CHAPITRE XXllI
(it'uliers établis en Espagne, un nouveau décret ^ vint tout à coup enjoindre deux de plus. Le cinquième était formé de la province do Burgos ; le sixième, de Valladotid, Palcncia cl Toro. I>e5 inquiétudes à Madrid s'étaient assoupies; cette nouvelle les réveilla d’une manière pénible. Depuis son retour de l'Andalousie, Joseph paraissait plongé dans une sorte de langueur ; sa résignation comme Innnnic atlicdissail en lui le rôle de roi. Si un lui laissait la couronne d'Rspagnc, celle couronne, selon lui, devait èlrc portée sans humiliation. Apparemment, quand la volonté de rEmi>ereur lui serait connue, on le laisserait bien libre d'opter entre l’adhesion et la retraite. Cette disposition du roi l’avait conduit à écrire en ce sens plusieurs lettres à l'Empereur, qui ne lui répondit j>as. w L'Empe- » rcur, dit le duc de Cadorc^à M. Azanza, veut du » bien à ses frères, mais il doit avant tout aimer la « France, à qui il doit, et non à eux, d’ètrc sur le M trône.... Il a été blessé de plusieurs lettres dans n lesquelles le roi le menace d’abaridunncr sa cou- >» roniic. ■ Soit que rEmpereur eût en effet conçu un nioincnl l'idée de changer de système à l'égard de l'Espagne, et de terminer la guerre par une grande mesure, soit qu'en présentant cette supposition on voulut seulement rendre Joseph plus traitable, le duc de Cadorc ajoutait : u L’Empereur i> a eu un plan qu’il a été lente de suivre. H lui » serait facile d'envoyer en Espagne le prince des H Asturies Ferdinand, qui sc prêterait, sans difii- H culte, à lui céder les provinces à sa convenance, » et accepterait toutes les conditions qu'on vou- M drail lui imposer. » Pourquoi l’Enipcrour, si cette pensée lui était réellement venue, n'a-t-il pas eu le courage de s’y abandonner et de braver la fausse honte d’un pas rétrograde? Reculer à cet égard eût été au contraire faire en avant un pas iiniiicnso. La guerre de Russie, avec tous ses désastres, n'eût pas causé sa perte, si la guerre d'Espagne n'eût pas existé, ou plutôt, daus cc cas, la guerre de Russie n'cùt pas eu lieu.
L'Empereur ne s'expliquant poinlavebM. Axa iiza, et le duc de Cadorc lui-inême n'expriuianl aucune demande formelle , la mission de cet envoyé demeurait sans résultat. Outre ce silence inquiétant, il arrivait de Paris diverses nouvelles peu agréables nu roi. Un jour, il apprenait rubdicalion ^ du roi de Hollande; un autre jour une lettre du prince de \Vagram l'informait que l'Empereur avait duimé uu duc de Dalmatie le commandement supérieur
' £n date du ilavre, le 39 mai.
* Lciircdt* M. Azauza, du 30 jutllei.
* 0 aoûl.
^ Il Fut alticbé k Madrid, pcmLmi la nuit, des placarda
sur toute rarniéc du Midi. Comme en annonçant au roi celte détermination qui devait lui être sensible, le prince de Wagram avait tâché d'en adoucir ramerlumc par l'expression des sentiments d’amitié de l'Empereur pour cc prince, celui-ci en prit occasion de faire une nouvelle tentative auprès de son frère. Il lui écrivit une lettre pleine d'abandon, par laquelle il remettait son honneur entre scs mains, le priait de tout peser, de tout examiner, et, quelles que dussent être ses mesures à l'égard de l'Espagne, de sauver les apparences dans l'intérêt de la dynastie. Il fît porter cette lettre à Paris par le marquis d’Almenara. Avant son départ, ce second envoyé vit l'ambassadeur Dclaforét, cl le pria de disposer l'Empereur «■ à faire M connaître scs volontés, quelles qu’elles fussent, n Pour lui , il ne SC présenterait pas à Paris comme négociateur, « puisque cc serait présager l'in- » connu, » mais éventuellement il serait muni de pleins pouvoirs. Ce fut seulement a l’arrivée du marquis d'Almeiiara que l'Empereur s'occupa de rarrangement territorial i faire avec le gouvernement espagnol. Suivant sa manière habituelle de procéder, Napoléon fît rédiger, par son iniiiisirc des affaires étrangères, un rap|>url propre à expliquer scs prétentions et à les jusUfîcr. u l<a guerre H teniiincc, il im|Mvrlait à la France, pour garan- » tir ^ la durée de la paix, de rester maîtresse des » Pyrénées, et de multiplier les points de comroun nication avec la l'éninsule. » Le ministre présentait deux hypothèses, celle d'un traité à conclure sur la base de l'état présent, et celle d’un traité qui supposerait lacuiiquéte préalable du Portugal. Dans cette seconde hypothèse, dont l'effet serait de mettre à la disposition de l'Emi>crcur une population de trois iiiillioiis deux cent soixante-six mille âmes qu’il pourrait céder à l'Espagne, le ministre examinait quels seraient, avec les quatre gouvcriicnicnls de Catalogne, de Biscaye, d'Aragon et du Navarre, les pays qui offriraient une compensation cquivalerilc pour la France. Dans ce système que développe le ministre, le Duero eût formé la frontière française jusqu’au point où il entre en Portugal. En écartant cette hypothèse |K>ur celle d'uii traité sur la base de l'ctal présent, cc qui entrait dans les inlonlions actuelles de l'Empereur, le rapport établissait que la France était fondée à demander la cession des provinces situées sur la rive gauche de l'Èbre, comme juste dédomiuagemcnt des dépenses et des sacriÜces de
qui imilAÎenl Joseph à imiter ses Frères Lucien et Louis ; Jote^ Anya romo Luciain> y Luit, y Menu frt*s.
* Rapport du duc de Cadore à l'Euipereur, du 3 se|>tciiibi\> 1810.
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tuul genre occasionnés par la question espagnole.
Les vues exposées dans ce rapport devinrent le texte de la négociation entre le duc de Cadore et les plénipotentiaires du roi Joseph. Ces plénipotentiaires, eu partant du principe de racquisition du Portugal par l'Espagne, admettaient en échange la possibilité de céder une portion de la rive gauche de l'Èbre, en tirant une ligne qui laissât Bilbao au roi. Dans an mémoire qu'ils remirent au ministre français, ils se livrèrent, suivant l’usage des faibles, à de très-longs détails ; ils dissertaient sur les colonies espagnoles, sur la néeessitc de donner au roi la direction suprême des armées françaises, et ils finissaient par invoquer l’exécution du traité de Bayonne.
Quoique la négociation dont il s’agit ne doive pas avoir de résultat, rien de ce qui met à nu le caraelère de rEmpereur n’étant sans intérêt, nous citerons quelques notes dictées par lui sur le mémoire de ces plénipotentiaires.
« 1° Il n’y a plus de convention de Rayonne. M L'assemblée qui était dans cette ville a passé » toute aux insurgés. Je regarde donc ce qui s’y » était fait comme non avenu.
n 2'* Je ne puis disposer du Portugal ; il ne m’apn parlient pas. Il faudrait que j’en fusse maître , n et que j’eusse consulté les habitants avant d’en » disposer. »
L’Empereur sait très-bien que, si on consultait les habitants , ils ne voudraient pas être réunis à l’Espagne.
<> S" L’Espagne me doit l’indemnité de ce qu’elle » me coûte en hommes et en argent. »
Là viennent des évaluations plus ou moins exactes de scs dépenses.
U 4° Pour compensation de ces sommes que l’Es- » pagne ne me payera jamais , je veux réunir la i> rive gauche de l’Èbre jusqu’à Prias, y compris n Santander.
i> K® Ces pays seront réunis à la France pour dix » ans, et surtout la Catalogne. »
Cet article est important. Quoique des réunions temporaires finissent trop souvent par devenir perpétuelles , c’est cependant un grand point que la non stipulation de perpétuité. Avec une telle clause, rien n’est déilnitif; il reste toujours une chance d’espoir, et peut-être l’Empereur admet-il luiméme avec sincérité que plus tard il peut convenir à la France de ne pas conserver, au delà des Pyrénées, des possessions qui seraient devenues gênantes ou onéreuses , et d’eu fortifier une monarchie qui serait franchement associée aux intérêts français.
Tandis que les plénipolcnliaircs du roi nominal de l'Espagne se débattent pour sauver l’intégralité
du territoire de ce royaume, ou du moins pour n’en céder une partie que moyennant une ample compensation, un pouvoir s’élève dans un coin de la Péninsule qui brave également et Joseph et Napoléon, qui leur déclare fièrement à tous deux une , implacable guerre, et qui, par son audace pcrsévc- ; rantc, devenu le plus puissant auxiliaire des coali- ! tions antifrançaises, n’en sera, quelques années après et aux jours du triomphe, récompensé que par l’injustice et l’ingratitude des rois. Ce pouvoir, ce sont les cortès; c’est l’assemblée extraordinaire réunie dans l’ilc de Léon, en septembre 1810. La junte centrale de Séville, qui, abusant d’une autorité contestée, avait à dessein différé la réunion des cortès, obligée elle-même de fuir à l’approche des Français, s’était vue remplacée par une régence composée de cinq personnes.
A peine un tiers de l’Espagne avait pu nommer ses députes aux cortès. Cinquante membres tout au plus étaient le produit d’élections plus ou moins régulières; mais comme il se trouvait à Cadix un grand nombre de réfugiés appartenant à toutes les provinces du royaume, la régence choisit environ cinquante d’entre eux pour faire partie des cortès, sous le titre de suppléants. Le clergé et la noblesse, qui, dans les cortès des anciens temps, en formaient la masse principale, ont à peine dans celles-ci une faible représentation. L’assemblée se composait d’une centaine de membres à peu près. Assurément ce n’est pas là un corps qui puisse sir prévaloir d’un grand caractère de légalité ; mais il ‘ en est des assemblées populaires comme de la puissance royale, c’est par leurs actes qu’elles légitiment ou détruisent le mandat dont elles se sont elles-mêmes investies, et quand elles savent marcher d’un pas ferme vers un grand but, un oublie aisément le mode de leur formation et le vice de leur origine.
Le 24 septembre, députés et suppléants, au nombre de cent quatre, se réunissent au cri de Vive la nation ! Ce premier cri annonce seul l’esprit qui les anime. Ils se rendent à l’église principale de la ville; une messe est célébrée par le cardinal de Bourbon, un sermon prononcé par révoque d’Orense, et ensuite a lieu la prestation de serment, üe là un se transporte au local destiné pour les séances. La régence prend place au-dessous d’un trône derrière lequel un voit le portrait do Ferdinand VU. L’assemblée s’organise; aussitôt après la nomination d’un président et d'un secrétaire, elle déclare qu’en elle réside la souveraineté. Elle recunnalt de nouveau Ferdinand pour roi, et annulle la renonciation de ce prince à la couronne. Procédant à la division de l’autorité, elle se réserve i le pouvoir législatif, déclare le pouvoir exécutif
POLITIQUE EXTÉBIEUBE.