CHAPITRE XXIV
chm* les inltréls du Danemark. Ces sentiments Oc rEinpereur, que Tavenir ne Oéinciilira pas,
- Hr étaient mérités sous |ilus d'un rapport. Déjà prc> mlemiuent, des marins danois avaient etc fournts pour monter plusieurs vaisseaux fraiirais. L'Km- (>crc'ur en demanda de nouveau huit à neuf cents pour former réqui(>age de deux autres vaisseaux, ün trouvait ainsi le moyen d'occuper les marins inactifs dans un Iml d'utilité mutuelle. Le gouveriicmenl üauois y consentit sans aucune didicullé. Ces marins ncseronl envoyés CM France qu'en 1811.
JéS défense d'ex|)orler, des ports danois dans les ports etrangers, des mardiandises anglaises cl coloniales, pruiiuisail. surtout p<»ur le Ilolstein, de graves emliarras. Aliii d’apporter quelque allégeincnl à la gêne de ce pajs, l’Empereur leva l'interdiction à une condition avantageuse pour lui-même. L'n décret ^ permit que les marchandises anglaises qui SC trouvaient dans le Holsicin, pussent traverser la ligne des douanes françaises par Hamiiourg. moyennant le payement des droits établis par le tarif du S août. Cette indulgence pour le Danemark était en même temps prolilablcau trésor français. Si cette voie n'eùt pas été ouverte aux denrées coloniales, ils’cii serait écoulé au moins une partie par fraude. Les frais de contrebande étant fort élevés, le enminerce, du inotnenl que l'exportation cessait d'être interdite, Irouiail encore son prolîl à payer un droit, même considérable, mais qui assurait aux marchandises un [lassagc autorise, et les inetlail i l'abri des coiifiscalions ultérieures. Cuiniiic tous les genres d'expédients étaient mis en œuvre pour soustraire les denrées coloniales aux saisies des douanes françaises, tous les genres de procédés convenaient à la France pour alleindre ces denrées dans les marchés, dans les magasins et même sur les grandes roules. Dans le mois de deeembre 1810, les routes du Hulstein étant couvertes de convois destinés pour la foire de Kiel, où elles eussent été vendues à tout prix, le gouverneineiil danois fut ittvilé à déjouer cette spéculation, en interceptant les convois et en confisquant les marchandises sur tes voilures qui les Iransportaicnt. La fidélité du Danemark à seconder les mesures de la France était d’autant plus méritoire, qu’une puissance voisine, la Suède, se dislinguait par sa résistance aux vues de l’Empereur, et ne finit par s’y conformer qu'en cedant à la menace et à la crainte.
* Lettre du duc deCadore ■ M. Didelut, eu date du 5 ik-ioIh^c.
* l)u 5 octobre.
* 6 jamier 1810.
* Lettre du duc de (^dort au charge d'affaire* à Stockliolm, itu lü mai I8f0.
L'Empereur n'avait fait la paix * avec la Suède qu'en lui imposant l'obligation d’adhérer au système continental et de fermer scs ports à l’Angleterre, condition pénible sans doute |>our un pays qui trouvait, dans le transit et le colportage des marchandises anglaises, d'tmmeiises bénéfices. Cependant rengagement étaut pris, c’était un devoir de l'excruter. On avait l>caucoup de peine à s'y résoudre, i.’cxcculiun ne fut ni .sincère ni complêlc. Trois mois après, le charge d’affaires d’Angleterre résidait encore à Sluckhutm, et, sous prétexte de recevoir du sel, objet indispensable dont l'iulroduclion était nulorisce, les communications avec rAngicterre conservaient leur activité antérieure. L’Empereur s’en montra fort irrité, li fit demander le rappel immédiat de l’agcul suédois en Angleterre, cl le renvoi de. ragent anglais en Suède, en déclarant qu'il préférerait une guerre ouverte et franche à une paix qui n’existerait que de nom. et que, si les conditions du traité ne s'exécutaient pas dans toute leur étendue. Ü le considérerait comme onnn/é La Foméranie était une des provinces principalement ouvertes à la contrebande. Dans des notes dictées pour servir de texte aux lettres do son ministre, rKmpcrcur disait que s’il avait * rendu celle province, c’était pour faire une chose agréable nu roi Charles Xlll, et non pour qu'elle devint un eitlrepôi du commerce anglais. Quelques jours après, il revenait sur le même reproche: u Je commence à comprendre ® que j'ai I* fait une faille en n'iidaiilla Foméranicà laSuèdc, I» Faites connailre que mes troupes ont ordre de Il rentrer dans cette province, si le traite ne s'ac- » coinplit pas sans réserve. » L’entrée des troupes françaises en FoimTanic, lorsqu’elle aura lieu, sera supposée avoir un hut de haute politique, ou du moins on affectera de la juger ainsi. Ce ne sera, comme le constate la mcnaceqiii la prccèile, qu'une question de marchandises cl une affaire de douanes. La mort du prince royal de Suède, duc d'Augiislenibmirg, les événements qui la suivirent et réleetion d'un nouveau prince héréditaire, firent temporairement une espèce île diversion aux débats concernant le commerce britannique ; mais ils reprirent ensuite une extrême vivacité. L'Empereur SC plaignait que la Suède rompait seule l'accord lidèleniciit maintenu par les autres puissances. I>a Russie même était citée comme pouvant lui servir d'exemple’, puisque les denrées coloniales, arrivant dans ses ports sous pavillon américain , y fu-
* Lettre de rEmpemir datée de Lnekeo. le KJ mai.
* Autre, datée de Lille, le ^3 mai.
7 Lettre du duc de Cadore à M. de Lagerblelke, du H octobre.
POLlTiyiiE EXTÉHIFA'RE.
bissaient une infaillible contl<<cation. Le même sort les allcndailcn Prusse cl en Danemark. Ce dernier gouNcrnement avait fait mieux encore : îi avait interdit toute navigatiun dans les ports du llolstein, pour prévenir, par cel eiiibarKO, toute relation illicite avec renneini. Coniparativemerit à celle conduite, quelle était celle de la Suède? Une correspondance régulière par la voie des paquelH)(s continuait à exister entre ce pays cl rAiiglelerre. Les l)âlnneuts anglais se portaient en grand nom- . bre sur les eûtes de Snede, et, de la Suède, il par- *^tait, noir pas quelques navires, mais d'iniinenses convois pour rAngleterre. Ces assertions du ministère franraîs étaient exactes, et on en acquit, dahs le temps même, une entière certitude. Des renseignements, recueillis sur les lieux par des personnes sûres, consUlaicnl qu^au conimencenient du mois d'octobre, il existait dans la rade de Colliembourg, quinze à seize cents bâtiments ^ { presque tous sous pavillon américain, ^ munis de I faux donmients. Sept à hait cents en partirent pour la Haltique. D'atttres retournèrent en Angleterre. Celles des inarcbaiidises qui étaient déposées « à Gothembourg étaient expédiées par terre jusqu'à Helsingsborg, où clics recevaient divenes destinalions.
A son arrivée en Suède, le nouveau prince royal, ;voalanl faire quelques défiionslraliont de bonne Tolouté envers la France, envoya un agent de confiance à Golhembourg, afin de bien connaître cc ‘ qui sa passait dans cette rade. Il lui fut prouvé que | les plaintes de la France étaient rondées, et il lit | alors des promesses qo'ü ne sc piqua pas de rem- ' plir.
Dans cc même mois d'octobre, l'Empereur donna ^ordre d’appeler à Fontainebleau l'eiivoyé suédois en France, M. de Lagerbielkc, et il eut avec lui une de ces conversations animées dans lesquelles il ganlait presque toujours la parole. » La Suède ' » souffre, dites-vous, mais croycs-vuus ' que je ne » souffre pas, moi? que la France, que Bordeaux,
» que la Hollande, l'Allemagne ne souffrent |>as?
H Voilà pourquoi il faut en tliiir; il faut, à tout • prix, la paix maritime... La Suède est la seule » cause de la crise que j'èpnjuvc*, la Suède me fait I» plus de mai que les cinq coalitions ensemble. r> ' Ici l'Empereur parla de l'élection du prince du ; Ponte Corvo, cl dit qu'en perineUant au prince j (raecepter la couronne, il a couru le risque de se brouiller avec la Bussie. La démarche actuelle a vclé retardée par considération pour le prince royal. C'est pour ne point le dé[K>pulariser eu Suède
' Ln érhaDges sc Faisaient en pleine mer ou sur les coûtes; pbisietirs petites ilessiirüoisessvrvaicul de megasiiu.
qu'elle a lieu pendant qu'il est censé en voyage.
I/Kinpcrcur (il sentir que la Suède ne pouvait rester dans un étal mixte avec l'Anglrtcrrc sans faire le plus grand tort au contiticiit. » Choisissez : n des coups du canon aux Anglaisqui s'.ipprorheiit X de vos eûtes, ut la connscaliun de leurs tnarchan- •• dises, ou la guerre avec la Fr.incc. » Il avouait que, pour le moment, la France ne pouvait pas faire beaucoup de mal à la Suède, si ce n'était peiil-étrc dans la Poméranie dont, à Stockholm, 011 ne se souciait guère, mais enfin il fallait iin terme à rincerliludc. u Que la Suède fasse les I» choses comme elle l'entend. Je sais qtte je suTs n hors d'étal de la forcer; qu'elle se incite fraii- » ebomenl du côté de l’Angleterre, conlre moi cl « mes alliés, oti qu'elle se réunisse fraiicliemeiil à 1» moi contre l'Angleterre, i» M. de Lagerbielkc fut prévenu que renvoyé franraîs à Slockliolm, M. Alquier, all.iit demander une expliration catégorique à CCI égard, avec ordre de partir cinq jours après, si la réponse n'étail pas salisfaisante. « Guerre ou- » verte ou amitié cunstanlc , ajouta encore l'Em- » pcTcur, voilà mou ilernier mol. m
Sur la demande d'explications faite, le 15 décembre, par M. Alquicr^ le niiiiislèrc suédois rc> poudit, le 18. que le roi déclarait U guerre au gouvynement anglais. Le prince royal qui, le 11 novembre, avait adressé une première lettre à rEm|>creiir. lui en écrivil, le l‘J, une seconde, dans laquelle il déplorait la fâcheuse alternative où la note de M. Alquier avait jeté la Suède, et la situation douloureuse que produis.iieiit pour lui même son attacheiucrit à la France et le sentiment de scs nouveaux devoirs. Ges deux premières lettres ne contenaient que des réflexions générales sur les embarras de la Suède , cl sur l'insuflisance de scs moyens pour soutenir la guerre où elle venait de s’engager. Une troisième, datée du 8 décembre , laissait voir une inl^^Juii plus claire que l’Ein|iercur, malheureusement, ne voulut point comprendre. Elle renrermait les (rails suivants : n Vous le » savez, sire, la guerre ne se nourrit que par la M guerre, cl un grand étal militaire, purement dc- » fensif, est une charge que in Suède ne (h:u( sup- » porter sans un $ecours éiranger... Notre silua- >» tioii est des plus alarmantes, si la France ne vient » à notre secours. Depuis la première alliance , » ronciuc entre François I" et Gustave Wasa, la » France a été nun-seulcmciil l'amie constante de n la Suède, mais encore elle l'a appuyée et sccou- I» rue dans toutes scs guerres... Il n'y a ici qu'un » vœu, c'est ü'èire siiicèrcnicnt d'accord avec la
* Lettre de M. de L.'igerbielkc au cabinet de Stock liolin, do su octobre 1810.
CIIAPITUE XXIV.
it France, cl de participer à sa gloire, toutes les Il fois ((lie l’occasiwn s’en présentera, mais l’anjcnt n nous munque... Forces par Votre Majesté à dé- » clarer la guerre, nous nous touriums avec con- II llaiice vers elle. Nous lui olfrons des bras et du » fer, et nous lui demandons en retour les moyens Il que la nature nous a refuses. ■> Il était diflicilc d'articuler plus clairement une demande de subsides. 1/Kinpereur ne s’y méprit pas, mais un orgueil malcntemlu renipêclia d’y avoir égard. La France, selon lui, s’abaisserait en payant scs alliés. Ia* calcul était faux. Napoléon eut du se souvenir qTie Gustave IV lui-même avait, à une certaine é|ioque, fait une insinuation semlilable, et qu’à défaut des subsides français, il avait mendié ceux de r.Vngletcrre. C^é^t là une vieille habitude implantée â Sluckholni, et peut-être d’assez modiques sacrifices, faits à propos, eussent formé des liens qui seraient devenus difliciles à rompre. Pour l'iiypotbèse où la Suède déclarerait la guerre à la Grande ltretagnc, l'Kiupereiir, songeant à porter plus loin sa liaison avec le cabinet de Stockholni, écrivait à son ininislre des affaires étrangères qii’aussitùt après cette déclaration, il pourrait jeter en avant quelques mots tendant à amener, si la Suède le désirait, un traité d’alliance entre les deux nations. Il crut aussi pouvoir faire à cettc^iuissance une demande qui avait été accueillie en Danemark, celle de lui fournir un certain nombre de marins, ofliciers et matelots, pour rarmcmenl de quelques vaisseaux français dans le port de lircsi. L’Kmpereur semblait penser que, dans la gène financière de la Suède, il pourrait être agréable au roi de diminuer les dépenses de sa marine, r sans Il cependant * laisser inactifs le talent et le courage » de scs marins. » A cette dernière demande, le roi opposa les luis constitutionnelles de son royaume qui ne lui permettaient pas d'y répondre. Rien de plus juste que celte allégatâi^. Seulement un eut tort d’y joindre l’objection insignifiante et presque dérisoire que n le soldat suédois, attaclié â son sol Il agreste, à scs relations, à ses habitudes, ne résiste n point à l'influence d'un ciel méridional. » Ouant à rinsinuation relative à une alliance, on se montra disposé - â entendre les propositions du gouvernement français, mais bientôt l'Empereur jugea qu’il
n’y avait nulle raison d’y donner suite. 11 ne tarda pas à s’apercevoir qu’il avait trop bien présumé des dispositions du cabinet sué<lois, et même de celles du prince royal ; que celui-ci particulièrement ne serait pas le dernier à s'éloigner du système français, et bientôt il en eut la preuve dans , une communication faite par ce prince au Dane- ' mark, cuininunication ayant pour objet de lier ces I deux pays, de manière à laisser leurs sujets coin-
Iinercer librement dans la Rallique arec des /fcenccs^ anglaises. L’Eni|)ercur ne pouvait pas être dupe longtemps; il ne le fut pas, mais il ne montra ])oint d’Iiuincur
j "Les lettres écrites à l’Empereur par le prince royal étant restées sans réponse , on eut soin d’en I faire connaître le motif au ministre de France en Suède. Il L’Empereur écrivait le duc de Cadore Il au baron Alquier, a pour maxime de ne pas faire il chek les autres ce qu’il ne voudrait j>as qu’on fit >1 chez lui, n’cntretenanl jamais de correspondance i » avec aucun prince royal. Le vœu de .Sa Majesté Il est que les affaires se traitent toujours par le. Il canal ordinaire de ses ministres. Il en use ainsi : il même avec ses frères qui sont sur le tWinc. 11 ne n vont pas qu’aucun d'eux puisse répondre à au- : Il ciine réelamalion ou à une demande qui lui se- » rail faite par un ministre de France : Je traiterai Il directement celte alfuire accc l'Empereur : ou Il bien, r Empereur m'a écrit sur cet objet... D’ail- II leurs Sa Majesté veut que vous vous rendiez ' » agréable au roi et au prince. » Le duc de Gadore recommande ensuite à ,M. Alquier de faire sentir ce qu’il y n de ridicule dans l'insignifiante déclaration de guerre de la Suède, et l’iiiconvenancc de. la circulaire qui en a accompagné la comiiiiinij cation, n L’Empereur a dit en riant que c’était à I » lui et non aux Anglais que la Suède déclarait la j » guerre, il Le ministre français .ajoutait encore quelques réflexions sur une conduite qui ne pou- • vait que déconsidérer le gouvernement suédois aux I yeux de sa nation même, et rendre sa position plus i difficile, en soulevant l’opinion contre une guerre qu'il s'élail engagé à soutenir, n 3Iieux valait, di- ' Il sait le due de Cadore en finissant, une résistance il franche et ouverte aux volontés de l’Empereur.» La situation où se trouvaient déjà la France et la
‘ Lclire <hi duc de Cadore au baron Alquier, eu date du 8 dcrcnilire.
’ N'ule de M, d'KngesIrum A M. .Alquier, du 31 déceiubre bStO.
ne lettre de rainbass.'ide de France on Ricstio, sous la d.itc du fi avril 181 1, fera roun.n'lro que le prince royal de Suède, piiursuivnut celte idée, tentera de faire établir une espèce de iicutr.-ililé comuicrcialc jMuir les bàtiiiicuM
suédois, dauois et russes, projet qui ne sera pas accueilli j à l’clerslmuri;.
i 1 1,’Kiiipercur doun.i le litre de baron n un frère de Bcrnailotte, et lui transféra douze luille livres do rente sur le trésor publie, qui dépendaient de la principauté de , Fonte Corvo.
j * l.oiire «lu il-J décembre 1810.
l'OUTIQUE FATÉRIKUHE.
Suède uii iiiuis aprè& In rupture de cc dernier Lut avec le gouvernement anglais, atteste ment que cette rupture forcée n'rtait ni un grand mal pour la puissance dont la Suède se séparait, ni un grand avantage pour celle dont elle paraissait se rapprocher. Celte situation, si promptement caractérisée, ne présageait que trop les variations de Tavenir.
<>iittique i'cmpercur Napoléon, pour ranimer le \ zèle des autres États contre rAiigIclerre, leur propos4'il l'exemple de la Russie, l'accord entre les ca- liiiiels de Eétersbourg et de Earis n'êlail pas aussi ' complet que te dernier cherchait à le faire croire.
St Napoléon réclamait toute la scvérilc du gouvernement russe contre les importations anglaises, 1 rlans le nord par des bâtiments américains, .iu midi, à Odessa surtout, par des biUimcnls grecs, ce guuvcnieuiciil, de sou côté, se plaignait de u'a> voir pas eu plus lût cuniiaissaiicc ' des facilités d'exportation que le régime des /icencer oflrail, depuis quelque temps, à diverses branches du commerce français, tandis qu'eu Russie un u'avait encore permis, même sur des bàlimciils neutres, que i'ex)>orlation des lins et des chanvres. La situation nnaiiciiTC et commerciale de la Russie autorisait CCS récriminations. Pour compenser les pertes qu'éprouvait le trésor, un ukast*, du â-1i février, avait double^ tes droits de douane sur tous les produits venant de l’étranger. Cc triste remède ag- | gravait le mal au lieu de le détruire. Aussi l'empereur Alexandre et M. de Rumanzuf suuleiiaioiit-iJs ^ qu'il ti'y en avait qu'uu seul qui fut vcritaidcincnt | L'üicace, la tibcrlé du commerce. Plus que jamais i au cuiiirairc, et surtout apres la réunion de la Ilot- i lande, Napoléon insistait sur la cuidiscatiun des i denrées coloniales. La réunion de la Hollande à la \ France avait cflecliveinenl élé fatale aux Anglais; | elle avait mis sous la niaiii de l'Knipcreur une grande masse de leurs propriétés, porté un coup terrible à leurs manufactures, et multiplié les faillites dans toutes leurs villes commerranlcs. Le inoment était venu, selon lui, où l'ailiaiice russe devait produire d'immenses résultats. Les aJicgalioiis de | neutralité ne signiliaieul plus rien, parce que les | Anglais n’en reconnaissaient aucune. De plus, eût- ; il existé des neutres, ils n'eussent pu |>énélrer dans ; la Baltique sans l'assentiment des Anglais qui en | gardaient les passages. Tout ce qui passait dans { cette mer pour y porter des marchandises anglaises | devait donc être frappé de coiiltscatiuu. « Si l'ein- i il pereur Alexandre y met un peu de vigueur, écri* { >• vail ^ Napoléon, il en aura pour plus de ((uaraiile i
» inillioiis, et produira une forte secousse en An- » gicterre. « Une autre lettre * de l’Empereur renferme surtout une énergique expression des torts qu'il SC croit fondé i reprocher au cabinet de Pétersbourg : <i Si la Russie , disait-il, veut de bonne » fui empêcher le commerce dos denrées colonia-
» les, la paix sera faite avant un an Jusqu'à
a présent elle a suivi des principes opposés, cl la » preuve, c'est que les marchandises coloniales qui • ont paru à la dernière foire de Leipzig, y ont élé » apportées par sept ccnls chariots venant de Rus- I» .sic; c'est que les douze cents bâtiments anglais,
escortés par vingt bâtiments de guerre et mas- » qués sous pavillon soedois, portugais, espagnol » ou américain, qui erraient dans la Baltique, ont H en partie débarqué leurs cargaisons sur le Icrri- » toire russe. Si la Russie veut la paix, elle a le >* moyen d'y contraindre rAnglclerrc: qu'elle conn Hsque chez elle tous les hâliincnts introduits par » les Anglais, et qu'elle s'unisse à la France pour » obliger la Suède à conlisqucr de même tout cc » que les Anglais ont débarque ù Gotheinbourg » sous divers pavillons.
» (gluant au principe mis en avant, qu'en faisant M la guerre aux Anglais on ne veut pas la faireaux » neutres, ce principe |)orlc sur une emnir : les a ne veulent et ne seuffrvnt ancun nentrê;
n ils ne laissent naviguer les Aiiiéricains qu'aulanl » que les Américains sc chargent de leurs inarchaiia discsctiiaviguentpourleurcomple. Tousiescer- » lificats de consuls français, et tuu.v autres papiers n dont sont munis ces bâliinmls, sont des papiers n faux. Ces vérités sont trop sensibles pour qu'on » les ignore. !>a paix ou la guerre est entre les n Mains delà /iuêsic. >* Ce que ilisaiirKiupcreur, il le pensait, et, selon nous, il avait raison de le IH’tiscr. Nous croyons aujourd'hui, comme il le croyait alors, qu'il était au pouvoir du la Russie de f(»rccr l'Angleterre à la paix, si, associée sans « ré.scrve aux mesures de la France, elle eût éiicrgf' quement cnncouro à fermer aux Anglais tout accès sur le continent; mais cc concours fVanc, sincère, absolu, toi qu'il le désirait, Napoléon avait-il droit de l'atleiidre? Llail-il, |>uur son compte, sans rc* proche envers la Russie? iNe l’avait-il pas blessée, ne la bicsscra-t-il pas encore |>ar des envahissements sans terme, qui ratleindront elle-même sur un point particulier, dans son intérêt, dans sa dignité de fauiilte? I^in de nous riiitenUon de présenter comme légitime une manie d'agraiidisscmcnl qui ne connaissait plus ni règle ni mesure! Bout être, à la rigueur, la conduite hostile du roi
Dioiî
' l.curr du duc do Vicence, de Pétersbourf' le 8 mars. ' Li'Mrc du dur de Virenrt'. du uiai.
* Lettre au dur tic Cadurc, du IG octobre. I bu i lioveinbrc suivant.
CHAPlTüK XXIV.
Louis auraU-clIc permis de considérer Tincorponilion de la lioüaudeà la France comme une mesure rendue excusable par les circonslances, surtout en l’admeUanl seulement comme temporaire, comme devant cesser avec la guerre ; mais là ne s'ctaienl pas arrêtées, en 1810, les usurpations provisoires par decret, les conquêtes ücUnitivrs par sèuatusconsulte. Si l'extensioii du grand empire vers le nord était surtout dirigée contre rAngletcrrc, celle extension au midi avait pour but de saisir la clef de tous les passages, de garantir la sûreté tics cuniiiiunications. C'est sur ce dernier iiiolif que va se fonder ia réunion du Valais.
A la ditîércnce de quelques autres, celle-ci ne fui point rciïct d'une idée soudaine, d'une résolution brusque; elle avait été entrevue de vieille date, préparée de longue tnain , comme une sorte de nmiplcnicnt nécessaire aux grands travaux qui avaient lié la France et ntalic. J>ès le iimis de février, l’Empereur s’en occupa sérieusement. Il écrivait , le 18 do ce mois, au duedeCadore : « Remet- » Icx-mui sous les yeux le traité que j'ai fait avec
H le Valais Il parait que ce pays est mal gou-
n venic. » Assurément, être mal gou\crné n’emporte pas, pour tout pays qui a ce mallieur, l'obligation de changer de maître ; mais le fait du mauvais gouvernement était exact. La révolution de 17U8, qui, en détruisant le dc.spolismc des arislocralirs comme celui des démocraties suisses, avait généralement amélioré le sort des autres p^ipulations, n'avait point eu, pour le Valais, un résultat Irès'S.'itisfaisanl. La conslilulimi (|ue cette république s'était donnée en 180:i n'était qu'une œuvre infurme, empreinte de partialité et d'injustice. En 1805, l'acte de médiation avait laissé ce pays en dehors de la ronfédération d<^s autres Etals, de manière que son sort put être ultérieurement Hxé selon les événements, sans qu'il fut besoin de loucher à l'cnsimibie des institutions helvétiques. I.a voie ainsi était ouverte, l'opération facile. Le âC juin, le principal magistrat du Vatais s'étant rendu h Paris, l'Empereur lui lit poser les questions suivantes auxquelles il fut invité a répondre :
1" Est-il de l'intérét du Valais d'élrc réuni a la France?
^"Quelle espèce d'opposition cctic réunion pourrait-elle rencontrer?
3” Si on ne réunit pas ce pays à 1a France, quel est le meilleur moyen d'améliorer sa cunstilution de manière à détruire toute inilucnce des prêtres et du parti qui nous est contraire?
Les réponses du magistral valaisaii conlirmèrent l'Empereur dans son projet de réunion; mais il crut devoir nnparavanl «lébatlre la question avec la partie intéressée, ci il lit en conséquence appeler
à Paris l'évéquc de Sion avec six des principaux personnages du pays, dont quatre devaient être choisis parmi les habilants le plus défavorables à la France, et deux scutcnient parmi ceux qui lui étaient le moins opposés. Dès ce moment, la réunion était sans doute entièrement décidée, car l'Empereur, dans une lettre au duc de ('^dore, se livre h quelques sorties sur la conduite équivoque du Valais dans la dernière guerre, sur les préicRlions du haut Valais a l'égard du i>as Valais , prelentions en effet ridicules clabsunles, qui tendaient à séparer, comme autrefois, les deux populations^ en inaUrcs et en esclaves; sur le peu de fidélité de la rcpubiifpie à remplir scs engagements pour ia cunstrucliuii d'une partie de la roule fameuse qui avait déjà coûté à la France tant de millions, et sur les obstacles apportes par l'igiiorancc, par les préjugés de quelques fanatiques, aux avantages que celte grande communication eut dû produire pour le pays. Os griefs énoncés par rEinpcreur foriiient évidemment la base d'un décret à rédigiT pour une réunion inévitable. Attentif a procéder, en tout, avec une certaine inclhoUe cl à donner,
I niêmcâ desdéterminstions prises, les formesd’unc préalable délibération, l'Empereur nomma une cuniinis!<ion chargée de conférer avec les députés du Valais, d'examiner avec eux les inléréts rcspeclifs des deux pays, el d'aviser aux moyens de les cuneilicr. Les im-mbrcs de celle commission étaient MM. Ilœdercr cl Corsini, conseillers d'Etat, ctllelvocl, inattre des requêtes, c'csl-à-dirc un Français, un Italien et un Hollandais. Le compte que cette couimissiuii rendit de ses conférences, les docutiienls où étaient exposées les raisons allcguces de part et d'autre, furent mis sous les yeux de l'Empereur, qui conclut , de leur lecture , que ce petit pays, froissé sans cesse entre l'Italie, la France et la Suisse, ne pouvait pas subsister plus longtemps dans ccl étal , et que sa réunion était preseritc par une impérieuse nécessité. «: Je ne puis pas, dil-U,
» sacrifier riiilércl de l'Ualie et de la France pour » cette chétive population. » C'était, il cstvrai. une assex chétive acquisition que celle du Valais comp.'irce à celles qui la suivirent immédiatement, cl dans lesquelles clic fut enveloppée. Prononcée le 12 novembre, par un décret impérial, elle futsauclionnéc par un sénatus-consultc du 15 décembre avec d'autres réunions beaucoup plus importantes.
•: f.a réunion du Valais, (Hirtaît le message, est une » conséquence prévue des immenses travaux que » je fais faire depuis dix ans dans cette partie des » Al|>cs. lAirs de mon acte de médiation , je sepa- » rai le Valais de la confédération helvétique, préi» voyant dès lors une mesure si utile à la France H et à l'Ualie. » Le nom du Valais ii'ctailpas même
1*0L1TIQUE EXTÉniEl'RB.
prononcé dans le rapport du iniiiistro des aiTaircs étrangères joint au message de l’Empereur. Le préambule du décret impérial, qui renrermail Pcx* posé de cette mesure, ne la jiistiliail pas par des motirsd’uiie merveilleuse solidité. Direque la route du Siinplun rormail le lien de plus do soixante millions d’hommes, rcproelicr au Valais de n’avoir l>as rempli les cngng(unents qu’il avait contractés, ce n'étaient pas là , en faveur de la réunion , des arguments invincibles. Le seul qui fut plausible et même vrai, consistait a dire que la réunion mettrait un terme à Panarebie qui ailligcait ce pays, et couperait court aux prétentions abusives de souveraineté d'une partie de la population sur l'autre. Si un raisonnement de ce genre n’a pas une grande valeur dans l'ordre des principes qui fondent la possession politique, il n'est pas sans quelque poids comme considération atténuante dans une ques- ' tion d'humanité. Au reste , de toutes les acquisitions territoriales dont se grossissait l'empire français, celle du Valais, isolée de tonte autre, eiH faiblement occupé l'attention publique. Le Valais devctiail le département du bimplon ; ce n'était pour la France qu'un département de plus; mais le même scnalus-consulte du 13 décembre renfermait des adjonclions bien autremctit étendues et «l'une portée bien plus sigiiincativc. Destiné en apparence à consacrer seulement le décret du 0 juillet, relatif à la Hollande, ce sénatus-cunsulte englobait, dans son élastique application, comme un simple accessoire qui n'avait pas eu besoin d'être préparé, la réunion d'Élats indépendants, de territoires considérables, et appartenant a divers princes, pays que n'avait pas même atteints jiis- ({u'alors le provisoire habituel d’un décret d’incorporation. La forme sous laquelle ce grand acte se présentait, était aussi élonnaiite que l’acte même. L'Empereur, partant du principe que les arrêts du conseil britannique eu 1806 et 1807 «avaient <lé- » ebiré le droit public de l'Europe, ajoutait : Un 1» nouvel ordre de choses régit l'univers. De noui> vellcs garanties m’étant devenues nécessaires, » la réunion des embouchures de l'Escaut, de la i> Meuse, du llbin, de l'Eins, du Weser et de l'Elbe » à l'empire, rétablissement d'une navigatioti in- » térieure avec la Baltique, m'ont paru être les i> premières et les plus importantes.
» J'ai fait dresser le plan d'un canal qui sera » exécuté avant cinq ans, et qui joindra la Baltique » a la Seine.
» Des indemnités seront données aux princes qui )i pourront se trouver froissés par cette grande me- :> sure que commande la nécessité, et qui appuie » sur la Baltique la droite * des frontières do mon » empire. »
Tel est le mode de communication par lequel l’Empereur annonce à l’Europe les nouvelles agrégations de territoire qui déplacent et portent si loin les limites de la France. On était généralement disposé a considérer comme devant être comprises dans ces limites les embouchures de l'Escaut, de la Meuse et du Rhin ; mais qui pouvait s’attendre à y voir également enfermer celles de l'Ems, du Weser et de l’Elbe? Les questions de plaees «le guerre ne sont plus rien. Di'sormais l’Empereur fait ses conq«iêtes- par énumération «le fleuves et de rivières. Il en saisit les embouchures, bien assuré de se trouver par là maître de tout ce qui borde leur cours. Si, dans son message, il évite de faire ressortir la grandeur de scs acquisitions nouvelles, le rapport «le son ministre est aussi prolixe sur la réunion déjà jugé-e de la Hollande, que laconique sur le reste. Four un fait si grave, trois lignes lui suinseiit : « La réunion des villes aiiséaliqucs, «du La wenbourg et de toutes les cfites depuis l’Elbe n jusqu'à l'Ems, est, dit le ministre, commandée » par les circonstances. » Ouaiul le mot circonstances a l’étrange vertu de rouvrir seul de si exorbitantes invasions, est-il un État qui puisse se croire certain de son imiépendance et de sa nationalité? Peut-être, toutes «lémesurées qu'elles sont, ces incorporations «l'une vaste éteiulue auraient-elles été réputées tolérables, si l’Empereur n’eùt entendu les établir que pour l'étal «le guerre; mais malheureusement le rapport.de son ministre tendait à les faire envisager comme durables et permanentes. Après avoir parlé du retour nécessaire de la paix, il présentait les réunions comme pouvant être extrêmement utiles pour le ras de guerres nouvelles. L’Angleterre ne pourrait plus, avant de déclarer la guerre, comme en 1756,1793, 1801^ et 1803, commencer les hostilités, dépouiller le commerce et saisir des citoyens paisibles naviguant sur la f«)i de la paix; ou « si de tels exemples «levaient » se renouveler un jour, les voyageurs, les négo- » riants anglais, leurs propriétés et leurs personnes, a saisies dans nos ports depuis la mer Baltique jusn qu'au golfe Adriatique, répondraient de ces atten- » lots, n De telles paroles ne laissaient pas de «ioutc sur l’intention de rendre les réunions perpétuelles.
' Loiii» XVIH «krivaii, h celle occasion, le 17 janvier 181 1 ; O De noire temps, une lelbr cnlrcprisc eût fait » <|iielquc petit bruit; nnjonrd'hni c'est un cvêncnirnt n «les plus iniuces.'> On se «Icin.'imlc si c'est un éloge ou
! une critique «le sa famille que ce prince a voulu faire. Ce ! n’est pas assurénieul avec les llourlmns «le la branche aînée que la France eût jamais tenté une tella entreprise. I * A l’égarU «le l'Espagne.
CHAPmiK XXIV.
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1a‘ gcnalus-coiistillc üu 15 décembre n'cpargnail
- pas mêinc les pays possé«lés par la famille de l’Einpcrcur; il enlevait plus de cinq ectil mille âmes au ruyaume de Wcslplialic, et près de deux cciil mille au grand-duché de Perg.
Nous ne le dissimulerons pas; rciivaliisscmenl des villes anséaliqaes cl autres pays enveloppes dans le même acte de réunion nous parait le plus audacieux que se soit jamais permis l'Empereur, envahissement inattendu, que rien ne devait faire soupçonner avant sa réalisation, bizarre dans sa forme, grave dans son objet, plus grave encore par la nature des pays incorporés et par le caractère de quelques-uns dos possesseurs qu'il tendait à dépouiller de leurs droits héréditaires. A toutes les époques antérieures, les grandes réunions avaient été précédées de discussions préalables , de communications directes ou indirectes qui les faisaient connaître, ou du moins pressentir avant l'événcmcnl. Ici, toutes les précautions ont été négligées; elles semblent meme avoir été omises à dessein; on aime mieux surprendre l'opiiiion, la frapper par le spectacle du fait accompli que parer aux obstacles, cl les écarter d'avance, line seule lettre, écrite ‘ au duc de Vicence par le ministre des alTaires étrangères, le chargeait de s'enquérir comment , dans l'hypothèse de l'exécution des réunions projetées,
- le cabinet russe considérerait la position du duc d'Oldenbourg, beau-frère de l’empereur Alexandre, cl on n'avait pas même attendu, pour agir, la répouse de cet ambassadeur. Celui-ci écrivait, le 13 décembre, c'est-à-dire le jour même où était ailoplé le séiialuS'Cousultc français, que, vu le silence qui lui a été prescrit sur rintcnlioii de son gouvernement, il n'avait pu amener l'empereur Alexandre à aucune rénexion qui se rapportât à une hypothèse semblable, mais il prévoyait que la
isilualion où allait se trouver placé le duc d'Oldenbourg ferait certainement dire qu’on n’avait en Erance aucun égard pour 1a Uussie. Il ajoutait que la joie qui avait précétlemmenl éclaté à Pétersbourg dans un moment où il s'agissait de retirer les troupes françaises de rAllcuiagnc, indiquait assez quel sentiment on éprouverait en nous voyant nous établir ainsi dans le Nord, non plus à litre passager d’occupation, mais à litre de possession perpétuelle ou du moins indéterminée. Le duc de Vicence faisait parfaitement juger jusqu'à quel point irait l'inqiiiéludc en Russie, en .ajoutant qu'un moyen de tranquilliser celle puissance serait d’envoyer une partie des troupes polonaises en Espagne.. Si la présence seule des troupes du duché de Varsovie dans
’ Moi» (le novembre.
• l.e M décembre. .
I le voisinage du territoire russe est déjà un sujet r -,
I d’elTroi pour le cabinet de Pétersbourg, que sera-ce , - - , i lorsque les villes de Hambourg et de Lubeck, dc-^ ,
' venues des cités françaises, vont avoir rapproché les frontières des deux empires? Les événements marcliaicnl avec une telle rapidité que les obscrvalions qui auraient pu les prévenir devaient arri- « ver trop lard. A la même date - aussi, cl presque .• . jour pour jour, le ministre des affaires étrangères ^ informait le duc de Vicence de ce qui avait été fait la veille, et l’on ne saurait assez remarquer comment la grandeur des faits disparait et s'efface ^ dans la simplicité des paroles : <i La réunion de la ' ^ it Hollande, écrivait ce ministre, a entraîné celle' ^ i » des villes anséatiques. » Il semble qu'il ne s’agisse là que d’une affaire insignilianle, qui doive passer inaperçue, et qui ne puisse offrir de difficultés que sur un seul point dont un veut bien s’occuper. Il Par ces réunions, continue le ministre, le » duché d'Oldenbourg sc trouve enclavé dans l'eiii- » pire; nécessairement il sera soumis à nus douanes, n L'Empercùr a senti ce qu’une pareille position - » aurait de pénible pour le duc. On a dit au grand U maréchal de sa cour, 31. de .àlnizahn, que si cc ». prince voulait conserver ses possessions enclavées ^
»' dans l'empire français, il en était le maître; que I» si au contraire il désirait transporter sa souverai-,
» nelé ailleurs, en conservant, dans le duché d’Ul- >1 denbourg, les biens domaniaux cl tout ce dont il » y jouit à litre particulier, l’Empereur s’y préle- » rail avec empressement. 31. Hacher^ se rend au- » près du rluc pour savoir cc que ce prince désire.»
Le ministre ne manquait pas de faire envisager les nouvelles réuniqns comme devant être avanla- , gcUscs à la Russie clle-mémc, par la création d’une > navigation intérieure en Allem.agnc et par rétablissement d’un canal entre la Ikdlique et le Rhin, ce qui rendrait la Ualtiquo libre et ouvrirait une communication facile entre la Russie et la France.
A propos de quelques mesquines réunions opérées par les chambres de .Metz et de Rrisach, l’au- ^ ^ leur du Siècle de Louis XIV a dit : « Depuis Charn Icniagnc, on n’avait vu aucun prince agir ainsi » cnmaltrcelconquérirpardcsarrèts. » (,)u’étail-ce que les arrêts de la royauté auprès des décrets de l’empire ! (,)uellc distance d'une réunion de quelques milliers d'âmes comparativement à des réunions do principautés entières, comme les possessions du sainl-siége, de républiques et <lc royaumes, comme le Vahais, la Hollande cl les villes anséatiques avec leurs territoires ! Dans le xvii' siècle, à la nouvelle de roccupalion de <|uelque bicoque en
’ Cbnrgé d'affaires pré» In eonfé<lrralion du Uliiu, doni , le duc d'UIdeiduxirg rsl meinbiv.
• [tSJO]
POLITIOITE F.XTÉRIF.l’RE.
«•oiiséqiicnrp «les nrn'ts rendus p.nr les cliandtrcs de Louis XiV, le prince d'Orange s’écriait : « Il » Paul être aveugle pour ne pas voir que le roi de » France aspire à la monarchie de l’Europe; il . ^ I» vaut mieux périr les armes a la main que de laisn scr s’accomplir <lc scmhlahlcs usurpations. » Au moment des grandes incorporations elTectuécs par les decrets impériaux, de pareils cris oui pu s’élever eu Angleterre; ils sont peu entendus sur le continent. Peut-être la Russie elle-même rut^cJlc restée inactive cl silencieuse si Napoléon, en s’agrandissant, n’ciit compris dans les territoires réunis une principauté dont clic ne peut déecmiuent permettre la disparition. L’intérêt politique eilt pu tout supporter; rinlérct de famille, l’orgueil dyiinslique a reçu une profonde atteinte. On ne se haltrail pas pour les cinq millions de population arquis par la Fraiice;pn se battra pour quelques milliers d’âmes enlevées au duc d’Oldenbourg.
Dans le ménie iiiümcnt où Na|>oléoti faisait présenter au sénat les projets de réiiiiioii qui ajoutaient tel accruisscmenl son empire, il munirait, t pour soutenir celte œuvre de rambition, le déve-
luppcineiit delà force régulière dont il était en son pouvoir de disposer. Il demandait, .àlaconscripiioii de 1810, quarante mille huinmcs pour le service de mer, et cciit vingt mille pour le service de terre. C’est de cette époque que date une institution importante qui subsiste encore , la création > d’une école S|>ccinlc de marine. Tandis que les marins exercés étaient appelés à monter les vaisseaux, de jeunes marins s’instruisaient sur des divisions de petits bâtiments, aux manœuvres, au limonage, au maniement des armes, et faisaient rapprciili^gc de tout ce que le service de mer exige. D’autres recevaient, .i l’école spéciale, une in.struclion plus complète. Pour y être admis, il fallait être âgé de treize ans au moins et de quinze ans au plus. Un vaisseau devait être alTeclé à l'école de marine dans chacun des ports de Rrcsl et de Toulon. Les deux vaisseaux employés â cette destination reçurent le nom de deux marins célèbres : celui de Rrcsl s’appela le Duquesne, celui de Toulon, le Tourvillc. Les cantons littoraux de trente départements cessèrent de concourir à la conscription pour l’armée de terre, et furent réservés pour l’armée navale.
. Comme la simultanéité d’une levée de cent vingtcinq mille hommes avec le sénatus-consulle con-
■ Décret daté de FonlaincMcaii, le 97 septembre.
’ Lettre du due de Cadore, <lu 14 déeembre.
’ Lettre du due de Vicencc. du 10 novembre.
4 Lettre du duc de Viccnce, du 27 novembre.
’ Indépendamment de la surveillance générale exercée par tes agents diplomatiques, l'Emperciir, par une
qnéranl. dti 15 décembre, devait néccssairerncitl frapper les esprit-s dans tonte l’Enrope, et parlicu-lièrcmcnt h Pétcrsboitrg, l’ambassadeur français dans cette capitale fut chargé tl’y ilunncr des explicatioits propres à prévenir les inductions que l'on eût pu eu lirer. Les leêées *, devait- il dire, étaient le résultat d’uii système, nouveau adopté par l’Empereur qiti désormais voulait api>eler In conscription Ghaqiic aniicc, sauf à renvoyer, s’il n’en avait pas besoin, un pareil nombre de soldats des conscriptiotis anciennes. Ainsi, sans avoir une plus grande masse d'Iiotnnies sous le drapeau, un plus grand nombre de Fratiçais scrnietit instruits au incticr des armes. Cette itislilutiou, qui commciiçait, devrait être continuée les années suivantes. A la vérité, le nombre de crut vingt mille bnmmes dépassait celui de la précédente conscrip- ; lion, mais il y avait près de deux ans qu’aucune j levée n’avait clé faite. Tout l’arl de ces explications I éUiit impuissant ù déguiser la vérité qui éclatait de toutes parts. A. travers ces allégations, il était trop visible que^dès la (iiidelSlO, In France et la Russie, malgré l’apparente amitié des deux empereurs, étaient déjà dans un état réciproque d’observation. De p.irl et d'autre la délinncc est éveillée, cl trop souvent la défiance fait naître le mal qu'elle soupçonne. Elle existe, mais elle ne s’est pas jusqu’à présent manifestée au dehors. Ou dirait qu’on s’est donné le mol pour en laisser paraître les premiers indices en luéiiic temps à l'étersbourg cl ù l'aris.
Soit réalité, suit aflcclatiuii de crainte, lu Russie ne cessait de inoiilrer de l’irritation toutes les fois qu’elle voyait, dans quelques journaux , les noms de l’ojognc cl de Polonais. Le duché de Varsovie lui apparaissait comme une menace constante durélablissemciil de la Pologne. Il semblait que co fiU un danger procliaiii eonlre lequel il y eut urgence à so prémunir. Depuis quelque temps déjà des ordres avaient été donnés ^ pour faire .iccê- Icrcr rétablissement d’une ligne défensive sur la Duna. A Riga, à Duiiamund, a Rcvel et sur d'autres points, on élevait ou Pou réparait des forlilicalioiis. Ce n’Glait, disailron, que des dispositions de prudence en raison des constructions militaires opérées aussi dans le duché de Varsovie. L’armée russe avait reçu des renforts et une organisation * nouvelle. Ce qui se passait en Russie n'éciiappail ^ pas à Napoléon. Aussi faisait-il recommander au
IcUre dn 50 juin, avait affecté «ne somme de 130,000 francs A des missions secrètes en Autriche cl en Russie pour êlre bien informé dos mouvements militaires de ces puissances. Les observateurs chargés de ces missions éiaieni des hommes d’un ordre élevé, voyageant sous prétexte de curiosité et d'art. Ils avaient un chiffre.
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CIIAIMTRE XXIV.
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duc do Vicencc de ne pas perdre de vue les travaux que faisaient les Utisses sur la Duna et inC-mc sur le Dniester, u On ne peut pas se (lissin)uler >, H écrivait-il, que ces ouvrages, étant des ouvrages '< de campagne, décclcnl. de la part des Russes,
de manvaises intentions. Après avoir fait la paix » avec la l'orte ottomane, comme ils en ont l’es- ' >1 pérancc, voudraient-ils la faire avec rAiigleterre, '• et violer ainsi le traité de Tilsitt? Cette dernière >,paix les mettrait en guerre avec la France. » A ees paroles de l'Empereur, le duc de Cadore ajoutait dans une dépêche du 7, adressée au duc de Vicencc : « L’Emperenr ne désire pas cette guerre,
' » mais il sera toujours prêt .à la soutenir. Tous scs » vœux sont pour la cuiilinuation de la paix sur le Il continent; mais telle est la nature des choses » que, pour être en paix, le contincnl doit faire la n ff lierre à l'Âitgletcrrc, tant que V Anglclerre fera I» la guerre à la Franco. » Ces derniers mots rendent parfaitement la situation de l'cpoquc. L'alternative était forcée. Les puissances continentales étaient condamnées à choisir entre la guerre avec l’Angleterre ou la guerre avec Napoléon. Celui-ci ' ne pouvait pas, sans anéantir les elTels de son système, admettre d'exception, même pour la Russie.
I.e jour - où de Paris on prescrivait à l’amhassadeur français à Pétersbourg un redoublement de surveillance, l'empereur Alexandre entretenait cet ambassadour du bruit répandu de la marche d'une division française vers le nord de l'Allemagne.
De plus, continuait ce prince, celle division est suivie du grand parc ^ d’artillerie <lc l’armée, ce qui fait dire que tous ces moyens ne sont pas dirigés uniquement pour la défense des cAtes. >■ Je Il vous en parle , pour que vous le mandiez à l’F.m- II pcrcur, parce que cela agite toute l’Europe.» A ce propos, le duc de Vicencc n’ayant pas manqué de faire allusion aux travaux de la Duna, l’empereur Alexandre alléguait que le caractère de ces travaux était purement défensif, objectant d’ailleurs que, pour lui , il ne s’offusquait pas de ceux qui s’exécutaient à Praga *, à Sierock , à Thorn , à Modlin et à Torgau. Comme le fond de toutes les questions pour la France était la guerre au commerce anglais, le monarque russe prétendait que le^ demandes de Napoléon sur ce point allaient au delà des stipulations des traités. Pour son compte, u il » n’avait, disait-il, demande qu'une seule chose Il que les traités ne stipulassent pas, la convention
■récrivaient jamais par la poste, ittais faisaient parvenir leurs rapports par les courriers des légations franraises.
' Lettre de l’Eniprrciir an duc de Cadore, du S décembre.
I» sur la Pologne, et l’Empereur ne l’avait pas voun lue.» On sait quelle étrange obstination d’.AIexandre, sur un mol sacrainenlal a ses yeux, a empêché que la convention n’ait été conclue.
Les derniers mois de 1810 renferment tous les germes de la guerre t|ui aura lieu en 1812. C'est dans ces dentiers mois qu’à Paris et n Pétersbourg on s'est dit sérieusetnent que, datis un temps plus ou moins prochain, la guerre ti’était pas iitipo.ssiblc. De là des actes caractérisés de la part des deux cabinets. Napoléon a pu croire que beaucoup oser serait un moyen de faire reculer la Russie; cl, brusquement, sans discussion, sans iiisintialion préalable. par le sénatus-coiisulte du l.> décembre, il s’csl approprié toutes les positions iltt nord de l’AI- Icmagne. La Rttssie , de son cAlé , avait dt*jn , depuis quelque temps, jugé qu’elle pouvait s'affranchir dc< tous ménagements, et elle avait préparé sa vengeance par l’claboration d’un règlement de douanes, qui sera daté du .'il du même mois. Ce règlement, qui détermine les droits à percevoir sur tous les objets importés du dehors, déclare prohibés tous ceux qui ne sont pas mentionnés dans la nomenclature jointe à l’ukasç. Or cette nonienclature ne comprend ni les draps, ni les étoffes de soies, ni les rubans, gazes, batistes, toiles, dentelles, bronzes, porcelaines, en un mol, aucun des articles fabriqués en France. I.’inlroduction des eaux-devie était formellement défendue, et les vins n’élaicnt admis que moycunant le payement d’une taxe énorme. En revanche, l'ukase permettait l’ctitrée des denrées coloniales sous pavillon neutre, et tout le monde est d'.iccord que les ])avillons supposés neutres ne servaient alors qu’à masquer la propriété anglaise. Aussi, de l’aveu mémo des é-cri vains les plus dévoués à la Russie, de M. Schocll par exemple, c’était, de la part de celle puissance, sous une forme déguisée, il est vrai, un abandon complet du système continental. Indépendamment de l’esprit exclusif de i’uka.sc à l’égard du commerce français , une de scs dispositions- en indiquait rintention évidemment [mlitiquc, c’était celle qui, pour en assurer l’exécution, prescrivait la formation d'une armée de quatre-vingt-dix mille hommes sous le non» de gardes des frontières. Celle armée, que sa destination plaçait sur les frontières mêmes du territoire russe, devait être commandée par des ollicicrs supérieurs de l’armée de ligne. <,)uoiquc Napoléon n’cùl pas peut-être attendu de
■ Le? décembre. Lettre du duc deViccnce, ilcccjmir?. * Ce fait sera démenti par une déclaration du goiivrrneiiient francaii, du 27 mars 181t.
^ Les quatre premiers pustes iiidicpics étaient dans le duché de Varsovie,
P0UTI(JI:E KXTÉRIEl'nF.
ÿ Uttssic une rcsolotinn aasfi cnorgiqneitienl bo<ililc, il avait depuis quelque temps dciinc les pensées de ce cabinet, et c'est, nous n'en doutons pas, te pressentiment * instinctif de rcqiii se pré> parait eoiilre lui qui Ta porte à la (grande inmsion do nord de rAllcmagne, sans acception oiénic du . duché d'Oldctibount. Les discossiuits entre Tétersbourg et Taris, pendant 1809 et 1810, ont roulé
sur la n^aclion d'un accord relatif à la Pologne, qui a fini par n’étre pas conclu. A partir du eomincncenu'iit de 1K11. deux points de rontruverse vont apparaître sans cesse dans les* communications des deux États. Chacun d'eox a son grief s|m>cial, son mot symbolique, qu'il ne cessera de reproduire, la Hussie. le duché ü'Otdenbourg ; la France, rukasc du 31 décembre.
' C*cBi dans le moment où oc prononcèrent les înquit^ ludcsderEmpereurftrégardde la Rossie qu'il me nomma sou Agent en Pologne. Le 5 drcrmbec, H rivivail au duc de 0«4ii>re : • J'aî besoin « Varsovie d'un buinme plus
• iniclHgent que Serr.v. Bignon, qui est k t'JiHsnthc, me
• convlentlrnii tnieiie.* Il a*est personne. Je pense, qui oc tlui\ e s'enorjpieillird'aÿoîr reçu des marques dVstiine de riimpereur. .le riieni donc encore un snrrë billet, sdres.sè au même miiiii.lre. le S t janvier 1 RIO. Après s'élre plaint de la plupart «le tes agents daplomatiques. il ajoii* lait * ■ Met ministrta en Russie, en F-spagotet à Rade, «aoot les seuls dont laeorrespondance soit satisfaisante. On trouTtTA qu'il y a de ranuuir-pruprc dans ces riiAfions. Je u'en üiscousiens pas. Je nrtionorr d'avoir été remarque {varl'EDipercur, et ici je suis d'autant plus fier
de CRtic disUnction que le poste où fètsls plarè alors était moins iinporlant. Je ferai übserr#r i telfe occasion, par mon propre i-xeinple, ri>ml»iea l’Kmperrtir ra< liait de dèliraiessa dans tes prore<lés avei- ses ngcnls. Comme j'asàls, depuis un eért.iîu iioinlire d'.innées. le titre de Ujpinisira plénlpnientiaire et que j'étais accrédité eu qaa-^ lîlé d’enfO^tf cxiraonliiMire <l,iiu le gratwl- duché dt. Bade, l'Empt-rettr. avant de me nommer pour T.irsovie.'' me fil demander si j'aerepierois un litre infénear au luien. I.e Irailc de Tilshl |ioriaii que la France n'nurati qu’un réstrfetti k Varsovie. Je ii'hétitai pat à arcepter, L'iiupon.tnrr d'iiM mission ne lîenl pas loiijoursau litre de Tagent. J'tgiiorauquc TEmpereitr m'ossigneratl, i»our Varsovie, un traîteincoiücnihie de celui dont jejnuissois â Carisruhe.