‹ Histoire de FranceChapitre 9 sur 142 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

et qoc Icar souTerain nuurcau était i’cmpcrour Napol6on.^,Sîik

Il y aurait peu de générosité à se montrer sé' vère sur la conduite de princes devenus le jouet de l'ambition du plus fort, mais nous devons à la vérité de dire que la^ne d'Étruric n'avait pas su comprendre sa situation; que, d'une part, elle avait été pour la France un allie peu fidèle, et que, d'un autre cote, sa soumission aveugle à l’in- Quencc de la cour de Rome, alors mal disposée envers rEmpcrcur, avait dù déplaire à Paris, en même temps qu'elle rendait son gouvernement peu agréable à une population pleine encore des souvenirs du grand-duc I/éopold.

L'administration française qui lui succéda ne , pouvait pas non plus avoir le caractère de celle i 6es grands-ducs; mais, malgré l’inconvénient des ' innovations qui formaient son cortège nécessaire, ,v?^lcs améliorations qu’elle avait pour objet d’intro- ^duirc devaient être utiles au pays et profitables au gouvernement. En Toscane, comme dans le royaume d'Italie , des routes nombreuses furent ouvertes ou perfcclionnccs; les aûdémics, les universités obtinrent protection ctyravedr; toutes les industries, soieries, tissus, paflfo^, «ibâtre , rc- ^ çiirent des encouragements, e&j^pwsüres furent prises pour conserver les intéf^ffié^ivoorne en V. , présence des intérêts rivaux ièilie. La vérité 'c^dc CCS faits n

exposés avec de l'auteur , cqmme^ '^Touanges pottl^^i 4B^4)*est pas à l'JEmp ' v^ihienÉtd S’opivo 'organisât

|ra pas snSpé^. Te' les trouve dans THistoire d'Italie, dont sait, n'est pas prodigue de iléon. A'Ia vérité , selon lui , ce :ur qu’appartient le mérite du Toscane ; c’est à la junte charn de ce pays. Loin de nous la ihiestcr à qui que ce soit l’Iionncur de boiméSCt glorieuses actions ; mais nous pensons Se les agents qui savent concilier avec l'iniérél dominant de la France celui des pays qu'ils adniiiiistrcnt, sont ceux qui répondent le mieux aux intentions de l'Empereur , et il nous sera permis au moins de lui tenir compte de l'habileté du choix.

Dans le voyage de l’Empereur en Italie, son passage à Turin ne fut pas non plus stérile pour le Piémont. Là aussi furent donnés des ordres pour continuer des travaux déjà commencés et pour en entreprendre de nouveaux. Parmi ces derniers nous citerons une disposition qui ordonnait de creuser un canal pour joindre le Pê à la Méditerranée.

J’ai parlé des fêtes de Venise; mais j’ai passé sous silence celles de Turin et de .Milan; on les conçoit, on peut aisément s’en faire une image. Aujourd'hui nous condamnons, avec une philo-

sophique fierté, les hommages portés jusqu'à l’a-‘ dulation dont on entourait l'Empereur, cl surtout en Italie; mais lorsque le même homme qui, depuis plus de dix ans, éblouissait le monde par l’éclat de scs succès guerriers, se montrait comme un bienfaiteur à des pays qui lui devaient une nouvelle existence ; lorsqu'il marquait tous ses pas, comme administrateur, par des créations de tout genre, par des conceptions généreuses cl élevées , qui toutes avaient un grand but d'utilité publique, comment des peuples qui longtemps n’a-“ vaicnl eu que des maîtres pour la plupart inactifs «t nuis, quand ils n’étaient pas malfaisants, auraient-ils pu ne pas donner les formes de l’exagération à l’expression de leur reconnaissance? Les trop courts moments qui s'écoulèrent depuis la paix de Tilsitt jusqu'à la guerre d'Espagne sont, à mes yeux , les plus beaux jours du règne de Napoléon.

L'enchaînement des grandes questions dérivant des traités de Tilsitt, qui nous a conduit à exposer la situation présente de la France avec la cour de Russie , la cour de Vienne et le gouvernement américain, comme à retracer les événements d’Espagne, de Portugal cl d'Italie, ne nous a pas permis, jusqu'à présent, de nous arrêter sur les soins donnés par l’Empereur à l'administration intérieure de la France. Pour lui, les affaires du genre le plus opposé ont une égale importance : l'adminislration au dedans, la politique au dehors, marchent d’un même pas. Le même jour il les embrasse l’une et l’autre dans tous leurs détails; elles se succèdent dans son esprit sans se croiser ni se nuire. Toute la puissance «le sa raison appartient à l'objet présent , cl l’alTairc qu’il traite semble toujours être la seule dont il ail à s'occuper. Le rôle de rhistorien ii’esl pas le même. Ce que l’Em- {>ereur exécute presque siinullanémeiil , nous ne pouvons le raconter que par fractions séparées cl en groupant les matières qui ont le plus de rapport entre elles. C’est ce que nous allons faire pour les principaux objets d’ordre intérieur qui fixèrent particulièrement son atlcnlion dans les derniers mois de 1807. Nous avons blâme hautement l'Empereur d'avoir abusé de la position brillante où l’avaient placé les traités de Tilsitt pour modifier nos institutions cunstilutioimclics au jn-ufit de son pouvoir; nous ne pourrons jamais excuser cet envaliisscmenl; mais on dirait que lui-même il cherche à se le faire pardonner par la volonté constante qu’il manifeste de rendre l’action de ce pouvoir fructueuse , salutaire et glorieuse pour In France.

A peine rentré au château des Tuileries, scs ministres l’cnlourenl; tous l’ont bien servi; il adresse à tous des paroles de satisfaction. Il leur

*annuncc (fu*aprèfi a\oir fail le général iTàrtuée H va reprendre sea fonclioiin de pnmier mim'ttre Un ordre de (ravoil e^t auas^ùt iracé pdurlcs^divera dépar(orneti(!s ; chaque départenieiit aura ses jours, ses heures détermines, et, d'abord. An defaire ce qu’il appelle «es granticê rtrU^if il institue une suite de coiiseils^uiinistériels (me n*\utcrronipcnt ni les devoirs d'étiquette* ni Ivspecliodifes travaux du la capitale, ni M Tètes obli>

tées , ni les suanCe9’*inêuie du c&iseil d'étaR auxuelles il assiste avec beaucemp Exactitude. Toute la ^rt d’activité qu'avaient t^sorb^ les eombinaisoas roititaires, il la reporte uiainleiianl sur les ndlfires intérieures. Dc.Jâ une foule de mesu- ■ f^s,'de pigjels, de questions à ré^iidre. üli^ussions d^ ioute espèce; mais dans tous se^ projets ^mnie dans tous 8c§'aCtes, il règne senlinient qui les MiiohliCfles j^tilic 014 lès einmse, l’amour |dc la urandeur cl de la prospèrilé de Ta Kran

|dc cl ^ prospérité, de

L'uitp ^es t>e'£ces ^ lui suurfl le' plus 14t la destruction de lajiicudir^é. vLcsjj^ses, écritdl ^

«^èçon ininislrc^de rintéricnr, du^rwl être établie^ de manière qii’oii puissd'dirg :^Tou^inem|ignt • sera arreté} mais rarréter (>uur le mettre en pri- » son serait harl>ar^ cl (lourde. 11 ne faut Tarrélcr r» quu pour lui apprendra é gagner M,vic par son •« travail... (’c^lcrai^ufte erreur »ie vgutei^^nvi- ^ •> sager cet objet aulremSni qu'en grand. Il j^il^

» d'une opératîonqui doit dépenW huit i npilions. J'attaHit‘,dit'il da^ unc‘autr(} lettre^,' ü à la destruction do la mendicité une grandq ftn- -rÿ* portaiici' et uii| giit^de j^c 4le gloire . Il ne faut

point passer sur celle terre sans y laisser des ira n ers qui recommandent notre nom à la postérité. »' Après avoir |>arlé de différentes entreprises, (pi’il veut accélérer, cujjime des canaux et dC'idi^lL^iiC' iiients de marais, il^ajoute': • j(f tlèslre ((u'au eoro^

inuncs, tipp sotUveift*, selon lui, appliqués ü des objetsTnaj^tendus il cherche i mettre â Irur charge le^épeiilcs des prisoé^. ' Cela, dit-il, sc- .» rait fort avantagent â ce scrvice^puisque l'ordon- ’• uatcur se’trouverail ainsi prcs,^c la dppeuse. •

Entre tous les travaux qui nccnpént le plus rEmpereur, les canaux sont nu premier rang. 5ton ÿileifflo^serail que la venI6(fun c^nal terminé pr<K^^ •% 'Huisü le* fonds nécessaires pour ^ entreprendre un autre. «Je voudrais^ vendre le canal de Sainb*^ n Quènlin pour accélérer les travaux du canal de '> » l'Escant; veddre le caual d'Orléans pour accélérer ^ B ceux du canal do^Hourgogne; vendre même le B danal de Languedoc pour en affetter h‘ (troflnit A n'ia construction du caoal du lUiiu é la SaOne... n^uandces6inaux seront Oni^t vendrai en- B C01+ pour eiTfaire d’airtre».. . Mon but est de faire «Tes rhosisen sens inverse de r \ngletcrrc. En An- B glcterre(»n aurait accordé un octroi |Hiurlc canal ► » de ^int-^ueiitln . cl le gouvérormcnl l'aurait N atlodié à des capilali^les. Ici, .nu contraire, j*ai B^ cdoimeneépar construire ce canal. Il m’a coûté, V*/ûcroi^ huit milliohs; i) me rendra cinq cent » ujillc’franes, Je ne perdrai ilotic rien en le veii- B dant à une é^pagnie ce qn'il m’a coûté... Eai>

» tes-inoi. Je vous prie, un rap|Hirt là-dcssus. Au- V li^tiient iMiu$inoiirroiis.ivaiitd'avoir vu naviguer t»,ees trois grands carniux. * lèHIexaniihcletemps ^ que prenéraleiil 1(»S' travaux en suivant le cours ' ordinairedes ebo^. La longueur du délai refTrayc; il faudrait une vinglainc d'années. >. Que ne se pas- % iicra-t-ll pas pendant éc temps? Des guerres et des ’* hommes ipeptes arriveront et les canaux reste- B ront sons être achevés... On pourrait dépenser à t chacun trois I quatre millions par an, et dans N ^n(4,àsix tins nous pourrions les voir naviguer ^ tou| les (roi*.;. B*Aprè%quclque$ observations sur

B menecmeiitOe labefle saison la Franco prcMntc nii^renseignénients qu'il faudrait prendre, il con- • Te spectacle d'un pays sans mendiants où toute ^tinac },,^K^lVu(-étre ccla cuiiduira-t-il é ouvrir une

la population soit en tiiuuvemeiit pour einbeltir

U et rendre pnHluctif cet immense territoire

B Les soirées d’hiver sont lougues ; rempllssex vos <»' portefeuilles afin (lUe nous puissions, pendant ces B trois ujuis, discuter les flaoyctis d'arriver à ces 'i\ grands résultats. «

l'uur rendre utile l’emploi des f^nds des com-

' Lt'i docirioe» du gonvrrnrmenl ri^rt^veoutif n’ètaiem pat érUIrriét aIoj t eominc elle* le «mi pour oout mainieannt. Napoléon coiinâiuait i peine la di&iiiiciioa anjoiird'hiiiti banale: «Le rr)lrégnertnpgnuvernepat.<< L*eét-il eooniie rn théorie, il n'étaii guère dant ta iiaiurr ,:di' t'y totioieurr, et, eu eùMl été oapable^ pmt-étre l'ordri'du moude d'alortjie Ir liiiperuM:Uâii-ilpat. Dana la narebe couiraire qu'il a tiiivic, il a doiiuè de buntet de manvait exemplet, .avec cel ioconvcuîeut qfte, rclati-

cai9mdc4 iraraux puhffa, où les fonds spéciaux » dt'S routes, de la navigation, etc., scrotent ver&i's a dirccieiueni... Avec celte inslilulion nous cban- > gérions la face du territoire. Aucune circunstanre ■ n'est (dos favorable que cellc-ei. l'uisqiie j'ai de* n fondsdestiiiésà récompenser les géiiérauxct ofli- " ciersde la grande année, ces fonds peuvent leur

vement au bien qu'il a fail, U fallaii cire lui pour le faire, ei que. quani i tes mauvaltet «livras, rien n'rtt il facile que de Ict imiter. Sa vie, an retteyoffre un grand entcigiinurnt anx prlnrct dont Ict gouvorm-menu eontiilulionnelt. En aiiiraui à lui toute ta rvtpootabÜilé , il jouait ta couroiioe : il l'a perdue.

• Septembre léU7.

* Novembret Novembre.^

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CIIAI’ITHE II.

» ëfre donnés on actions sur ccs canaux aussi bien n qu’en rentes sur l’État... Je suis fîichc que le caÿ » liai de C.liarlcmunt ne suit pas di^u fait.. Si vous !* établissez la cuinpagnic, je vous ferai prendre

A quel câs pourrait -il exister deux minions de » quintaux de blé à Paris? La nécessité en existe- » t-elle? !> Là viennent des calculs sur le capital qu’un tel approvisiunneineiit exigerait et sur la

■^'u aillant d’actions que vous voudrez... Je fais con- i dépense de reiitrcticii. Pour résoudre la question,

Itk mIoÉMO «BXVBk A Im I it ^ I J I *«■«•■ <» ■ S ft M A < I B I ^ .1 ...

i> sislcr la gloire de iiiuii règne ù ebanger la face du >• territoire de l’empire. L’execution de ces grands ^1* travaux est aussi nécessaire à rintérêt de mes « [leuplcsqii’à ma propre satisfaction... » Grâce à ?^i’bcureusc situation des nuances, c’est l'Empereur ’-v <|ui rappelle sanscesse à son ministre qu’il y a, pour les divers travaux , des fonds tout prêts dont il ne ..^dispose pas asseï vilo! ^ ^

I ville de Paris est souvent l’objet de ses soins, sais il n'y a pas pour elle une préférence exclusive. r« Ce système d’av^cer des fonds à la capitale pour augmeiiter-scsl^ancbes de revenu a aussi le but , L » de conconrir à son embellisseiuent. Mon intcii- • 1» tion.pst^dc l’étendre à d’autres départeinciils. » ÜÿQoUe que soit l’iiuportance qu’il met à faciliter "les eommuuications intérieures, il entend toutefois } ne faire en ce genre que ce qui est vraiment utile, '.^our son pays natal , pour la Corse, un seiitiineiit de prédilection pourrait le porter à autoriser quel-

tques travaux de plus qu'ailleurs. Son esprit de justice s’y oppose . Il trouve qu'on fait trop pour ce déparlenieiit. Dans son opinion ilcux grands che- , iiiins sulliseatà la Corse, rtiii d’.Vjaccio à Üastiaj ^l’autre, de Bastia à St.-Florent. U fait la remarffttt ^très-juste « qu'une lie a moins besoin de granOTs routes qu’une province du continent, vu;J|^oî Il pour elle le idéilleur moyen de communication' ^^est la mer. n * f > *'

t' Ce même esprit d’équité se trouve dans tous scs actes. Ainsi, en s’occupant des importations et des ^exportations respectives du royaume d’IUlk et de ; la France, son désir de favoriser le commerce français ne remporte point à vouloir le faire aux »> dépens du royaume d’Italie. Il ordonne que des mesures soient prises pour concilier les intérêts des deux Étals.

^ ^ Sa prévoyance , qui un jour sera en defaut et le laissera sans défense contre rinlempérie de l’biver, se met aujourd'hui en garde contre toutes les hypothèses. « Le ministre de l'intérieur, écri- I* vait-il dès les premiers jours de septembre , ne doit pas perdre de vue que probablement il fera >^» très-froid cette année, et qu’il est possible que la ^ Il rivière soit gelée au 20 novembre. L’Empereur l’invite à lui faire connaître si , dans cette sup- » position, l’approvisionnement de Paris en bois,

» charbon cl farine , est suHisant. «

® ,jSur ce point grave de l’approvisionnement de Paris, rEmpereur pose plusieurs questions relatives à un établissement de greniers publics. « Dans

il est d'avis qu’il faut prendre connaissance de ce qui a eu lieu dans un espace de temps déterminé,, afin de juger si l’avantage du gouvernement serait en proportion du sacrifice. Il considère ensuite l’idée de transfurmer les greniers publics en une espèce de mont-de-[nété qui prêterait des fonds aux cultivateurs sur le dépôt de leurs grains. Enfin il passe à une autre combinaison. Au lieu d’avoir à Paris un seul grenier public , ne vaudrait-il pas ' mieux « diviser les magasins , en avoir un au con-, n Huent de l’Oise et de la Seine , un au centre du » Soissonnais, un autre au centre de la Brie?» Ces diverses questions seront résolues mal ou bien, mais toutes attestent la sollicitude de l’Empereur pour le bien-être des citoyens.

Les divers genres il’industrie sont l’objet perpétuel de sa surveillance. Les fabriques de Lyon lui semblent avoir perdu quelques-unes des qualités qui les recommandaient à l’Europe. Il désire qu’oii remonte aux causes de celte dêgénération, afin d'y porter remède.

Sou intention serait d'aeeliinalcr la culture du j:olon dans les provinces méridionales de l'empire. Son ambassade en Espagne lui procure des graines -pr^^?tyi|it des cotonniers «l'Yvica et de Valence.

devoir lÿljpq prince n’est pas toujours de l^^%*cst souvent aussi d’empêcher. Comme on a vVTBmpêi^r rendre hommage à la mémoire 'de «lu^^tel.-Aotabililés de notre histoire, les préfctss'évertuentà cxhumerles souvenirs des anciens temps. L'un imagine une fêle en l'honneur du Thibaut, comte de Champagne, un autre veut élever un monument à Agnès Sorel. L'Empereur réprouve la dernière de ces idées cunime très-peu murale , et, à l’égard de la première, il trouve ridicule que l'on s'amuse >< à réveiller la mémoire d’hommes :> qui n’nnl point eu un mérite éclatant. ;• Parmi les fonetiunnaires d’alors, beaucoup avaient été d'ardents républicains. Entrés dans les voies monarchiques, ils y allaient plus loin que l’Empereur. Préciséinenl parce que le monarque était nouveau, ils voulaient lui donner le relief de l’ancienneté eu rcnlournnt de choses anciennes.

De toutes les branches du service passées eu revue par l'Empereur, les finances sont celles qui exigent de sa part le plus de travaux et de temps. Les volumes de ebiffres ne l’épouvantent pas. Il règle les dépenses de 1806 et détermine le budget <le 1808. Malgré l’étal prospère des finances, un cmbarra« subsiste toujours pour le trésor , l’obliga-

AFFAIRES INTÉRIFCRES.

lion (Je recourir à des exp^dienU oiiêreus par suite de la dilTi^rence qui existe entre la reccUc réalisée et les dépenses exigibles. Nuus avons exposé aiU leurs tous les incomenient-s qu’avait eus la méthode suivie à cet égard jusqu’À 1806, et les améliorations produites depuis par la rectification du syslèrae des recouvrements ; mais enUn la dilDcullc n’est pas entièreinent évanouie, et le trésor reste indéfiniment, pourprés de quatre-vingts millions, dans la dépendance d'une foule de petitsemprunts à court terme. Ici h guerre vient au secours des finances. Ce sont les vainqueurs d’AusIerlitz et de Friedland qui vont éiro les préteurs de la trésorerie. I/Empereur décida que la caisse dos contributions extraordinaires perçues en Autriche cl en Prusse avancerait au trésor une somme de quatrevingt-quatre millions do francs. Le domaine extraordinaire restait proprietaire de ce capital et en ^ recevait les intérêts. Ce produit d’inlércls, l’Empereur l'employait en distributions annuelles pour les maréchaux et généraux, pour lesofilciorsqui s'é- * .laient distingués, et mémo |>ourdcs soldats que des gelions d’éclat recommandaient à sa idcnrciUancc.

L'économie que Napoléon s'attache àlaire régner dans les dépenses du gouvernement, ilia porte au plus haut point dans celles do sa maison. On ne reprochera pas à la cour impériale d'avoir manqué de tnagnincencc , et cependant il n'appliquait pas

ces dépenses de cour la moitié de sa liste civile. ^SÛrles vingt-cinq millions qui lui étaient attribués, il faisait tous les ans une épargne de duuzcà quinze millions. A l’aide de ces réserves, il avait rc|iarc, xenibclli les anciennes rc.vidences royales; il les avait enrichies d'un mobilier dont la valeur montait à plus de vingt-quatre millions, dépense qui de plus , C’avait eu Favantoge de fournir du travail à nos manufactures ; enfin il avait fait exécuter des travaux atilcs de diverses sdrles, dont il dégageait ainsi les budjets de l'État. Jamais fortune privée ne fut administrée avec plus d'ordre et soumise à uno surveillance plus sévère, sans toutefois qu'on aperçût les tra('cs d'une parcimonie nuisible A l^éclat et à la pompe dont le trùned’un grand empire doit être entouré.

Pour compléter l'orgatiisalion financière du gouvernemoni, il manquait une institution propre à donner de suffisantes garanties sur le maniement des deniers publics. A la vérité, il existait une commission chargée de procéder à ce jugement en dernier ressort; mais le but n'était pas atteint. L'insuffisance de celle commission inspira au ministre du trésor l'idée de rétablir, en la pcrfeclionnaiil, une magistrature que la révolulion avait détruite, la chambre des fomptes. Le projet soumis à l'Empereur ne fut pas admis dans tuatc son

élcDduc. Le plan proposé fondait un tribunal suprême qui, <( séparé de faction administrative et » ayant findépendance que donne l’inamovibilité, » SC plaçait en quelque sorte entre le gouverne- » ment et ta nation, pour juger si ceux qui avaient » pris part au maniement des deniers publics, soit n comme agents de reccUes et de dépenses, soU » même comme ordonnateur», n’élaiciit accusables » ni de concussion, ni de délourucmcut, lud’ein- » ploi irrégulier; si les impôts afTcclés pàr les lois N de financ(:^s à cha((ue budjet cl recouvrés dins Il leur proportion légale, avaient également suivi- M leur destination légale dans tous les actes du niin nistère, du trésor public et de leurs agents res- » pcctifs. Des magistrats inamovibles, à fambitioa n desquels la nature même de leurs fonctions traçait » en quelque sorte une orbite à part, ne pouvaient pas lever sur les. ministres le seul regard que n ceux-ci redoutent, celui de la rivalité. La seule » émulation qui pût leur promettre des succès était » celle d'être justes... î^urs censures, lors même n qu'elles auraient atteint le premier homme de » l'État, u'auraieut jamais pu noire au mouvement » desilTaircs publiques, puisqu’elles u'auraionl pu » porter que sur des opérations consommées deux J* ans auparavant...» Telle clait ta première pensée du projet formé pour la création d’uue nouvells courdes comptes. Un gouverBemcnl libre n'cùt pas compris autrement ccUc institution. C’est dans la loi qu'il doit exister un principe de surveiflance sur les premiers agents de l'État. Par cette raison même, les vues qui avaient dicté le projet ne pouvaient pas convenir toutes à rcm|>crcur Na|M4con. Concentrant radmhiistraliuii tout entière entre scs mains, il ne voulut pas déléguer à un corps quelconque un droit d'exarnon sur le» ordonnateur». Ce droit, il sc le réservait à lui seul, et co fut, afin de pouvoir t'exercer avec conuaissaoce de c^use, qu'il chargea la cour des comptes de rédiger dae cahiers d’oteervatious dont il se constitua le^'scal juge. Sous le ri^a d’on homme qui était lai-ixiémc soii premier ministre, peul>4lrc le systemo adopté éta^R sans inconvea^t. 11 ne le serait pas dans tout autre état dé* choses, surtout dans un gouvernement où il existerait une rcsponsalHUlé ounislérielle. Là, dans fintcrêl du pays comme dans celui des ministres eux-mêmes, la cour des comptes n'aura pas complètement atteint le but de son institution , tant que les actes des ordonnateurs do seront pas soumis, d'une manière plus ou moins directe, à son jugement et à ses censures.

L’clablisseinent de la cour des compics et l’adoption d'un code commercial furent les actes législatifs les plus importants de 1807.

Le soin que niellait l'Empereur à se conserver

CHANTHE II.

en tout une pari d'inlerveiilion personnelle, comme à regard de la cour des coniples, teiiail en mt^me temps el à smi caractère cl à la manière dont il envisageai! le pouvoir. Son principe, lK>n pour lui et pour le gouvernement qu'il s'élail formé, était que le prince «loit tout voir el présider n tout. Il fallait bien qu'il en fût ainsi dans un ordre de choses où tes ministres n’avaicnl de responsabilité que devant le prince; autrement ta res|>onsabili(c n'cûl été nulle (>art. Ainsi le ministre du tK‘Sor pense que, le bu<ljet étant une fois bien réglé, il convient que la trésorerie remette . par douzième, à chaque ministre, les fonds qui doivent lui revenir. Napoléon ne partage pas celte manière de voir. C'est par luimême qu’il entend (|ue soi! déterminée, chaque mois, ta part nécessaire aux divers départements. M La marche qu'on lui propose n'est bonne, dit-il, » que pour les princes qui méprisent la manœuvre » des chilTrcs. Les méthodes ne se diTcndcnl pas H dies-iiiémcs ; les lois seules ne gimvenient pas » les hommes, et moins en France qu'ailteurs; la » France est faite pour la munarcliie; mais elle a i> besoin de sentir la main du monarque ; cVst elle i> qu'elle invoque, c'est rarvnieiit clic qu'elle ar- <> tuse; il ne faut pas oublier ce cri par lequel les » |>aysans français se consolaient autrefois de vexa* lions subalternes : Ab ! si le roi le savait! Crtiyezmoi. J’ai de bonnes raisons de iie|>as m'endormir i> sur ce siège; je connais la nation française; elle I» me sait gré de mes longues veilles ; je les dois aux n cflorls que je lui demande; je les dois à rcxempic » de tant d'hommes dont je n'entretiens l'activilé » que par la mienne, dont je ne préviens les écarts » que par ma survcillanrc; il faut que celte survciln lance soit de tous les muments; qu'elle s’étende H à tous les détails. Je ne cherche pas les plus courts » chemins; je ne crains ni la fatigue, ni rennui » des longues roules; elles m'offrent plus de choses <• à voir.» Hans < es maximes se trouve la p4'nsée du gcuvorneiiu'ut <le \tip<déoii. Avec un bomme de sa trempe , ce s)slème a fait moins de mal qu'il n'en eût pu faire avec tout autre; mais on Itii-niéme il est toujours dangereux, puisque faire dé|>cndrc de la |>crsoniu- seule d'un prince ta bonne administration d'un pays, c'est laisser le pays sans garanties véritables, ('.'était d’après cette manière d’envisager ses devoirs, que «lepuisson avènement i In tète des affaires, consul et empereur, il avait, tndé[>endammeiil de ses agents ollicieis, un grand nombre de correspondants, inconnus les uns aux antres, ayant droit do tout lui écrire. Parmi ces correspondants, il se trouvait naturellement des hommes de mérite cl des hoimnes ordinaires, des hommes très -estimables et d'autres qui ne l'élaienl pas. Cependant jamais il ne prenait de décision , soit

sur les hommes, soit sut tes choses, qu’après des enquêtes conformes anx régies de la justice. On serait entièrement dans l'erreur si on voulait voir, dans ccttc correspondance secrète, un système de délation organisé. Les rap|Kirls, tels qu'il les demandait, n'avaient point pour objet l'accusation «les personnes. Ils ne devaient point servir les passions d'un parti; ils ne servaient que la passion du matirc pour tout savoir, pour commander toujours de nouveaux efforts, en prouvant qu'on n'cii faisait pas assez. Ouciquefuis il riait des bévues de ses correspondants; mais U no les leur reprochait pas. trciU été les décourager, et il croyait avoir lM*soin «Peux pour entretenir dans ses principaux agents ccttc inquiétude d'esprit qui l'agitait luiméme et qu’il regardait comme la prcmièreqiialilé d'un homme d'Ivtal. I.a tâche de sescotrcspoiidanls était diversement répartie. Les uns fournissaient un article tous les mois; les autres toutes les se- ^ inaines; ceux-ci, sur la marche de l'admiuislration, ceux-là, sur les plus hautes questions d'inlérét public. On était sûr du secret. Il brûlait lui-mèntc toulis les pièces. On ii’a connu depuis que ceux qui ont jugé à propos de se faire cnnnaitrc. De ce désir qu'avait l'Enspereur de tout savoir, il résultait un inconvcnieiit grave, c'était le besoin pour lui de faire plus que régner, l'hahitude de gouverner sans cesse, d’administrer persoimellemeiil plus que chacun de ses ministres.

L’Ein|>crcur, qui a tenté un si grand nombre d’innovations en divers genres, ébiil routinier en ce qui concornail les alTaîrcs administratives. Il aimait à tout rapi>ortcr à la tradition, •> sc fiant X plus, disait-il, aux souvenirs qu'aux essais. » Cest assurément an priiici|K: très-sage que de se conduire d'après le positif des faits, et de ne pas se livrer légèrement aux tl)cnrie.s; mais ce |>riricipe poussé trop loin arrête tome espèce de progrès. L'un des mots de notre langue que l'Empereur apjdiquait te plus mal était celui iVidéolOffuc. C'élail do ce nom qu'il qualiflail les hommes qui avaient *de riiiüépendanee dans les opinions et le caractère.

« Je vais faire discuter une lui qui n'esl pas dans » lo système de vous autres idéologues, dit-il un » jour devant quelques-uns de .ses ministres, car elle doit déclarer usuraire tout ce <]ui excède un n intérêt de cinq ponr cent. i> Le projet, accueilli l>ar le conseil d'Élat, fut converti en une loi qui subsiste encore. Cependant ces allusions ironiques ne l'empêchaient pas d'accorder toute rcslimc qui leur était due, à des hommes dont l’opiniuii n'était pas toujours la sienne. L'n de ses ministres, qui se crut pcrsoiitiellemeiil désigné dans ces saillies contre les novateurs, ayant j%gé à propos de lui en écrire, Napoléon lui répondit: « Je ne coiiipreinls

AI-FAIUES INT^:i\IErnES.

» rien à voire lellrc. Je pourrais lu^mu en ^tre » blesse si elle ne me fournissait pas roccasion H de vous renouveler l'assurance de la salisfaclion » que j'ai de vos services et dont Je mu f»ro|>osc de i> TOUS donner une marque éclatante. » Peu de jours après il lui accorda une gratification pccuniairc et le décora d'un grand cordou étranger. Ce procédé, comme tant d'autres, rnonlre la fausseté de ce qu'on a dit sur sa dureté prétendue envers ses principaux agents. Il est très-vrai, et nous ne voulons nullement le dissimuler, que dans ses conversations de cabinet, lorsqu'il y avait plusieurs témoins, il exprimait quelquefois ses idées d'une inauière tranchante cl même despotique. Après avoir tout fait pour opérer la conviction s'il n'y réussissait pas, il semblait la commander, ou du moins il.comiuandail l'assentimeiitdu silence. Lorsqu'il avait ainsi (wrlé, il faisait un appel au jugement des personnes présentes, et il ne manquait jamais de braves pour accourir à son secours. Parfois aussi, faisant un retour sur lui-mémc, et honteux de se donner raison en abusant de ses avantages, il cbcrchailà s'en excuser avec ses mterlucoteurs. U Convenons, dit-il un jouren moiilrani son M fauteuil, qu'on' a facileuicnl de l'esprit sur un tel X siège, n Pour tout dire, nous devons ajouter que, par un faible conmiuo à tous les honnnes, s'il estimait plus son courageux contradicteur, il avait plus I do |)oiichanl pour les hommes toujours prêts à être | de son avis. l)u reste, la polémique im|>ériaie n'avaitcc ton impérieux que pour la controverse^, en présence de plusieurs témoins. C'était un rôle qu'à tort, selon moi, il avait cru nécessaire à sa position. I^i toile baissée, l'acteur avait disparu. La métamorphose était complète. Personne n'était plus bienveillant, [dus attentif dans les conférences privées.

Il écoutait avec sang-froid, examinait avec patience, et souffrait à merveille la dissidence d'opinion. Il n'est pas de fonctionnaire a<linia auprès de lui , qui n’en ait conservé de flatteurs et quelquefois de louchants souvoiiirs.

S'il lui ctail arrivé de chagriner quelque homme honorable, il cherchait bientôt l'occasion fie le lui faire oublier. Il demanda un jour si un conseiller d'Elal, qui venait d'assister à une séance, n'étaît pas malade. On lui rappela qu'il lui avait parlé avec sévérité quelques jours auparavant. ^ Il a bien X tort d’y penser, répliqua l'Empcrcnr; |M»ur moi,

*• je ne m'en souviens plus; » et l'injustice qu’il .sc reprochait devenait une occasion de faveur |K>ur celui qui avait eu à s'en plaindre.

’ M. de Taliryrnml appchiii r«*s causeries impériale» <lc» r(HifalHil.'iiU»ii».

' fi De s'agit iei que de» roiivcr»nnons dans »on rnlti-

Comme les qucstioiLS de politique étrangère, qui SC développeront devant nous dans l'année où nous allons entrer, s'enchaîneront les unes aux autres sans pouvoir être, de quoique temps, inlcrronipues, nous croyons devoir, par une légère anticipatiou de deux ou trois mois, placer ici un acte d'ordre intérieur qui appartient au mois de mars 1808, acte politique, fondamcnlal, qui uiodiQc cssenlicilcinent le prîncqvc de toutes les constitutions que la France s'est données depuis 1780; cef acte important, c'est le rétablissement des titres héréditaires.

L’un des pi'océdcs déceplionncis , trop souvent mis en usage par les gouvorncmenls pour faire admettre plus aisément une iustitution qui pourrait déplaire, est de considérer cette institution comme déjà existante en réalité, et de iradnirc en fait reconnu, consenti, un germe ina|>crçii, furtivement déposé dans des lois aiitéricuTPS. Cest ainsi qu'un sénatus-consultc du 1*' mars 1808 rappelle ou plutôt apprend à la France que la création d’une noblesse héréditaire a été consacrée par dev S.-C. précédents , et que lu nouveau statut, proposé à la sanction du sénat, n'est destiné qu'à donner le mouvement et la vie au système fuiidc par lus S.-C. des 31 mars et 14 août 1K06. En quoi cntisislaienl ces anciens sénalus-consullcs?

L'un , celui du 31 mars, relatif à la disposition faite par l'Empereur des provinces vénitiennes, du royaume de \aples, des duchés de Berg cl de Clèvcs, du duché de Guastalla et de la principauté de Neufchàtel, avait été accompagné de pièces portant que l'Empereur érigeait douze duchés grands flefs dans les provinces vénitiennes, cl six autres grands fiefs dans le royaume de Naples. L'Empereur SC réservait du donner l'iiivcslilure desdils fiefs, pour être transmis hérôiiiiat'rement. Un statut du même jour érigeait pareillement en grands fiufs Iiércdilairus les duchés de Farine cl de Plaisance.

L'anlru S.-C, , celui du 14 août, réglait la possession delà principauté de Guastalla par la princes.se Pauline, sieur du Napoléon, et par le prince Burghése son c|m>ux ; mais à la suite d'articles qui se rapportaient h cet objet particulier, venaient lies dispositions d'un intérêt roinmun à tous les Français. D'après l'article VIII, l'Empereur, quand il le jugerait convenable, soit pour récompenser de grands services, soit |>our exciter une noble émulation, soit pour concourir à l'éclat du trône, pour rail conférer des litres héréditaires et autoriser un

net, 04 non des séances dti conseil d'Êiai. où il admcUdii c4 désirail ta plus grande iiul(^'iul.u]cc dans la discus- simi.

CIIAWTIIE II.

chef (le famill(i h subsütucr scs biens pour la dotalion do ces litres.

A i'cpiMjuc où ces S.-C. avaient paru, comme Tcxécution n'en avait pas imnn^dialc, la France n’y avait donné que peu d'attention. La même dexterîte qui av.vi( . en 180G, enveloppé, dans deux sénalus-ronsultes différents, le principe d'une noblesse hériditairc, présida au choix de la première application de ce principe en 1807. Quel sera, en dehors delà ramille impériale, le premier duc créé par Napoléon? Ce sera celui que l’armée peut regarder comme le type du soldat élevé par son seul mérite, ce sera le maréchal Lefebvre. El dans quel moment? Au milieu des trophées de la victoire. aussitôt après la prise de Dantzig. Celle proniolion isolée ne produit encore qu'une faible impression. Pour laire connaître la pensée impériale tout entière, U faul que le scnalus-consullc du l*' mars 1808 vienne proclamer comtes cl l>aron$, avec Iraiismissibililé , les botnmes revêtus de telle ou telle fonction publique. C'est partirulièix'inent à l’égard d'actes do celle nature que la condescendance du sénat a mérité le blâme. Dépositaires des droilii de tous, les sénateurs laissent altérer le domaine cuininun à l'avantage d'un petit nombre. Placés eux-mémes dans ec petit nombre, au lieu d'élre les fidèles gardiens de l'égalité , ils enregistrent une inégalité dont ils prolitcnl. F.sl-cc égoïsme, avidité, orgueil? C'est plus encore éblouissement cl fasdnation. Il semble que personne ne raisoiuic plus, ne réfléchisse plus. On laisse en quelque sorte à rKm|>ereur le mono|>ole de la pen- S(Sc ; cl sa pensée , chaque j<nir plus nxmarebique dan.s le sens des royautés absolues, est, dès qu'clic Sü présoiilc, acceptée, applaudie, et justilléc par di'S siqibrsmes que l’on eml)eilit de toutes les fleurs de l'éloquence. En cette conjoncture, on voit revenir, dans les discours ofliciels, pour motiver la fondation d’une nouvelle noblesse , tous les arguments qui eussent pu être employés pour la conservation de l’andenne. Le talent des orateurs s’évertue aussi h démontrer que la création de titres nouveaux est le meilleur moyen d'extirper les dernières racines de l’arbre féodal, à prouver que ces litres n'clèvcnt point de barrières entre les citoyens et ne portent point alleinleà l'égalité devant la lui. Les homines éclairés ne s'aveuglent pas sur ce qu'il y a de dangereux dans une institution qui déjà, en naissant, emporte avec elle un privilège, le droit de fonder des majorais; mais les niasses ne voient , dans la transformation de plélièiens en hommes titrés, qu'une sorte de victoire sur les nobles d'autrefois, et c*est, jusqu'à un tcrlaiii point, la haine de rinégalilé ancienne qui favorise l'introduction d’une nouvelle inégalité.

Parle rétablissement des litres héréditaires, Napoléon, si jaloux de l'élévation de la France, coii- Iribuait lui-inétnc, sous un certain rapport, à son abaisscincnl. Du moment que le nouvel empire avait d«‘S comtes et des ducs, si ces ducs et ces comtes étaient les égaux des hommes revêtus des mêmes titres dans les pays étrangers, le reste de la nation retombait dans un rang inférieur. Auparavant et surtout depuis le 18 brumaire, tout Français marchait de |vair avec ce qu'il y avait de plus distingué dans les autres pays; tout Français y jouissait de la même considération qu'un citoyen romain dans les beaux jours de la république. On l’a dit avec orgueil, mais non sans vérité, et les étrangers eux-mémes étaient les premiers à le reconnaître : la nation française alors était la noblesse du genre humain.

I.a seule excuse de l'Empereur, mais excuse bien insuflisaiite pour un acte de cette gravité, c'est rutilité du moment. Engage, comme îldevait i'étre bientôt, dans les plus vastes entreprises, il avait besoin d'une nouvelle monnaie pour rccom|)cnscr tous les genres de services. I>a prudence lui ordonnait de ménager le trésor précieux de la Légion d'IiomiGur. En appliquant à d'autres hommes des litres autrefois enviés, il donnait à ces titres une valeur différente cls'ouvrail une mine alHiiidante qu'il aurait tout loisir d'exploiter. L’appàl offert à la vanité roturière ne manqua pas son effet. Tel guerrier qui, peu d'années auparavant, dans son exaltation républicaine , sc serait fait tuer pour empêcher le rctablisscincnt des anciens litres, va maintenant se précipiter au milieu des périls pour conquérir une de ces dcnoininalions remises en linnncur cl devenues le prix offert au dévouement et au courage.

La sévérité de notre jugcineiil ne doit pas aller jusqu'à l’injustice. Tout on prétendant assimiler les formes de son empire aux formes des monarchies étrangères, Napoléon en effet va forcer ces dernières, du moins celles qui sont soumises à son ascendant, de s'assimilera la sienne. On aurait tort de croire que la création d'une nouvelle noblesse en France, telle que la racuime la main impériale, doive être agréable dans les Étals dominés par une puissante oligarchie, et en Autriche par cx(.'rn[>ie. Napoléon a beau faire, on ln>uve à Vienne qu'il y a du jacobinisme dans toutes scs œuvres. Celte institution empreinte de son caractère, qui, d'un soldat de U veille, d'un savant, d'un jurisconsulte, d'un iiommc de lettres ou d'un artiste, fait un baron, un duc ou un comte; celte institution dont s'affligent on France lesamis de l'égalité, est. jxiur l'ordre nobiliaire d'Allemagne, une mesure essentictlemenl révolutionnaire. C'est abolir, c'est tuer

AFF.VmES INTERIEVUKS..

(inc seconde roisFancienne noblesse que d'en faire une autre qui ne comprend pas, avant tout, 1^ aii' cicimes familles; qui n’adnict qu'un petit nombre d'entre elles, et encore en leur donnant des titres inférieurs à ceux qu'elles avaient autrefois. Quelle humiliation pour la noblesse ancienne de ne pas voir un seul de scs membres replacé au rang des ducs, quand la volonté impériale fait des généraux Daroc et Savary des ducs de Frioul et de Rovigo, de F'ouebé le conventionnel un duc d’Otrante, du financier Gaudin un duc de Gaetc, comme pour insulter encore les puissances dont ces noms rap* pclIcDtlcsouvenir! Et, d'ailleurs, qu'est-cc qu'une noblesse qui consiste dans une doiinminalion sans privilèges exclusifs et sans immunUés pécuniaires? Loin d'èlrc un renfort pour l'aristocratie, c'est une hostilité contre elle, c'est une innovation d'un funeste exemple qui lui portera malheur; et sur ce point l’aristocratie ne se (rompe pas, car bientôt, dans presque tons les États* plus ou moins sountis à i'innuenee française, la noblesse sera réduite à scs titres seuls, sans aucune exemption des charges publiques. .» , ^

Napoléon était encore assez jeune, sa cour et son armée jeunes. I*a plupart des maréchaux et ses généraux d’une grande réputation avaient épousé des personnes élevées dans de brillants pensionnats, et déjà quatre à cinq années de cour avaient disposé et les hommes et les femmes à porter les litres les plus élevés aussi légèrement que s'ils j avaient été accoutumés dc's leur naissance.

Je n’examinerai point si, en 1789, un eut tort ou raison de faire brusquement disparaître les litres nobiliaires. Je prends les choses au point où elles étaient en 1808. Depuis 1789 jusqu’alors^ il n'y avait pas eu de noblesse en France, et cependant la force ni l'éclat n'avaient manqué à la république et à l'empire. La gloire de Hoche , de Kleber, do Desaix, de Marceau, n'est ni moins pure, ni moins brillante, parce qu'aucun litre n'accompagne leur nom. Les noms de Masséna „ Ncy , l>anncs, Soult , Mortier et autres, ont-ils davantage besoin , pour leur illustration, d'être escortés des titres de ducs et de princes? Fin rétablissant une noblesse héréditaire, nous croyons que rEmpereur méconnut coniiHétement la disposition réelle du pays. Le véritable esprit de la France, c'est l'csprît d’égalité. Autant il y a, dans la grande majorité des niasses nalionaics. une volonté forte pour riiérédité du trône, parce qa'clles ne veulent ni les élections de gardes prétoriennes, ni les élections do carrefour, ni un comité de salut public pour remède à l'aiiarcbic, autant cette volonté supporte à regret, dans une classe particulièred’habitanls, une drslînrtion que des enfants rccaeillenl comme une propriété |iatrimqiiiatê.

L’un des griefs qui. après révéncmenl, ont jeté le plus de défaveur sur celte institution impériale, c'est que , Napoléon tombé , sa nouvelle noblesse a inislesBourbonsenélat de ressusciter l’ancienne. Si, de 1789 à 18M, la suppression do tout ordre nobiliaire eût constamment été maintenue, il n'aurait pas été au pouvoir de Louis XVllI de faire revivre les litres de l’ancienne monarchie. C'est aux qualifications nouvelles que les qualifications anciennes doivent leur réhabilitation.

Nous avions si longtemps suivi Napoléon dans scs courses victorieuses et sa vie politique du dehors, que nons avons dü assister un moment à scs opérations d’ordre intérieur; mais scs pensées ne sont pas, ne peuvent pas être cunceiUrées dans le territoire de l’empire. L'administrateur y est toujours présent; l'huiDme d'EUl a les yeux ouverts sur toutes les parties du monde.

Quoique, dans te cours de 1807, la fortune ait partout souri à la F'rance et presque partout contrarié l’Angleicrre , un jour on se demandera où sont les résullals heureux que Hi France avait obtenus, tandis que rAnglelerre gardera une |Mrlic des siens. Les bouches du Cattaro, les (les Ioniennes, le Portugal, le grand-duché de Toscane, sont devenus des provinces de rcinpirc français ou sont occupés p.'ir nos troupes; mais sont-cc des (lossessions où la France puisse longtemps se maintenir?

De toutes nos acquisitions en 1807, les moins considérables en app.irence étaient en cfTel les plus essentielles. Celait Flessingues avec ses dépendances, qui donnait une bonne position à notre ma fine. Célail le fort de Kohl devant Strasbourg, le fort de Cassel devant Mayence; c’clait surtout la place* de Wesel, tous points imporlauLs qui nous fortifiaient sur le Rhin et mettaient dans nus mains les clefs (le l'Allemagne.

L'Angleterre a échoué dans presque toutes ses entreprises; elle a fait quatre expéditions, à Constantinople, en Égypte, à Buénos-Ayrcsel à Copenhague. Les trois premières ont tourné contre efie.^ En Danemark seulement elle a réussi; mais quel succès ! cependant clic a dépouillé les arsunaux de Copenhague; clic a enlevé la flotte danoise. Co qu'elle a pris, elle le gardera. Madère, Curaçao, les (les danoises aux Antilles, Iléligoland dans la mer du Nord, sont (ombés en son ]>ouvnir. TIéligolamI est un iHiiiit avantageux pour son commerce. F.llu le conservera. grandeur apparente, l'éclat, la gloire , ont é(é pour la France; la réalité du gain durable est pour l'Angleterre.

' Les réunionsdontil cstqiictrion »ei,op<'>n‘escn 1807, ne seront prnclaiDécs oScielIcnirnt qiiVo 1808. «

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