CHAPITRE XXV
circonstances tout à Tait minutieuses. Le séjour de la reine d’Elrurie à Nice ne lui convenant pas, il dit : « Celte princesse serait très -bien à Rome » Je lui donnerai une maison, et comme elle jouit Il de quatre à cinq cent mille francs de revenu, la Il dépense qu'elle en ferait à Rome serait utile à » cette ville. »
S'il était un homme en qui l'on pût excuser l'ambition de commander à un grand nombre de peuples , ce serait assurément celui qui , on devenant le chef de ces peuples, s’occuperait aussitôt à leur procurer tout le degré de bien-être que comporteraient la nature dos temps et l'état général du monde politique. Or tel a été sans contredit le rùlc de l'empereur Napoléon; tels ont été scs sentiments et scs œuvres. On dirait, et c'est une remarque faite par des hommes qui ont beaucoup vécu à scs cOlés, qu'en faisant des conquêtes, il a autant pour objet de préparer de l'cxcrcicc à son esprit que des jouissances à son amour-propre. Dès que la France s'augmente d'un État ou d'une province, l'Empereur se livre tout entier à l'étude, à la discussion de tout ce qui se rapporte sa récente acquisition. La nouveauté même des objets donne un plus vif élan à son infatigable activité. Nous en voyons la preuve, en 1810, relativement aux États romains cl à la Hollande. Ces deux contrées demandent des vues et des mesures d'un ordre différent. L’Empereur comprend à merveille ce qui convient à chacune.
L'un des premiers objets qui appelle son attention dans les Étals romains, c'est rassainissement de Rome cl de scs environs, c'est le dessèchement^ des marais Fontins et leur appropriation à d'utiles cultures. Sept questions sont posées par l'Empereur, et livrées à l’examen d'une commission ^ qui doit être réunie sur les lieux dans le courant du mois d’octobre.
Dès à présent, le sol des environs de Rome parait propre à la culture du coton, et celle culture, encouragée par une prime, offre, en 1810 meme, un important résultat *.
Des fonds sont accordés pour la conservation cl la réparation des monuments que renferment les églises, pour peu qu'ils aient de valeur sous le rapport de l'art, de l'hisloire ou de l’antiquité.
Les beaux-arts formant la principale illustration de la Rome moderne, ce noble patrimoine ne périra
' Lettre du 31 décembre.
’ Lettre au ministre de l'intérieur, en date du 35 juillet.
* Cette commission, présidée par le sénateur Fossombroni, sc composait de savants du premier mérite, tels que M. Prony et quelques hommes très-distingués dans l'étude et la pratique de l'agriculture.
I pas dans les mains de Napoléon. Une dotation an- I nuctic de cent mille francs est accordée à l’académie de Saint- Luc. Les écoles qui dépendent ^ de cette académie reçoivent une organisation mieux entendue. Canova en est nommé le directeur perpétuel.
\ Ce qui existe est amélioré; on crée ccqui it’cxislc ' pas. Le jardin botanique obtient un notable agrandissement.
En établissant une école do musique, on lui donne pour directeur Zingarclli.
L'école de mosaïque était reléguée dans des bâtiments étroits et humides; elle est transportée dans un vaste local possédé autrefois par le sainloilicc. Là on enseigne gratuitement cet art intéressant de conserver les chefs-d’œuvre périssables de la peinture. Des concours sont établis et des prix assignés aux élèves les plus habiles.
L’administration ne s’occupe pas moins des intérêts matériels de celle capitale et surtout de ce qui lient à la salubrité. La distribution des eaux, organisée avec intelligence dans le gouvernement ponlincal , reçut des améliorations , qui pourvurent, de la manière la plus satisfaisante, à la propreté de la ville et au service des habitants.
Des travaux bien dirigés découvrent, dans Rome même, les richesses qu'on y laissait enfouies. Les fouilles arrivent en peu de temps jusqu’à la base de la statue de Jupiter Stator, cl une partie du Capitole est rendue à sa forme primitive.
La vieille France, loin d'être jalouse des progrès qui sc développent dans les nouveaux départements, leur envoie des machines pour y fonder ou perfectionner des manufactures; elle fait connaître à la population romaine une source de bien-être que celle-ci ignorait, le travail; et celle population, fainéante sous scs souverains ecclésiastiques, s’étonne elle -même de l'activité dont elle est devenue capable. Pour la vieillesse cl l'indigcncc, auxquelles le travail est impossible, l'adminislralion, à la place de l’aumênc des cloîtres , a ouvert des bureaux de bienfaisance et des dépêls de mendicité.
Ces soins de l'administration ne se renfermenl pas dans l'enceinte de la ville ; des améliorations correspondantes s'opèrent dans toute l'étendue des deux départements de Rome et du Trasimène.
Une autre silualiou, d'autres besoins occupent
* Dès 1810, la récolic produisit cent mille kilogrammes de coton.
^ Ces écoles sc composèrent de seize chaires, distribuées entre les diverses especes et les divers degrés d’instruction.
[1810] POLITIQUE EXTÉRIEURE. 313
plus laborienscmcnl PEmpcrcur en Ilollandc. A 1 Rome, une dotation de cinquante millions en biens ! domaniauxaTaitsuiTiaurcmboursemcntdela dette ! publique; pour la Hollande, la tâche était bien plus difficile. La réunion de ce pays, qui , sous le rap- I port politique, avait une influence défavorable sur l'opinion, était une opération moins heureuse en- | core sous le rapport Gnancicr. Quoique les impôts i y fussent hors de toute proportion , les dépenses i annuelles excédaient les revenus, et le roi Louis , n’y avait pourvu qu’à l’aide d’un emprunt. |
La dette hollandaise se composait d’une foule de titres dilTércnts et d’emprunts contractés à divers ’ taux d’intérêts. L’Empereur voulut tout voir, tout | connaître; il voulut débrouiller, en détail, l’origine | de cette dette monstrueuse à laquelle il était iin- | possible que le pays eût jamais pu suffire. 11 se flt remettre, sur chacune de ses parties, des mémoires , des rapports accompagnés de nombreux documents. Après les avoir parcourus, il les Gt passer à son ministre du trésor : » Je vous envoie bien X des fatras; mais ces gens-là savent que noos tra- » vaillons pour eux; ils me sauront gré de ma pa- X tience. « Au total, la situation de la Hollande présentait, au moment de l’abdication de Louis, des embarras tellement graves, que la réunion de cette contrée à la France devenait pour elle un bonheur. 11 lui était beaucoup plus avantageux de se foudre dans un grand empire que de rester, comme tous les États faibles, exposée aux caprices des puissances de premier ordre et à la mobilité de ces caprices. D’ailleurs, elle succombait sous le poids d’un gouvernement particulier qui ne pouvait satisfaire à ses charges. Créancière de débi- i leurs devenus insolvables, avec une dette dégradée ; de deux tiers dans son capital , et menacée d’une | perte de cinquante pour cent dans le tiers qui res- j tait, elle n'avait eu, pour ses débris, d’autre moyen de salut que sa réunion à la France. |
L’Empereur estimait la qation hollandaise. Il ju- i gea qu’avant tout il fallait obtenir sa conGance, et ; il y envoya, pour son lieutenant général, l’homme ' le plus propre à inspirer ce sentiment; c’était l’architrésorier le Brun, duc de Plaisance, personnage I vénérable par son âge , et aussi distingué par son ! esprit que par l’urbanité de ses manières. » Blon K cousin , lui dit l’Empereur, la Hollande a perdu X son roi ; partez sans délai, allez consoler les Hol- ; K landais en gémissant avec eux. » Le duc de Plai- | sance alléguant son âge pour se dispenser d’accep- ' ter la difficile mission de lieutenant de l’Empereur,
‘ Lettre de PEmpereur au duc de Plaiiancc, son lieutenant général.
* Décret du 23 septembre 1810.
ses excuses ne furent point écoutées. Napoléon insista en lui répétant plusieurs fois : « Vous êtes X l’homme qu’il me faut en Hollande, n Cette mission délicate ne pouvait cire mieux remplie.
Aux yeux de l’Empereur, le plus important de tous les intérêts en Hollande est la marine. C’est donc à la marine qu’il donne ses premiers soins, en se hâtant d’assurer les dépenses de ce service essentiel, que non- seulement il veut conserver, mais auquel il se propose de donner plus d’étendue et de développement. L’adininistralion maritime de la Hollande lui paraissant plus économique que celle de France, il annonce t que son intention est de la maintenir. Outre le réarmement des vaisseaux existants dans les ports, il ordonne la construction de cinq vaisseaux , de deux frégates et de deux bricks, voulant, dit-il, avoir, en 1811, dix-neuf vaisseaux de guerre en Hollande, savoir, sept à Helvoclluys et douze au Texel.
Ce qui , dès le premier moment , frappe aussi l’Empereur, c’est la disproportion des impôts qui pèsent sur la Hollande avec ceux que payent les autres départements de la France. Procédant avec ordre, il établit à Amsterdam un conseil ^ de liquidation pour constater la situation de la dette hollandaise, et, vu la difficulté d’assimiler brusquement l’administration des nouvelles provinces à celle des départements français, il leur donne une organisation provisoire et temporaire , propre à préparer leur fusion ultérieure dans le grand empire. Un décret impérial qui remplissait quinze colonnes du Moniteur, embrassa toutes les branches du gouvernement en général , l’administration civile, l’ordre judiciaire, l’armée, la marine et les flnances. Quoique, dans ce dernier service, il ne fût pas possible d’opérer un changement complet, le décret, tout en maintenant à peu près le système antérieur, devait » introduire, en 1811, n des allégements tels que les impositions i payer O par les nouveaux départements seraient bcau- » coup plus faibles ^ que celles qu'ibavaicnl payées X pour les années précédentes. » En effet, plusieurs des anciennes impositions étaient formellement supprimées , et cependant le niveau entre la Hollande et la France était encore loin d’élre établi. La France , avec une population de plus de quarante millions d’âmes, supportait alors environ neuf cents millions de charges annuelles, tant en droits sur les consommations qu’en impositions territoriales. Avec moins de deux millions d’habitants, la Hollande devait payer encore plus de
’ Décret du 18 octobre 1810.
* Préambule du décret du 18 octobre.