‹ Histoire de FranceChapitre 86 sur 142 · CHAPITRE XXIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIII

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responsable envers elle, el tnaiiilicnt provisoirement la régence, sons la condition de lui prêter un serment dont elle dicte la formule. Les tribunaux, justices et administrations inférieures sont confirmés, et dés ce premier moment, instruites par les grandes leçons de la France, les cortês prononcent l'inviolabilité de leurs membres.

Ces opérations d’un seul jour présageaient la marche que les cortês allaient suivre. Les jours suivants, elles réglèrent l’action des pouvoirs, leurs attributions respectives, et le mode de leurs communications entre eux. Hientôt il fut facile de reconnaître quel serait le caractère essentiel de cette assemblée. Le sentiment d’égalité fut un des premiers qui se manifesta par l’établissement d’une entière parité de droits ' entre les Espagnols d’Europe cl les Espagnols d’outrc-incr. C'était déjà une conquête sur les préjugés anciens. Jamais antérieurement les colonies n’avaient été représentées dans les cortês. La régence avait, en fait, appliqué le principe nouveau, car, dans les nominations de suppléants, elle venait d’en désigner plusieurs comme représentant les provinces d’Amérique; mais l’acte le plus significatif des cortês fut celui qui proclama la liberté^ de la presse. Un tel acte était un véritable prodige dans un pays où depuis plusieurs siècles régnait si despotiquement l’inquisition. L’Europe apprit avec ctonnement la publication d’utie loi espagnole qui « abolissait tous les !• tribunaux de librairie et toute censure préalable » des ouvrages avant l'impression; qui accordait â » toutes corporations et personnes particulières la » liberté d’écrire , d'imprimer el de publier leurs U idées politiques, sans qu’il fût besoin de permisi> sion, révision ou approbation quelconque, sous » la seule réserve de la responsabilité dans les cas M prévus par la loi même, n Les considérations sur lesquelles se fondait le vote des cortês n'élaienl pas, «« égard au pays, moins extraordinaires que les dispositions du décret. Elles reposaient sur le principe que la faculté individuelle des citoyens de { publier leur pensée était iion-sculemcnl le frein le plus sûr contre l’action arbitraire des gouvernements, mais aussi le meilleur moyen d’éclairer la nation, et de parvenir a connaître la véritable opinion publique.

Ce fut un sentiment d’une autre nature qui fil décréter l’érection d’un monument public en l'honneur de Georges 111, roi d’Angleterre ; mais là encore, cependant, il y avait un remarquable progrès. C'étail une sorte de hardiesse philosophique, en Espagne , qu'un monument élevé à un prince

‘ Décret du 13 octobre.

’ 10 novembre.

hérétique; à la vérité, cet hérétique était l’allié le plus puissant el le plus zélé de l’insurrection espagnole. Le gouvernement anglais était le protecteur naturel de tout peuple comme de tout roi qui combattait la France. Déjà il avait fait de grands efforts en faveur des insurgés. L’expression de leur reconnaissance était un appel à des efforts nouveaux. Le catholicisme le plus austère ne saurait les bl.àmer d’invoquer l’ennemi de leur ennemi.

L’esprit qui avait dicté le décret sur la liberté de la presse n’était pas assurément conforme aux anciennes opinions du clergé; mais le clergé espagnol sait, dans tous les temps, faire des concessions aux partis qui le servent sous d’autres rapports. Au reste, il .s’en fallait beaucoup qu’il y eût, dans l’insurrection , accord cl unité de vues; il n'y avait unité que dans un seul point, la haine contre la France et les Français. Tandis que les uns combattaient pour la monarchie absolue dans toute .sa pureté, d’autres pour des intérêts de castes ou d’individus, quelques csprils plus avancés tendaient à des pcrrcctionncmenis dans l’ordre politique cl dans l’ordre social. Ces derniers se servaient du clergé comme d’un instrument utile. Ils s’adressaient à lui pour combattre les maximes par lesquelles le gouvernement intrus cherchait, disaient-ils, à séduire les hommes simples et crédules ; ils prescrivaient , pour plaire aux prêtres , l’accomplissement des devoirs religieux dans les armées; mais en même temps ils n'hésitaient pas à demander au clergé sa part de concours pécuniaire pour les besoins pressants de l’Etat. Ainsi , par exemple, ils suspendirent la nomination ^ aux prébendes qui étaient ou qui deviendraient vacantes , afin d’en appliquer les revenus à la grande cause de l’émancipation de la patrie.

Une assemblée politique, qui tout à coup avait eu le courage de la publicité dans un pays où jusqu’alors le gouvernement s'était renfermé dans le mystère le plus profond , fut un phénomène, cause I d'éloniicmcnt cl foyer d’enthousiasme. Les Espaj gnols SC glorifiaient du talent et de l’éloquence ! avec lesquels se discutaient à la tribune les plus ! hautes questions d'Élal , et les acteurs de ce nou- : veau drame s’exaltèrent cu.x-mémes par l’admirai tion de leurs compatriotes. Dans celle assemblée, où retentissait le cri général : Mort à Napoléon t l’autorité de la parole de Napoléon était invoquée comme une espèce d’oracle en faveur de la libération du pays: un député catalan, pour ranimer les espérances des insurgés, cti leur promettant qu’il sortirait de leur sein un autre Virialus qui répa-

* Décret du 1" décembre.

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l'OUTinUE EXTÉRIEl'RE.

rcrail les fautes de tous leurs généraux , ajoutait : N Rappeles-vous que Napuléon a dit qu'une nation N de dix millions d'ànics ne peut pas être conquise, n si elle ne veut pas l’élrc. «

I«a régence, qui avait installé cl même en partie créé les corlès, sc trouvait la première dans leur dépendance la plus absolue. Ellccxerrait le pouvoir exécutif, mais avec des formes de responsabilité dont elles étaient juges. Il lui fut détendu de s'éloigner du lieu où elles siégeaient. D'après le goût national des litres extérieurs, les cortés s'attribuèrent i elles-mêmes le litre de mnjeslé, et clics contérêrcnt le titre d'altetse à la régence en commun avec le conseil de Castille. Ce soin qu'elles prirent de se donner la plus haute des qualifications, celle de la puissance royale, pourrait avoir une apparence de petitesse et de puérilité, s'il n’était visible que par là elles entendaient se constituer en représentation nationale supérieure au gouvernement, et dans la pensée de plusieurs de ses membres , supérieure à la royauté même. Quelques-uns de ceux-ci, tout en combattant la France, imbus des principes de la révolution française, auraient voulu sur-lc-chainp s'attaquer aux abus de l’ancienne monarchie, et entre autres réformes, supprimer la grandesse et les corporations religieuses; mais les plus prudents firent comprendre nus autres qu'il fallait s'abstenir de mesures qui pussent diviser l'insurrection et aflaiblir scs forces. Il fut convenu de renvoyer à un autre temps les changements de celte nature.

Les juntes , la régence , Ferdinand , étaient des machines usées. Fortes des souvenirs d'un autre âge, les corlcs s'élevaient , sur la scène du monde, comme un pouvoir surnaturel, exhume des décombres de ta monarchie cl seul capable de la sauver; mais, pour la sauverÿ elles avaient cllcs-mêiiies besoin de tout l’appui de rAnglcterrc, et ce malheur de position les plaçait dans sa dépendance. Au mois de mai de cette année, la régence avait jugeavantageux d'appeler au commandement d'une de ses armées , celle de Catalogne, un jeune prince français, te duc d'Orléans, qui déjà précédemment s’était montré à Cadix avec le prince Léopold de Sicile. Elle se persuadait que ta présence d’un priuce français sur la frontière française pourrait

' Loin» XVllI, dao» »a corretpoAdaflcc d'IlAriweil, raconte à ta manière, en date du S5 novembre, comment

le duc d'Orléaos svaii été reuvo)é en Sicile par les cortès. «La moiiuu en fut faite, dit ce prince, le fS sep> ■ teiiibre, k cette munslrucusc aucmLlee (je di» mnn~ A «trnrwae, car je ne crois \ as que les annales d'Espagne • Fassent mention d'une où it ne se trouve que trois per- « sonnes titrées), et passai à une simple majorité de cinq

produire des insurrections dans les départements méridionaux de l'empire, et faire naître des chances heureuses pour la cause de l'Espagne. Arrivé à Tarragone, le duc d'Orléans ne trouva ni armée ni ordre donné [>our lui remettre aucun commandement. La frégate qui l'avait amené de Palcrme l'ayant transporté à Cadix, où il voulait demander des explications à la régence, il ne larda pas à rcconnaitre quelle était l’influcncc qui avait changé, à son égard, les dispositions de l'autorité espagnole. Cependant, malgré les réclamations de l'envoyé Lrilannique, qui aurait voulu qu’on le fit embarquer sur-le-champ pour être conduit à Londres, le duc refusa de s'éloigner, et resta jusqu'à l'installation de rassemblée des cortès. AussitiH qu'elles furent rcumos, il se rendit à l'Ile de Léon, et insista pour être admis devant clics, mais elles n'y consentirent pas, et une députation vint lui déclarer, sans lui laisser trop ignorer la cause de leur conduite, que le salut de l'Espagne réclamait son départ. Il est assez dinicile de concevoir par quel motif l'Angleterre mettait une telle opposition à riiitcrvention d'un prince français dans la guerre d'Espagne pour une cause commune h toutes les branches de la même maison. Il semble que tout auxiliaire utile à rFIs|>agne eût <lû, par celte raison seule, convenir à rAnglcterrc. Peut-être l’agencc .anglaise rrnignail-cllc de voir un chef ' d’un rang élevé prendre trop d'ascendant sur les Espagnols, cl lui disputer la prépondérance dans la Pcuinsule.

L'apparition soudaine des cortès de Cadix, avec le caractère de confiance et d'audace qu'elles déployèrent à leur début, fit une grande sensation dans le monde politique. Les cabinets absolus, et peul-éire même ceux qui étaient alors amis de Napoléon, approuvaient, en Espagne, comme contribuant à développer une grande énergie nationale contre la France, des principes qui. proclamé-s on France, avaient soulevé rEuropc cl armé scs premières coalitions. Ce n’est pas à Paris que les cortès furent le moins bien appréciées. A peine y avail-un appris qu'elles allaient s’assembler, que la certitude seule de leur existence vint jeter des idées nouvelles dans la négociation entre le gouvernement du roi Joseph et le ministère français.

■ voix. L’exéeulion en foc confiée à la rqfcnce. Pn meni-

• breavtTlil M. le duc d’Orlèan» d'aller aux rorié»; il y

• courut, leur Ht une peur cBfroyable; piiî», »ao» être

■ admi», fui renxoyé au pouvoir exèculif. De rclour chez

• lui, il y trouva le gouverneur de Cadix, qui lui lioi » poliment compagnie jusqu'à ton eiubarqueiueni. Pre- B miers actes de ces mènirs coriè» qui rappriicnl ceux « de 178». •

ciiAi'rriiE xxiii.

Azaiiza ayant été rappelé, le marquis d'Almciiara, resté seul plénipulcnliairc , ne fit plus que des of' Très eondilionnclles.

Dans scs nuuvellcs propositions S en demandant toujours pour compensation le Portugal, ou d'autres possessions dont on conviendrait si le Portugal devait avoir une destination difTérentc, il n'admettait plus la cession de la rive gauche de l'Èbrc que jusqu'à Hliranda, laissant en dehors toute la Uiscaye. Puis, à la suite de ces dispositions, le marquis d'Almcnara présentait un article ^ portant en substance: » Le roi convoquera les cortes à Madrid » pour invalider celles qui se sont formées, cl que » soutient l'Angleterre dans l'ilc de Leon. L'Einpc- >1 reur fera sommer Cadix de se soumettre dans le » délai d'un mois. Si celte ville se soumet, l’Em* » pcrcur maintiendra l'intégrité du territoire espa- » gnol , et la cession de la rive gauche de l'Èbre » n'aura pas lieu. »

Par CCS propositions, si éloignées des premières, un voit qu'entre la France cl l'Espagne la question est singulièrement changée. Le seul fait d'une réunion de corlèsplus ou moins legales à l'exlrcmité de la Pétiinsule rappelle le nouveau gouvernement à un rigorisme de devoirs plus impérieux envers la patrie, ün ne croit plus à Madrid pouvoir faire à la France le même abandon de territoire, quand il existe sur le sol du royaume un pouvoir rival qui s’engage à lui reconquérir toute son indépendance cl son intégralité. Quelle qu'eût été la résistance qu'avait jusqu’alors opposée le roi Joseph aux cessions demandées par la France, cette résistance dut s’accroître et devenir plus opiniâtre encore par le besoin de ne pas laisser â la puissance populaire qui s'élevait en concurrence avec lui, l'avantage de combattre pour une Espagne intacte cl libre, tandis qu’il n'oITrirait, lui nouveau roi, aux Espagnols attachés à sa cause, qu’une Espagne affaiblie, morcelée cl esclave. C'était un grand mot dans l'histoire, ce fut un grand fait en 1810 qu'une assemblée de corlès parlant au nom de l'Espagne. L'influence de ce fait s’étendit iminédialcmenl jusqu’à l’empereur Napoléon, et inodilia aussi de sa part, du moins dans la forme, sa négociation avec le plénipotentiaire de Joseph. Pour le moment, il relira scs demandes, et résolut de renvoyer auprès

■ Sous la date do 1" octobre.

' Article v.

’ 7 novembre.

* l.e prcnndiolc des notes i>orto : «L’Espagne nppar-

• lient à l'Kiiipereur par droit de conquête. Le roi d’Es-

• pagne serait peu de chose, s'il n'était le frère de e l’Empercnr et le général de ses années. Il n'anrait ' pas à lui nue Ijourgade de quatre mille âmes. L'Em-

du roi le marquis d’Almenara, en faisant connaître à celui-ci scs nouvelles vues. Dans des notes dictées * pour faire la hase d'une espèce d'instruction à donner à ce ministre espagnol, l’Empereur, après avoir répété qu'il n’avait plus à se décider par le traité * de Rayonne, attendu que ce traité n'avait pas été ratifié par la nation espagnole, consentait cependant à y revenir dans une certaine supposition. Le marquis d’Almcnara devait engager le roi à s'enlcndrc avec le conseil des insurgés, auquel il proposerait le traite de Rayonne pour base de la constitution d’Espagne. L'Empereur était prêt à reconnaître encore ce traité, si les insurgés, de leur côté, le reconnaissaient de bonne grâce, et se muniraient désireux de mettre un terme aux maux de la guerre. Le roi pourrait, s'il le jugeait convenable, appuyer les insinuations secrètes, faites au conseil des insurgés, par une déclaration publique dans une réunion des corlès de la nation espagnole convoquées à Madrid.

Ces dispositions de l’Empereur étaient dignes d'éloges, mais subordonnées, et avec raison, à un événement qui ne se réalisa pas, la prise de Lisbonne. C'était en effet seulement dans l'hypolhcse de nos succès ^ en Portugal, et de la retraite des Anglais, qu'il pouvait être permis de croire à la soumission des insurgés. Nous citerons tcxtucllcincnl un passage de la dictée impériale qui nous a frappé ; le voici : u L'Empereur ^ est sincère. Si n réellement la prise de Lisbonne cl la démarche » du cabinet de Madrid pouvaient décider les in- » surgés, parmi lesquels il X a beaucoup d’hommes » raisonnables , à entrer en arrangement, Sa .Ma- » jesté, hors une rectification de frontière qui lui » donnerait quelques positions indispensables, conn sentirait à l'intégrité de l'Espagne, puisque cela » rendrait disponible la meilleure partie de ses « trou|)cs, et finirait une guerre qui peut coûter Il encore beaucoup de sang. »

L’Empereur ici nous parait désirer de bonne foi le succès de la démarche qu’il conseille ; mais, pour le cas où elle ne réussirait point, il y voyait toujours l’avantage tic constater, de l'aveu des Espagnols, que la convention de Rayonne n'existait plus; de rendre le tort des insurgés plus grave, cl de pouvoir reprocher aux Anglais de s’élrc re-

> pcrcur n'a donc plus & se décider p.ir le traité de « Dayoiiiic.«

^ An ninrarnt où t'Empcreiir dictait rcs noie.s, il savait, par lesJniirnaiiN anglais, que le.s armées de Mnsséna et de lA'ellinglon étaient en présence .H cinq lieues de Lisbonne, le 13 octobre.

Ce pssage était indiqué comme devant être rois en chiffres.

POLITIQUE EXTÉRIEURE

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ruses au maintien de rinlcgrilc des Espagnes; enfin , de Turcer tout le monde de convenir que la vraie cause de la perle de l’Espagne clail l’iiisurrcction, et non les afTaires de lic^f^onne. Il y a, dans ce dernier mol, l'indice d'un mauvais souvenir que ces afTaires laissaicnl peser sur l'cspril de l'Empereur. Il cherche évidemment à se soulager d’un reproche dont peut-être il sent la justice , et tient beaucoup à établir que si l’Espagne perd son intégralité, ce n’est pas aux affaires de Bayonne qu’il faudra s’en prendre.

Les evénements ne permirent pas que les intentions accommodantes de l'Empereur reçussent leur application. Comme elles devaient se liera la chance de nos succès en Portugal , elles disparurent avec cette chance. Il était impossible qu’aucune tentative de négociation avec les insurgés pût réussir tant que rAiiglclcrrc, maîtresse d’un royaume voisin, leur prêterait l’appui de scs trésors, de scs armées et de scs Qottes. Les cortès étaient, entre les mains des Anglais, une véritable machine de guerre, et c’eût été alors une folie d’attendre d’elles la moindre disposition à un rapprochement avec la nouvelle royauté. Joseph le comprenait à merveille. Aussi , au retour du marquis d’Almcnara , prévoyant que l'Empereur ne manquerait pas de revenir à ses projets de réunion , il s’arrêta trèssérieusement à ri<lce de quitter le Irène plutèt que «le consentir à la cession de la rive gauche de l’Èbrc. D’avance il s’était ménagé un asile. Par l’entremise du général Bciliard, il avait acquis un domaine auprès de Blois, et déjà meme envoyé en France son neveu, le colonel Clary, pour y préparer son établissement. En s’ouvrant avec franchise sur ce point avec l’ambassadeur Dclaforét, il lui dit que l'Empereur avait tort de voir, dans son désir de retraite, un sentiment ennemi, un ton de menace; que, loin de menacer, il le priait, il le suppliait de l’autoriser à rendre par là plus facile la solution des afliiircs d’Espagne. Pour le moment, c’était la situation très-délicate de notre armée en Portugal qui seule l’empêchait de partir. Il avoua même à Itt. Dclaforét qu’en laissant précédemment négocier scs plénipotentiaires pour voir si l’Empereur ne se relâcherait pas de scs exigences, sa résolution était bien prise, et il avait écrit à la reine, qui se trouvait alors à Paris, de ne jamais signer le moindre démembrement de la monarchie espagnole. Au moment où Joseph s’cxpriniait ainsi, on doit en faire la remarque à son honneur, l’Espagne était presque entièrement soumise.

I.a fortune, dans celte contrée, avait partout favorisé les armes françaises. Presque toutes les places importantes étaient successivement tombées entre nos mains. On avait vu dans la Catalogne,

après la prise de Gironne et de Uonijoui, Augercau enlever lo fort d’IIostalricb ; Suchet, dans l’Aragnn, assiéger et prendre en peu de mois Lérida, ]IIéquinenza, et ensuite, secondé par le duc de Tarente, successeur d’Augereau en Catalogne, entreprendre lo siège de Torlose , qui capitulera dans les premiers jours de janvier 1811. Les provinces du nord et du centre étaient occupées; l’Andalousie, les royaumes de Murcie et de Grenade, conquis par la France, souffraient moins d’une soumission plus ou moins volontaire que do l’état de guerre. Si l’expédition de Masséna en Portugal ne fut pas heureuse , elle avait eu un début brillant par la prise d’Astorga et de Ciudad- Rodrigo en Espagne, cl d’Alméida en Portugal. Ce fut dans le voisinage, cl presque sous les yeux des armées anglo-portugaises , que furent assiégées les places de Ciud.ad- Rodrigo et Alméida, sans que le commandant en chef de ces armées, Arthur Wcllesley, devenu lord Wellington *, fil aucun effort pour les secourir. Un spectacle inlércssanl s'offre ici à l’observateur militaire. Une vieille réputation guerrière va souffrir quelques atteintes. Une jeune renommée s’avance, mais d’un pas incertain et tremblant. Des deux côtés on voit de l’habileté et des fautes. Le maréchal français s’expose à quelques échecs par l’excès de la confiance et de l’audace ; son adversaire manque aux occasions qui lui sont offertes, par l’excès d'une prudence qui mériterait presque un autre nom. A l’approche des Français, ce dernier se relire , mettant tous ses soins à éviter ce que l'armée française désire le plus , un engagement général. Après une attaque téméraire sur la forte position de Busaco, Masséna, reprenant une marche plus circonspecte , continua de pousser devant lui l’armée anglo-portugaise, qui, se renfermant dans la triple ligne des retranchements de Torres-Vedras devant Lisbonne, put y défier également et les opérations lentes de la science militaire cl les agressions vives de l’impétuosité française.

La guerre de Portugal, en 1810, est un premier indice du caractère qu’offrira, en 1812, la guerre de Russie; une atroce dévastation forma tout le système de défense de ce royaume. Des proclamations en date des 2 et \ août, publiées par la régence, par le général en chef, vicomte Wellington , cl par le maréchal Bcrcsford , commandant des troupes portugaises, ordonnèrent aux habitants de la riche province de Beyra de se replier sur Lisbonne , en détruisant et brûlant tout ce qu’ils ne pourraient emporter avec eux. On fusillait, on |»endait ceux des habitants qui ne se soumettaient pas assez vile à cette terrible injonction. Les cam-

■ En récompense de la bataille de Talavcyra.

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