. Précisément à cette époque, un décret impérial ‘ pré- : parait le démembrement que Joseph avait lui-même : annoncé aux Espagnols pour leur faire de ce danj ger un épouvantail qui les ramenât à lui. Ce décret I organisait en quatre gouvernements les quatre proi vinces de fjitalngne, d'Aragon, de Biscaye et de Navarre. Dans chacune de ces provinces, le commandant en chef devait réunir les pouvoirs civils et militaires. Il était charge de l’administration de la justice, de la police et des finances, et de la no- ' mination à tous les emplois. Les revenus ordinaires et extraordinaires dcvaienlctre verscsdansla caisse de l’armée, aGn de subvenir aux dépenses de sa solde et de son entretien.
Pour le moment, les commandants en chef étaient Augercau en Catalogne, Suchet dans l'Aragon, le général Dufour pour la Navarre, et le général Thouvenot pour la Biscaye. Le but de ce décret n’est pas équivoque, et l’explication d’ailleurs n’en sera pas éloignée.
! En même temps que l'Empereur enlevait au roi la perception des revenus de l'État dans une partie I de son royaume, il voulait en outre que le génie, ! l'artillerie, les administrations et la solde de l'armée j fussent payées par le trésor royal. Seulement il , consentait à donner un supplément de deux mil- I lions ^ par mois pour la solde. Une note de son i ambassadeur, M. Delaforét , remise ® au duc de Campo Alange, ministre des affaires étrangères du roi, exprimait cette intention de l'Empereur, et la motivait sur l'énormité des dépenses que lui avait déjà causées la guerre d'Espagne , sur celles qu’avait entraînées la guerre d'Autriche, et enfin sur l’impossibilité d'imposer à la France des sacrifices ' nouveaux. Il faut avouer qu'il nous est diflicilc, à
I » ducs par une adminislraliuii failée, est iiiipns$ili!c. »
I Lettre de N.-ipoléon au due de Cadure , du 28 janvier 1 1810.
[ ’ Le 15 février 1810.
CHAPITRK XXIII.
nous Français, (l'ctrc bien sévères pour ces procédés de l'Empereur, ambitieux ou même violents à l'égard des étrangers, lorsque leur objet évident est de dédommager la France de scs cfTorts ou de scs pertes, de lui assurer, en général, les avantages, et de faire peser les charges ailleurs, ^u reste, l’allégation était vraie; la guerre d'Espagne surtout avait déjà absorbé des sommes considérables.
Un autre motif, présenté aussi comme ayant concouru à dicter le décret du 8 février, était que l'administration espagnole, manquant de force et d’énergie, non-sculcmcnt ne tirait point parti des ressources du pays pour le compte du gouvernement, mais les laissait au contraire tourner au profit des insurgés.
Le vrai sens du décret impérial , s’il avait pu être douteux, fut avoué sans réserve dans une lettre du duc de Cadorc à l’ambassadeur Dclaforét. Cette lettre portait en termes formels : « L'intention de n l'Empereur est de réunir à la France la rire » gauche * rfe l’ fibre, et peut-être même le pays » jusqu’au Duero. L’un des objets du décret est de >1 préparer cette réunion, et vous devez, sans rien X dévoiler des desseins de l’Empereur, régler cc- » pendant vos démarchés sur la communication i> que je vous fais, et faciliter, par votre influence, » l’adoption de toutes les mesures que prendra Sa » Majesté. :> A la suite de cette information donnée à l’ambassadeur, le ministre, par ordre de l'Empereur, faisait entendre des plaintes trop fondées, et peut-être la justice inêmc <le ces plaintes ajoutait-elle à la rigueur des prétentions impériales. Les frères de Napoléon, I.ouis excepté, ne portaient pas, comme lui, dans radmiiiislration suit des revenus de l'Etat, soit de leurs propres domaines, la sage éconoinie qu'il savait allier à une louable muniliccnce. L'Empereur, qui n'était pas avare de récompenses, mais qui savait les placer avec discernement, reprochait à Joseph d'excessives largesses, notamment en faveur de quelques Français dont tout le mérite était de l’avoir suivi. « C’est la I* France, écrivait le duc de Cadorc, qu’il faut in- X deniniscr, au lieu de prodiguer les ressources du » royaume à des favoris, x Le mérontcnienient de l'Empereur semblait juste : il n’était pas tolérable «le voir des rois nés de la veille, et qui auraient dit conserver au moins quelques-unes des qualités de leur origine , prendre les mauvaises habitudes et imiter les dissipations des vieilles races royales.
J. 'Empereur apercevait aussi, dans le roi Joseph, une disposition analogue à celle qu’il avait chaque
‘ 10 février.
' I.elire eu date du 2f février.
jour à combattre en Hollande dans le roi Louis, une fatale disfiosition à se faire Espagnol, et plus qu’Espagnol, de manière à élever un prétendu intérêt espagnol au-dessus des intérêts français. Pour faire bien comprendre à ce prince dans quelle ligne il devait marcher, il fit envoyer à M. Delaforét copie d’une lettre écrite par son ordre au ministre des relations extérieures du roi de Hollande, u Les X principes de cette lettre, mandait le duc ^ de » Cadorc à cet ambassadeur, vous feront connaître X quels sont les devoirs des frères de l’Empereur, X qu'il a élevés sur des trènes , envers le chef de X l’empire et de la dynastie, et quels sont les dan- X gers auxquels ils s’exposent lorsqu’ils s’en écar- X tout. C’est ce que vous pourrez rappeler au bc- » soin. X
On était moins que jamais, à la cour de Joseph, disposé à entrer dans les vues de l’Empereur. Le séjour à Séville, les empressements de la noblesse de Grenade, les députations de villes et même de province; qui venaient complimenter le roi , mais en se plaignant des troupes françaises, formaient autour de lui, et même parmi scs ministres, un esprit d’opposition contre la France qui prenait chaque jour un caractère plus prononcé. Le conseil du roi avait été jusque-là divise en un parti espagnol pur et un parti français. Ce conseil renfermait quatre personnages dont nous aurons à parler plus d’une fois, et que nous devons citer ici, parce qu'ils ne manquaient ni de talent ni de caractère. Ueux de ces personnages, Azanza et Ofarill, hommes sans contredit très-honorables, en poursuivant un intérêt espagnol indépendant de la France, rendaient didicile l'accord du roi et de l'Empereur. Les deux autres , Urquijo et Almenara assurément très -dévoués à leur patrie, comprenaient mieux qu'elle ne pouvait rien être que par Napoléon; qu'il fallait, pour ne point lui nuire, user de méii.igemenls avec lui, et même lui montrer quelque condescendance. A Séville, ces deux derniers, éblouis, comme leurs collègues, du retour d'une population nombreuse vers le roi, s’associaient par degrés à leur confiance, lirquijo écrivait de cette ville à l’un des membres du conseil resté à Madrid : u Le roi est reçu ici sous des X arcs de triomphe, mais avec la prière qu’il soit X roi. 'X c’est-à-dire, avec la prière qu’il s’affranchisse de l’ascendant français, et même de la présence i des troupes françaises, ce qui était demander l’impossible. Il y avait ainsi dans la Péninsule, comme le faisait remarquer avec justesse M. Dclaforét , deux Espagnes, dont ni l’une ni l’autre n’était pour
’ .M. Hervas, marquis d'Alniuunra, qui avait vcrii dans laliaulcbauquc à Paris, était beau-père du géuéral Durer.
POMTIQl’K EXTÉRIEIRE.
la France. L'uuc rc&lail lidèle à Kerdinaiid Vil et voulait empêcher le roi napoléonien de s'afTermir sur le trône. I/autrc reconnaissait Joseph, mais elle le circonvenait, s'emparait de lui, et, pour prix de son dévouement, elle voulait le séparer du sys> tème fédératif français. C'est l'Empereur qui fournil des armes à l'une pour dompter l'autre, et celle-ci. victorieuse j«r notre seul secours, profite du succès pour éloigner te roi de l'Empereur en raison du progrès de la soumission du pays. Lne {ureille situation n'était pas supportable. Si l'Empereur, pressentant les chances de l'avenir, et devinant peut-être en partie ce que nous voyons se développer, ii'eùt pas d'avance résolu de s'approprier une portion do territoire espagnol, il semble que l'état présent des choses eût pu lui inspirer cette pensée. Après avoir engagé la France dans une guerre cruelle et dispendieuse, autant et plus peut-être par un sentiment d'orgueil dynastique que par un calcul d'intcrét national, on conçoit qu'il veuille aujourd'hui expier ses torts envers la France en la déduinniageant, par une grande acquisition, de ce que lui coûte une guerre causée surtout par son ambition de famille. Plus U rencontre d'obstacles à la soumission de l'Espagne, moins le stérile honneur d'avoir fait régner à Madrid un de scs frères lui parait une compensation suffisante pour II France de ses cfTorls et de scs sacrifices.
Pour détourner le coup qui le menace, le roi, à l'occasion ^u mariage de l'Empereur, au lieu d'envoyer à Paris un de ses généraux ou un hüinme de cour, charge de ccUc mission, de pure forme en apparence, fiin de scs ministres en qui il se confie le plus, M. Azanza. Le choix est sage. Azanza, que le roi a fait duc de Santa-Fé, est un hutiiinc habile et loyal qui a inspiré beaucoup d'estime à l'Empereur; mais il y a en lui, écrit M. Uclaforét, u une 'I sorte de fanatisme, quand il s'agit de i'indépen- M dance et de l'intégralilé de la patrie. D'ailleurs » il est Navarrais, cl c'est une cause personnelle » qu'il défend.» L'ambassadeur voyait avec satisfaction Azanza séparé du roi Joseph. Il eût désiré égaletncnl que, sous un prclcxlc quelconque, on eût pu éloigner le général Ofarill. « Ce sont eux,
» selon lui, qui ont arraché du roi promesses sur * promesses, et qui imiltiplienl habilement les liens <• et les résistances. » Tandis que l'Empereur, par la transformation de plusieurs provinces cspagim- > les en gouvcrncnicnts particuliers, avait trop visi*
' f>érrcl du roîdaié<le Séville, le 17 avril.
* La régence alors établir à Cadix ae rompotait de Cas- I lano«. président, l'éviSjiie d'Orense, don Atiionio Esranu, i Saavetlra et Lardizabal.
blemenl indiqué ses intentions ultérieures, le roi. |M>ur ne point avoir l’air de les compremire ou pour détruire celle vraisemblance, divisait' le territoire entier du royaume en trente-huit préfectures. C'elail une protestation indirecte contre toute idée de démembrement ; et telle était la confiance qu’avait inspirée à la cour sa résidence dans l'Andalousie, qu'à son retour à Madrid elle paraissait être dans la plus complète sécurité. Les ministres Almenaracl Drquijo s'étaient eux-mémes ralliés aux grands mots de patriotisme espagnol, et témoignaient qu'ayant reconnu les iuflucncos prédominantes dans le pays, ils étaient obligés de s'y soumettre. Tout prenait une même couleur, un même langage. I«es Français au service du roi, pour atténuer la Jalousie qu'ils inspiraient, portaient l'esprit d’op|>osition plus loin que les Espagnols eux -mémos. C’était alors sur la mission de .H. Azanza qne s'attachaient les regards du roi. Ce prince n'eut pas les prémices de la correspondance de son ministre : les premières lettres furent interceptées par des bandes ennemies, cl publiées par la régence ^ de Cadix.
Dans unc^ de ces lettres, Azanza rendait compte de ses convcrsationsavcc le duc de Cadore. Le ministre français lui avait dit que la guerre d'Espagne avait déjà coûté à la France plus de deux cent millions, et que le roi ne faisait rien pour alléger CCS dépenses. On eût pu confisquer les marchandises anglaises on Andalousie, et on ne l'a pas fait. Au lieu d'économiser même ses autres ressources, le roi les dissipe en prodigalités et en un vain luxe d'état-major. Relativement à la question de territoire quoique le désir de réunir à la France les provinces en deçà de l'Èbrc soit iiidiibilabic, il n'y a pas encore de résolution irrévocablement prise, et la décision peut dépendre des événements futurs. La régence de Cadix, en publiant ces letire.s, ne manqua pas de les accompagner de commentaires propres à ranimer le courage de ses partisans. Des avfux qu'elles contenaient et des faits qui s'y trouvaient révélés, la régence lirait la conclusion qu'en persévérant dans ta lutte elle finirait par (riompber. La prédiction s'accomplira ; mais ce n'est pas à elle seule que la régence devra son triomphe.
On aura remarqué que le duc de Cadore, en faisant ronnallre à M. Delaforèl l'intention où était l’Empereur de réunir à la France la rive gauche de l'Ébrc, avait ajouté que la réunion irait peutêtre Jusqu'au l>uero. Les jiaroles jetées en avant par l'Empereur restaient rarement sans recevoir une signification. Aux quatre gouverncmcnls par-
* En date do 19 juin.
t Lettre rn d»lc du juin.